LIGNES QUI PEUVENT GLISSER SUR ELLES-MÊMES
d parallélisme de deux lignes par runiformité de Idor distance en tous ufs points, de l'égalité de deux angles à c6tés parallèles par un proîdé analogue.
Ëour juger si une ligne du champ visuel est droite, lorsqu'elle passe ir le point de regard principal, on peut en y promenant le regard ncîiier successivement tous les points de cette ligne sur la même ligne ; la rétine. Nous avons vu dans le paragraphe précédent que si nous hreloppons l'image accidentelle d une portion de ligne droite qui passe If le point de regard principal, lorsque nous promenons le regard uvant le méridien qui contient cette portion de ligne, l'image accimtelle reste sur ce méridien. Dans ces expériences, l'image acciden- De déâgne, dans le cfaatnp visuel, la projection des parties de la tine qui ont reçu l'impression de l'objet linéaire et il suit de là que ntes les parties d'un semblable méridien peuvent se peindre succès- ^etnent sur les mêmes points de la rétine.
Ainsi, tandis que le regard parcourt lin semblable méridien, la ligne irrespondante de l'image rétinienne se déplace sur la ligne correspond lote de la rétine même, de manière qu'elles présentent une coïdciïlice continuelle, et l'on voit le champ visuel se déplacer par rapport l ehatnp de regard de telle façon que le méridien du champ visuel se iplace sur celui du champ de regard sans cesser de coïncider avec lui. Les cercles de direction mentionnés dans le paragraphe précédent u 6S6) et qui passent tous par le point occipital du champ de regard oissent de cette propriété d'être des lignes du champ visuel dont mage se déplace suivant elle-même. On a vu, à propos de ces cercles, le sd une image accidentelle linéaire coïncide avec un cercle de dlrec* m lorsqu'on fixe un point d'un pareil cercle, elle coïncide avec ce rele en tous ses autres points. Comme la position de l'image accident- Qe est invariable sur la rétine, on constate également, par ce fait, l'en parcourant du r^ard un semblable cercle de direction, loua les teieots linéaires de ce cercle se peignent continuellement sur la même pie rétinienne.
Nous avons également fait remarquer, au même endroit, qu'une lage accidentelle linéaire de peu de longueur coïncide avec les autres ttlês de direction qui ont la même tangente au point occipital. Ces propriétés que nous avons mentionnées donnent aux cercles de rection une importance toute spéciale pour l'œil. — Dans leplan^ la pie droite se distingue de toutes les autres en ce que ses parties coïndent Tune avec l'autre, de quelque manière qu'on les superpose. Il n'y que le cercle qui partage avec la ligne droite cette propriété de coïnder en ses différentes parties et, par suite^ de pouvoir glisser sur lui*
70/i (549) TROISIÈME PARTIE:. - DES PERCEPTIONS VISUELLES. § 28. ' même. Mais deux arcs égaux^ pris dans im même cercle, ne coinddent qu'à condition qu'on les superpose d'une manière déterminée : on peut également en superposer les extrémités sans faire coïncider les parties moyennes. C'est sur cette propriété de la ligne droite que repose principalement son importance comme mesiu*e de longueur : nous ne pouvons appliquer, en effet, à cet usage, qu'une ligne qui soit complètement déterminée par la position de ses extrémités et dont on poisse faire coïncider toutes les parties par superposition.
Le champ de regard ne contient qu'une sorte de lignes pour lesquelles on puisse constater, par un acte immédiat de sensation, qu'elles peuventglissersur elles-mêmesetque, par conséquent, toutes leursparties peuvent coïncider entre elles ; d'après l'explication qui précède, en tenant compte de la loi de Listing, ce sont les cercles de direction ou cercles directeurs. Il peut bien se présenter, dans le champ de regard, d'autres cercles que nous devons considérer comme pouvant glisser sur euïmèmes, mais on ne peut pas le constater par im acte immédiat de la sensation, sans le secours de mensurations et de déductions.
Lorsque, dans ses mouvements, un œil s'écarte de la loi de Listing, il n'existe pas nécessairement pour lui des lignes qui puissent glisser indéfiniment sur elles-mêmes pendant les mouvements du regard ; mais on pourra toujours construire des lignes dont tous les éléments viennent se peindre successivement sur un même élément linéaire rétinien mené par le centre de la rétine. Nous donnerons à ces lignes le nom de lignes directrices du champ de regard. Ce n'est que pour les mouvements conformes à la loi de Listing que toutes les lignes directrices du champ de regard peuvent glisser sur elles-mêmes et donnent une image rétinienne inaltérée à Tceil qui les parcourt. C'est là une propriété essentiellement particulière aux mouvements de Toeil conformes à la loi de Listing.
Les lignes droites de l'espace objectif se dessinent suivant des grands cercles dans le champ visuel sphérique. Les grands cercles ne coïncident avec les cercles directeurs que lorsqu'ils passent par le point de regard principal (position primaire de la ligne de regard). Dans ce cas, comme on le voit par les expériences décrites plus haut, de petites portions de ces lignes paraissent droites; dans tout autre cas, elles paraissent courbes, et le sens de cette courbure est contraire à celui de la courbure véritable des cercles directeurs.
Les cercles directeurs, les lignes directrices, doivent, en effet, jouer dans le champ visuel plan le rôle des lignes droites, qui sont les lignes de direction constante dans le plan. Une règle de faible longueur fournit le moyen de tracer, dans le plan, une ligne droite indéfinie ; il suffit de
§ 28. ESTIAiATiOiN DANS LA VISION INDlRËCTii;. {5S0) 705
tracer d'abord une ligne de la longueur de la règle, puis de déplacer la règle le long de cette ligne, et ainsi de suite. En procédant ainsi, si la r^Ie est exactement droite, on obtient une ligne droite ; si elle est un peu courbe, on obtient un cercle. Dans le champ visuel, la partie centrale de la vision distincte, affectée d'une sensation visuelle linéaire fX)uvant, dans certaines circonstances, devenir une image accidentelle , joue le rôle de la règle mobile ^dont il vient d'être question. Nous déplaçons le regard suivant cette ligne ; la ligne se déplace alors ^e-mème et nous indique encore la direction à suivre. Dans le plan, nous pouvons également bien appliquer ce procédé avec une règle recdligne ou courbe, mais dans le champ visuel, à chaque position du regard ne répond, pour une direction déterminée du mouvement, qu'une seule espèce de ligne qui puisse glisser d'une manière continue sur ellemême.
