‹ Optique physiologique [electronic resource]Chapitre 80 sur 105 · DISSOCIATION D'IMAGES CORRESPONDANTES · texte numérisé non relu

DISSOCIATION D'IMAGES CORRESPONDANTES

port kab etk cd, parce que, d'après notre hypothèse, ces lignes ne sont pas correspondantes. Dans la figure, les points sont représentés par de petites croix destinées seulement à en indiquer la position ; il est entendu que, dans les images stéréoscopiques, rien ne les distingue du fond sur lequel ils sont situés. L'image stéréoscopique de la surface inclinée est entièrement verte à gauche et rouge à droite de la ligne de séparation, qui est aussi vue binoculairement ; par conséquent le point h qui est dans le vert, et le point correspondant i qui est dans le rouge, apparaissent respectivement à gauche et à droite de la ligne de séparation des deux couleurs. La disposition des points dans chaque champ visuel ne peut évidemment pas être modifiée par l'acte de vision commune. Par conséquent les deux points h et i sont localisés e?2 deux points différents de la surface inclinée apparente^ mais non pas en deux points différents du champ visuel, car on ne s'occupe aucunement de ce champ. Mais naturellement cette localisation persiste seulement ! autant que l'aspect du relief empêche la comparaison exacte des positions de ah et de cd relativement aux horizons rétiniens. Détournons notre attention de l'objet solide que nous croyons voir pour la reporter sur la forme des images dans le champ visuel, il nous sera peut-être possible, en nous y exerçant, de dissocier les deux lignes ah cd, et d'apercevoir entre elles une bande formée à la fois de vert et de rouge, \ et où le vert du point h se confondrait avec le rouge du point i.

Je ferai encore remarquer ici que les partisans de l'identité native des rétines admettent que, dans cette expérience, l'antagonisme des champs visuels effacerait dans chacune des images les parties qui répondent aux limites des surfaces colorées. D'après cette opinion, le vert et le rouge situés le long de chacune des limites neutraliseraient le rouge ou le vert des parties correspondantes du fond. Même si nous admettons qu'il en soit ainsi, on pourra encore choisir pour h et i une position dans laquelle il y aurait équilibre de l'antagonisme, et alors toutes nos objections subsisteront.

Les points h et i ne doivent pas être marqués de la même façon dans la figure, parce qu il en résulterait alors la représentation d'un objet situé derrière la hgne combinée ab-cd ; par suite, dans la notion produite, on ne pourrait plus s'en tenir à la considération de lignes et de points situés à côté l'un de l'autre.

Si l'on veut désigner des points correspondants tels que leurs i images apparaissent séparées, il faut les désigner de manières différentes. Wheatstone a proposé, à cet effet, une expérience célèbre. On trace, dans des positions correspondantes des deux champs visuels, une forte ligne noire et une Hgne très-fme ; cette seconde ligne est coupée, i sous un petit angle, par une autre ligne forte : dans la combinaison sté-

réoscopique, les deux lignes fortes paraissent se confondre en une seule, inclinée par rapport à la surface du papier, tandis que la ligne fine paraît se trouver à côté, dans le plan du papier. Dans la figure de Wheatstone,les deux lignes qui doivent se fusionner présentent assurément des différences d'inclinaison assez grandes pour que la plupart des observateurs puissent les voir facilement doubles, et beaucoup d'auteurs en ont fait la remarque. Wheatstone lui-même est évidemment un des observateurs qui peuvent laisser inaperçues des images doubles très-écartées ; chaque observateur doit adapter à ses yeux les différences d'inclinaison des lignes à fusionner. Je trouve que l'effet est encore plus certain, si l'on offre à chaque œil une ligne forte et une ligne mince qui se coupent de telle façon que la ligne forte d'un côté réponde à la ligne mince de l'autre; c'est ce qui est réalisé, d'une manière convenable pour mes yeux, par la figure M (pl. VIII) . Il faudrait, il est vrai, une disposition un peu différente des figures pour les observateurs chez qui les méridiens verticaux apparents présenteraient une divergence autre que chez moi. Dans la figure en question, je vois la ligne forte se fusionner avec la ligne forte, la hgne faible avec la ligne faible, et je ne parviens en aucune façon à voir coïncider la ligne forte du côté gauche avec la ligne faible du côté droit. Cependant, ces Hgnes ne paraissent parfaitement parallèles entre elles que lorsque je dissocié les images en modifiant la divergence des yeux. Il ne faut pas croire, non plus, que l'une des images, s'efface et passe complètement inaperçue : il ne pourrait se produire alors aucun effet de relief; or la ligne épaisse paraît manifestement se rapprocher de l'observateur, par sa partie supérieure, lorsqu'on en compare la position avec celle des deux lignes verticales situées sur la droite et sur la gauche de la figure. Un semblable effet stéréoscopique ne pourrait pas se produire si Ton ne voyait pas du tout la ligne mince de l'image de droite.

