ANTAGONISME DES CONTOURS
Le fond paraît blanc parce que le blanc y tombe sur du blanc. Dans les quatre branches de la croix, le blanc de l'un des champs coïncide avec le noir de l'autre ; mais ce mélange de noir et de blanc ne leur communique point un aspect uniforme. Loin de là, elles sont presque entièrement noires à leurs extrémités, où elles touchent le fond blanc, et presque entièrement blanches aux points où elles touchent le carré noir du milieu; les parties intermédiaires offrent des transitions du noir au blanc qui ne présentent pas un aspect invariable et tranquille, ce qui empêche de donner une idée du phénomène par un dessin. L'extrémité de chaque bande coïncide avec une partie du fond uniformément blanc de Tautre champ visuel, et elle l'efface alors à fond de manière à donner à peu près l'aspect du noir pur. xMais chaque bande est traversée, près de son milieu, par les lignes qui limitent l'autre dans le champ de l'autre œil, et, par ce motif, le blanc de l'autre champ visuel ressort nettement sur le noir de la première bande, le long du contour de la seconde.
Dans les cas examinés jusqu'ici, nous avions toujours en présence une figure à contours déterminés et un champ uniforme complètement vide. On a vu que, dans ces conditions, les contours apparaissaient toujours et chassaient l'impression du champ vide. — Remplaçons maintenant le champ complètement vide par un autre qui contienne un dessin linéaire fin, uniformément répété; regardons, par exemple, avec l'œil gauche, la croix noire delà figure W (pl. XI), et dirigeons, en même temps, l'œil droit sur le champ quadrillé; au premier moment la croix prédomine, en général, comme si on la projetait sur un fond uniforme, et le quadrillage apparaît tout au plus au milieu de la croix et dans les parties périphériques de la figure. Si nous prolongeons quelque temps l'expérience sans donner à notre attention une direction déterminée, le quadrillage apparaît par moments sur tout le champ et recouvre toute la croix ou au moins quelques-unes de ses parties. Je dois faire observer ici qu'il m'est possible, quand je veux, de diriger volontairement et exclusivement mon attention sur une partie quelconque du quadrillage, même sur celles qui tombent précisément sur le bord de la croix, de sorte que je ne vois alors que le quadrillage, tandis que la croix disparaît plus ou moins complètement. Il me suffit, à cet effet, de compter les carrés qui forment l'une des files du dessin, ou d'examiner attentivement ces carrés, comme pour voir s'ils sont égaux, s'ils sont rectangulaires, et ainsi de suite. Pendant et aussi longtemps que je fixe, de cette manière, mon attention sur les carrés, ils restent visibles. Mais dès que je regarde, de la même manière, un coin ou un côté de la croix,
968 (770) TROISIÈME PARTIE. — DES PERCEPTIOiNS VISUELLES. § 32. le quadrillage disparaît plus ou moins complètement, et je vois la croix d'une manière permanente,
La lutte devient encore plus remarquable lorsque les figures superposées présentent des contours qui ressortent avec la même intensité. — Si l'on amène, par exemple, les deux couples de lignes de la figure 211 à se superposer, la plupart des observateurs ne voient d'abord,
FiG. 211.
au point d'intersection, que les lignes verticales, les lignes horizontales disparaissant dans l'intervalle des verticales, ou même au delà. Lorsqu'on fixe longtemps, elles reparaissent de temps à autre aux dépens des verticales, et inversement. Mais ici encore, je puis conserver à volonté l'image de l'un ou de l'autre couple, lorsque j'y applique mon attention et que je cherche, par exemple, avoir s'il y a des irrégularités sur l'un ou sur l'autre couple de lignes.
Le même antagonisme se présente, d'une manière plus compliquée, pour les champs de la figure X (pl. XI) qui sont recouverts de parallèles dirigées en sens contraire. — On ne voit pas se produire, dans l'image totale, la combinaison régulière des lignes, qui formerait un dessin analogue à celui de la figure W de la même planche : on voit apparaître le plus souvent un mélange irréguher des deux dessins, qui prédominent chacun sur des parties différentes du champ, la position de ces parties étant elle-même sujette à des alternatives continuelles. Les carrés noirs marqués au miheu des champs sont destinés à servir de points de fixation lorsque l'observateur désire maintenir les deux champs dans une position invariable l'un par rapport à l'autre, immobihté qu'il est impossible d'obtenir sans le secours de parties correspondantes fortement marquées sur la figure : en leur absence, les lignes de regard oscillent d'une manière continue entre différents degrés de convergence.
Parfois l'un des systèmes paraît occuper seul , pendant un certain