Nous voyons donc comment les mouvements de l'œil et leur loi déterminée rendent possibles certaines mensurations dans le champ de regard. Mais, ainsi qu'il a été déjà remarqué plus haut, la vision indirecte permet, même pour le repos complet de l'œil, une certaine appréciation des dimensions du champ visuel, évaluation nécessairement bien moins précise que celle obtenue loi*s des déplacements du regard, ne fûtrce qu'à cause de la netteté bien moindre comportée par la vision indirecte. C'est pour les phénomènes subjectifs que la faculté d'exécuter de semblables mensurations se manifeste de la manière la plus frappante, ces phénomènes, tels que la figure vasculaire, ne pouvant s'observer que dans la vision indirecte. Nous sommes à même de dessiner me semblable figure, de percevoir ses déformations lorsqu'on fait varier la direction de l'éclairage, et nous nous en formons une notion déterminée bien que nous ne puissions pas, par des mouvements de Toeil, en modifier la position sur la rétine et en parcourir du regard les différentes parties. De même, lors de l'éclairage instantané du champ "Wuel par un éclair dont la durée est trop faible pour admettre \m voavement sensible de l'œil, nous sommes en état d'apprécier en gros 1* forme des objets placés devant nous.
Mak ce mode d'observation est accompagné d'illusions particulières 4e l'estimaiion oculaire, illusions importantes en ce qu'elles paraissent dkmner des inâkations sur la manière dont nous sommes parvenus à la mensuration du champ de la vision indirecte.
ïn premier lieu, il faut nioTîtionner ici les illusions décrites plus haut, vdatives à la comparaison des angles non parallèles et des lignes à érections différentes ; en effet, il sulBt de s'observer pour s'assurer que
706 {65i) TROISIÈME PARTIE. — DES PERCEPTIONS VISUELLES. § 28. les mouvements de l'œil ne concourent pas, et ne peuvent pas concourir, dans les cas de ce genre, à la rectification du jugement. Ces illusions se présentent aussi bien lorsqu'on fixe invariablement un point que lorsqu'on promène le regard.
Il faut mentionner encore un autre système d'illusions dont je n'ai encore trouvé la mention nulle part et qui se rapportent aux lignes droites apparentes du champ visuel, et à la grandeur apparente des parties périphériques de ce champ. Dans le plan, les lignes droites sont en même temps les plus courtes et celles qui ne présentent aucune courbure ni d'un côté ni de l'autre. Sur la sphère, ce sont les grands cercles, dont le rayon est perpendiculaire à la surface sphérique, qui paraissent ne présenter aucune courbure. Tous les petits cercles, au contraire, paraissent concaves du côté de la plus petite des calottes sphériques qu'ils circonscrivent, convexes du côté opposé.
Nous pouvons nous demander à présent quelles sont les lignes sans courbure dans le champ visuel. Sont-ce, connue on pourrait le supposer d'abord, les grands cercles du champ supposé sphérique? On peut facilement s'assurer qu'il n'en est pas toujours ainsi.
Qu'on répète l'expérience, déjà citée, des trois étoiles ; seulement, au lieu de déplacer le regard, qu'on le maintienne fixe. Qu'on cherche sur le ciel trois étoiles brillantes situées le plus approximativement possible sur un grand cercle, ce qu'on peut reconnaître assez exactement en les visant le long d'un fil tendu ; qu'on choisisse ces étoiles le plus loin possible Tune de l'autre, et cependant assez brillantes pour pouvoir être reconnues facilement à la vision indirecte et être distinguées des autres étoiles plus petites. Lorsqu'on s^est arrêté à trois étoiles qui soient dans ces conditions, si l'on fixe celle du milieu, elles paraissent placées en ligne droite, ou si elles ne sont pas tout à fait exactemoit sur un grand cercle on reconnaît sans erreur dans quel sens et même approximativement de combien elles s'en écartent. Mais si Ton vient à transporter le point de fixation, à quelque distance, d'un côté ou de l'autre de la ligne d'étoiles, on voit aussitôt cette ligne présenter une concavité dirigée vers le point de fixation , concavité d'autant plus marquée que le point de fixation est plus éloigné de la ligne d'étoile Cette expérience nous apprend que, pour le regard immobile, iw grand cercle n'apparaît sans courbure sur le ciel que lorsqu'il passe par le point de fixation, et que, dans tout autre cas, il prése^ice une concavité tournée vers le point de fixation. 11 s'ensuit de pMs que, pour que des lignes paraissent droites sur les parties périphériques du champ visuel, il faut qu'elles présentent, en réalité, sur la voûte céleste, une convexité tournée vers le point de fixation.
or les objets terrestres, on est facilement influencé, dans Testimades dimensions du champ visuel, par les notions déjà acquises tivement aux dimensions véritables de l'objet; mais on réussit «dant à percevoir la même illusion en présence de ces objets, e mieux est de se pencher bien avant au-dessus d'une grande table, nanière à n'avoir plus, dans le champ visuel, de ligne droite qui se servir de repère, puis de fixer un point de la table. — Si Ton e ensuite, à une certaine distance du point de fixation, trois fraglis de papier, ou d'autres objets clairs, et qu'on cherche à les disir en ligne droite, dès qu'on dirige le regard sur les papiers, on ve toujours qu'on les a placés suivant un arc dont la convexité est née vers le point qui servait à la fixation. i l'on place sur la même table une longue bande de papier dont les Is parallèles sont distants de trois pouces environ, fixant le milieu El bande, on remarque qu'à la vision indirecte ses extrémités paraisplus étroites que le milieu et qu^elle parait limitée pai* deux arcs se regardent par leurs concavités.
ur les lignes droites d'étendue apparente plus faible, on ne remarque le plus souvent, la courbure, parce que nous sommes bien plus dis- » à les considérer comme des lignes droites appartenant à des objets 3 que comme des grands cercles du champ visuel. andis que les grands cercles qui ne passent pas par le point de fixa- ; paraissent présenter une concavité tournée vers ce point, les les parallèles à un grand cercle mené par le point de fixation paraisprésenter, au contraire, une convexité dirigée vers ce point. — Pour assurer, qu'on courbe suivant un demi-cylindre, de rayon un peu idérable, une bande de papier large de 3 à ô pouces et qu'on place au milieu de l'axe. Si l'on fixe le milieu de la bande, elle paraît large vers les deux extrémités et semble limitée par deux arcs dont convexités sont en regard. Les parties extrêmes de la bande se trou- ; à la même distance de l'œil que le milieu et, pour cette raison, i apparaissent, géométriquement, sous le même angle visuel que le eu : cependant, dans le champ visuel, elles paraissent plus laides le milieu de la bande.
iguruDS-nous le point de fixation situé à l'horizon, et, verticalement lessus de cp, point, à la hauteur A, un point par lequel on doit mener ligne horizontale qui paraisse droite à la vision indirecte. Le grand :1e qui coupe l'horizon à la même distance à droite et à gauche, et passe à la distance h au-dessous du point occipital de l'observar, parait concave inférieurement. Un cercle parallèle à l'horizon, qui dt réellement partout horizontal, et qui passerait à la distance h
706 {55i) mOlSlÉAIK I^ARTÏE. -- DES PEHCliPTlONS VISUELLES. J tt. les iDOuvcments de Y œil ne coiicoorent pas, et ne peuvent pas coooûttrir, tlaDs les cas de ce genre, à la rectiricalioii du jugement. Ces Ulimii se présentent aussi bleu Iorsr|u'on fixe invariablement un poiot'^ lorsqu'on promène le regard.