On obtient un effet analogue avec la figure iV (pl. VIII) où les deux lignes qui limitent des côtés externes la moitié supérieure de la bande noire se correspondent, et où il en est de même pour leurs prolongements, qui limitent du côté interne les moitiés inférieures de cette bande. Dans l'image binoculaire, on voit une bande noire unique sur laquelle les deux lignes limitantes qui se correspondent occupent des côtés opposés. Dans cette figure aussi, l'inclinaison des triangles noirs devra être un peu modifiée par les observateurs chez qui les méridiens verticaux présentent une divergence autre que chez moi.

Dans les exemples M et N, la plupart des observateurs trouveront qu'il est impossible de voir que les lignes qui paraissent coïncider dans le champ de vision commun ne se correspondent pas en réahté, et qu'au contraire, les lignes qui coïncident sont la ligne mince du côté droit et

§31. STÉRÉOSCOPIE A L'ÉCLAIHAGR INSTANTANÉ. (739) 933

j la ligne forte du côté gauche, pour la figure M, et les bords opposés des bandes, pour la figure N. Cependant je ne contesterai pas que l'obser- , vation puisse réussir à une personne particulièrement exercée dans '] la perception des images doubles. Pour ma part, je remarque parfois, en fixant bien invariablement le point d'intersection, que les lignes ne me paraissent pas précisément simples, mais je ne puis pas non plus les voir positivement doubles. La dissociation est plus facile si, à l'exemple de W. V. Bezold, on dessine les figures avec de l'encre de Chine sur une lame de verre, ce qui permet, en modifiant brusquement l'éclairage, de faire apparaître l'un des dessins en clair sur fond sombre et l'autre en sombre sur fond clair. La tendance à la fusion disparaît alors et l'on reconnaît facilement la position disparate des images. Tout ce que je soutiens ici, — et je ne crois pas qu'on doive comprendre autrement Texpérience de Wheatstone, — c'est que, tant qu'on ne se détache pas de la notion de relief, même quand la fixation reste invariable, on se sert des impressions de points correspondants pour remplir des parties différentes de l'image stéréoscopique. Si l'on se met dans des conditions qui favorisent, le plus possible, la production d'une erreur dans la comparaison de deux images différentes situées dans les deux champs visuels, on fusionne les images de points disparates et l'on dissocie celles de points correspondants. J'ai montré que la première assertion entraîne la seconde qui en est la conséquence nécessaire. Mais il ne résulte pas de là que les images de points correspondants ne puissent pas se fusionner de nouveau lorsqu'on modifie convenablement l'observation de manière à rencontrer le moins de difficulté possible dans la comparaison des images des deux champs visuels et à dissocier les images de points disparates.

Il faut encore ajouter qu'à l'éclairage électrique la combinaison stéréoscopique des figures M et N se produit dans la perfection et qu'on n'y remarque aucune trace des images doubles qui devraient apparaître dans le champ de vision commun si les images de points correspondants se superposaient simplement. Les mouvements des yeux ne sont donc pour rien dans f effet produit.

Nous avons encore à parler de quelques autres circonstances dont il faut tenir compte dans la fusion de deux images rétiniennes différentes.

