IMAGES EN RELIEF
d'un semblable prisme, en tournant l'arête réfringente vers le nez, tous les objets paraissent déviés en dedans et leur observation exige une augmentation de convergence. Mais, en même temps, toutes les lignes verticales paraissent concaves vers le côté nasal, les parties de l'image situées en dehors paraissent trop étroites, celles qui sont internes paraissent trop larges, les lignes horizontales paraissent diverger vers le côté nasal. Il s'ensuit que, lorsque l'œil droit regarde à travers un semblable prisme, les objets vus avec les deux yeux paraissent plus rapprochés, et de telle façon que leurs lignes droites horizontales, aussi bien que les verticales, paraissent présenter une concavité dirigée vers l'observateur. L'augmentation apparente des distances verticales, au côté interne, compense en tout ou en partie les différences de la projection naturelle, d'après lesquelles les parties de l'objet situées au delà du plan médian paraissent trop petites. L'objet apparaît à peu près à la même distance qu'auparavant ou bien même un peu plus grand et plus éloigné, malgré l'augmentation de la convergence. Dans ces conditions, on ne peut attribuer qu'à une concavité de l'image l'élargissement de ses parties internes et le rétrécissement de ses parties externes. La courbure des lignes verticales en produit la concavité apparente.
Si l'on place l'arête réfringente du prisme en dehors, les objets plans paraissent , au contraire, convexes vers l'observateur.
Les phénomènes que nous venons de voir accompagner les variations de la convergence des yeux lors de la contemplation binoculaire des objets présentent une grande importance relativement à la possibihté de produire, par la sculpture, par exemple, des images en relief des objets, images qui, en reproduisant approximativement les différences des images rétiniennes que donnerait l'objet original, peuvent, lorsqu'on les voit à une distance plus petite que l'objet et qu'elles présentent une diminution de la troisième dimension, produire néanmoins la même impression que l'objet même, quant à la forme, aux dimensions et aux ombres, et cela non-seulement pour la vision monoculaire, mais même pour la vision binoculaire. C'est précisément à cause de la reproduction correcte des différences des deux images rétiniennes, qu'un bas-relief, vu d'un point convenable, fournit une imitation bien plus complète, du moins quant à la forme de l'objet, que ne peut jamais faire l'image plane la plus parfaite. A cette catégorie appartiennent nonseulement les hauts-reliefs et les bas-reliefs sculptés, qui représentent des têtes, des personnages et des groupes, mais encore les décors de théâtre, représentant des paysages ou des appartements, ou bien en-
836 {660) TROISIÈME PARTIE. — DES PERCEPTIONS VISUELLES. § 30. core les portails d'églises, qui figurent des colonnades raccourcies en perspective, etc.
On peut déduire d'une simple expérience stéréoscopique les lois de la construction des reliefs, qui ont été trouvées empiriquement par les artistes (1). — Commençons par fusionner deux dessins stéréoscopiques conjugués, en les tenant dans une position telle que, pour un degré de convergence convenable, ils présentent exactement le même aspect que l'original lui-même. Rapprochons-les ensuite l'un de l'autre, tout en les laissant dans le même plan. La convergence des lignes visuelles augmente alors sans que les images rétiniennes des deux dessins subissent de modifications notables, et, si l'on fait abstraction de la conscience de l'augmentation de convergence, l'impression sensuelle reste à peu près inaltérée. Figurons-nous, maintenant, qu'on ait construit l'objet qui répondrait à ces dessins dans leur nouvelle position : ce nouvel objet est un relief de l'objet réel. Dans ce relief, il faut distinguer : un plan principal {plan du fond) dans lequel viennent se placer tous les points de l'original qui sont à une distance infinie, un plan de congruence^ parallèle au précédent, et qui contient tous les points qui coïncident avec leur propre image. Si le relief doit représenter l'original en grandeur naturelle, la surface de congruence doit passer par les yeux de l'observateur. Si l'on veut, au contraire, obtenir une reproduction réduite ou amplifiée de l'objet, on peut donner à la surface de congruence une position différente, et elle ne contient plus alors le point de vue^ qui représente le milieu de la ligne de jonction des deux yeux de l'observateur.
Tous les plans de l'original restent plans dans le relief, toutes les lignes droites y restent droites.
Tous les plans et toutes les lignes droites de l'original qui sont parallèles à la surface de congruence restent également parallèles à cette surface et à eux-mêmes, dans le relief.
Tous les autres plans parallèles de l'original se coupent, dans le relief, suivant une ligne droite du fond.
Toutes les lignes droites parallèles de l'original et qui ne sont pas parallèles à la surface de congruence se coupent en un point du fond.
