S8. OBSERVATIONS SUR DES AVEUGLES-NÉS
il est vrti« de loGalisation dans le champ visael, et J. Ware (1) a constaté qn'H en Hait réeUement ainsi dans an cas analogue. Cet observateur a trouvé que des enianis atteints de cataracte pouvaient reconnaître, non-seulement la couleur l'objeCs colorés qu'on amenait près de leurs yeux, mais encore, jusqu'à un certain point, la distance. Un garçon de sept ans, opéré par Ware, se montra tout d'abord plus adroit et plus à son aise que le malade de Gheselden. Il est très-intéressant de soÎYre, dans l'observation qu'on a vue plus haut, l'influence si manifeste de l'éducation sur la production des perceptions visuelles.
Wardrop (2) a conununiqué le cas, encore plus remarquable sous certains rapports, d'une dame de quarante-six ans qui était née aveugle, probablement lar suite de cataractes aux deux yeux. A l'âge de six mois, elle avait subi à Paris loe opération à la suite de laquelle l'œil dnrit avait été complètement perdu t la pupille de l'œil gauche avait subi une ocdusion complète, au point de n'avoir lissé d'autres traces que quelques traînées d'exsudats jaunes qui s'étaient épaodus irrégulièrement sur le milieu de l'iris. Cette dame était donc bien plus veugle que ne le sont ordinairement les individus atteints de cataracte, et ne ouYaiC guère distinguer, de la lumière et de sa direction, plus que nous ne pouons fiûre avec les paupières fermées. Elle savait distinguer une chambre trèsdairée d'avec une chambre obscure, sans reconnaître pourtant la position de la mètre qui donnait accès à la lumière ; cependant, à la clarté du soleil ou de
I pleiiie lime, elle reconnaissait la direction d'où venait la lumière.
Le 26 janvier 1826, on essaya en vain d'exciser les exsudats qui bouchaient la lepiile. Le 8 février suivant, on fit, à travers l'iris, une incision qui laissa pénérer brgement la lumière dans l'œil ; mais derrière l'ouverture, il restait une une non transparente. Pendant la faible inflammation qui s'ensuivit, la patiente lait très-sensible à la lumière ; on remarqua qu'elle cherchait souvent à voir ses Enfin, le 17 février, on agrandit l'ouverture de l'iris et Ton enleva les \ opaques situées plus en arrière, ce qui finit par rétablir la vision. Je vais ker kk les parties les plus intéressantes du rapport de Wardrop : m Après l'opération, elle retourna chez elle, en voiture, avec un simple bandeau devant l'ceil; la première chose qu'elle remarqua, fut une voiture de \ qui passait ; elle s'écria : « Quel est ce grand objet qui vient de passer à côté b nous ? • Dans le courant de la soirée^ elle pria son frère de lui faire voir sa montre , ■ sajet de laquelle elle montra une grande curiosité ; elle la regarda longtemps,
II b tenant près de l'œil. On lui demanda ce qu'elle voyait, et elle répondit qu*un tÊé était obscur, tandis que l'autre était clair; elle montra le chiffre XII et sourit ion frère lui demanda si elle voyait quelque chose de plus; elle répondit que oui, t amitra le chiffre VI et les aiguilles. Elle regarda ensuite la chaîne et les cachets tramarqua que l'im des cachets était clair, et il était effectivement en cristal de
Le lendemain, je la priai de regarder de nouveau la montre ; elle refusa en
(i) J. Ware, Case of a young g;entleman who recovered his sight, when seven years of ce, in PhH. Trans., 1801, XCl, p. 382-396.
(2) 4. Wabdrop, Ca&e of a lady born blind^ wtio received tight at an advauced âge bj tbe ftmatioo of an artiûcial pupil, in Phil, Tratis^^ 1826, III, 529-5 AO.