Remarquons d'abord que, pendant la perception stéréoscopique delà troisième dimension, l'une des deux images ne disparaît pas, comme l'ont cru quelques partisans de la prétendue identité des rétines, de manière à passer complètement inaperçue et à ne produire aucune sensation. S'il en était ainsi, comment expliquer l'existence de la perception

m (740) TROISIÈME PARTIE. — DES PERCEPTIONS VISUELLES. § 31. binoculaire de la troisième dimension, qui ne repose que sur la différence des images et sur la perception de cette différence. L'exactitude si grande de la perception du relief prouve même que la différence des images est perçue avec une précision extrême, non pas à l'état de différence de remplissage des champs visuels, mais seulement comme étant l'expression sensuelle des distances différentes des divers points de l'objet. Dans les cas où la perception de relief manque, il peut certainement arriver que quelques parties des images s'effacent momentanément ou d'une manière permanente ; nous examinerons ces cas plus en détail dans le paragraphe suivant.

En second lieu, il faut examiner quelle est l'influence des mouvements des yeux sur la fusion des images doubles. — E. Briicke a émis, à ce sujet, une opinion d'après laquelle nous ne percevrions la troisième dimension des objets qu'à condition de promener continuellement les lignes de regard sur les différents contours de ces objets, de façon à recevoir successivement, sur les centres identiques des fovea, les 'images de tous les points de ces contours. Gomme notre attention est concentrée, en général, sur les images reçues par la portion la plus sensible delà rétine, on pouvait, avec raison, se demander si les images doubles des autres parties de l'objet ne passentpas inaperçues, par la raison qu'ordinairement les parties des images qui sont vues le plus exactement et qui attirent le plus notre attention sont des parties correspondantes, îl faut convenir qu'en réalité les éléments signalés par Briicke sont d'une grande importance pour acquérir des notions complètes de la troisième dimension et que la description qu'il donne de la manière dont ces notions se produisent répond parfaitement à ce qui se passe dans la vision ordinaire et naturelle. Il est parfaitement exact que la combinaison d'images très-différentes ne réussit effectivement qu'à l'aide des mouvements des yeux, grâce auxquels on voit successivement simples les différentes parties des images ; lorsqu'on laisse à l'attention sa marche naturelle, elle se porte, en effet, toujours de préférence sur les parties que l'on fixe. Il est incontestable aussi que ce déplacement du regard donne à la notion de profondeur une exactitude et une vivacité bien plus grandes que celles qui se produisent lors de la fixation d'un point; cela tient, suivant moi, à ce que nous ne savons jamais distinguer les différences de profondeur que pour des points qui sont très-rapprochés de l'horoptère relatif à chacune des positions successives des yeux. C'est donc en faisant varier la convergence et amenant successivement dans l'horoptère, ou du moins très-près de Thoroptère, tous les points de l'objet réel ou apparent, qu'on obtient successivement une notion exacte de toutes les différences de profondeur. Si, au contraire,

§ 31. STÉRÉOSCOPIE A l/ÉCÏ.AiriAGlC ^^^STANTANÉ. (74/) 935

on fixe longtemps le regard sur un point, les images doubles se produisent plus facilement et les différences de profondeur, surtout celles des points dont les images doubles sont très-disparates, deviennent peu sensibles. Bien plus, les images doubles que la fixation très-soutenue d'un point ne suffit pas pour séparer sont à une distance tellement voisine des limites du pouvoir distinctif des yeux, que je crois devoir admettre que les petites oscillations inévitables des yeux sont la seule cause de la persistance de leur fusion.

