POSITION DES LIGNES VERTICALES APPARENTES
Ainsi, les méridiens qui sont perpendicuLaires au plan de visée lorsque celui-ci est dans sa position primaire continuent d'être perpendiculaire s à ce plan lorsqu'il est ascendant ou descendant, et cela tant que les yeux sont parallèles à la direction visuelle moyenne, c'est-à-dire au plan médian. Mais si l'on passe à la convergence, pour une position descendante du plan de visée, ces méridiens tournent de manière à converger en haut ; le contraire a lieu pour la position ascendante du plan de visée. L'intersection de ces deux méridiens serait la ligne qui paraît perpendiculaire au plan de visée, ligne qui se rapprocherait de l'observateur par son extrémité supérieure, dans le premier cas, et par son extrémité inférieure dans le second.
Mais lors des directions latérales du regard, tant ascendantes que descendantes, les méridiens perpendiculaires au plan de visée ne sont plus les mêmes que dans la position primaire. Il est facile, en effet, de s'assurer que le fil vertical apparent ne se représente pas, dans les deux I yeux, sur les méridiens perpendiculaires à la position primaire : il suffit, à cet effet, de disposer exactement en face de soi, sur le mur, une bande verticale qui fournisse des images accidentelles bien nettes. Ces images accidentelles forment alors, en partie , de très-grands angles avec le fil qui paraît vertical, lorsqu'on fixe ce fil. Le fil vertical apparent paraît donc situé sur les méridiens qui seraient verticaux pour une position du regard parallèle à la direction visuelle moyenne (1) .
Mais il faut remarquer que, d'après les expériences de Volkmann, que je trouve confirmées pour mes yeux, lorsqu'on regarde avec un|œil, et sans torsion, les méridiens perpendiculaires en apparence à l'horizon rétinien paraissent absolument verticaux, tandis qu'à la vision binoculaire la ligne verticale doit répondre aux deux méridiens réellement perpendiculaires au plan de visée. On voit donc que, lôrs de la vision binoculaire, les influences opposées que pourrait exercer l'inclinaison du méridien vertical apparent de chaque œil sur l'appréciation d'une direction verticale se détruisent mutuellement. On comprend facilement qu'il puisse en être ainsi pour les inclinaisons à droite et à gauche ; mais il faut remarquer que l'écart du méridien vertical apparent reste sans action sur la manière d'apprécier une inclinaison en avant ou en arrière. Nous verrons dans le paragraphe suivant que cet écart s'est probable-
(1) M. E. Hering a rattaché ces phénomènes à l'étude de l'horoptère, point sur lequel nous reviendrons dans le paragraphe suivant. Je ferai remarquer que, pour moi, les lignes qui paraissent perpendiculaires au plan de visée ne se trouvent yornaiv dans l'horoptère, mais apparaissent toujours sous forme d'images doubles qui se croisent. Comme, pour les yeux de M. Hering, l'écart entre le méridien qui paraît perpendiculaire à l'horizon rétinien et celui qui Test réellement, est nul ou très-faible, la règle qu'il a posée peut bien avoir une exactitude individuelle pour son œil, du moins pour les positions médianes dont il parle.
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ment produit lors de la contemplation de lignes horizontales, et l'on comprend alors qu'il ne puisse pas nous induire en erreur au sujet des lignes verticales.
D'ailleurs ce n'est pas seulement pour les lignes qui passent par le point de fixation et qui sont situées dans le plan médian, qu'il se produit des erreurs de ce genre au sujet de la troisième dimension; il en est de même des lignes autrement situées et qui, passant par le point de fixation, ne sont qu' approximativement perpendiculaires à la direction visuelle moyenne. La direction apparente de semblables lignes répond à la loi posée plus haut. Nous les interprétons comme si nous avions reçu les mêmes images rétiniennes pour une position des yeux parallèle à la direction visuelle moyenne.
Recklinghausen a fait voir, sous ce rapport, que si, après avoir dessiné, sur une surface plane, une étoile composée d'un certain nombre de lignes se coupant toutes en un même point, on fixe invariablement le point d'intersection, pour une position élevée du regard, les rayons supérieurs paraissent situés sur une surface conique concave, et les rayons inférieurs, sur une surface convexe ; le contraire a lieu si l'on fixe le point d'intersection des rayons en dirigeant le regard en bas. Je trouve l'illusion encore plus frappante en supprimant les rayons à peu près|horizontaux et en remplaçant le dessin par des fils métalliques fins et lisses, piqués dans un bouchon de liège, situés tous dans un même plan et passant tous par un même point.