11 faut mentionner encore un autre système d*illusions dout je d ai encore trouvé la mention nulle part et cjui se rapportent aux lignes droites apparentes du champ visuel, et à la grandeur appanaite te pai'ties périphériques de ce champ. Dans le plan, les lignes droites 8Q0I en même temps les plus courtes et celles qui ne prêseateat courbure ni d'un côté ni de l'autre* Sur la sphère, ce sont cercles, dont le rayon est perpendiculaire à la surface sphérique» qv paraissent ne présenter aucune courbure. Tous les peûts cercles^ in contraire, paraissent concaves du côté de la plus petite des cakcftn sphériques qu'ils circonscrivent, convexes du côté opposé.
Nous pouvons nous demander à présent quelles sont les lignes courbure dans le champ visuel- Sont-ce, comme on pourrait le su; d* abord, les giands cercles du champ supposé sphérique? On facilement s'assurer qu'il n'en est pas toujours ainsi.
Qu'on répète rexpérience, déjà citée, des trois étoiles; seuleoieot, au lieu de déplacer le regard, qu'on le maintienne fixe. Qu'on cbefdtf sur le ciel trois étoiles brillantes situées le plus approximativcmoDl possible sur un grand cercle, ce qu'on peut reconnaître assez exad^ ment en les visant le long d'un fil tendu; qu'on choisisse c^ ètditoill plus loin possible F une de l'autre, et cejiendant assez brillantes po«f pouvoir être reconnues facilement à la vision înilirecte et être dîstiûguétt des autres étoiles plus petites. Lorsqu'on s est arrêté à trois étoiles soient dans ces conditions, sî Ton fixe celle du milieu, elles placées en ligne droite, ou si elles ne sont pas tout à fait ex sur un grand cercle on reconnaît sans erreur dans quel sens et approximativement de combien elles s'en écartent. Mais si l'an w«r transporter le point de fixation, à quelque distance, d'un c6té ou l'autre de la ligne d'étoiles, on voit aussitôt cette ligne préseote concavité dirigée vers le point de fixation , concavité d'aotml marquée que le point de fixation est plus éloigné de la ligne tfi Cette expérience nous apprend que, pour le regard iuimobtle, lui cercle n'apparaît sans courbure sur le ciel que lorsqu'il point de tîxation, et que, dans tout autre cas, il préaparte une tournée vers le point de fixation. Il s'ensuit de p/ns que, pour ^ lignes paraissent droites sur le^ parties pi''nphériques du il faut qu^elles présentent, en réalité, sur l;i voûte célestts oœ tournée ver> le point de fixation*
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708 {55S) TROISIÈME PARTIE. — DES PERCEPTIONS VISUELLES. § Î8. au-dessus du point occipital, ne répondrait pas non plus à la question, il présenterait une convexité inférieure. Gomme ces deux cercles présentent dçs courbures apparentes de sens contraire, la ligne qui doit paraître droite doit se trouver entre ces deux cercles et, si c'est ud cercle, il doit passer au-dessus ou au-dessous du point ocdpital, à une distance moindre que h. Nous pouvons donc penser aux cercles directeurs du champ de regard, qui passent par le point occipital luimême. Voyons s^ils répondent à la question.
A cet effet, j'ai projeté sur un tableau les cercles de direction du regard dont les directions se rapportent à la ligne verticale et à la ligne horizontale menées par le point de fixation ; cette construction doime des hyperboles. — Pour les faire apparaître le plus nettement possible dans tout le champ visuel, même dans les parties vues indirectement, j'ai coloré en noir et blanc, comme un damier, les cases do treillis formé par les courbes. La figure 170 représente ce dessin à l'échelle de 3/16; .4 désigne, à la même échelle, la distance qui doit séparer du tableau l'œil de l'observateur placé juste en face du milieu. On fixe le centre du dessin. Le tableau représenté par la figure 170 était suspendu au mûr de la chambre ; le milieu était à la hauteur de mes yeux. Pour vérifier la distance de l'œil, qui devait être de 20 centimètres, j'employab une équerre dont les côtés mesuraient 20 centimètres; l'un de ses côtés étant appliqué sur le tableau, le sommet opposé servait d'appui à Tangle externe de l'œil.
L'expérience montra qu'effectivement les cercles de direction du champ de regard, projetés sous forme d'hyperboles (1) , apparaissent alors dans le champ visuel, sous foime de lignes droites, ou, du moins, de lignes qui ne semblent présenter aucune courbure dans le plan du champ visuel. Les différentes files verticales et horizontales des cases» blanches et noires paraissent di'oites et semblent présenter partout la même largeur, tant qu'on fixe consciencieusement le centre du dessin. 11 est clair que la courbme des rangées périphériques apparaît dès qu'on y porte le regard. Il se présente alors une illusion particulière : dès que je laisse errer le regard, le dessin me paraît concave, comme une coupe, de telle sorte que la courbure des liyperboles paraît se former suirani la surface et que, dans cette surface courbe, les lignes apparaissent comme des grands cercles (ou lignes de moindre longueur) • La production de cette notion lève, jusqu'à un certain point, la contradiction entre la vision directe et la vision indirecte. Les iiyi)erboles ne présen-
(1) L'équation de ces hyperboles est inaiquêc, dans le paragraphe préccdeol, en^c) f» méros suivants ; leurs distances sur l'horizontale et la verticale moyennes sout choisie «
numéros
manière à répondre à des angles visuels égaux.
;ent pas de courbure suivant les directions comprises dans le champ ôsuel : c'est le champ visuel lui-même qui parait courbe.
FiG. 170.
n faut donc avoir bien soin, dans cette expérience, de maintenir invaiablement le regard sur le milieu du tableau. Si l'on ne parvient pas i s'affranchir facilement de l'idée de la forme véritable de l'objet, on leut faciliter l'illusion en tenant appliquée devant l'œil une lentille lont on amène le foyer sur le tableau. Par ce moyen, on défigure, sans kmte, un peu les parties périphériques de l'image : pour les rayons lont l'incidence est trës-oblique, la réfraction par la lentille augmente ftcoarbure des hyperboles ; mais la plus grande partie du tableau, cel^e [ui est centrale, est vue à travers la lentille comme à une distance •finie, ce qui aide à faire abstraction de sa forme véritable.
L'ilhision réussit le plus complètement lorsqu'on fixe le centre du taUeau assez longtemps pour développer une image accidentelle bien leœntuée qu'on observe ensuite en fermant les yeux et se tournant fcns le jour.
