DES PHÉN0M1ÏNKS ENTOPT^l ES
ue relative est nulle pour les objets situés dans le plan de la pupille, sitive pour ceux situés plus en arrière, négative pour ceux situés plus avant. Pour les objets très-voisins de la rétine, le déplacement des ibres est presque aussi considérable que celui du point de visée ; de •te qu'elles accompagnent le point de visée dans tous ses mouvemts, à moins que les corps qui les produisent ne viennent à être urtés de la ligne visuelle par des mouvements réels dans le liquide corps vitré.
Les ombres sur la rétine sont placées dans le même sens que les "ps dont elles proviennent, mais comme ce qui est en haut sur la ine parait en bas dans le champ visuel, les objets vus entoptiqucment paraissent renversés.
Voici quels sont les objets qu'on peut percevoir entoptiquement :
1) Le champ lumineux est limité i)ar Tombre de l'iris ; il est donc à 1 près circulaire, comme la pupille. Si le bord pupillaire de l'iris sente des entailles, des plis ou des proéminences, çouuae cela arrive is bien des yeux» on reconnaît aussi cest accidents dan^ VfWf^^ optique. — On peut observer entoptiqueçftçpt ré^^rgi8sçu\ei^t ^\ V récissement de la pupille : c'est surtout f^ç^le eq çov^YV^^ ^\ 4écçK^nt alternativement l'autre œil avec la JogAn : 0ëa que )a ^i^p^e lètre dans cet œil, les pupilles des deux côtés se rçsseiren^, e\ ce -écissenient est facile à voir dans l'image ^toptique*
î) Les humeurs qui recouvrent la cornôç (^y^^^» sécvé^W ^ ndes palpébrales) , produisent souvent dans k çb^^taiX dP Yiaiw ^Wtique des stries, des nuages lumineux,
places clâdres, des cercles analogues es gouttes dont le milieu est brillant, taritions qui, toutes, s'effacent et se difient rapidement par le battement
paupières. La figure 72 représente
objets de ce genre (1) . lis sont le s souvent dans un état de variation ide et possèdent un mouvement propre baut en bas. Les stries sont accentuées ç-jg. 72.
tout très-près du bord des paupières,
squ'oD les rapproche au devant de la pupille ; elles sont Texprcis- 1 de la couche de liquide capillaire concave qui joint la CAnuîn:
.) Les fifures 72. 73, 74, 75, 76, 77, dont rcxcculMm Uiste à désirer, wnl répcUei ^l. V.
au bord des paupières. Les gouttes proviennent Siins doute de Ta^ cumulation capillaire de la couche humide autour de mucosités, ifl tour de particules de pous,^ière, etc. La partie éclairf^e au centre éd gouttes forme souvent une image imparfaite de la source luminease; elle est, par exemple, triangulaire, si la lumière aiTÎve dansTcBDea traversant une ouverture triangulaire* Celte image de la source» luin!neuse paraît droite dans le champ visuel entoptique ; elle est néc^saîrement renversée sur la rétine* Les accumulations d*bumeurs surk cornée forment ici de petites lentilles convexes, qui projettent derriàfl elles des images renversées des objets extérieurs. Le mouveraeot Jf haut en bas que possèdent toos ces objets dans le champ visuel corrçs^ pond à un mouvement réel de bas en haut, qui provient sans doute dfl ce que la paupière supérieure, en se relevant, entraîne avec elle ks mucosités visqueuses.
S) La surface antérieure de la cornée» devenue rugueuse après qo'c
a* pendan t q uelque temps, pressé ou 1 IVeil par l'intermédiaire de la paupièfl On voit des lignes assez longues, uiûfc| mément distribuées, mal délimitées* i duli'ês ou disposées en réâcaui, cl taches tigrées qui se conservent ment un quart d'heure ei jusqu*à ph siem\s heures, La ligure 73 représente ( seuJjIables lignes. Quelquefofe il au milieu du réseau de ces lignes, iju P,^ ;;j qnes parties unies dont le manqué d'à
tération fait conclure que la cor
sède en ces poiuls une consistance diflerenle.