752 (M0) TROISIÉàlE PAime. -• DES PBRCBRi^ |m
ÉHégmBl que 11 hwDière tri ùSêOl ma à l'^Bt qtfJb m UWÊitéÊ^miliBX ék Toriail dire 1» là qa*elk étatt eiiil)trrinfe ^yparnasait pour la première fois. Le ttririème Jov, dk UaotrecôtédeUinieetderaiMbfli eUee teint miBei ; «Xraieor de chêne. U soir, cBe regardahfignre 4e ac» net; M lai dit delm toncber le oei, €0 fs'elle H; lie emmlf iritt»li'%n d'un mondioir et b pftadeki«garder«Boero$«fc«id8ViplaiaMMi^ dioir et dit : Qa'est-ce cda aigniSe t
« Le aixième joor» die dit^*efc foyaii irien qpM lea i^^ dindt^elle, je nepria paa dire ce qoe je^aia, je aria ia« k ftir ai^^ aaiti ea réalilé, atnpâEiâede ne pas poiivrir cûririser lea percepcionidB avec cdea de la me et ae trouva dCsappoimée de M dtaMaent par h vve dea ol^ela qii*dk distfogoail ri faoBemaa^
» Le aei^ime jour, eUe remarqua rbftriièn ches taqaato «He laprileilt qB*eDe ta trovvrit graade Bile demandi qodteteft la corieen* deaa 10^ répondit ^*dleétdtlile«e.« Ce ipie vooa avn aor la liie, diiHAe, est éiii mêmecoaleor»,eeqriteitvrri; • et votre mondiBir tat tfiaeiaKga cailiar •♦ ce qui étrit égalementvrai,Blentoqta: t Je vopavria aaseaMan>jgpaa»>*Oa Iri DMMitradaa taaamàthéetdea aooooopea; aoB frère lridemttaèioefa»e'ériL «Je ne aaispaa, ripmidit-eilet cela pmit lite4tenA)niaia»eaf loaiciMt,]i > vooa dirai auaB&dt ce qiiec*eat «• BUe vit ne orange aer la dMttMe^ lisidfc nepotpesaefigorer oe qoee'teit» avant de ravoir leeriièe. Ile iMMhril^j^ gaie et commentait à concevoir de pins grandes espèrmcea aiir tea av imunr |ii Iri proenreraitaon entrie dans le monde visMe; Recomptait ftruaementqsfiii pourrait &ire plus facilement usage de ses facultés nouvellement acquises ton* qu'elle serait de retour chez elle, où tous les objets lui étaient familiers.
« Le huitième jour, à table, elle demanda à son frère de lui nommer ce (pi tenait à la main; et en apprenant que c'était un verre de vin de Forto, ele répondit : « Le porto est foncé et me paraît très-laid ». Lorsqu'on apporta le bougies, elle remarqua, dans la glace, la figure de son frère et celle d*one dame présente ; elle put aussi, pour la première fois, aller seule de sa chaise ï m canapé placé à l'autre extrémité de la chambre et revenir à la chaise. An thé, loa attention fut attirée par la vaisselle ; elle remarqua Téclat de hi porodaÎDe et demanda a quelle est la couleur le long des bords ». On lui dit que c'éult jaaaet elle répondit : « Je reconnaîtrai cette couleur ».
» Le neuvième jour, en descendant pour déjeuner, elle était de très-boflae humeur ; elle dit à son frère : « Aujourd'hui, je te vois très-Inen ». EUe alla H' devant de lui et lui donna une poignée de main. Elle remarqua aussi un écrittn d'appartement à louer, à la fenêtre d'une maison située en £ice; son frère, potf s'en convaincre, la ramena trois fois à la fenêtre et à chaque fois il ent h sarpriis et la satisfaaion de lui voir indiquer sans hésitation l'écriteau.
» Elle passa une grande partie du onzième jour à regarder par la fenâre; elle parla très-peu.
» Le douzième jour, on lui conseilla de sortir, ce qui lui fit beaucoup de pUnr.. Son frère l'accompagna pour la conduire et lui fit faire deux fois le toordci
§ 28. OBSERVATIONS SUR LES AVEUGLES-NÉS. (SêO) 753
ooloDaades de Goventgarden. Elle parut très-étonnée, mais évidemment trèsjoyeuse ; le ciel bleu cl clair attira son attention ; elle dit : ^ C'est la plus belle chose que j'aie encore vue et il me parait toujours également beau toutes les fois qoe je le regarde ». Elle distingua bien la chaussée d'avec le trottoir et passa de ToD à l'autre comme quelqu'un qui serait habitué à l'usage de ses yeux. Sa grande curiosité et la manière dont elle restait en arrêt devant les différents objets ea les montrant, attirèrent l'attention de la foule, ce qui contraignit son frère à la faire bientôt rentrer, à son grand regret.