Cependant la théorie de Briicke était un peu trop exclusive lorsqu'il pensait que toutes les perceptions de profondeur ne peuvent être acquises que par les mouvements des yeux et que toutes les images doubles ne peuvent être fusionnées que par la vision simple et successive des divers points de l'objet. En effet, Dove a montré qu'à l'éclairage instantané de l'étincelle électrique on peut encore obtenir des effets stéréoscopiques et fusionner des images doubles. On peut employer dans ce but l'appareil décrit page 7*25. Seulement il faut avoir soin qu'au moment de l'éclairage électrique les deux lignes de regard soient dirigées sur des parties correspondantes de l'image. A cet effet, je pratique deux petits trous d'épingle en des points correspondants des dessins à fusionner. La paroi de la boîte obscure dans laquelle l'image est attachée est elle-même percée derrière ces deux trous et la chambre où l'on se tient n'est pas complètement obscure, de sorte que l'observateur peut voir les deux trous d'épingle à l'aide du peu de lumière qui les traverse. Il dirige les lignes visuelles sur ces trous, de manière que leurs images se confondent dans le champ visuel commun, puis il fait passer l'étincelle. Dans ces conditions, les dessins stéréoscopiques dont les différences ne sont pas trop grandes, comme les figures E, M et N (pl. VII et VIII), donnent des notions de profondeur très-nettes et très-prononcées, sans images doubles perceptibles; niais celles dont les différences sont plus grandes, comme H, se décomposent en traits isolés et ne donnent aucune notion de profondeur. De même, toutes les horizontales superposées, comme en F, se dissocient avec une remarquable facilité. Si l'on regarde, dans cette expérience, des dessins simples et formés de hgnes peu nombreuses, on obtient, pendant l'éclairage instantané, un aperçu simultané du tout. Si l'on a sous les yeux, au contraire, des photographies stéréoscopiques compliquées, qui présentent beaucoup de détails, on n'obtient une impression nette que d'une partie de l'ensemble, et il faut plusieurs étincelles pour embrasser successivement le tout. Il est singuher que, pendant qu'on fixe invariablement les trous d'épingle et qu'on en maintient la fusion, il soit possible, avant l'étincelle, de diriger à volonté l'attention sur la partie qu'on veut

936 C742) TROISIÈME PARTIE. — DES PERCEPTIONS VISUELLES. § 31. du champ visuel obscur, et qu'alors, pendant l'étincelle, on n'obtienne d'impression que pour les objets situés dans cette partie du champ visuel. Sous ce rapport, l'attention est tout à fait indépendante de la position et de l'accommodation de l'œil, et, en général, de toutes les modifications connues qui puissent se produire sur et dans cet organe ; ainsi, l'attention peut être dirigée, par un effort conscient et volontaire, sur une portion déterminée du champ visuel absolument obscur et uniforme. C'est là une des expériences les plus remarquables qui devront servir un jour à établir la théorie de l'attention.

Les expériences avec l'éclairage instantané sont encore intéressantes pour le rôle que joue l'attention dans les images doubles, sous ce rapport que, lorsqu'il s'agit d'images comme 7, que l'on peut voir aisément simples ou doubles à volonté, il est également facile d'obtenir ces deux efîets à la lumière de l'étincelle électrique. La première impression est ordinairement celle de l'image simple stéréoscopique ; mais si l'on répète l'expérience à des intervalles d'environ 10 secondes, pendant lesquelles les images accidentelles peuvent complètement s'effacer, on commence à voir les images doubles, quoiqu'on fixe toujours le même point et que les actions lumineuses successives soient absolument pareilles. Bien plus, pour des figures comme iV, où il m'est relativement difficile de voir les images doubles, je puis parvenir à les voir à l'éclairage instantané de l'étincelle électrique lorsque je cherche préalablement à me représenter vivement l'aspect qu'elles doivent avoir. L'influence de l'attention est observable ici dans une plus grande pureté, parce que l'influence des mouvements des yeux est complètement exclue. On peut aussi faire les mêmes expériences avec le tachistoscope de Volkmann, qui a déjà été décrit plus haut.

Remarquons, en outre, que différents observateurs dignes de foi, comme Wheatstone (1) , Rogers (2) et Wundt (3) , sont également parvenus à fusionner en une perception stéréoscopique de rehef des images accidentelles dont la position n'était pas exactement correspondante. Rogers est même parvenu à ce résultat en produisant l'image accidentelle d'abord dans un œil, puis dans l'autre, et les fusionnant ensuite stéréoscopiquement. On évite ainsi l'influence que la vision préalable des images réelles pourrait exercer sur l'interprétation des images accidentelles. J'ai, du reste, obtenu des apparences nettes de relief sur des images accidentelles positives, obtenues par l'inspection momentanée d'objets fortement éclairés.