En outre, on trouve (jnelquefois des t<ncljes et des ligues i
conslantes, provenant de la cornée, qui ne vainent i>as, et qui soois
doute le plus souvent des traces d'inflammation ou des cicatrictti
blessures.
h) Le cristallin, et notamment la paroi antérieure de la capsule eil partie antérieure du corps du cristallin, fournissent des appariti variées. Listing en décrit les quatre formes suivantes :
a) Taches perlées, disques plus ou moins ronds, clairs à Fint^rie entourés d*un bord ml et sombre. Ces taches ressemblent tantôt à < bulles d'air, tantôt à des gouttes d'huile ou à de [Kjtils crisiaux vus I microscope (fig. 7A) ; Lbting les regarde comme des mucosilés < tenues daus l'humeur de Morgagni.
1 15. DES PHÉNOMÈNES EUTOI^IQUES. ât)9
b) Tackes tflnreîifes\ se distiHigiiànt tlef^ prétédèhted j^ar Tàbsiéate d'un noyau clair et aussi par une plus grande variété de ïbrtoéè. EUea semUent être des obscurcissements partiels de là capsulé bU du cristallin (6g. 75).
FiG. 7/i.
FiG. 75.
é\ BmdiÊi clàim, t^présetitatll le t^lus souvent Une étoile irrégiilièré, àbranches pisu nombreuses, et sittiéfe au tnilied dû champ viàûêl (fig. ^é) , Listing les regarde comme l'image d'une formation disposée bli ttltibi- Bc; àVec dés blratacbeà ressemblant à des sutures, qui fbl-meratettl des reliefe dans la mémbrahê antérieure de la capsule ; le tout provifendtalt d^ la séparation qui a lieu, daUs Tétat fœtal, eiltre bette partie de la capsule et la partie interne de la cot*née.
Fte. 78.
d) Lignes radiales obscures (fig. 77) , qui tiennent certainement à la structure rayonnée du cristallin.
Presque tous les yeux paraissent voir quelques-unes, au moins, des formes indiquées ; il est rare qu'elles fassent absolument défaut.
5) Formations mobiles dans le corps vitré, ou mouches volantes^ qui appanûssent souvent sous forme de colliers de perles ou de cercles, soit isolés, soit réunis en groupes et à centre éclairé, ou bien qui produisent
des amas irréguliers de très-petites boules, ou bien encore qui semblent être des bandes pâles, analogues aux plis d'une membrane très-transparente. Comme beaucoup de ces objets se trouvent très-rapprochés de la rétine, on les voit souvent sans autre préparatif, en portant le regard sur une surface étendue, uniformément éclairée, telle que le ciel. On remarque facilement que ces corps n'ont pas seulement un mouvement apparent, mais aussi un mouvement réel : il suffit pour cela, en tenant la tète droite, de regarder vers le ciel à travers une vitre, ai fixant un point de repère marqué sur le verre. On voit alors, le plus souvent, l'apparition jentoptique descendre lentement dans le champ visuel. Si Ton vient à baisser le regard, puis à l'élever de nouveau, les mouches suivent le mouvement du point de visée, mais dépassent ordinairement un peu le but, puis recommencent à tomber. Au contraire, après un mouvement, soit en bas, soit de côté, les mouches ne présentent pas cette particularité de revenir après avoir dépassé leur position finale. En faisant les expériences avec la ligne visuelle dirigée verticalement, soit vers en haut, soit vers en bas, les mouches ne se déplacent que fort peu.
Dans les observations de ce genre, on se laisse facilement entraîner à vouloir diriger le regard vers une iliouche voisme du point visuel, pour chercher à la voir plus distinctement par fixation directe. AussitAt, l'apparition entoptique fuit en avant du point de visée, sans que celuici puisse évidemment jamais l'atteindre ; c'est même sans doute à cette particularité que les mouches volantes doivent leur nom. Il ne faut pas confondre ce mouvement apparent avec un mouvement réel, et il faut, dans l'observation des mouvements réels, avoir soin de fixer invariablement un point de repère extérieur.
Pour pouvoir examiner à son aise les objets mobiles en question, te mieux est de choisir une position de la tète dans laquelle l'œil regarde verticalement, soit en bas, soit en haut, parce qu'alors les corpuscules flottants restent en repos. On peut, du reste, forcer les mouches placées latéralement dans le champ visuel à se rapprocher du lieu de la vision la plus distincte ; il suflit de diriger Tœil très-rapidement vers le côté où sont ces mouches , puis de le ramener lentement à sa position primitive.