» Le treizième jour, il ne se passa rien de particulier jusqu'au moment du thé. où elle remarqua que le service était différent, moins joli que le précédent, et qo*il avait un bord foncé, ce qui était exact. Son frère l'engagea à regarder dans la glace et lui demanda si elle l'y voyait ; elle répondit avec une déception visible : « C*est ma propre figure que j'y vois, laisse-moi tranquille ».
m Le quatorzième jour, elle fit, en voiture, un trajet de quatre milles sur la roole de Wandsworth, admira surtout le ciel et les champs, remarqua les arbres et aussi la Tamise, au passage du pont de Yauxhall. II faisait un soleil très-brillant et elle disait que quelque chose Téblouissait lorsqu'elle regardait vers Teau.
» Le quinzième jour étant un dimanche, elle alla à une chapelle située à quelque distance; elle voyait évidemment plus distinctement qu'auparavant, mais elle paraissait plus troublée que lorsque sa vision était moins parfaite. Les personnes qui passaient sur le trottoir l'effrayaient ; en voyant passer un monsieur avec un gilet blanc et un habit bleu à boutons jaunes qui brillaient au soleil, elle fit un tel ioubresaut qu'elle attira en bas du trottoir son frère qui l'accompagnait Elle reconnut que le prédicateur agitait ses mains sur la chaire et qu'il y tenait quelque chose; c'était un mouchoir blanc.
» Le seizième jour, elle sortit en voiture pour faire une visite dans un quartier éloigné de la ville ; le mouvement des rues parut l'amuser beaucoup. Gomme ou lui demanda ce qu'elle voyait ce jour-là, elle répondit : « Je vois une foule
• de choses, si seulement je pouvais dire quoi, mais certainement, je suis bien aatupide ».
» Le dix-septième jour, il ne se passa rien de particulier ; et lorsque son frère lui demanda comment elle se trouvait, elle répondit : <* Je vais bien, et je vois de a mieux en mieux : mais ne me tourmente pas à force de questions, jusqu'à ce
• que j'aie un peu mieux appris à me servir de mon œil. Tout ce que je puis dire, » c'est que tout ce que je vois m'apprend qu'il s'est produit un grand changement ; » mab je ne puis pas décrire ce que je ressens ».
» Dix-huit jours après la dernière opération, je cherchai à étudier, par quelques expériences, l'exactitude de ses notions de couleur, de grandeur, de forme, de position, de mouvement et de distance des objets extérieurs. Gomme elle ne ponrait voir qu'avec un ceil, il n'y avait pas lieu d'étudier la question de diplopie. file reconnaissait évidemment la différence des couleurs, c'est-à-dire qu'elle recevait et sentait des impressions différentes en regard des couleurs différentes. ^ lui présentant des carrés de papier de différentes couleurs, de 1" i/2 de côté, ^Do Dfplrmrnt elle les distingua immédiatement les uns des autres, mais elle 4onna encore une préférence marquée à certaines couleurs; le jaune lui plaisait
754 (5»i) TROISIÈME PARTIE. — DES PERCEPTIONS VISUELLES- § 58. le mieux, puis le rose pâle. Il faut encore remarquer ici que lorsqu'elle fonhit examiner un objet, elle éprouvait beaucoup de difficulté à y porter le r^rd et à en découvrir la position ; elle déplaçait, dans différents sens, ses mains en même temps que ses yeux, comme une personne dont on a bandé les yeux, ou qoi se trouve dans Tobscurité, fait pour tâcher de saisir les objets. Elle distinguait les oos des autres les grands et les petits objets lorsqu'on les lui présentait ensemble pour les comparer. Elle dit qu'elle voyait des formes différentes pour difiërents objets qu'on lui montrait. On lui demanda d'indiquer ce qu'elle entendait par difiérentes formes, comme, par exemple, des formes longues, rondes, carrées, en les dessinant du doigt, sur sa main ; puis on lui présenta les formes indiquées et elle les reconnut exactement Non-seulement elle distinguait les grands et les petits objets, mais elle avait aussi parfaitement la notion de haut et de bas. Pour s'en assurer, on lui présenta ime figure dessinée avec de l'encre, et qui était large d'un bout et étroite de Tautre; elle reconnut la position telle qu'elle était et noo pas renversée. Elle remarquait aussi les mouvements; on plaça, en effet, devant elle, un verre d'eau sur la table et on l'éloigna vivement au moment où ellefoolalt le saisir : elle dit aussitôt : « Vous le déplacez, vous le retirez ».