Tous les plans et toutes les lignes droites qui passent par le point de vue conservent leur position dans le relief. Enfin, si nous désignons par / et par <p les distances respectives d'un
(1) J. A. Rreysig, Versuch einer Erlâuterung der Reliefsperspective , Magdeburg,
§ 30. POSITION DES LIGiNES VERTICALES APPARENTES, (661) 837
point de l'original et de son image à la surface de congruence, et par la distance du fond à cette surface, l'équation
donne la distance ; c'est la même formule qui donnerait la distance <p de l'image fournie par une lentille concave dont la distance focale serait
Absolument comme dans les images d'une semblable lentille, les images des objets éloignés se rapprochent beaucoup les unes des autres, tandis que les images des objets voisins affectent une troisième dimension relativement plus grande. Ainsi, une lentille concave donne un relief exact des objets qu'on regarde par son intermédiaire.
Si l'on fait coïncider le plan de congruence avec le fond, l'image en relief devient une image plane perspective.
Les images en relief représentent par des différences de profondeur égales les différences de profondeur également bien perceptibles ; et nous pouvons dire, dans ce sens, qu'à la vision binoculaire nous voyons le monde extérieur comme dans une image en relief. Comme dans une semblable image, les distances mutuelles d'objets très-éloignés, prises dans le sens de la troisième dimension, ne sont perçues par nous que très-faiblement, même quand elles sont considérables, tandis que, pour des objets voisins, on voit nettement même les petites différences de profondeur.
J'ai encore à parler, pour finir, de certaines erreurs qui se présentent dans l'appréciation binoculaire des directions de lignes, et sur lesquelles E. Hering a appelé l'attention. — Lorsqu'on regarde un long fd vertical, suspendu en avant d'un mur un peu éloigné qui soit peint d'une manière uniforme et ne présente ni point ni ligne remarquable pouvant servir à s'orienter sur la position de la verticale ou de l'horizontale, si le fil est assez long pour qu'on ne puisse pas en voir les extrémités, ou si on le regarde à travers un cylindre creux qui empêche de voir les extrémités du fil et les objets voisins, on peut cependant encore apprécier, à la vision binoculaire, si le fil est réellement vertical ou non, et, s'il ne parait pas vertical, on peut chercher à l'amener dans cette position en déplaçant son extrémité inférieure. J'ai trouvé, d'accord avec Hering (1), que si, pour la position de la tête qu'on a choisie, le plan de visée horizontal est dans sa position primaire, et si le fil est dans le
(1) Beitrage zur Physiologie, Heft V, 297.
838 {662) TROISIÈME PARTIE. — DES PERCEPTIONS VISUELLES. § 30. plan médian, on reconnaît le fil comme vertical lorsqu'il l'est réellement. Mais si l'on incline la tête en arrière, de manière que le plan de visée soit au-dessous de sa position primaire, sans que le fil sorte du plan médian, il faut éloigner de l'observateur l'extrémité inférieure du fil. Au contraire, si la tête est penchée en avant, le plan de visée est alors au-dessus de sa position primaire, et il faut rapprocher de l'observateur l'extrémité inférieure du fil , pour que celui-ci paraisse vertical.
Lorsque le fil, au lieu d'être dans le plan médian, se trouve à droite de ce plan, on reconnaît encore sa position verticale, si la tête est droite et que le plan de visée horizontal se trouve dans sa position primaire ; il faut encore rapprocher son extrémité inférieure quand on penche la tête en avant. Pour déterminer approximativement le plan dans lequel il faut incliner le fil pour qu'il paraisse vertical, j'ai passé autour de son extrémité inférieure un second fil formant un nœud lâche ; le second fil me servait pour tirer le premier à moi , jusqu'à ce qu'il me parût vertical. Abaissant alors le regard vers le fil horizontal, ce qui fait apparaître le premier sous forme de deux images fortement divergentes, le fil horizontal partageait ordinairement en deux parties égales l'angle de ces deux images, d'où il résulte que le fil qui paraît vertical doit se trouver dans le plan vertical bissecteur de l'angle de convergence, au moins approximativement et autant que le degré d'exactitude de cette manière d'opérer se prête à le constater.
Lorsque la tête était renversée en arrière, il fallait, au contraire, éloigner de moi l'extrémité inférieure du fil; autant qu'il était possible d'en juger, il fallait faire agir alors le fil horizontal suivant la même direction qu'auparavant, mais en sens contraire.
L'explication de ces faits me paraît se rattacher à cette circonstance, mentionnée à la page 777 du paragraphe précédent, que, lorsque les yeux convergent, nous apprécions la direction et la position des objets comme si l'œil affectait une direction parallèle à la direction moyenne de la vision et une torsion correspondante. On ne tient pas compte, dans cet acte, de la convergence réelle des yeux. Si nous appliquons cette loi au cas qui nous occupe, il en résulte que les lignes nous paraissent perpendiculaires au plan de visée lorsqu'elles se représentent sur des méridiens de l'œil qui seraient réellement perpendiculaires au plan de visée pour une position de l'œil parallèle à la direction moyenne de la vision.
Lorsque le point de fixation se trouve dans le plan médian, la direction visuelle moyenne est parallèle à ce plan, et n'exige pas de rotation autour de l'axe longitudinal, pour des yeux qui suivent la loi de Listing.