Donders et Doncan (1) distinguent, parmi ces objets, les formes suivantes :
a) Grands cercles isolés avec des contours tantôt obscurs, tantôt
(1) ÀKDREAS Doncan, Dissert, de corporis vitrai strucU, Trajecti ad Rhenum, 1854. — Ondenoekingen gedaan in het physioiogisch Laborat. d^r Vtrechtsehe Hoogesckooi, Ann. VI, p. 171.
s «5. OBJETS ENTOPTIQUES DU CORPS VITRÉ. (154) 211
pfties, plus clairs au milieu, et, le plus souvent, entourés encore d'un cercle lomineux étroit Ils ont de 7t« ^ Vito ^^ millimètre de diamètre et aODt éloignés de la rétine de 7s à 3 ou i millimètres ; il s*en rencontre aussi dans le voisinage du cristallin. Si l'œil est resté longtemps immobile, on m v(Ht peu ; ils apparaissent principalement par un mouvement npide defcnl, de bas en haut, auquel succède im repos subit; ils paraissent alors s'élever brusquement, puis retomber lentement. Pour les idns foiicéa, le mouvement peut être observé dans une étendue de l*",5t et il est probablement bien plus considérable. Doncan trouve qoe leurs mouvements latéraux, produits par des mouvements latéraux de l'œil, sont restrdnts. Dans mes yeux, je ne puis pas percevoir de fifférence de ce genre : si je penche la tète de côté, je trouve que les mouches paraissent tomber avec la même rapidité, c'est-à-dire s'élèvent en réalité avec la même vitesse, et qu'elles parcourent un chemin aussi étendu qu'en tenant la tète di*oite. Dans cette dernière position, les mouvements latéraux paraissent assurément plus limités que les mourements descendants, parce que, latéralement, les mouches ne font qu'accompagner les mouvements du point de visée. On n'a pu constater, dans ces mouches, aucun mouvement parallèle à la ligne lisuelle. Plusieurs de ces cercles, bien que séparés en apparence, paraissent toujours conserver la même distance les uns par rapport aux antres, ou relativement à d'autres corps, ce qui permet de conclure à un lien invisible. En exa- ^X*^. ^^k'' minant au microscope, par sa surface mise à nu, y 1^ ^|P^ le corps vitré intact, Doncan y trouva des cel- p,g ^g
hles pâles, qui paraissaient en train de subir la transformation muqueuse ; elles sont repiésentées ci-contre (fig. 78), et répondent au phénomène entoptique que nous venons de décrire.
b) Des cordons de perles se présentent dans la plupart des yeux ; Doncan ne put cependant pas en voir. Leur largeur est de 7„ à 7i»o de millimètre, leur longueur de 1 à i millimètres. Les plus étroits sont ordinairement les plus rapprochés de la rétine, les plus larges et les plus obscurs en sont plus loin, cette distance variant de V4 de millimètre à S millimètres. Leur genre de mouvement est le plus souvent semblable à celui des cercles décrits plus . ^^^
haut ; cependant ils sont quelquefois fixes. Qudques-uns sont isolés, d'autres sont reliés à différents objets. Ils
riG. m.
812 {15ti) PREMIÈRE PARTIE. — DIOPTRIQUE DE LtKIL. g 15.
répondent à des filaments garnis de noyaux (fig. 79) et que le mieroRcope i>ermet de reconnaître.
c) Les groupes cohérents de cercles^ grands et petitsi les uns pàleSf les autres obscurs « qui répondent aux aocumulatiôns de grauttles
A (fig. 80) , qu'on découvre au niicroscopeé sonti pour là plupart» moins transparents que les autres ob]^\é\ (Mree que plusieurs granules se trouvent l'un derrière rflutre^ dans la direction de Taxe visuel. Ge sont ces objets qu'on aperçoit le plus souvent comme mouches volantes, dans la vision ordinaire. Il n'est pas rare que quelque»-uns pa^ raissent prendre une position d'équilibre dans la pi^ximité de la ligne visuelle. Cependant, les mouvements de rttii dont il a été parlé tout à l'heure» exécutés de la même manière et dans le même sens^ les font apparaître en plus grande quantité^ ainsi que les cordons de perles i ils abandonnent bieniAt après le champ visuel.