Pour compléter l'expérience, je partis d'un point situé à plus de 10 centimètres du tableau ; les différentes hyperboles paraissant alors ODorbes, je me rapprochai peu à peu de manière à les voir droites, et
7iO TROISIÈME PARTIE. — DES PERCEPTIONS VISUELLES. §28.
je mesurai à l'aide de Téquerre la distance qui séparait mon œil du tableau. Si je m'approchais davantage encore, les hyperboles commençîdent à présenter une courbure inverse de celle qu'elles avaient réellement. Je trouvai presque toujours une distance de 20 centimètres entre mon œil et le tableau, lorsque j'appliquais mon attention aux lignes horizontales et que je cherchais à les voir droites ; le résultat se présentait également pour les lignes verticales du centre. Pour les verticales plus périphériques, surtout pour celles du côté temporal, j'avais une tendance à me rapprocher un peu plus du tableau. Leur courbure ne paraissait pas s'efiacer complètement à la distance de 20 centimètres pour laquelle la figure avait été calculée.
Les phénomènes restaient les mêmes en tenant la tète obliquement, de manière à amener les lignes du tableau sur des méridiens obliques de la rétine.
n résulte donc de là que, tant que l'indécision de la vision et de l'estimation indirectes permettent d'en juger, les lignes directrices du champ de regard, telles qu'elles se présenteraient pour l'immobilité du point de regard principal, paraissent être les lignes sans courbure, par conséquent les lignes apparentes les plus courtes du champ visuel.
Cette forme particulière des plus courtes lignes du champ visuel influe encore, comme on l'a déjà remarqué plus haut, sur la forme apparente du champ visuel et sur les dimensions des objets. — Qu'on suppose tracés le méridien horizontal du champ visuel et, à 10» audessus de son centre, une ligne directrice horizontale. Cette ligne rencontre le méridien horizontal et lui est tangente à 180° de distance, en arrière de la tête de l'observateur; mais à 90% sur les bords du champ visuel, la ligne n'est plus séparée du méridien que par une distance verticale de 5°, et comme les deux cercles présentent, dans le champ visuel, l'aspect de lignes parallèles, leur distance verticale de 5' sur les bords paraît aussi grande que celle de 10° au milieu; de même, sur les autres parties du bord du champ visuel, les dimensions horizontales des images qui sont parallèles à ce bord paraissent relativement trop grandes.
C'est ce qu'on voiL également dans les expériences suivantes. — Qu'on se place de miiniùre à voir latéralement, à 90" environ du point de fixation, une porte blanche qui se détache sur un mur foncé, ou un arbre sombre devant la surface éclairée du ciel, et qu'après avoir remarqué la hauteur que présentent ces objets à la vision indirecte, on tourne l'œil et la tète directement vers eux : on trouve qu'ils paraissent bien plus bas et que, par contraste avec cette diminution de hauteur, leur largeur se remarque bien plus. Les montagnes situées sur le bord du
s 28. ESTIMATIOiN DANS LA VISION INDIRECTE. (555) 711
champ visuel, paraissent également plus hautes et plus escarpées que lorsqu'on les regarde directement.
D'autre part, qu'on place devant soi une feuille de papier blanc sur un sol obscur ; si le regard est dirigé horizontalement en avant, de manière que le papier se présente au bord inférieur du champ visuel, la feuille parait plus large transversalement qu'elle n'est en réalité et parait se rétrécir dès qu'on la regarde directement.
Tandis que les arcs parallèles à la périphérie du champ visuel paraissent ainsi agrandis, les parties périphériques des lignes radisdres paraissent un peu diminuéBS. — Les hyperboles de la figure 170 sont construites de façon que, l'œil étant à la distance A^ les sommets des hyperboles horizontales présentent entre eux une même distance angulaire de 10 degrés. Lors donc que les hyperboles se présentent sous forme de lignes droites, les cases noires et les cases blanches devraient apparaître toutes comme des carrés égaux. Mus c'est ce qui n'a pas lieu : les carrés situés à une grande distance au-dessus et au-dessous de la ligne médiane horizontale paraissent trop bas par rapport à leur largeur. Je trouve, moins distinctement, que les carrés situés à droite et à gauche paraissent peut-être un peu [diminués en largeur. Cependant cette comparaison des grandeurs d'objets vus à la vision directe et à la vifflon indirecte est, en général, très-imparfaite.
C'est pour cette raison qu'aux bords supérieur et inférieur du champ visuel, im disque circulaire de carton, tenu devant un fond d'une couleur qui contraste avec la sienne, présente la forme d'une ellipse à grand diamètre horizontal. Aux bords droit et gauche du champ visuel, ce disque présente moins nettement l'aspect d'une ellipse à grand diamètre vertical.
Comme les parties latérales du champ visuel paraissent un peu trop hautes et trop étroites, nous avons une certaine tendance à las considérer comme plus rapprochées et comme obliques par rapport au champ visuel. Dès qu'on y porte le regard, elles paraissent s'éloigner et se ^acer plus perpendiculairement à la ligne de regard. C'est là une illuâoD que je vois très-souvent pour des objets très-éloignés, à l'horizon ou sur le ciel étoile. Le champ visuel me présente alors une concavité plus grande que celle d'une sphère dont l'œil occuperait le centre ; cependant je ne voudrais pas dire que, pour le regard immobile, le champ visuel monoculaire présente d'une manière un peu nette la forme d'une surface déterminée.
Les principales particularités que nous venons de décrire pour la perception peuvent se résumer dans la représentation géométrique sui-
712 {S56} TROISIÈME PABTIE. — BES PEBCEPTÎONS VIST7ELLES. i Hk vante, — Figuroos-nous d'abord le champ de regard comme une sphêif creuse ayant rœil à son ceiiire. Imagioona des rayons (l'&ï^^ *1^ fiiwtion de la vision) menés du centre aux différents points objectifs et prolongés jusqu'à la surface sphériqiie : les points d'intersection de res rayons avec la surface spliérique forment la projection de rimâge et l'objet sur la sphère. Supprimons les objets et ne conservons que leurs images sur la surface sphériqiie du champ de regard. L'cdl fiiint le point de regard principal, le point occipital se|trouve àToppiïfié. Je A que : Les objets paraissent distribués dans le champ visuel» comniêfli les verrait en projection géométrique exacte si l'œil était situé aa point occipital pour regarder les images de la surface sphérique. Ou Ueo : Toeil voit les objets du diamp visuel comme sur une projection sléftographique tracée à partir du point occipital et regardée de ce point. Ce mode de projection est celui qu'on emploie toujours pour le tncédB mappemondes géographiques.
