COMPARAISON DKS CHAMPS VISUELS
de regard, ou même se rapprocher de l'observateur par son extrémité supérieure.
Après avoir déterminé quelles sont les dimensions qui paraissent égales ou non dans les deux champs visuels, il nous reste encore à examiner X exactitude de cette comparaison des deux champs visuels. — Comme il a déjà été expliqué au paragraphe précédent, cette exactitude est extrême lorsqu'il s'cigit, comme dans l'usage ordinaire des yeux, de reconnaître des différences dans la troisième dimension des objets. La comparaison est au contraire relativement inexacte et soumise à toutes sortes d'illusions, lorsqu'il s'agit de distinguer des images doubles ou de comparer la position des images dans les deux champs visuels. Bien que cette opération paraisse être beaucoup plus simple, l'appréciation du relief stéréoscopique, qui se fonde en même temps sur une foule de données empruntées à l'expérience, se fait cependant avec une dextérité bien plus grande, parce qu'elle présente une importance pratique extrême, tandis que la perception des images doubles et de leur position relative ne concerne que les phénomènes qui accompagnent l'aspect des objets et nullement la perception des objets eux-mêmes. De même, nous comparons les dimensions réelles de deux objets différemment éloignés, avec bien plus de certitude que les angles visuels sous lesquels ils se présentent ; et cependant ces angles répondent immédiatement à des parties égales ou inégales de la rétine, tandis que la comparaison des dimensions véritables exige une longue habitude qui seule peut nous faire connaître l'influence de la distance sur la grandeur des images rétiniennes du même objet.
Quant à l'appréciation de la troisième dimension à l'aide de la vision binoculaire, sauf quelques illusions déjà mentionnées plus haut, et qui proviennent de l'appréciation erronée de la convergence des lignes visuelles, c'est pour les objets qui se trouvent dans l'horoptère et qu'on voit exactement simples, qu'elle se fait de la manière la plus précise. Elle est déjà moins exacte pour les points qui sortent de l'horoptère, mais sans s'en écarter suffisamment pour paraître doubles. Enfin l'exactitude est la plus faible pour les objets qui présentent des images doubles nettement distinctes, et cela d'autant plus que ces images sont plus écartées.
J'ai déjà fait remarquer ailleurs (1), et E. Hering (2) a constaté le fait, que les images doubles n'apparaissent nullement à la même dis-
(1) Archiv fïir Ophthalmologie^ X, i, p. 27.
(2) Beitrâge ziir Physiologie, Heft 5^ p. 335.
910 [m) TROISIÈME PARTIE. — DES PERCEPTIONS VISUELLES. § 31. tance que l'objet fixé, et qu elles ne paraissent pas projetées, ainsi qu'on le croyait anciennement, sur une surface horoptérique qui passerait par le point de fixation binoculaire. Les images doubles paraissent, au contraire, à peu près à la même distance que l'objet véritable. On peut facilement s'en assurer par des expériences simples. Qu'onfixebien invariablement un point du mur situé à quelques pieds de distance, et qu'on tienne verticalement devant la partie inférieure du visage une feuille de papier fort, de telle façon que son bord supérieur soit à quelques pouces des yeux et à peu près à la même hauteur. Dans cette disposition, l'écran de papier masque tous les objets situés au-dessous du plan de visée de l'observateur. Alors un aide, placé latéralement, élève à une distance inconnue à l'observateur, une aiguille à tricoter dont l'extrémité supérieure, au moment où elle devient visible pour l'observateur, ne lui présente d'abord que des images doubles lorsqu'il fixe imperturbablement le point du mur. L'observateur ne s'en forme pas moins une représentation de la distance de F aiguille, alors même qu'il n a pas cessé de fixer le point du mur et n'a pas vu un instant l'aiguille simple. Pour s'en assurer, qu'on cherche à saisir la partie cachée de l'aiguille, de telle façon que la main elle-même reste cachée derrière l'écran. Dès le premier essai, on la touche ou du moins on en passe trèsprès. Pour que l'épaisseur apparente de la tige ne donne à l'observateur aucune appréciation sur sa distance, ce qui n'est pourtant guère à craindre, on peut laisser choisir cet objet à l'aide, dans une collection d'aiguilles de grosseur différente.
Les expériences avec les objets stéréoscopiques mobiles, qui paraissent changer de distance par rapport à l'observateur, comme dans l'instrument de Halske qui a été décrit plus plus haut (p. 869) , donnent encore souvent lieu à des images doubles nettement distinctes ; cela se produit surtout lorsque le mouvement est trop rapide pour être suivi parles Kgnesde regard ; cependant l'illusion sur le mouvement apparent suivant la troisième dimension n'en souffre aucunement.
La perception binoculaire de la troisième dimension ne cesse d'avoir lieu que pour des images doubles très-écartées que donnent, par exemple, les objets très-éloignés lorsqu'on fixe un objet rapproché, et pour lesquelles on reconnaît à peine la correspondance de deux images; dans ce cas, on peut, comme dans la vision monoculaire, comparer la grandeur angulaire de f objet éloigné avec celle de f objet fixé. Mais comme on connaît la vraie grandeur linéaire de l'objet fixé, celle-ci devient involontairement le point de comparaison pour la grandeur de l'image de l'objet éloigné. C'est ainsi que l'observateur qui, se tenant à la fenêtre, ne cesse pas de regarder son doigt, voit la dimension des maisons si-