d) Les plis se montrent sous forme de rubans clairs» limités par deux lignes obsdures et peu nettes. Doncan en distingue encore deux formeSé Quelques-uns, en eifet» ressemblent, soit à une fibre ibrtemerit plissée, soit à plusieurs petits rubans très-rapprochés, liés ensendile d'une manière invisible, soit enfm aune membrane irrégulièrement roulée, plissée dans les directions les plus diiTérentesi conservant sa forme d'une façon constante^ et analogue à celle représentée par la figurb Bl, d'après une observation microscopique* Ces plis se meuvent
comme les cordons de perlea»
et leur distance à la rétine est toujours comprise entre 2 */, et A millimètres.— Ces menn branes mobiles ne doivent pas être confondues avec d'autres très-étendues, situées à poste fixe, soit tout près de la face postérieure du cristallin, soit à 2 ou A millimètres Benlé^ ment de la rétine, tandis qu'on n'en trouve pas qui soient éloignées de 4 à 10 millimètres do la rétine. Dans les premières, on voll des plis qui n'ont pas moins dé Yta de millimètre de largeur, dans les dernières, les plis ont rarement plus de '/eo ^'^ millimètre. On les voit apparaître quand on fait mouvoir latéralement la ligne visuelle^ mais particulièrement aussi par relTet d'un mouvement de haut en bas violent et brusquement inteirompu. Alors, les plis situés immédiatement
Fig. 81
§ 15. OBJETS KNTOPTIUIJES Di: COHPS VITHÉ. î2i3
derrière le cristallin paraissent monter, tandis qu'au contraire ceux âtués dans le voisinage de la rétine paraissent descendre, de sorte qu'ils passent les uns au-devant des autres dans la ligne visuelle. Le plus souvent, on v<Mt alors les membranes plissées devenir de moins en aoîna distinctes, sans quitter pourtant le champ visuel, et elles reparaissent cependant avec une nouvelle netteté, lorsqu'on répète le mouvement. Donean conclut de là que ces membranes n'ont qu'en apparence un mouvement aussi étendu, et que ce ne sont pas les membranes qui se m^vent, mais bien les plis formés à leur périphérie dans le mouvement brusquement interrompu de l'œil; ces plis se propagent jusqu'à l'autre extrémité des membranes, ce qui leur fait perdre leur netteté et les rend moins visibles. La raison des directions opposées suivant lesquelles se produit le mouvement de ces différentes membranes et la pitqMgation des plis, est que les unes sont en avant, les autres en arri^ du point de rotation de Tœil. Si l'on dilate la pupille au moyen de l'atropine, ou qu'on place le point lumineux très-près de l'œil, de manière à éclairer assez loin du point de iixation, on remarque, particulièrement dans les mouvements latéraux de Y œil , violents et subitement interrompus, que le nombre des membranes situées immédiatement derrière le cristallin devient plus considérable , que ces membranes viennent rarement jusqu'à la ligne visuelle et se terminent par un bord iirégnlier et parfois très-découpé.
La manière dont se meuvent les objets du corps vitré ne permet guère de les considérer comme autre chose que des corpascules qui nagent dans un milieu parfaitement liquide, et dont la densité est inférieure à celle de ce uûlieu. Comme on les voit souvent nager à travers tout le champ visuel entoptique et que, du moins dans mon œil, ils traversent le champ visuel aussi bien de haut en bas que de droite à gauche ; que fdlleurs ce champ, lorsque la lumière pénètre dans Vœil en divergeant, occupe une partie de la rétine plus grande que la pupille, il faut Wen que le bassin dans lequel ils se meuvent, mesuré le long de la rétine, soit plus grand que la pupille. D'autre part, les corps flottants paraissent ne pas pouvoir s'éloigner de la rétine, car lors<iu'on dirige la ligne rnueUe vers en haut, de manière que ces objets, à cause de leur légèreté spécifique, doivent tendre à se diriger vers la partie du corps vitré voisine du cristallin, on les voit bien se mouvoir le long dé la rétine, mais sans s'éloigner de cette membrane. L'obstacle est sans doute formé par les membranes dont on voit les plis dans le champ tisuel entoptique, et qui paraissent être parallèles à la rétnie. Quelquesuns de ces corpuscules paraissent aussi Ctrc fixés à la mcmbrano hvaloïde; c'est ainsi que Doudcrs rapporte qu'il existe sur la ligne
214 (i56) PREMIÈRE PARTIE. — DIOPTRIQIJE DE L'OEIL. § iô.
visuelle de son œil gauche un corpuscule de ce genre qui y possède sa position d'équilibre, à partir de laquelle ce corpuscule peut bien descendre (ascension apparente) , mais ne peut pas monter, de sorte qu'il parait relié inférieurement à la membrane hyaloïde comme par un fil.