» Ce qui parut lui présenter la plus grande difficulté, c'était d'apprécier la distance des objets ; pour prendre un objet placé tout près de son oeil, il lui armait d'allonger le bras, tandis que, dans d'autres circonstances, elle cherchait toot près de sa figure des objets très-éloignés.
» Elle apprit avec facilité les noms des différentes couleurs, et deux jours après qu'on lui eût montré les papiers colorés, elle remarqua, en entrant dans luw chambre de couleur cramoisie, que la tenture en était rouge. Elle remarqua aussi quelques tableaux suspendus au mur rouge de la chambre où elle était assise et elle y distingua quelques figures, sans savoir ce qu'elles représentaient; elle admira les cadres dorés...
» Il faut encore remarquer ici que, par l'exercice de la vue, elle n'avait encore acquis qu'une notion bien imparfaite de quelques formes; elle était incapable d'appliquer les renseignements fournis par ce nouveau sens et de les comparer avec ceux qu'elle avait coutume d'acquérir par le toucher. C'est ainsi qu*après avoir distingué parfaitement au toucher un porto-crayon d'argent et une graode clef, tout en les voyant tous deux lorsqu'on les eut mis sur la table, elle fut hors d'état de les reconnaître l'un de l'autre.
» L'histoire de cette dame ne présenta plus nen qui fût digne d'être mentiocné, jusqu'au vingt-cinquième jour après 1 'o|KTation. Ce jour-là elle se pronieoa m heure en voiture à Regent's-Park ; elle parut s*y divertir plus que d'habitude et fit plus de questions sur les objets environnants : « Qu est-ce ceci ?» On lui répondii que c'était un soldat « Et ceci ? Regardez donc ! » C'éuicnt des bougies de diverses couleurs, dans un étalage. « Qu'est-ce qui vient de jwisser à côté de noos? • C'était un homme à cheval. « Mais qu'est-ce que ce rouge sur le Ut)tloir?< C'étaient des dames qui portaient des châles rouges. Lorsqu'elle entra dans if parc, on lui demanda ce qu'elle voyait le mieux, ou si elle pouvait deviner la nature de quelques-uns des objets qui s'y trouvaient « Certainement, répoodit- » elle, voici le ciel, voici l'herbe; là-bas, il y a de l'eau et deux objets blancs; '
§ 18. OliSEHVATlONS SUH LES AVEL'liLtS-iNÉS. {592) 755
c'étaient deux cygnes. Eu revenant par Piccadiily, les boutiques de joailliers |)arurent Tétonner beaucoup, et ses remarques excitèrent un rire joyeux parmi les personnes qui l'accompagnaient.