En effet, les cercles de direction qui paraissent droits dans le dmflp visuel sont ceux compris dans des plans passant par le point occipilil» ils doivent donc se projeter en ligne droite lorsqu'on les regarde ded point. Les étendues situées tangentiellement le long de la périphérie èi i champ visuel doivent paraître relativement plus grandes que crflesqrf I leur sont parallèles au milieu du champ» parce que les premières idot plus rapprocliées de F œil. Il faut encore ajouter que le champ visuel é chaque œil qui, considéré géooiétriquement, occupe 180 dej^rés emrfrlt de droite à gauche, paraît, en réalité, bien plus restreint En eflei, b objets les plus éloignés que nous puissions encore voir adroite ni gauche, dans la vision indirecte, et dont la ligne droite de jonction pissf par notre œil, nous paraissent encore situés devant nous, comitie iihi lignes de direction qui s'y rendent formaient entre elles un aogieobop ou même droit En particulier, lors(pi*on regarde le cîe! de maniai n'avoir, dans le champ visuel, aucun objet de grandeur et depooû^ connues, le champ éclairé qu'on a devant soi parait présenta-» dedrnte à gauche, Tétendue d'un angle droit envu-on ; de haut en bas, cA te«^ cils et les joues diminuent un peu le champ, il paraît encore tDOÎnA^ On éprouve la même impression que si Ton regardait le wiodde eP^ rieur à partir d'un point situé à une certaine profondeur dans la léi?-
La représentation géométrirfue que je viens d*es<|aisser ne dûft^W considérée que comme une manière de sp figurer les choswB ;«&<*•' prend les traits piincipaux de la distribution apparente des olijfïfii* le champ visuel, mais elle ne les exprime pas tous, iresl àinm qdA » tient pas cximpte du raccourcissement apparent que sàHsÊ&ïU^'^ sens raxliaire, surtout aux hords inférieur et supérieur du duaipi**''
les parties voisines de la périphérie. Les parties radiaires égales paraîtraient, au contraire, égales dans toutes les parties du champ, puisqu'elles sont mesurées par des angles inscrits égaux, pour l'œil placé au point occipital, de même qu'elles sont mesurées par des angles au centre égaux pour l'œil placé au centre : or, on sait qu'à des angles au centre égaux répondent des angles inscrits égaux.
Cette représentation ne tient pas compte, non plus, des déviations apparentes des méridiens verticaux et du rapport qui existe entre les dimensions verticales et les dimensions horizontales.
Examinons maintenant comment a pu prendre naissance une semblable mensuration du champ visuel.
D*après la théorie nattvistique^ cette mensuration se faisant à l'aide de certaines dispositions organiques congénitales, il serait inutile de chercher une explication dans les phénomènes visuels.
La théorie empiristique doit chercher, au contrdre, une explication de ce genre. — Nous admettrons que la loi des mouvements de Tœil soit déjà formée, ce qui, comme on l'a vu au paragraphe précédent, peut se fidre sans que l'on connaisse la localisation des sensations dans le champ visuel, par suite de la tendance à constater que les modifications qu'éprouvent les sensations, pendant le mouvement de l'œil, dépendent seulement de ce mouvement et non pas de modifications des objets extérieurs. En réalité, ainsi qu'il a déjà été dit, l'estimation oculaire peut se développer partiellement en même temps que la loi des mouvements : l'exercice peut arriver à sa perfection sans que cela se fasse méthodiquement, en passant par les temps successifs nécessités par les besmns de l'exposition. Mais cette remarque n'entraîne pas de modification essentielle.
Au commencement de ce paragraphe, nous avons vu comment les mouvements de l'œil suffisent pour reconnaître dans quel ordre sont disposés les objets et les points rétiniens correspondants qui sont caractérisés par des signes locaux particuliers, les premiers sur la surface du champ visuel, les seconds sur celle de la rétine. Il ne reste plus qu'à expliquer comment s'établit l'évaluation des distances.
Nous avons vu ensuite comment la loi des mouvements des yeux, une fois établie, procure la connaissance de certaines lignes du champ de regard, les lignes directrices^ qui ont la même direction dans toutes leurs parties et qui peuvent glisser le long d'elles-mêmes.
Quand, après avoir perçu un objet quelconque dans la vision indirecte et en avoir obtenu, par conséquent, sur une partie latérale de la tétine, une certaine impression délimitée, nous dirigeons ensuite le regard
nu (558) TROISIÈME PARTIE. — DES PERCEPTIONS VISUELLES. §38. vers cet objet, nous obtenons une seconde impression du même objet avec sa même grandeur apparente, sur le centre de la rétine, et nous pouvons apprendre peu à peu, par l'expérience, à quelle sensation centrale chaque impression périphérique équivaut en qualité et en grandeur. De là vient la possibilité d'apprendre à juger la forme et la grandeur apparente des objets, même par la vision indirecte, en tant que l'exactitude de cette vision périphérique est suffisante.
Mîûs, outre la grandeur et la forme, on compare aussi la portion de l'objet vu d'abord indirectement, puis directement, par rapport à l'objet qu'on avait vu directement d'abord ; on remarque quelles sont les lignes des deux objets qui se peignent sur les mêmes méridiens de la rétine. Cette comparaison de la position doit, sans doute, présenter des différences suivant que nous partons de la position primaire ou d'une position secondaire du regard, bien que la loi de Listing, applicable à Yoàl normal, rende la somme de ces différences aussi petite que possible. Mais dans la moyenne de tous les cas, la comparaison a lieu comme si le premier objet avait été fixé dans la position moyenne, c'est-à-dire dans la position primaire. On a déjà vu, d'ailleurs, que l'œil affecte le plus souvent la position primaire, comme étant la plus commode et la plus avantageuse pour l'orientation, et que nous cherchons à éviter les mouvements qui nécessitent des rotations autour de la ligne de regard. On comprend donc que nous pouvons apprendre, par l'expérience, quelles sont les directions qui s'accordent, dans les parties latérales du champ visuel, avec les lignes menées par le point de fixation, et cette concordance adoptera pour règle de s'établir de la même manière que lorsque le point de fixation est en môme temps le point de regard principal, c'est-à-dire que tous les éléments d'une seule et même ligne directrice paraîtront avoir, dans le champ visuel, des directions cmcordantes, et toutes les lignes directrices qui sont tangentes au point occipital d'un seul et même méridien du champ visuel affecteront de^ directions concordantes.
Mais cette détermination des lignes qui ont des directions concordantes est en contradiction avec les déterminations de grandeur apparente qu'il faut faire pour comparer les objets vus directement et indirectement En effet, d'après notre manière de définir les directions concordantes, les lignes qui présentent ces directions ne peuvent pas se rencontrer, car, au point d'intersection, elles ne pourraient pas présenter de directions concordantes. Elles nous paraissent, au contraire, être parallèles et présenter partout la même distance. Mais ceci exige, comme nous l'avons vu plus haut, que les longueurs dirigées suivant la périphérie paraissent relativement trop grandes.