Du reste , après une série d'observations entoptiques, on apprend à connaître individuellement les objets de son propre œil, et Ton remaïque que c'est toujours la même série de formes qui reparaît. D*aprè8 les observations de Donders, ces formes se conservent sans altération pendant une longue suite d'années.
Il parait résulter de l'examen microscopique du corps vitré que ces formations sont des traces de la structure embryonnsdre de ce corps. Chez l'embryon, il est composé de cellules qui, plus tard, se résolvent pour la plupart en mucus, tandis qu'une partie de leurs membranes et de leurs noyaux, ou des fibres le long desquelles elles se sont développées, subsistent indéfiniment. On est loin, d'ailleurs, de savoir encore avec certitude quelle est la structure du corps vitré chez l'adulte.
II. — Pour obtenir la perception des vaisseaux de la rétine , il faut mettre en œuvre des procédés un peu différents de ceux employés pour les objets entoptiques précédemment décrits. — Les méthodes que nous allons passer en revue ont ceci de commun que la position ou la largeur de l'ombre que les vaisseaux rétiniens projettent sur la face postérieure de la rétine deviennent, par l'emploi de ces méthodes, différentes de ce qu'elles sont ordinairement, et qu'en outre on maintient cette ombre dans un état de mouvement continuel.
On peut, pour percevoir les vaisseaux rétiniens, employer les trcMS méthodes principales suivantes :
!• Au moyen d'ime lentille convergente à court foyer, on concentre une lumière très-intense, de préférence la lumière solaire, en un point de la surface externe de la sclérotique, le plus éloigné possible de U cornée, de manière à former, sur la sclérotique, ime image petite, mais très-éclairée, de la source lumineuse. Si le regard se porte alors sur un fond obscur, le champ visuel semble éclairé d'un rouge jaunâtre et il y apparaît un réseau de vaisseaux sombres, dont les ramificationsrappellent celles d'un arbre, et qui répondent aux vaisseaux rétiniens représentés ci-contre (fig. 82), d'après une préparation injectée. Si l'on imprime au foyer formé sur la sclérotique un mouvement de va-et-vient, l'arbre vasculaire prend un mouvement analogue et de même sens : le foyer lumineux et le réseau montent ou descendent en même temps, se dirigent en même temps vers la droite ou vers la gauche. Sous l'influence
FiG. 82.
§ 15. PERCEPTION ENTOPTIQUE DES VAISSEAUX RÉTINIENS. (/57) 2iB de mouvements de cette espèce, l'arbre vasculaire se voit plus distinctement que si on laisse pendant longtemps le foyer de la lentille en un même point; dans ce dernier cas^ r ioiâge finit par disparaître complètement. Cependant, dans la méthode que nous venons de décrire, un mouvement conti-> nael est moins nécessaire que dans les méthodes suivantes.
D est à remarquer que plus la partie éclairée de la sclérotique est petite, et plus les moindres rameaux de Tarbre nscnlaire se dessinent netteiKDt, de sorte qu'en exécutant convenablement l'expérience, OD peut rendre visible le réseau capillaire le plus fin.