D'après la théorie qui résulte de la loi indiquée plus haut, ces lignes doivent paraître situées sur une surface conique du second degré, dont le sommet se trouve au point de fixation, qui passe par les deux lignes de regard et qui coupe le plan mené perpendiculairement au plan de visée par les centres des yeux, suivant une ellipse dont l'axe vertical est un peu plus grand que l'axe horizontal.
Recklinghausen a encore déterminé expérimentalement la position de lignes qui paraissent perpendiculaires à la direction visuelle moyenne quand on élève ou qu'on abaisse le regard. Il se servait, à cet effet, d'un fil métallique fm et lisse, qu'une charnière délicatement travaillée permettait de plier en son milieu de manière à lui donner différentes inclinaisons par rapport à la direction visuelle moyenne (bissectrice de l'angle de convergence). L'articulation qui portait le fil était fixée, d'un autre côté, à une baguette de fer, située sur le prolongement de la direction visuelle moyenne, et mobile autour de son axe longitudinal. A l'aide de cette rotation, on pouvait donner, au plan dans lequel se déplaçait le fil, des inclinaisons différentes par rapport au plan de visée, et, pour chaque position de ce plan, on pouvait chercher la position à
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donner au fil pour que ces deux extrémités parussent également éloignées de l'observateur.
La théorie, ainsi qu'on le verra plus loin, exige encore, pour ces positions du fil, une surface conique du second degré passant par le point de fixation et par les lignes de regard. Les mensurations de Recklinghausen s'accordèrent très-bien avec ces déductions de la théorie. 11 donna, à cette surface, le nom de surface normale^ parce qu'elle contient les lignes qui paraissent normales à la direction visuelle moyenne.
Pour les yeux qui ne présentent pas d'écart du méridien vertical apparent, cette surface normale se confondrait, pour des lignes qui passent par le point de fixation, avec la surface horoptérique, que nous examinerons dans le paragraphe suivant. Ces deux surfaces ne se confondent pas, au contraire, pour les yeux dont le méridien vertical apparent ne se confond pas avec le méridien vertical véritable (1) ; c'est ce qu'on verra dans le prochain paragraphe.
Si Ton dessine un système de cercles concentriques dont on fixe le centre avec une position convergente des lignes visuelles et une position inclinée du plan de regard, ces cercles subissent également une petite rotation apparente autour de leur axe horizontal, dans le même sens que les lignes verticales, mais d'une valeur moindre. Si l'on a figuré, de plus, un diamètre vertical des cercles, celui-ci s'incline plus que les cercles et parait s'en séparer. Pour la position ascendante du plan de regard, c'est l'extrémité supérieure du diamètre qui paraît plus rapprochée de l'observateur que le plan des cercles. L'inverse a lieu pour la position descendante du plan de regard.
Gomme les arcs horizontaux des cercles ne donnent pas une notion binoculaire sûrement déterminée, ils paraissent parfois s'infléchir pour sortir du plan et s'attacher au diamètre.
Cette expérience encore réussit bien plus facilement si l'on construit les cercles et le diamètre avec des fils métalliques très-fms. La production de fillusion exige que fimage ne donne pas, à l'observateur, le moyen de reconnaître la rotation qu'exécutent ses yeux. Sur une feuille de papier il ne manque pas, en général, de points de repère qui puissent indiquer à f observateur qu'il a devant lui deux images du même objet qui ont tourné l'une sur l'autre. Les objets destinés à ces expériences doivent être faits de manière à pouvoir permettre encore l'interprétation d'un objet réel, malgré les petites rotations de leurs images
(1) Recklinghausen n'a pas fait lui-même cette distinction; car bien que ce soit lui qui a découvert l'écart du méridien vertical apparent, il ne connaissait pas encore l'influence de cet écart sur la position des points identiques.
8/j2 [665) TROISIÈME PARTIE, — DES PERCEPTIONS VISUELLES. § 30, rétiniennes. Nous avons trouvé plus haut une condition analogue lorsqu'il s'agissait de reconnaître la convergence d'après certaines particularités des images.