THÉORIE DE HERING. (SU
J'ai démontré, de plus, que si pour xM. Hering un système de fils verticaux situés sur la surface cylindrique de fhoroptère des verticales paraît se trouver dans un plan, cette circonstance, que M. Hering luimême ne considère pas comme rigoureusement réalisée chez lui, provient d'une particularité de ses yeux, laquelle ne s'est présentée ni chez moi, ni chez aucun des individus que j'ai examinés ; de plus, l'erreur commise dans l'appréciation de la convergence des yeux, erreur qui paraît être la cause de ce phénomène, est beaucoup trop faible, chez la plupart des personnes, pour pouvoir donner lieu au résultat indiqué par M. Hering.
Ce qui me paraît constituer une difficulté fondamentale, ou plutôt une impossibilité de la théorie de Hering, ce sont les sentiments de profondeur. Tant que les impressions de l'une des rétines se réunissent à des impressions correspondantes ou disparates de l'autre rétine, lorsqu'il ne s'agit que de la différence entre les sentiments de profondeur des deux parties, il ne se présente pas de grande difficulté, sauf celles que je viens d'indiquer. Mais lorsque l'image de l'une des rétines persiste par elle-même, sans fusion, et prédomine dans la lutte avec celle de l'autre rétine, M. Hering admet, et doit nécessairement admettre, que le sentiment de profondeur de celle des impressions qui domine dans la lutte l'emporte également, sans fusion, sur celui de la partie correspondante de l'autre rétine.
M. Hering (1) croit même pouvoir donner quelques expériences dans lesquelles de semblables images monoculaires apparaîtraient avec l'impression de profondeur qui leur est particulière.
a. — Lorsqu'on fixe un point situé dans un plan médian et qu'il s'en trouve un autre en avant ou en arrière du point de fixation, ce second point apparaît en images doubles qui paraissent être également en avant ou en arrière du point de fixation, non loin de la position réelle de l'objet qui les fournit. Cette observation n'est pas en contradiction avec la théorie de Hering, mais elle ne prouve rien non plus en faveur de cette théorie, puisque nous sommes assez exercés pour apprécier à peu près exactement la position d'un objet dont nous voyons deux images dissociées, mais assez voisines. Que c'est l'expérience et non pas le sentiment de profondeur qui est ici en jeu, c'est ce que montrent les expériences suivantes, où ces deux éléments agissent en sens contraire et où l'expérience me paraît dominer toujours, ou au moins généralement, ainsi que M. Hering en convient lui-même.
b. — On suspend deux petites boules, l'une à côté de l'autre, à l'aide
(1) Beitrage zur Physiologie, 5 Heft, p. 338-342.
1022 {815) TROISIÈME PARTIE. - DES PERCEPTIONS VISUELLES. § 33. de fils ; on fait croiser les lignes visuelles en arrière de ces boules de manière à en voir trois, une médiane vue binoculairement, et deux latérales vues monoculairement : celle de droite par l'œil gauche, celle de gauche par l'œil droit. D'après M. Hering, les boules latérales paraissent plus voisines que la médiane. J'ai répété l'expérience, et je trouve que le résultat dépend de la position de la tête. Si, pendant que je fixe les boules, ma tête est inclinée en arrière, et, par conséquent, le plan de visée situé au-dessous de sa position primaire, le fil du milieu, que je vois binoculairement, me parait se rapprocher de moi, par son extrémité inférieure qui porte la boule, comme on l'a déjà vu (pages 837 et 838) , et la boule médiane paraît alors plus voisine que les deux latérales. Lorsque la tête est penchée en avant, on obtient l'aspect contraire, dont le sens répond évidemment à celui qu'exige la théorie de Hering, mais par un tout autre motif. Lorsqu'on incline la tête tantôt en avant, tantôt en arrière, la boule change également de position.
c. — Lorsqu'on regarde fixement une tête d'épingle à côté de laquelle se trouve un fil métallique vertical, situé un peu plus à gauche et un peu plus près que l'épingle, ce fd parait double ; son image de droite, qui appartient à l'œil gauche, devrait avoir une valeur de profondeur négative ; celle de gauche, relative à l'œil droit, devrait avoir une valeur de profondeur positive. L'image de droite devrait donc paraître bien plus rapprochée, et celle de gauche bien plus éloignée que l'épingle. M. Hering avoue qu'on ne peut obtenir une semblable notion que trèsdifficilement et d'une manière fugitive, ce qu'il expKque en disant que la moindre oscillation de la convergence suffit pour rectifier le jugement relatif à la position de f objet. Pour ne pas m' exposer à lui faire tort, je vais reproduire ses propres termes : « Je vois d'abord, et en généra], )) toutes les fois que mes yeux exécutent un mouvement quelconque, » même très-peu considérable, le fil donner deux images illusoires, » toutes deux plus voisines que l'épingle fixée qui paraît simple. Mais » si je fixe d'une manière constante et ferme, et que je m'efforce de )) concentrer toute mon attention sur l'épingle que je fixe, celle des )) images du fil qui appartient à l'œil gauche passe brusquement derrière )) l'épingle, et cet effet se présente avec une telle énergie que je ne peux » comparer cette impression qu'à celle que nous donnent les images » stéréoscopiques au moment où se produit brusquement le relief. Le » phénomène se produit avec la plus grande certitude, précisément au )) moment où j'y pense le moins. Mais il suffit du moindre déplacement » du regard, il suffît de penser à la seconde image qui paraît plus rap- » prochée, pour ramener aussitôt la première image en avant de la » surface centrale ; car alors la relation des deux images à un seul et