(1) Phil. Transact., 1838, II, p. 392-393.

(2) Sillvmare s Journal, 2, XXX, November 1860.

(3) Beitrage zur Théorie der Sinneswahrnehmung, p. 286-287.

§ 31. THÉORIK DR PANUM. 937

Ces expériences montrent, aussi bien que celles avec l'étincelle électrique, que les mouvements de l'œil ne sont nullement nécessaires pour obtenir la perception de la troisième dimension, car, dans tous les mouvements possibles, les images accidentelles se déplacent avec l'œil, et il n'est aucun mouvement qui puisse rendre correspondantes des images disparates. Du reste, les expériences avec les images accidentelles réussissent difficilement ; il est nécessaire que ces images soient trèsnettement développées, et même dans ce cas, il reste toujours une grande tendance à les projeter sur le fond réel que l'on regarde et à les considérer comme de simples taches sur la surface de ce fond.

Panum a exprimé la règle pour la fusion des images doubles, en disant que des contours analogues qui se peignent sur des points rétiniens à peu près correspondants se fusionnent. — Il nomme cercle sensitif correspondant la surface qui comprend, sur l'une des rétines, les points qui peuvent se fusionner avec un seul et même point de l'autre. Conformément aux faits exposés plus haut, il donne à ces cercles sensitifs un diamètre plus grand dans le sens horizontal que dans le sens vertical. Dans l'exposé qui précède, j'ai fait dépendre la fusion des images doubles de ce que la certitude et l'exactitude de l'estimation oculaire, pour les dimensions considérées des deux images, ne sont pas assez grandes pour ne pas permettre des erreurs; je me suis fondé sur ce qu'une semblable erreur est facilitée par la notion d'un corps solide que l'on a ou que l'on croit avoir devant soi. Volkmann a déjà fait valoir, contre l'expression donnée à la loi par Panum, des faits comme G (pl. VII), où la fusion est troublée par l'addition d'un point ou d'autres petites incongruences des deux images. Panum a répondu que, dans ces cas, les contours présentent toujours une dissemblance qui, d'après son énoncé de la loi, doit empêcher la fusion. A d'autres expériences de Volkmann, d'où il résulte que, pour des différences de distance égales, les couples de lignes qui présentent de petites distances se fusionnent moins facilement que ceux dont les distances sont plus grandes, Panum a répondu que les lignes très-rapprochées se peignent, pendant la fixation, tout près du centre de la rétine et que si la fusion ne se produit pas, c'est qu'en cet endroit les cercles sensitifs sont plus petits. Mais nous pouvons répéter la dernière observation de Volkmann de la manière suivante. La figure U (pl. X) présente 5 lignes de chaque côté; les couples 1-3, ainsi que A -5, mesurent 4'"'" de distance dans le groupe gauche et ô'"'" dans le groupe droit. Dans le couple 1-3 on a encore intercalé de chaque côté la ligne "1 qui est, dans les deux groupes, à 3"^"^ de 1, et, par suite, à 1"^'" seulement de la ligne 3 à