Si, dans ces comparaisons, nous tenons plus compte de la direction des lignes concordantes que de la grandeur des objets, c'est ce qm tient sans doute à ce que, pour les images si confuses et si effacées des parties périphériques, nous reconnaissons encore assez bien et assez exactement les directions des lignes, lorsque la forme et les dimensions de l'dbjet ne se distinguent plus que d'une manière très-imparfaite. — Lorsqu'on examine une ligne noire déliée, dans des conditions où l'on ne puisse pas accommoder pour cette ligne et où elle se présente sous la forme d'une bande estompée, on ne peut absolument pas apprécier sa largeur, et l'estimation de sa longueur est très-imparfdte, tandis qu'il est encore possible de comparer très-exactement sa direction avec celle f un fil vu distinctement et qu'on place soit parallèlement au bord de la bande estompée, soit au milieu de cette bande. Or, dans les parties latérales du champ visuel, les images font à peu près la même impression subjective, bien que pour une tout autre cause, que des images trës-eflEsbcées par suite d'une accommodation imparfaite ; il me semble dùDC naturel d'admettre, et l'expérience paraît le confirmer, que l'apprédation de la direction des lignes qui parcourent ces parages du champ visuel est susceptible de bien plus d'exactitude que celle de la grandeur des objets qui s'y trouvent. Il m'est, du moins, bien plus difficUe de trouver la position que je dois prendre pour voir les cases périphériques de la figure 170 affecter la même largeur que les cases centrales, que de chercher à voir s'effacer la courbure des lignes.
Si, aux limites extrêmes du damier, les lignes directrices paraissent encore im peu courbes, c'est ce qui s'explique par cette circonstance qu'en partant de la position primaire on ne peut atteindre ces parties qo*au moyen d'une déviation latérale de l'œil, bien plus forte que celles qu'on exécute ordinairement. Pour pouvoir les atteindre du regard sans effort insolite, il fallait donner à la ligne de regard, lors de la contemplation du centre du disque, une direction vers le côté 0{qpo8é. Hais, dans cette position, les lignes de direction du champ visuel seraient, en réalité, moins courbes que les hyperboles, dans la partie correspondante de la périphérie.
Dans la partie moyenne du chatnp visuel, celle que l'on voit distinctement, on peut, à cause de son peu d'étendue, faire abstraction de la courbure de la surface sphérique et des lignes directrices qui s'y troufent Dans cette partie du champ visuel, on peut considérer les lignes dbrectrices concordantes comme étant des lignes droites parallèles. Aussi, dans ces régions, la comparaison de la forme, de la grandeur et de la position des objets regardés successivement dans la vision directe et dans la vision indirecte, doit-elle donner des résultats concordants.
716 {559) TROISIÈME PARTIE. — DES PERCEPTIONS VISUELLES. §28. Dan^ cette région, la comparaison exacte entre les étendues vues indirectement et celles qui leur sont parallèles pour la vision directe, peut donc s'établir directement, tandis que les comparaisons de ce goire entre des étendues semblables 'situées à la périphérie du champ visuel sont très-incertaines et très-défectueuses. Quant aux étendues noo concordantes, même au milieu du champ visuel, elles ne peuvent pas être comparées immédiatement : cette opération exige le secours de rotations de la tête ou de l'objet, ce qui entraîne une imperfection bien plus grande que celle qui accompagne la rotation de l'œil seul.
Les faits indiqués plus haut nous apprennent, de plus, qu'on peut aussi comparer avec exactitude et facilité, sous le rapport de la grandeur, les lignes et les angles qui occupent des positions concordantes et qui peuvent être amenés, par conséquent, à coïncider avec les mêmes points rétiniens, tandis que l'évaluation de la grandeur relative de lignes et d'angles dont la position n'est pas concordante, présente une incertitude considérable et est accompagnée de certaines erreurs régulières et constantes. Nous apprenons assurément, jusqu'à un certain point, à comparer des lignes et des angles dont la position ne concorde pas, comme les côtés et les angles d'un carré ou d'un triangle équilatéral: nous nous aidons, soit en faisant tourner les objets devant nous de manière à les voir dans des positions différentes, soit en déplaçant notre tête. Mais ces deux actes ne sont ni aussi fréquents ni aussi régulièrement répétés que les simples mouvements de l'œil ; aussi ne sommesnous exercés que d'une manière très -imparfaite h la comparaison d'objets dont les positions ne concordent pas.
Quand la perception présente des incertitudes, notre jugement est encore facilement induit en erreur par d'autres motifs qui peuvent manifester aloi*s leur influence. Nous verrons que Tillusion relative à la grandeur des angles droits est dans un rapport tout à fait particulier avec la vision binoculaire, et c'est pour cette raison que ses effets sont assez régulièrement les mêmes pour les différentes personnes. Au contraire, l'illusion qui nous fait voir les lignes verticales plus longues que les lignes horizontales présente de très-grandes différences pour des individus différents, et je trouve que,* chez moi-même, dans ce cas, le jugement est très-variable et très-incertain. L'illusion dont je parle est peut-être influencée par cette circonstance que la plupart de ces figures par rapport auxquelles nous changeons notre position ou dont nous changeons la position par rapport à nous, afin d'amener successivement sur les mômes parties de la rétine leurs lignes et leurs angles diversement dirigés, sont des figures tracées sur le sol ou sur des tables planés, qu'elles appartiennent à des objets que nous tenons dans la main.
comme nos livres, dans une position telle que leur extrémité inférieure est plus rapprochée de l'œil que la supérieure. Pourquoi choisissonsnous cette manière de les tenir? C'est ce que nous apprendrons dans l'étude de l'horoptre. Il suffit de remarquer ici que, dans une semblable position, les lignes verticales se présentent effectivement à nous en raccourci, circonstance qui peut nous amener à considérer toujours les lignes tracées dans ce sens comme plus longues qu'elles ne le sont d'après leur grandeur apparente.
On conçoit de plus que lorsqu'on a une fois établi, par une considération quelconque, quel est le méridien qui doit être considéré comme verdcal et dans quel rapport de longueur les lignes verticales et horizontales doivent se présenter à nous lorsqu'elles sont ^ales en réalité, la position apparente de tout autre point du champ visuel est alors également déterminée.
Si nous nous bornons à la partie moyenne du champ visuel, qui peut être considérée approximativement comme plane, nous pouvons nous flgurer la position géométrique des points comme donnée par des coordonnées rectangulaires. — Soient il£(fig. 171) l'horizontale qui répond à rhorizon rétinien, CA une ligne verticale, A le point de regard. Supposons que, pour la position apparente dans le champ visueli ab réponde à l'horizon rétinien et ac au méridien vertical. Supposons, de plus, que le point F du champ visuel géométrique soit éloigné de deux unités de longueur de l'axe AB et de trois unités de l'axe AC. Portons sm* ab trois unités de longueur égales à cdles de AB et, sur oc, la ligne ad qui paraît égale à deux unités de loQgueur de il C ; complétant le parallélogramme abdf^ le point /est la portion apparente de F; en effet, par construction, tous les éléments linéaires et tous les angles des deux figures doivent paraître respectivement ^ux.