» Depuis cette époque jusqu'à son départ de Londres, le 31 mars^ six semaines après Topération, elle acquit presque tous les jours de nouvelles coiuiaissauces sur le monde visible, mais il lui restait encore beaucoup à apprendre. Elle conuaûfait assex exactement les couleurs, leurs différentes nuances et leurs noms; et lorsqu'elle vint me faire sa visite d'adieu, elle portait une robe, la première qu'elle eût chosie elle-même, dont la couleur d'un pourpre clair paraissait lui faire UD plaisir extrême, ainsi que son chapeau qui était orné de rubans rouges. Elle était encore loin d'avoir acquis aucune connaissance exacte des formes ou des distances, et tous les objets qu'elle voyait continuaient à la mettre dans une grande perplexité. Elle ne pouvait non plus, sans grande difficulté et sans un grand nombre d'essais infructueux, diriger sou œil vers un objet ; de sorte que lorsqu'elle voulait regarder quelque chose, elle tournait la tête dans différents sens jusqu'à ce que son œil eût saisi lobjet qu'elle cherchait Elle nourrissait encore l'espoir, qu'elle avait manifesté peu après l'opération, qu'à son retour chez elle, elle aurait une connaissance plus exacte et plus intelligible des objets extérieurs, el qu'en regardant les objets qui lui avaient été si longtemps familiers par le toucher, le trouble qu'occasionnait chez elle la diversité des objets diminuerait considérablement. »
Ici s'arrête la relation de Wardrop. — Il faut remarquer que, déjà plusieurs jours avant la dernière opération, la patiente s'était efforcée de voir ses mains, bien qu*elle n'eût pas encore complètement recouvré la vue; par ce moyeu, elle pouvait donc bien avoir appris à les reconnaître dans le champ visuel et à suivre leors mouvements avec le regard. De plus, elle pouvait avoir appris auparavant à dir^r sa vue vers le soleil, et acquérir ainsi, juscpi'à un certain point, la tècuité de diriger le regard et de reconnaître vaguement d'où venait la lumière qui excitait son œil. Les images optiques formées sur sa rétine paraissent avoir été assez bonnes, puisqu'elle était en état de distinguer les chiffres et les aiguilles d'une montre, un écrtieau de location à une fenêtre située de l'autre côté de la rue» et, en passant en voiture, des bougies, des bijoux dans les étalages des l)outiques. Les premiers objets qu'elle apprit à reconnaître comme tels étaient, soit mobiles, tels que des personnes, soit remarquables par leurs couleurs, comme des portes rougeâtres, une orange, les vêtements d'une femme. Il est, du reste, égale- Aient remarquable combien les enfants nouveau-nés apprennent plus rapidement à distinguer et à suivre du regard les personnes et leurs ligures que les autres oiijiets. Les personnes attirent naturellement bien plus l'intérêt que le reste et se distinguent essentiellement des autres objets du champ visuel, par le genre de iBOOvements qu'elles exécutent. Par ces mouvements , elles sont caractérisées comme un tout cohérent, et le visage, sous forme de tache blanc rougeâtre, avec ]p» deux yeux brillants, est assurément une partie de cette image qui doit être fiidlement reconnaissable, même lorsqu'on ne l'a pas encore vu souvent.
Quant à la faculté de distinguer des formes, point qui nous intéresserait spéciakmeiit ici* il est évident que, dans un cas de ce genre, la principale flifficulté
756 {SOSi THOlSIÉMl!: PARTIE. - DES PERCEPTIONS VISUELLES. § ». doit consister à connaître les projections perspectives variat>les des olqels soliilnb En effets Taveogie ne se fait évidemment aucune idée de la possibilité d*0M sembaUe projection. Mais il résuite de quelques passages de la rehtioa que la dame ne savait même pas reconnaître des formes qui n'étaient pas modifiées par la perspective» conune, pur exemple, le porte-crayon et la def. Vae de &oe, ceUe dernière» avec son panneton et son anneau, devait se dessiner sur la rétine, so» la forme qu'elle présente au toucher. S'il existait donc une faculté ionée de reootnattre les formes des images rétiniennes, telle que l'exige la théorie nalivisliqBei l'anneau et le panneton auraient dû permettre de reconnaître la ciel Da» le même sens, j'insisterai sur l'incapacité, souvent mentionnée par Wardrop, de porter le regard ou la main sur un obj^ vu indirectement. ^ Ton coonainï dé^, par une notion innée, la direction des lignes qui joqpient l'image osntnk aux images latérales de la rétine, il n'aurait sans doute pas été btea difidfe de promener le regard le long de b ligne de jonction, en suivant les images qd l'y forment, de manière à atteindre finalement le point chaxhé.
