THÉORIE DU LUSTRE
celles de l'autre ; aussi a-t-on cherché , dans ces phénomènes , un argument en faveur de la connexion anatomique des fibres nerveuses correspondantes.
Il faut encore mentionner ici l'explication du lustre stéréoscopique qui a été proposée par Dove, auquel on doit la découverte de ce phénomène. — Dove distingue, dans les corps brillants, la lumière blanche réfléchie par la surface et la lumière chromatique qu'émettent les couches superficielles. Le lustre provient, d'après lui, de ce qu'on voit la substance éclairée du corps en arrière de la surface éclairée, c'est-k-dire deux sortes de lumière l'une à travers l'autre. Il croit que, lorsque nous combinons deux couleurs, telles que du rouge dans un champ et du bleu dans l'autre, nous concluons qu'elles sont à des distances différentes de l'œil, parce qu'il nous faut des accommodations différentes pour les voir nettement. Je n'ai pas conservé cette explication, parce que les expériences qui ont été faites depuis lors sur l'appréciation des distances à l'aide de l'accommodation, et notamment dans un cas oii il faut, comme ici, maintenir constante la convergence des yeux, rendent très-invraisemblable la possibilité d'une pareille perception de différence de distance des couleurs. Il y a encore une autre difficulté : c'est que la combinaison du blanc et du noir produit également du lustre. Dove croit pouvoir admettre ici que l'observation du blanc et du noir donne des sensations d'accommodation différentes, parce que le blanc contracte la pupille, ce qui arrive également pour un grand effort d'accommodation, tandis que le noir la dilate. Mais il faut remarquer d'abord que, dans les expériences qui nous occupent, on a en même temps du blanc dans un œil et du noir dans l'autre, et que les deux pupilles affectent alors le même degré moyen d'ouverture ; et, en second Heu, que l'accommodation ne peut pas s'appHquer au milieu d'une surface colorée uniformément, mais seulement aux contours ; on ne comprend pas comment il pourrait se produire une différence dans la conscience d'accommodation, parce que dans l'une des images il y aurait du blanc à droite et du noir à gauche de la limite, ou du blanc au-dessus et du noir au-dessous de la limite, et inversement dans l'autre image. C'est pour ces motifs que je me suis permis de substituer à l'expUcation proposée par le célèbre observateur qui a découvert ce phénomène, celle que j'ai donnée plus haut comme étant la plus simple.
L'antagonisme des champs visuels a attiré depuis longtemps l'attention des observateurs. Du Tour s'en servit pour appuyer son opinion, d'après laquelle on ne verrait en général qu'avec un œil à la fois, ce qui lui sert à expliquer pourquoi nous voyons simple, malgré la présence des deux yeux. De Haldât prétendit, au contraire, avoir vu les couleurs se comlîiner : observation qu'il rattache à l'hypothèse de la connexion anatomique des fibres nerveuses correspondantes proposée par Newton, et, plus tard, par Wollaston et par J. MiIller. Il fut suivi par MoNNiCH,par Janin et parWALTHER. Cependant J. Muller lui-même, qui est le principal promoteur de la théorie de l'identité des points rétiniens et de l'étude des conséquences de cette théorie, lui qui aurait certainement été plus intéressé que personne à voir la combinaison binoculaire des couleurs, ne parle de rien de pareil, et n'a vu que la lutte des champs visuels. On a déjà vu plus haut les diverses assertions des observateurs plus récents. Il paraît exister, sous ce rapport, de très-grandes différences individuelles. Tant que l'on considérait la sensation d'une couleur résultante comme un effet simple de deux causes combinées, une semblable sensation ne paraissait pouvoir se produire que dans une seule et même fibre nerveuse : aussi l'observation d'une combinaison binoculaire véritable de couleurs sem-
blait pouvoir fournir la preuve d'une fusion anatomique des sensations d'un couple de fibregj nerveuses correspondantes ; d'autre part^ cette combinaison devait être considérée comme nécessaire, dès qu'on admettait une pareille identité. Ainsi que je l'ai expliqué plus haut,' ce point perd beaucoup de son importance en présence de la théorie des couleurs d'YouNc.