Ainsi, d'après la théorie exposée et qui est confirmée par les faits, dans la partie moyenne du champ visuel, celle qui est vue distinctement et que nous pouvons considérer comme plane, la position apparente des points peut se déduire de leur position géométrique, en reportant les points d'un système de coordonnées rectangulaires dans un Sfstëme oblique, dont les axes comportent des rapports différents»
nr
FiG. 171.
718 {561) TROISIÈME PARTIE. — DES PERCEPTIONS VISUELLES. § 28. Cependant, ainsi qu'il résulte de propositions connues de la géomëtrie analytique, on peut toujours trouver alors la position d'un système rectangulaire tel qu'il sufSse, pour faire la transformation, de diminuer ou d'allonger, dans un rapport donné, les coordonnées parallèles à l'an des axes. Nous avons déjà indiqué plus haut les angles et les rapports d'axes qui doivent servir de base à ces transfiwmatioiis.
Je dois encore faire remarquer ici que les faits décrits sont en œntradiction avec deux autres théories qui ont été établies sur la meosoration du champ visuel. — Un certain nombre de physiologistes ont accepté l'hypothèse de J. Mûller d'après laquelle la rétine aurait la faculté de percevoir ses propres dimensions. S'il en était ainsi, au liea de paraître trop grandes, les directions tangentielles voisines de la périphérie du champ visuel paraîtraient, au contraire, trop petites, puisque, comme on le voit sur la coupe de l'œil (pi. I, fig. 1) , la rétine devient bien plus étroite vers son bord antérieur, près de Vora serraia gg, qu'une demi-sphère décrite autour du point nodal. Il n'est pas facile de dire ce que deviennent, dans cette hypothèse, les dimensions radiales, car on ne peut déterminer exactement ni la réfraction subie par les rayons qui arrivent sous une incidence aussi oblique par rapport i l'axe, ni la position d'une image rétinienne aussi périphérique.
Une seconde hypothèse, qui a été employée pour expliquer la mensuration du champ visuel, a été déduite, par plusieurs physiologistes, des expériences de E. H. Weber sur les cercles sensitifs de la peau et de la rétine (1), mais en s écartant beaucoup, ce me semble, des idées de cet auteur. D'après cette hypothèse, on prendrait pour unité de mesure pour les surfaces, les plus petites étendues perceptibles. Conune nous l'avons déjà vu page 291, on ne peut percevoir deux impressions comme distinctes dans l'espace que lorsqu'on perçoit, entre deux éléments de surface excités, la présence d'un troisième élément qui ne le soit pas du tout ou qui le soit d'une manière différente. La grandeur des plus petits éléments superficiels perceptibles, comme Aubertet Forster l'ont démontré après Weber, est très-différente pour les différentes parties de la rétine|comme pour les différentes parties de la peau, de sorte que, pour distinguer la présence séparée de deux points, il faut donner aux points excités une distance variable avec la région sensible à laquelle on s'adresse. Ainsi lorsqu'on applique les pointes d'un compas sur une partie de la peau où leur distance est inférieure à la plus petite
(1) E. H. Weber, teber den Raumsinn und die EiiiprinduDgskrei8e in der Haut uiid im Auge, in Berichte der Sâchs, Ges., 1852, p. 85-16â.
distance perceptible, leurs impressions se confondent et Ton ne croit être touché que par une seule pointe ; si on les applique sur une partie où Ton ne distingue leur existence séparée que d'une manière confuse, on est incontestablement amené à les croire plus rapprochées qu elles ne le sont en réalité ; si on les applique, enfin, sur des parties où la distinction est plus délicate, où Ton reconnaît facilement qu'elles sont séparées, on évalue, ce me semble, exactement la distance qui les sépare en réalité. C'est ainsi que les pointes d'un compas qui sont séparées, par exemple, de A lignes, me paraissent présenter le même intervalle à la pointe de la langue, au bout des doigts ainsi qu'aux lèvres, bien qu'on distingue une distance d'une 1/2 ligne au bout de la langue, une distance de 1 ligne seulement au bout des doigts et de 2 lignes aux lèvres. Par contre, au menton et au-dessous du menton, endroit où la distinction de pointes écartées de A"" devient difficile et incertaine, les pointes qui présentent cet écartement me paraissent, lorsque je les distingue, un peu plus i-approchées qu'elles ne le sont réellement, suivant la loi générale de la sensibilité d'après laquelle les différences nettement perceptibles paraissent plus grandes que celles qu'on ne perçoit qu'indistmctement. Cependant lorsque je les applique au cou, tant que je puis encore les reconnaître comme distinctes, elles ne me font jamais l'effet d'être aussi rapprochées que lorsqu'elles sont appliquées à la pointe de la langue avec un écartement d'une demi- Ugne ou d'une Ugne. Ainsi, les plus petites distances perceptibles ne paraissent pas du tout égales sur les différentes parties de la peau ; elles présentent, au contraire, de très-grandes différences.
Il en est de même sur la rétine. Lorsque j'examine, à la vision indirecte, deux petits cercles noirs de 2"" de diamètre et dont la distance est également de 2"" , si je cherche une position où ils commencent à me paraître visibles, ils ne me paraissent alors aucunement plus rapprochés qu'ils ne sont réellement et, en tout cas, ils sont bien loin de paraître aussi voisins que deux points fixés avec le centre de la rétine et dcMQt la distance soit à la limite de la perceptibilité distinctive.
Je crois donc que c'est donner une extension vicieuse à la théorie de Weber sur les cercles sensitifs, que de vouloir attribuer à ces cercles une grandeur apparente invariable et de prendre cette grandeur pour unité de mesure dans l'espace. Une semblable hypothèse exigerait, pour l'oeil, que la périphérie tout entière du champ visuel parût relatiii^nent bien plus petite, dans toutes ses dimensions, que les objets qui l^ésenteraient la même grandeur angulaire au milieu du champ visuel. Nous avons vu, au contraire, que les directions tangentielles paraissent augmentées; les directions radiales parsdssent, il est vrai, un peu
diminuées, du moins aux bords supérieur et inférieur du champ visuel.
Les cercles sensitifs, ainsi qu'on Ta vu plus haut, sont employés dans la mensuration de très-petites distances , pour la détenninaticm desquelles l'évaluation développée par les mouvements de l'oûl ne présente pas assez d'exactitude; cela n'est aucunement en contradicticMi avec ce qui précède. Nous reviendrons, d'ailleiu*s, sur ces questions, à l'occasion des phénomènes de la tache aveugle.