938 (745) TROISIÈME PARTIE. — DES PERCEPTIONS VISUELLES, § 31. gauche et à S'""" à droite. Si l'on fixe la ligne !i de l'image binoculaire, 5 paraît simple et située un peu en arrière. Si l'on fixe, au contraire, bien inébranlablement la ligne 1 , les deux lignes 3 paraissent séparées l'une de l'autre, tandis que les lignes 2 sont naturellement simples et à la même profondeur que 1. C'est seulement à l'aide de mouvements du regard que l'on peut voir simple la ligne 3, et tout le groupe présente alors l'aspect d'un prisme quadrangulaire vertical, sur la surface antérieure duquel une ligne (la ligne 2) aurait été tracée parallèlement aux arêtes. Mais lorsqu'on fixe la ligne 1 de fimage binoculaire, les lignes 3 occupent, sur les rétines, absolument la même position que les deux lignes 5 lorsqu'on fixe h. Ce qui empêche la fusion des lignes 3, c'est évidemment la ligne 2 qui cependant n'est pas entre les deux, mais à leur gauchCj et qui, d'après l'énoncé que Panum a donné à la loi, ne devrait pas empêcher la fusion. Si l'on considère, au contraire, la fusion des images doubles comme une illusion de f estimation , on comprend, d'après la loi deFechner, que l'on distingue plus sûrement entre des distances de 1 et de 2"""", comme celles des lignes 2 et 3, qu'entre les distances de li et 5"""^ que présentent les lignes li et 5.

Il se produit quelque chose d'analogue dans les expériences avec les cercles, — Lorsqu'on a dessiné deux cercles un peu inégaux, dont la fusion binoculaire soit possible, et qu'on entoure chacun d'eux d'un cercle concentrique, le rayon de chacun de ces deux cercles nouveaux étant un peu plus grand que celui du plus grand des deux premiers, les images des deux cercles intérieurs se dissocient avec une facilité relativement plus grande.

Enfin une question qui se rattache à notre sujet, et qui présente également de l'importance sous le rapport théorique, est celle de savoir si nous distinguons entre elles les impressions reçues par les deux yeux. — Il faut remarquer, à ce sujet, qu'à l'éclairage instantané de l'étincelle électrique nous voyons toujours correctement, et jamais pseudoscopiquement, les positions des groupes de lignes vus au stéréoscope ; j'ai même trouvé impossible de renverser le relief stéréoscopique (1) alors même que je cherchais à me représenter le plus vivement possible l'effet pseudoscopique afin de provoquer intentionnellement f illusion, ainsi que j'y parviens, en général, avec faciHté pour le relief des médailles vues monoculairement. Mais un semblable renversement du rehef devrait nécessairement pouvoir se produire si l'on pouvait se tromper

(1) Les mêmes observations par Aubert et Marbagh, in Aubert, Physiologie der Netzhaut, Breslau, 1865, p. 315, avec des figures diversement modifiées. Donders est arrivé récemment aux mêmes résultats, quant aux points essentiels.

§31. ON RECONNAIT A QUEL OEIL APPART. UNE IMAGE PERÇUE. (744) 939 entre l'impression des deux images rétiniennes et celle qu'on obtiendrait en les transposant d'un œil à l'autre. Il résulte donc immédiatement de là que l'impression momentanée qu'exercent deux images rétiniennes diffère certainement, d'une manière nette et déterminée, de celle que feraient les mêmes images rétiniennes si chacune d'elles était reportée sur les points correspondants de l'autre œil.

Cela n'empêche pas qu'ordinairement nous n'ayons pas nettement conscience de l'œil qui nous fournit l'une ou l'autre image. C'est là un point sur lequel nous ne sommes pas renseignés, ou si nous le sommes, ce n'est que d'une manière incomplète et à l'aide de circonstances accessoires : en règle générale, nous ne savons déduire de nos sensations que l'interprétation que des observations fréquemment répétées nous ont enseigné à en tirer. Nous pouvons donc avoir appris que des images doubles voisines, d'une certaine espèce, et qui présentent certains signes locaux, sont l'expression d'un objet qui est plus éloigné de nous que le point de fixation, et non pas celle d'un objet plus voisin, et cela sans être exercés à reconnaître, d'après les signes locaux des images, quelle est celle de l'œil gauche. Pour nous renseigner à cet égard, il nous est nécessaire de fermer ou de rouvrir l'un des yeux, ce que nous ne faisons pas dans la vision ordinaire dans laquelle, comme on l'a vu plus haut, nous ne faisons aucune attention aux ftnages doubles. Aussi ne sommes-nous généralement pas en état, sans faire une expérience spéciale, de reconnaître l'œil auquel appartient chacune des deux images. Les mouvements des yeux ne peuvent guère nous renseigner non plus, car dans les mouvements de convergence — qui joueraient ici le rôle principal — nous n'avons aucune idée nette du sens suivant lequel se déplace chaque œil.

