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SA. CONTRASTE SUR PET[T CHAMP COLORÉ

ID. J'ai déjà dit plus haut (§ 20) que cette distinction, par le raisonment, de deux couleurs situées dans la même partie du champ visuel, lut parfois se produire : cette circonstance se présentait alors à nous mme un obstacle à la sensation d'une couleur composée. Une distinc- « de ce genre se présente très-fréquemment, dès que les deux cou^ iirs sont inégalement réparties. Smvant la description de Volkmann (1) lL a le premier mentionné ces phénomènes, on croit alors voir Tune » couleurs à travers l'autre.

La faculté de produire une semblable distinction me parait reposer ir cette circonstance que la signification la plus importante que nous 'Ssentent les couleurs, c'est d'être des propriétés des corps qui nous Tvent à en reconnaître la nature. Aussi, dans l'usage que nous faisons X sens de la vue, cherchons-nous toujours à former un jugement sur s couleurs des corps et à éliminer les différences d'éclairage sous leslelles un même corps peut se présenter à nous. J'ai déjà dit au § 20 le, dans ce sens, nous distinguons parfaitement un papier blanc failement éclairé d'avec un papier gris soumis à un éclairage intense, rconstance qui nous a contraint de recourir à un artifice poiu* nous mvaincre qu'un gris bien éclairé est pareil à un blanc faiblement imineux : il nous a fallu faire tomber la lumière intense exclusivetent sur le champ gris, de telle sorte que la sensation ne pût pas nous )prendre que le gris fût plus fortement éclairé que le reste du champ snel, et c'est alors seulement que nous avons pu constater son identé avec le blanc. De même que nous sommes habitués et exercés à )us former un jugement sur les couleurs des corps en éliminant les fférences d'intensité de l'éclairage sous lequel nous les voyons, de ème aussi nous avons appris à éliminer la couleur de l'éclairage. 9US avons perpétuellement l'occasion d'examiner les mômes colorams à l'éclat du soleil, à la lumière bleue d'un ciel clair, à la faible nûëre blanche d'un ciel couvert, à la lumière jaune-rouge du soleil lucbant, à la lumière jaune-rouge des bougies. Il faut encore ajouter 9 reflets colorés des corps environnants. Dans une forêt, l'éclairage ri est prédominant ; dans nos appartements, c'est la couleur des murs d prédomine. Nous n'avons même pas bien conscience de ces deux smières modifications de l'éclairage, et il nous est cependant assez (uvent donné de les démontrer au moyen des ombres colorées. En lyaot les mêmes objets colorés sous ces différents éclairages, nous ){n«DQn8 à nous former, quand même, une idée exacte des couleurs 28 corps, c'est-à-dire à juger quel serait l'aspect de chacun à la

(1) MûUer's Archiv fur Anat, mdPhysioL, 1839, p. 373.

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Inmière blanche, et comme la couleur constante du corps nous présente seule de Tintérét, nous n'avons aucunement conscience des différentes sensations sur lesquelles repose notre jugement.

C'est ainsi que, lorsque nous voyons un corps à travers un miliai coloré, nous n'éprouvons aucun embarras à faire la part de la couleur du voile et de celle du corps, et , dans les expériences que nous avons décrites, c'est en étendant la même manière de procéder aux parties où le voile n'est pas coloré, que nous tombons, ou du moins que nous tombons plus facilement, dans l'erreur qui nous fait attribuer faass^ ment au corps \me couleur complémentdre à celle de la partie colorée du voile.

Tandis que nous sommes exercés à reconnaître exactement les couleurs des corps, pour un éclairage d'une couleur uniforme, notre habitude ne va cependant pas jusqu'à nous mettre en état de le faire lorsque deux éclairages de différentes couleurs viennent de deux côtés différents et de sources lumineuses de petite dimension, qui projettent des orokes bien nettes. En effet, dans la plupart des cas d'éclairage coloré que nous venons de passer en revue, les surfaces colorées sont très-étendues et, par suite, la lumière chromatique est assez uniformément étalée sur toutes les parties des objets considérés. Aussi pour toutes les surfaces colorées sans exception, aussi loin que s'étend l'éclairage chromatique, nous exerçons-nous à faire abstraction de l'éclairage pour trouver la couleur du corps. Nous procédons de même pour les ombres colorées» tant que les deux éclafrages chromatiques se superposent. Quand la lumière d'une boup:ie se mêle à la lumière du jour, la coloration du fond est d'un jaune-rouge blanchâtre : nous retranchons donc cette coloration jaune-rouge de la couleur de celle des ombres h laquelle n'arrive pas la lumière de la bougie, ci cette ombre nous paraît bleue, tandis qu'elle est blanche en réalité. Pour vérifier que, dans notre idée, pour ces on)l)res colorées et pour le voile de papier transparent, réclairage s'étend aussi sur les parties blanches objectivement, on peut remarquer que, lorsque de petites irrégularités du papier forment des taches dans l'éclairage, on croit voir des mouchetures douées d'un éclairage chromatique, dont elles sont assurément dépourvues en réalité.