Outre les illusions générales que nous venons de décrire au sujet des proportions du champ visuel, illusions qui dépendent de la loi des mouvements de l'œil et de la manière dont nous apprenons à connaître notre champ visuel, il existe encore une série d'illusions qui dépendent de propriétés particulières aux figures que nous examinons et qui sont également intéressantes parce qu'elles nous indiquent plus ou moins nettement les bases sur lesquelles nous nous appuyons pour appréder les grandeurs et les formes dans le champ visuel.
On peut ramener la plupart des phénomènes que nous allons eia* miner à la loi que nous avons établie pour les phénomènes du contraste et d'après laquelle, dans les perceptions sensuelles, toutes les différences nettement perceptibles paraissent plus grandes que des différences égales à celles-là, mais plus difficiles à percevoir. — La première conséquence de cette loi c'est qu'une dimension di\isée nous paraît volontiers plus considérable que lorsqu'elle n'est pas divisée; en effet, la perception directe des parties nous fait reconnaître le nombre et la grandeur des subdivisions dont la quantité est susceptible mieux que lorsque ces parties ne sont pas nettement délimitées. C'est ainsi que, dans la figure 172, on considère facilement la longueur ab conune égale
à éc, bien que ab soit, en réalité, plus
r^"'' ~ "^"^"^^ grand que bc. A. Kundt (i) a exécuté
^^^ ^^2 ^'^^ ^^^^^ ^^ mensurations au sujet de
ce genre d'illusions. Il regardait cinq pointes d'acier, .1, jÇ, 6', D, E^ visibles au-dessus d'un écran, de manière qu'on eût AB -= 20'""^,2, BC = â0™°^,2, AE = 241"",^. On plaçait, à. vue d'oeil, la pointe D au milieu de AE. Si elle avait réellement été au milieu, la distance CD aurait été de 60""", 55. Mais la moyenne de 120 expériences d'un même observateur doiuiâit cette distance égale à 57""", 87, de sorte que le milieu apparent était à 2"", 68 du milieu réel, et plus voisin des pointes A^ B ei C.U
(1) Vogg, Ann., CXX, p. 118.
s S& ILLUSIONS DE L'ESTIMATION OCULAIRE. (505) 721
moyenne de 120 expériences d'un autre observateur donna 8"", 96, pour ce même écart. Dans tous les cas, la pointe D était à 338"* du point nodal de rœil.
Il est à remarquer que, dans ces expériences, Tœil droit tendait à agrandir la mmtié droite d'une distance à diviser en deux parties égales, et que Tceil gauche tendait à faire trop grande la moitié gauche. Le premier observateur fit une différence de 2"", 24 en faveur de hi mdtié correspondant à l'œil dont il se servait, et le second, une difTé renée de 4"'i77i
Dans toutes ces expériences, on comparât des distances susceptibles de coïncider avec les mêmes points rétiniens. — Les illusions deviennent bien plus frappantes lorsque les distances à comparer i)ossëdent des directions différentes.
Qu'on regarde il et ^ (fig. 178). Ces deux surfaces sont des carrés parfaits. D'après l'illusion décrite plus haut, tous les deux ^ , devndent paraître plus hauts ^^^^= que larges. C'est ce qui a ^^^^^ Ueu, d'une manière exagérée, ^^^^E pour A, tandis que fl pa- p^^ ^3
fait, au contraire, trop large.
U en est de même pour les angles : — qu'on regarde la figure 174. Les angles 1, 2, 3, 4 sont droits et devraient paraître tels lorsqu'on les enmiiie avec les deux yeux. Mais 1 et 2 paraissent aigus ; 3 et 4 parais- 9eotd[>tus. L'illusion devient encore plus marquée to'squ'on ne regarde la figure qu'avec Tcôl droit; lorsqu'on la regarde, au contndre, avec l'œil gauche, 1 et 2 devraient paraître obtus, à cause de la déviation du niridien y^cal que nous avons mentionnée {tes haut; mais ils paraissent à peu p^ drwta, comme ils le sont en réalité. Si l'en fiât tourner la figure de manière que 2 et 3 loieiit dirigés en bas, 1 et 2 paraissent, au eoDtnîrs, exagérément aigus à l'œil gauche et dans leur dimension véritable à l'œil droit. Les angles divisés paraislent donc toujours relativement plus grands qu'ils ne paraîtraient sans dnMoii.
La figure 175 {«"ésente deux triangles équilatéraux ; >! , qui est divisé horixontalement, paraît beaucoup trop haut, comme il le serait aussi Sans les lignes ; dans Z?, au contraire, celui des angles de la base qui
Fie» IfS.
Fi6. 175.
m (WD TROiafiME PABTIË. — DES FEHCBPTIÛNS VISUELLES, eét à dtmte parait plus grand qw celui du c6té gauche^ et le ^mmet du irïaiiglë paratt dévié à drdie. La même iiitluerice se présente è^m
un grand nombre C^pap^ples cmmus de la vie jiModaSfiie. Uoe cbiinibre\vide pan^ idoilf^^ qu'une ^imàmm^^ m ouïr rècôiEV^ a une teiduie parait plus grand qu'un auir ion* Une jupe rayée ^enliMenftit IMtrattre une fisunçe relativement pluagrande. Un amuaelnmtdeaadéié bien e<HUiu consiste i présmtv à quoiqu'un un chiyeau> en hd^^Baot d'en marquer la hauteur sur le mur* k partir du séL Bagépâpl, oo indique une hauteur une fms et dénie trop gtipnde*
atons ici un £Bit obs^ré par Bravais (1). Voicice^*il dit : |a8qu'on est en mer, à certaine dstance d'une cùbd^pà j^résente tegrmdeB in^aUtés de terrain, et qu'on desdne cette côte tdle qu'elle aejféBente à l'cûl, après vérification fiûte, on trouve ^le les dimeMioBB haààgh taies ayant été figurées correctement à une oertuie édieOe» ks distances angulaires verticales ont été unifonnément représeirtéiM^à aoe échdle deux fds plus grande. Cette illusion, ilaqiidle on n'dçh^ipe pas dans les appréciati(ms de ce genre, n'est pas individaa&e» tmm on pourrsdt le croire; sa génâ^té est démmtrée par de notàlmoses observations.
Il faut ajouter, dans le même ordre de Taits, différentes illusioDS
d'optique qu'on a fait oodnaître dans ces demi^ temps.
Qu'on exaudne la figui-e 176 A. Le prolongement de la ligne a ne paraît pas être rf, conformément à la réalité, mais/, qui est un peu plus bas.— Cette illusion est encore plus frappante lorsqu'on „ ^ ,^ fait la figure à une échelle
FiG. 176. 1 ^^ D
plus petite, Gonune en B, où les deux portions minces sont sur le prolongement Tune de l'antre, mais ne paraissent pas y être, et en C où elles le paraissent, maSis ne le
(1) Fechner's Centralblatty 37A»379; 558-561.