COMBINAISON BINOCULAIRE DES COULEURS
tement complémentaires pom^ les deux yeux. Dove et Reguault ont vu, dans des cas de ce genre, les couleurs complémentaires se mélanger binoculairement pour former du blanc. J'ai répété ces expériences avec un insuccès régulier et complet. Je vois, tant avec les couleurs spectrales qu'avec les couleurs de polarisation, la même lutte et les mêmes alternatives des différentes couleurs simples, sans remarquer davantage la couleur résultante qu'avec les matières colorantes ou les verres colorés. J'ai également trouvé très -utiles, pour ces expériences, des lames de quartz taillées perpendiculairement à l'axe du cristal. Si l'on fait tourner les prismes de Nicol devant les yeux, on voit paraître de nouvelles couleurs. Je vois toujours les deux couleurs séparément, et comme l'une à travers l'autre, et je puis toujours annoncer instantanément et sans fermer un œil, quelles sont les couleurs en présence. Dans l'expérience ainsi disposée, on a pour terme de comparaison avec les couleurs, le fond blanc clair de la lame réfléchissante, lequel affecte la couleur résultante qui devrait se présenter, et, pour cette raison, il est facile de reconnaître dans ces expériences la grande différence qui existe entre la combinaison binoculaire et la combinaison effective de deux couleurs.
Tout en convenant qu'il est très-risqué de contredire tant d'observateurs distingués et dignes de foi, au sujet d'un fait qui présente peutêtre des différences individuelles considérables, j'indiquerai ici quelques circonstances qui ont parfois produit, dans mes propres expériences, l'apparence d'une couleur résultante, tandis qu'un examen plus exact démontrait ensuite que cette couleur n'existait pas, du moins pour mon œil.
Remarquons d'abord ceci : lorsqu'on a simultanément devant soi la combinaison binoculaire de deux couleurs et ces deux couleurs ellesmêmes; lorsqu'on regarde, par exemple, avec des lignes visuelles parallèles, un champ bleu et un champ rouge juxtaposés, de manière à voir des images doubles de la ligne de séparation, — on a une coïncidence de bleu et de bleu d'un côté, de rouge et de rouge de l'autre côté, de rouge et de bleu au miheu, — le bleu du milieu se distingue du bleu pur du côté parce qu'il est mélangé, dans le champ visuel, avec plus ou moins de rouge ; un observateur qui connaît les lois du mélange des couleurs et qui est habitué à voir le bleu et le rouge se combiner pour donner du violet ou du pourpre, peut être amené à prendre pour du violet ce bleu mêlé de rouge. Nous savons que, même dans le champ monoculaire, l'observateur peut être amené à décomposer en bleu et en rouge un violet réel, soit par un effet de contraste avec le bleu, soit parce que le bleu paraît appartenir à une couverture étendue au-dessus des couleurs ou à l'éclairage général du champ. Nous avons vu des exemples
978 (778) TROISIÈME PARTIE. — DES PERCEPTIONS VISUELLES. § 32. de ce genre dans le paragraphe 25. Ainsi le bleu et le rouge combinés en violet peuvent réellement paraître séparés, à la vision monocuaire, comme ils me paraissent toujours l'être lorsqu'ils coïncident à la vision binoculaire ; aussi notre observateur peut-il facilement être amené à croire que là où il voit simultanément du bleu et du rouge il y a du violet ou du pourpre. Mais si l'on fait apparaître la couleur résultante véritable des deux couleurs que l'on voit, la différence saute aux yeux. La manière la meilleure et la plus exacte de produire la couleur résultante, est la suivante. On dispose les uns à côté des autres deux champs rouges et deux champs bleus, disposés en damier, de manière, par exemple, que le champ supérieur à droite et le champ inférieur à gauche soient bleus, et les autres, rouges ; puis on met devant chaque œil un prisme de spath d'Islande biréfringent et achromatisé, dans une position telle que les deux images soient sur la même verticale. Les images doubles des champs colorés empiétant l'une sur l'autre, il se produit pour chaque œil, le long de la hgne de séparation horizontale des champs colorés, une bande composée du mélange mono'culaire de rouge et de bleu, c'est-à-dire une bande rose. Qu'on regarde maintenant les champs, avec des lignes visuelles parallèles, de manière que leurs images se superposent binoculairement. En haut, le bleu du côté droit et le rouge du côté gauche se superposent ; au milieu, le rose coïncide avec le rose ; en bas, le rouge du côté droit avec le bleu du côté gauche. Dans ces conditions, il est très-net, pour mon œil, que dans la combinaison binoculaire du bleu et du rouge il n'y a aucune trace du rose tel que le présente la bande intermédiaire. Ces deux couleurs sont, au contraire, séparées.
Panum insiste pour que les couleurs à mélanger binoculairement ne soient prises ni trop vives, ni trop différentes, parce qu'autrement la lutte des champs visuels serait trop vive, ce qui empêcherait de reconnaître la couleur résultante. Pour satisfaire à cette indication, j'ai eu recours au procédé de H. Meyer, déjà décrit au sujet des phénomènes de contraste, et j'ai recouvert les champs colorés à combiner, d'un papier blanc et mince, qui ne laissait voir que faiblement les couleurs situées au-dessous. En faisant coïncider ces couleurs très-blanchâtres, je crus effectivement, au premier abord, voir la couleur résultante. Mais dès que je fis apparaître à côté la couleur résultante véritable des deux champs, je reconnus de nouveau la lutte des champs visuels dans les carrés superposés binoculairement.
Bans un assortiment de papiers colorés et gris, on réussit parfois à en découvrir qui soient exactement de la couleur résultante de deux autres, telle qu'elle se produit avec un prisme biréfringent; les expériences