Au mUieu du champ visuel se trouve une portion privée de vaisseaux, et qui correspond au point de fixation; en se rapprochant 'de cette r^on, les grands rameaux se subdivisent en capillaires dont les anses Jugées entourent l'espace libre en question. Cet endroit lui-même oflBre, dans les yeux de H. Millier, ainsi que dans mes deux yeux, un aspect particulier par lequel il se distingue de tout le reste du fond de rœil.}En efifet, tandis que, sauf l'image obscufe des vaisseaux, ce fond est éclairé uniformément, le lieu de la vision directe présente un éclat plus vif et rappelle en^mème temps l'aspect du cuir chagriné. On vient de voir que si, pendant qu'on observe cet endroit en fixant invariablement un objet extérieur, on fait mouvoir de bas en haut le foyer de la loitille sur la sclérotique, l'arbre vasculaire se déplace également de bas en haut : l'éclat chagriné se déplace, au contraire, un peu en sens opposé, c'estrà-dire de haut en bas par rapport au point de fixation de TcoL Meissner aussi, en appliquant cette même méthode d'observation, a vu cet endroit plus éclairé, mais il lui attribue vers son bord, une ombre obscure, en forme de croissant, analogue à celle qui se manifeste par la seconde méthode d'observation. Je ne vois pas d'ombre semblable lorsque la lumière pénètre par la sclérotique.
Dans cette expérience, la lumière pénètre dans l'œil par la sclérotique et la choroïde. La première de ces tuniques est translucide, la seconde n'est pas assez pigmentée à la partie postérieure de l'œil pour pouvoir arrêter toute la lumière. En avant, sur les procès ciliaires, la
^i^ {ISji) PHEMIËHE PARTIE. — DIOPTHIQUE LE LŒIL. § !&•
CQUchç 4e pigment est plus considérable ; aussi, dans notre expérience, l'éclairage d§ la rétine est-il assez faible, lorsqu^on amène le foyer à as former sur la partie antérieure de la sclérotique, près de la cornée. La partie éclairée des membranes de l'œil représente une source lumineuse par rapport à 1* intérieur de l'organe; les rayons qui en émanent se distribuent également dans toutes les directions, car la sclérotique, qui est translucide, loin de réfracter régulièrement la lumière, la diffuse suivant toutes les directions possibles.
Tandis qu'ordinairement la lumière n'arrive à la rétine qu'au travers de la pupille, dans le cas actuel elle provient d'un point situé trèslatéralement ; pour cette raison, l'ombre des vaisseaux situés dans les couches antérieures de la rétine vient, dans notre expérience, se former sur des parties de la face postérieure de cette membrane, toutes diiiëi*entes que d'habitude.
La figure 83 fait voir clairement que l'arbre vasculaire doit paraître se déplacer dans le même sens que le foyer de la lentille. — Soient v la coupe d'un vaisseau rétinien, k le point nodal de l'œil. Lorsque le foyer de la lumière incidente est en a, sur la sclérotique, l'ombre du vaiseau se forme en a ; l'œil projette, par suite, dans le champ \TSuel, une ligne obscure suivant la direction aA. Si le foyer est en b, l'ombre se forme en |3, et la ligne obscure du champ visuel est transportée en B. Ainsi, tandis que la source lumineuse se meut de a vers A, le tronc vasculaire apparent se meut, dans le champ visuel, dans le môme sens, de A vers B. La surface chagrinée qui avoisîne le point de visée présente un mouvement en sens opposé : elle ne se produit donc assurément pas de la même manière que Tombre des vaisseaux, mais on ne connaît pas Pig! 83. encore assez la structure de la tache jaune pour
pouvoir donner la cause de ce phénomène. Dana le champ visuel, Tarbre vasculaire empiète un peu sur le bord de hi portion chagrinée, du côté 0})posé à la lumière ; en haut et en bas B semWe seulement toucher ce bord ; du côté de la lumière, enfin, il y a un intervalle entre les deux ; toutes ces apparences restent les mêmes, soit que la lumière vienne de l'angle intenie de l'œil, soit qu'elle vieuw de l'angle externe. La raison en est, sans doute, que les ramifications vascujaires sont situées plus antérieurement que la couche qui, pai- un effet de réfraction ou de réflexion, présente l'aspect chagriné, et que, pour ce motif, lorsque la direction de k lumière incidente est
§ 15. PERCEPTION EiNTOPTlQUE DES VAISSEAUX RÉTINIENS. (Î59) il7 ohlique, l\)iiibre de là figure vasculaire sur la face postérieure de la rélinan^eil pas située parpendiQulairament sous les vaisseaux. La structure qui produit Ti^peçt chagriné parait, d'après ce qui précède, avoir astes exacteHiept la oième éteudue que la portion non vasculaire de la résine.