Je crois qu'il ne faut pas attacher grande valeur à l'objectHm qui consislenitk dire que cette dame, dix-huit jours après l'opération, savait distinguer les fan» simples. En promenant le regard suivant le périmètre dHin oerde, d'un redaqgk alloi^ ou d'un carré, on doit sans doute pouvoir apprendre bientôt, dans da conditions analogues, à distinguer un contour rectiligne d'avec un antre qui ne l'crt pas, à reconnaître un angle, à savoir si le regard se dirige de haut en bas on de droite à gauche, etc. ; ce qui suflirait pour reconnaître les figures dont nous aieBi parlé. À cet effet, il est seulement nécessaire de promener le regard le long d'os contour continu, ce qui est évidemment plos facile que de le diriger vers un olijet situé dans une partie latérale du champ visuel. On peut expliquer de la méfoe manière que la dame ait reconnu le nez, comme une proéminence sur la tacbe rougeâtre que formait le visage de son frère dans le champ visuel. Quant ï la montre qu'elle examina le premier soir, elle la tenait à la main et la reconnaissait, par conséquent, à Taide du toucher; elle n'avait pas désigné comme tels les chiffres et les aiguilles ; elle avait seulement remarqué que ces parties se reconnaissaient à la vue, tandis qu'elles échappaient au toucher, lorsque le doigt se promenait sur le verre. Il lui était possible de montrer ces parties en amenant l'image de son doigt, qu'elle connaissait déjà, jusqu'à l'image de ces objets obscurs.
D'un autre côté, la rapidité avec laquelle la patiente apprit à voir certaines choses me parait avoir été trop grande pour donner lieu de croire que les signes locaux des points rétiniens sont des signes discontinus et sans ordre, pour lesquels il faudrait d'abord apprendre, par Texpérience, quels sont les signes locaux qui appartiennent à des points rétiniens voisins. Mais si les signes locaux sont des grandeurs variant d'une manière continue sur le champ de la rétine, les points rétiniens voisins doivent être caractérisés comme tels dans la sensation, sans aucune expérience préalable. Ce n'est que s'il en est ainsi, que la sensation d'une partis de surface rétinienne éclairée peut être immédiatement perçue comme éclairage d'une surface continue dans le champ visuel, sans qu'il soit besoin d'une fxp^ riencc préalable pour apprendre que les signes locaux des libres exdtées de b
§ 28. HISTORIUUE DE LA THÉORIE DE LA VISION MONOCULAIRE. (594) 757 rétine appartiennent ù des extrémités nerveuses contiguës , et non pas à des éléments disséminés dans le champ (1).
La question de savoir si la connaissance des dimensions dans le champ visuel est innée ou acquise a été chaudement discutée par les sensualistes du siècle dernier. Moltnedx souleva la question de savoir si un aveugle-né qui a appris à distinguer, par le toucher, un cube d'une boide, pourrait les distinguer immédiatement par la vue, s'il recouvrait ce sens. Moltmeux et Locke (2) se déclarèrent tous les deux pour la négative. Jdrin (3) fut du même avis, en ajoutant toutefois que s'il était permis à l'aveugle-né de regarder les dés et les boules suivant diflërentes directions, il pourrait les distinguer, parce que les dés présenteraient des images variables tandis que les boules présenteraient toujours la même image. Cette opinion, d'après laquelle toute connaissance de forme, dans les perceptions visuelles, reposerait sur l'expérience et sur la comparaison avec le toucher, fut généralement admise pendant le siècle dernier, en tant qu'on s'occupa, en général, de cette question. Plus tard, sous Tinfluence de la théorie de Kamt, qui considère l'espace comme une forme innée de notre perception, Jobannes MPllbr (4) émit l'opinion contraire. D'après lui, le toucher et la vue reposent sur les mêmes noiions fondamentales de la situation de nos propres organes dans l'espace. Il part donc de rhjpothèse d'une connaissance innée des dimensions des parties sensibles de la rétine et de lenr disposition, connaissance d'où résulteraient