Je vais donner encore quelques exemples qui sont très-propres à faire ressortir notre faculté de discerner deux couleui*s d'objets placés l'un derrière l'autre. — Le premier se rapproche de l'expérience déjà citée de Volkmann, qui, tenant devant l'œil deux bandelettes étroites de papier coloré, l'une très-rapprochée et l'autre à la distance de la vision distincte, remarqua qu'au lieu de la couleur résultante, il voyait l'une des couleurs à travers l'autre. Tenons un voile vert , tout près des

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ux, et éclairons-le d'une manière assez intense pour que tout le amp visuel se recouvre d'un reflet vert, le dessin et les plis du voile ipparaissent que sous forme d'une image de difrusion très-faible : reconnaîtra exactement et sans difliculté la couleur des objets vus à ivers le voile, bien que, sur la rétine, la lumière verte du voile vienne mêler à toutes les autres couleurs. L'expérience devient encore plus uiarquable quand, au bout d'un certain temps, l'œil est fatigué pour lumière verte : les objets vus à travers le voile se colorent alors en se, bien que la lumière verte vienne s'ajouter à leur image rétinienne. 3 résultat ressort mieux encore si, fermant l'œil gauche, nous ne re* irdons à travers le voile qu'avec l'œil droit. Bientôt un papier blanc, 1 à travers le voile, paraît blanc et même rougeâtre. Si nous fermons ors l'œil droit et que nous ouvrons l'œil gauche, qui n'est pas derrière voile, le papier paraît vert^ par opposition. En ouvrant alternativeent les deux yeux, on voit le papier prendre une teinte rougeâtre pour Bil droit, où son image rétinienne est blanc-verdâtre, et une teinte îrdâtre pour l'œil gauche, où son image rétinienne est blanche. Au lieu du voile vert, on peut fort bien employer un verre d'urane, dairé par le soleil, qui répand alors, pai* sa fluorescence, de la lumière îrte dans le champ visuel. On verra plus loin, au § 32 (p. 792 de ^t. allem.) , plus de détails sur cette expérience. Le même résultat se présente dans l'expérience indiquée par nith (1) de Fochabers, et qui a été modifiée et expliquée théoriqueent depuis par Brûcke (2). — Lorsqu'on amène tout près de l'œil -oit une flamme brillante, ou qu'on éclaire le côté droit de l'œil droit ir la lumière directe du soleil, mais de telle façon que la lumière ne ^nètre pas par la pupille, l'oeil gauche étant maintenu dans l'ombre, s objets blancs paraissent verdâtres à l'œil droit et rougeâtres à ml gauche. Ces colorations sont faciles à constater, soit en ouvrant temativement les deux yeux, soit en fixant binoculairement une feuille î papier blanc, au devant de laquelle on tient, à quelque distance syeux, une baguette noire qui se projette sur le papier en deux images ilatives chacune «^ l'un des yeux. Alors encore, l'image de gauche, ai correspond à la partie où l'œil gauche seul voit la surface du paier, parait rouge, tandis que l'image de droite paraît verte. Si l'on le, au contraire, un tableau noir devant lequel on tient, à quelque istance, un objet blanc qui apparaît double, l'image droite, vue par onl gauche, est rouge, et l'autre est verte. Ainsi, pour l'œil éclairé

(!) Edinb, Jmtrn. of Science, V, 52. — Pogg. Ann., XWII, 494.

(2) Denkichr. der k. k. Aknd, zu Wien, III. — Pogg. Ann,, LXXXÎV, 418,

538 {411) DEL-XIÉME PARTIE. — DES SENSATIONS VISUELLES. § %. latéralement, le blanc parait plus verdâtre que pour rœîl non éclairé. Or, dans ces conditions, la sclérotique et les paupières laissent panenir de la lumière dans l'œil éclairé, et cette lumière est rouge, comme nous le savons, d'après des expériences déjà vues (1). Lorsqu'on 6dt pénétrer la lumière solaire latéralement dans l'œil, on reconnaît d'ailleurs la coloration rouge siu: des objets foncés : c'est ainsi que â Ton examine une page imprimée, les lettres noires paraissent d'un ronge éclatant, tandis que le papier blanc paraît vert. Cette lumière rouge, qui pénètre latéralement, se diffuse sur la plus grande partie du fond de l'œil, et les parties de la rétine de l'œil éclairé qui reçoivent l'image d'un objet blanc, bien qu'éclairées simultanément par de la lumière blanche et de la lumière rouge, perçoivent du blanc verdâtre. Lorsqu'on prolonge l'expérience, la coloration verdâtre devient de plus en plus nette, parce qu'elle dépend de la fatigue de l'œil pour le rouge. Mais avec la prédominance de la lumière rouge sur la rétine, cette coloration verte ne peut provenir que de ce que nous ne confondons pas l'éclairage primitif et général du fond avec la lumière de l'objet, qui vient s'y ajouter, et cet objet parait verdâtre par suite de fatigue de l'œil pour le rouge. En revanche, le blanc pur paraît rougeâtre dans l'œil non modifié.

Qu'on examine, sur la surface bien polie d'une table d'acajou, les images des tentures et du plafond d'une chambre ; si l'on accommode l'œil pour les objets réfléchis, ils peuvent présenter soit leur couleur naturelle, soit une coloration bleuâtre, complémentaire de celle de la table: si Ton accommode, au contraire, pour la table, on voit que la lumière qu'elle émet possède, en masse, une coloration jaune-rouge bien accentuée. La coloration complémentaire des images réfléchies me paraît se produire surtout lorsque la lumière réfléchie des objets est faible par rapport à l'éclairage de la table. Mais si, au contraire, la lumière réfléchie augmente beaucoup d'intensité, ainsi que cela a lieu pour une incidence très-oblique, les veines du bois disparaissant , les images réfléchies paraissent souvent rougeâtres, car rien ne nous sollicite plus alors à faire la distinction.

Bien que la production du contraste soit remarquablement favorisée par les circonstances qui nous engagent à séparer la lumière blanche en deux portions, ces conditions ne sont cependant pas nécessaires. •* En efiet, il peut se présenter des phénomènes de contraste analogues dans d'autres cas où le champ induit ne se distingue du champ induc-

(1) Voyez plus haut, p. 214.

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