D'un autre côté, nous ne voyons constamment qu'avec l'œil droit les parties situées le plus à droite dans le champ commun de la vision ; elles sont masquées àl'œil gauche par tenez; de même, nous ne voyons qu'avec l'œil gauche, les parties les plus reculées à gauche; aussi jugeons-nous facilement, lorsque cette région du champ est complètement obscure pour un œil, que c'est avec l'autre que nous y voyons les objets. Rogers a indiqué, à ce sujet, une expérience qui réussit d'une manière frappante. On fait, avec du papier noir, un tube d'environ 2 pouces de diamètre, on le tient devant l'œil droit et l'on y regarde le fond de la chambre, de préférence vers la gauche; en même temps, à quelques pouces au-devant de l'œil gauche, on tient une grande feuille de papier noir qui lui masque la partie en question de la chambre. Il se produit alors, avec beaucoup d'énergie, une illusion d'après laquelle on croit voir le fond de la chambre avec l'œil gauche, à travers un

9ZiO (745) TROISIÈME PARTIE. — DES PERCEPTIONS VISUELLES. § 31. •trou du papier, tandis qu'en réalité le papier n'a pas d'ouverture et que ce n'est pas l'œil gauche, mais l'œil droit, qui regarde à travers l'ouverture du tube.

Je dois ajouter, d'autre part , que lorsque j'examine une photographie stéréoscopique dont l'une des épreuves présente une tache foncée ou confuse, j'éprouve ordinairement la même sensation que si l'œil qui voit la tache était troublé ; j'essaye instinctivement d'effacer ce trouble en battant des paupières de cet œil, ce qui montre bien que, dans ce cas, je sens quel est l'œil qui reçoit l'image de la portion confuse.— Javal (1) cite l'exemple d'une personne strabique, à qui la vision binoculaire avait été récemment rendue, et chez qui la faculté de distinguer à quel œil revenait la perception des taches sur les photographies existait avec une sensibiUté exquise, qui se maintint pendant plusieurs semaines.

Quant à la direction dans laquelle nous voyons les images doubles, elle résulte de ce qui a déjà été dit au sujet de la direction des images vues monoculairement. Nous voyons l'image de chaque œil comme si l'œil cyclopéen imaginaire de E. Hering avait reçu l'image rétinienne correspondante pendant qu'il serait dirigé vers le point de fixation. Par conséquent, si l'on regarde avec les deux yeux, on peut supposer les deux images rétiniennes reportées l'une sur l'autre dans l'œil cyclopéen imaginaire et projetées ensuite en conséquence dans l'espace. La distance qui les sépare de l'observateur est appréciée aussi exactement que le permettent la perception stéréoscopique incomplète de la profondeur qui accompagne les images doubles, et les moyens d'appréciation monoculaire des distances. Les expériences citées plus haut, de E. Hering et de J. Towne (2) , expliquent aussi pourquoi les images doubles sont toujours projetées séparément dans l'espace. Si elles étaient projetées suivant la véritable direction de leurs lignes de visée, on pourrait les localiser dans le point d'intersection des lignes de visée correspondantes et alors elles apparaîtraient simples. Mais comme, en réalité, nous rapportons faussement les directions visuelles à un centre situé dans le plan médian du visage, il s'ensuit que deux directions visuelles différentes ne peuvent se couper en aucun point de l'espace situé devant l'observateur, et que les points projetés suivant leur direction doivent nécessairement toujours rester séparés. Nous avons déjà parlé plus haut de la cause probable de cette erreur.

(1) Klin, Monatsbl. fur Augenheilk., 1864, p. -440.

(2) M. J. Towne a fait, indépendamment de E. Hering, les observations importantes sur les directions visuelles apparentes. 11 me fait savoir, par lettre, qu'il a montré les expériences à plusieurs personnes dès 1859. Mais ses publications, si je ne me trompe, ne datent que de 186i>.

Page 1