immédiatement dans la sensation les mensurations primitives de l'image superficielle que nous voyons. D'après lui, l'extérioration, ^appréciation des distances, la forme solide des objets seraient seules des résultats de l'expérience. Extériorer, c'est, d'après J. MUller, concevoir les objets comme situés en dehors de Bout. Or nous voyons, à chaque instant, des parties de notre corps qui se représentent sur notre rétine, nous nous assurons qu'elles font partie de nous-mêmes, et que leurs mouvements dépendent immédiatement de notre volonté. Les autres objets que nous voyons sont variaMes, et nous les considérons, par conséquent, comme n'appartenant pas à notre corps, ou situés en dehors de lui. Nous apprenons ultérieurement à réunir, dans notre représentation, les deux localisations obtenues par le toucher de la peau et par la vision de la rétine. Cependant J. MCller reconnaît que cela doit paraître étonnant au point de vue de sa théorie ; il compare cet effet d'expérience avec les perceptions que nous obtenons par l'effet simultané ëa toucher et de l'aspect de notre corps dans un miroir (par exemple lorsqu'on se rase). Quant au problème de la vision droite malgré la position renversée de nos images rétiniennes, d'après Ml'LLER tous les objets nous paraissent réellement renversés, et s'il ne se présente pai de contradiction, c'est que notre propre corps et toutes les parties que nous en recon- Baissons par le toucher nous paraissent également renversés. Ainsi, d'après cette opinion, Botre foculté de représentation ne projette pas les images dans l'espace extérieur, mais l'espace de nos notions est en nous, et c'est là que nous reportons les perceptions des objets. Ubbbbwkg {%) a développé d'une manière encore plus approfondie ce côté de la théorie de MOller, tandis que Bering (6) fait de cet espace notionnel un espace à trois dimensions et a ajouté, pour déduire de nos notions cette troisième dimension, des hypothèses particulières doBi il ne pourra être question que dans les paragraphes suivants. Ce dernier, dans son chapitre de la stéréoscopie monoculaire, soutient l'opinion d'après laquelle la rétine se conçoit elle- Biêaie dans l'espace, et va jusqu'à prétendre que la distance même de ses points est appréciée d'après la corde rectiligne et non d'après l'arc. On a déjà vu plus haut que cette opinion ne peut servir à l'explication des illusions d'optique qu'elle a pour objet d'expliquer ; elle me parait également en contradiction avec l'hypothèse des §§ 118 et 124 du même ouvrage,
(1) Autres cas : Grant, in VoigVs Magaz.^ IV, 1, p. 21. — Hofbauer, Beiirage, II, 2, p. 249. — Ware, in Phil. Trans.y 1801, p. 332. —Home, in PhiL Trans., 1807, 1, p. 834 ; BiU. Britann,^ 1808, XXXVII, p. 85. — Trinchinetti, in Arch. des se. phys, et mit. de Gemève^ VI, 336 ; Giom, d. ist, Lomb,, 1847, lasc. 46 e 47.
(2) Essay concerning human understanding, II, ch. 9, § 8. — Berkeley, New Theory of nâm, 1709, secUon 79.
(3) Smith's Opticks, Remarks, p. 27. — De même, Priestlet, Geschichte der Optik, II, 512 der deutschen L'ebersetzung.
(A) Zvr vergleichenden Physiologie des Gesichtsinns, Leipzig, 1826* — Handbuch der Fkyiiologie des Mentchen, Goblenz, 1840, II, p. 362. (5) ZeiUcnrift fur rationeile Medicin, 3, V, p. 268-282. (9) Bcitrâga sur Physiologie, Leipzig, 1864.
ïtSCXM'^^S) tiUH^ Itf.
€wfitèÊ iMiuellele Heu i^yptrinl des poittts vus d*inM mtaière Miicocéaol» «î i tof deux réttset Mrait un plan*