DovE fit faire à la science un progrès essentiel en découvrant la signification objective de la combinaison binoculaire des couleurs ou des intensités différentes dans le phénomène du lustre stéréoscopique. Ce fut J. J. Oppel qui opposa la théorie plus simple, qui a été substituée plus haut à la théorie deDovE, et à laquelle Brewster s'était rallié tout en paraissant la combattre, par suite, ce me semble, d'un malentendu. Sans connaître le travail de J. Oppel, j'étais arrivé à la même manière de voir, et j'avais insisté sur l'importance de ce phénomène, relativement à la théorie des sensations des parties correspondantes.
' Les phénomènes du contraste binoculaire n'ont été étudiés que dans ces dernières années, notamment par Fechner, dans un travail très-étendu ; quelques observations qui s'y rattachent avaient été faites antérieurement par E. Brucke, par H. Meyer et par Panum.
1743. Du Tour, in Mém. de Paris, 1743, p. 334.
1760. Du Tour, Pourquoi un objet sur lequel nous fixons les yeux paraît-il unique ? in Mém. des savants étr,^ IIL
1772, Janin, Mémoires et observations sur l'œil. Lyon et Paris^, p. 39.— Deutsch. Ahhandl. : Ueber das Auge und seine Krankheiten. Berlin, 1776, p. 38.
1784. J. Elliot, Anfangsgriinde derjenigen Theile der Naturlehre, welche mit der Arzneiwissenschaft in Verbindung stehen, Uebersetzt von Bertram. Leipzig, 1784.
1791. W. C. Wells, Essay upon single vision with two eyes. London.
— MdNNicH, Untersuchung der Frage, ob man mit beiden Augen zugleich und gleich
deutlich sehe, in Deutsche Abhandl. d, Berl. Akad., 1790-91, p. 46. 1793. Walther, Von der Einsaugung und Durchkreuzung der Sehnerven. Berlin, 1794,
~~ Deutsche A bhandl. d. Berl. Akad., 1793, p. 3. 1799. L. A. V. Arnim, Ueber scheinbare Verdoppelung der Gegenstande fiir das Auge, in
GilberVs Ann.^ III, p. 256.
1806. Ch. N. a. Haldat du Lys, Sur la double vision, in Journ. de physique, LXill, p. 387. 1814. Ackermann und Herholt, Sieht der Mensch mit einem Auge allein oder mit beiden
zugleich. Kopenhagen.
1826. J. Muller, Beitràge zur vergleichenden Physiologie des Gesichtssinns. Leipzig, p. 191-194.
1836. A. W; VOLKMANN, Neue Beitràge zur Physiologie des Cesichts. Leipzig, p. 97-99. 1838. Wheatstone, Contributions to the physiology of vision, in Phil. Trans., 1838, 11, p. 386-387.
— VdLCKERS, in /. Mûller's Archiv fur Anat. und PhysioL, 1838, pp. 61, 63. 1841. DovE, in Monatsber. d. Berl. Akad., 1841, p. 251.
1846. A. Seebeck, Beitràge zur Physiologie des Gehor^ und Gesichtssinns, in Pogg.Ann., LXVIII, 449.
1848. E. Harless, Physiologische Beobachtung und Experiment. Nùrnberg, 1848, p. 45.
1849. Foucault et Regnault, Note sur quelques phénomènes de la vision au moyen des
deux yeux, in Comptes rendus, XXXVIII, 78. — Phil. Mag., XXXI V, 269. — Inst., XVII, n° 783.
— DE Haldat. Optique oculaire. Nancy. — A?'ch. des se. phys. et nat., XII, 45. —
Inst. XVII, n° 786, p. 29.
1850. H, W. Dove', Ueber die Ursache des Glanzes und der Irradiation, abgeleitet aus
chromatischen Versuchen mit dem Stereoskop, in Pogg. Ann., LXXXIII, 169. — Berl. Monastber., 1851, p. 252. — Phil. Mag., 4, IV, 241. — Arch. des se. phys. et natur., XXI, 209. — Inst., n» 991, p. 421.
— H. W. Dove, Ueber das Binocularsehen prismatischer Farben und eine neue stereo-
skopische Méthode, in Pogg. Ann., LXXX, 446. — Berl. Monatsb., 1850, p. 152. — Arch. des se. phys. et natur., XIX, 219.
— H. Meyer, Ueber einen optischen Versuch, in Wiener Ber., VII, 454. — Arch. des
se. phys. et natur., XIX, 138.
1852. D. Brewster, Examination of Dove's Theory of lustre, in Athen.^ 1852, p. 1041. — Çosmos^ l, 577-573. — Silliman's Journ. ^ 2, XV, 125,