Les opinioiip d'après leiiiiieUes ce serait par une fteulté innée qa» nous pi^|eHwiaM tel images solvant des lignes eztéfieares déterminées s'appoient également anr ITupetiièM runeeooaaisswieeimmédBstedes disimicss mr k féiiiiit qpi serHiail ie tam à la dltri- MIon des pointa dam le ebamp itaai. Ponsninu (i) et aotne (8) e«l M *lm a» pffQ|ectieas servant dai noimaleeavxDélineat ï^uoeabi <8>IWI Jenar ee liln wm-^-Wl^k direction^c'estrà-direàdes lignes qei passant par les iwflrtanaiieefpnelMfi^ epinioi» admettent le seeovs de eonnaissaneea innéea«teel en moine yew Taj distanees angulaires dans le èbamp visuel; Temitoa. (â) éaMi la méa Youttumf a spéeiAéenooredairantafe son opinion en admettent ^i» le | des angles irisnels dans le ebamp tisnel dépende dn neaahie d'éléoM qui se trouTermont sur l'interfelle eoftespendent de te rétine (5). l/opinfan de tmmmà servi de bese à «n grand nendMe de travaux réeents snr la pbfsiôisgie éeJMIi itad ilnGKLiiMnAV«Eir (•), entre entres, ^en sert pour expliqpsr l'eberretion dn méridien vertiod offerent, einsi que d'entrée OtattleDS d'eptiiine, en éherebant I démsnttef In pMMlé à iléIbnnatienseorrespondantesdeFiBagerétIidenMi.. '*
Les epfaiieaé de HgauAlif séries porsoplions^sensnelles âwoBt» en eéH jfcjjeeejidps» b jiréiude du retour des pbyiiolegistes à l'epiniDn enr bmnst tfeptès lannsUe tente appéiiilbs détendue rspese sur Texpéfieneeé Oe fbt son prineipe métepbfriipM ée ITunilé de Vèmm amena Biebaot à considérer tentée les leffésenlstlene serome des piesessns qpmliisrtbfi se snccéderaient dans le temps sans ponvilr coeilsier* Aussi dnl4l déd|iiea dn nmuieswflr teutee les notions d'espaee et lui Iblfait^^ OMuidérer eoitnne «pntttatiim lee dlMfeswesl^^ de to senseibn. Ce ftit notamment Lefen qniebereba A epplh|i|sr ces idéee à rdtndedesMb que présentent les pereeptiens sensnelles; lee premiers phyrislegistes fnl le euiviemt dm cette voie lurent Mnssmn (7) et GniKàx(a)« dens leurs reebecelMe série sens du toeete Jtens l'optique j^ijaiolegique, ee ftit rétode des mouvements de rmQ ipA memna d^ikori l'attention dans oette dfareetkm. L'un dee premisre pee enioHlés dens ee eene Ibt rspieim
sera étudiée dans lee peragrifbes smvanis. Mol-miaDet f ai eacpeeé la questaa soua ee pané éi vue, dans utie conftrenee populaire (9). Ceet à W. Wmwr (i^y que revient le mérite #eidr cherché le premier, d'une manière un peu complète, à déduire des mouvements de Véà b
formation du champ visuel, problème dont Texistence et l'importance étaient presque loUlement tombées dans Toubli. Il considère comme signes locaux, les modifications qualitatim de la sensation sur les différentes parties de la rétine, modifications observées par Purkdoi, AUBKRT et SCHELSKE, et dont il a été question plus haut (p. 399 et 400) . Je ne me suis pas seni de cette hypothèse dans l'exposé que j'ai présenté plus haut, parce que je ne vois pas comment on pourrait, par exemple, distinguer localement l'impression du noir au milicH àt champ d'avec celle du rouge vers son bord , sans le secours d'autre différence locale qtt celle d'après laquelle le rouge paraît rouge au milieu du champ et noir sur le bord. QoMt i l'appréciation des distances dans le champ visuel, Wundt la déduit de la conscience de l'eA»rt musculaire qui est nécessaire pour parcourir ce champ avec le regard.'Mais l'expérience oMf apprenant que l'appréciation des efforts musculaires ne présente quelque certitude que lonqu'on peut comparer continuellement les effets de ces efforts avec les images visuelles, j'ii cru devoir prendre pour point de départ les expériences possibles sur la coogrueoce de lignes égales ayant des directions correspondantes. Cette hypothèse me parait confirmée pv
(1) On the eye, II, 285.
(2) Beitrage zur Physiologie des Gesichtssinne», Berlin, 1834.
(3) Beitrage zur Physiologie des Gesichtssinnes, Leipzig, 1836.
(4) Die Sinne des Menschen, Munster, 1827.
(5) Berichte der kôn. SOchs. Ges. der Wissenschaftcn^ 30. April, 1853.
(6) Àrchiv fur Ophthaimoiogie^ V, 2, p. 127. — Poggendorffs Anualen^ CI, 65-92.
(7) Beitraffe zur Anatomie und Physiologie der Haut, Leipzig, 1852. — Zeitschrifl f^ rationelle Medicin^ 2, IV, p. 260.
(8) SUzungsberichte der k k. Akademie der Wiss, zu Wien, 1855, XV, A56 ; XVH, 577. — iâoleschott*s Untersuchungen zur Naturlehre des Menschen, 1, 188.
(9) Ueber dasSehen des Menschen, Leipzig, 1855.
(10) Beitrage zur Théorie des Sinneswahrnehmung, Leipciga. Heidelberg, 1862. Eitmt fie : Zeitschr, fur rat. Médian, 1858-1862.