9f La seconde méthode employée pour Pobservatiou des vaisseaux réUniens est la suivante : on dirige le regard vers un fond obscur, en donnant à une bougie allumée un mouvement de va-et-vient, soit audessous, soit à côté de Pœil. — On voit bientôt le fond obscur se recouvrir d*un reiet mat et blanchâtre, sur lequel se dessine Farbre vasculaire obscur. L'image ne reste nette qu'autant qu'on fait mouvoir la lumière. SilV)n ne donne à la lumière que des déplacements latéraux, on voit principalement les vaisseaux verticaux ; si on la déplace suivant la verticale, on voit surtout les vaisseaux horizontaux. Les déplacements de la lumière sont accompagnés de mouvements de tout Tai-bre vasculaire, mais ses différentes parties se déplacent inégalement. Meissner compare tiès-beureusement les mouvements de l'arbre vasculaire à ceux qu'effectue une image réfléchie dans une eau ridée par de fdbles vagues.
Ed étudiant le phénomène de plus près, on voit que, lorsque la lumière s'approche et si'éloigne alternativement de la ligne visuelle, l'arbre vasculaire subit, en même temps, des déplacements dans le même sens. Mais si l'on fidt mouvoir la lumière suivant un arc de cercle dont le centre est sur la ligne visuelle, l'arbre vasculaire se meut en sens opposé. Cest ainsi que, la lumière étant tenue sous l'œil, si on lui imprime des nx>uvemenls verticaux, le tronc vasculaire subit des déplacements verticaux homonymes, et que si, la lumière étant plus bas que l^oeil, on la fait mouvoir horizontalement, l'arbre vasculaire effectue des mouvements latéraux, mais en sens contraire de ceux de la lumière.
Les rameaux les plus voisins du milieu de la figure vascukûre ne se dessinent pas aussi finement que par les deux autres méthodes.
Au centre^ plusieurs Observateurs.decrivent un disque clair, circulaire ou jr,^ g,^
elliptique, répondant au point de visée^
La figure 8i représente te dessin qu'en donne Biii*ow. Du côté (|nî a^t tourné vers la flamme, le disque est bordé paf une ombre obscure en
forme de croissant ; la partie la plus claire est au centre. H. MOller ne voit pas du tout ce disque, et, pour ma part, je ne vois jamais que Tombre en forme de croissant qui en constitue la périphérie, du côté tourné vers la lumière, tandis que l'autre côté ne présente pas de contour distinct. Ce disque central se meut aussi quand on déplace la lumière : pour s'en convaincre, il suffit de fixer un point extérieur pendant qu'on observe le phénomène. Chez moi, le point de fixation se trouve toujours à la partie du bord du disque éclairé qui serait tournée vers la lumitee, en complétant par la pensée, de manière à en former un disque entier, l'ombre en forme de demi-lune qui existe dans l'œil.
Je vais exposer la théorie complète de ces phénomènes, telle qu'elle a été donnée par H. MtUler. — La source lumineuse qui éclaire Tintérieur de l'œil est l'image de la lumière qui vient s% former sur les parties très -latérales de la rétine, puisque la lumière est loin du centre du champ visuel. Gomme, du reste, la lumière se trouve très-près de I'cbU, son image rétinienne peut être assez grande et peut renvoyer dans le corps vitré une quantité de lumière suffisante pour provoquer sur toute la rétine une perception lumineuse sensible. Le mode d'éclairage est donc semblable à celui de la première méthode, avec cette seule différence que la portion de paroi de l'œil qui agit comme source lumineuse ne reçoit pas sa lumière du dehors, au travers de la sclérotique, mais que la lumière lui vient d'en avant, à travers la pupille. Comme les images sur les parties latérales de la rétine ne sont pas distinctes et que, dans notre cas, l'image de la flamme doit être assez étendue pour donner une quantité suffisante de lumière, il est facile d'expliquer pourquoi on ne voit pas les plus fines ramifications vasculaires aussi bien que par la première méthode. Le mode de mouvement de l'arbre vasculaire s'explique complètement dans la théorie de H. Mûller. Soient (fig. 86) k le point nodal de l'œil et v un vaisseau rétinien. Si la source lumineuse se trouve en a, son image rétinienne se forme en 6, la lumière qui vient de b projette en c l'ombre du vaisseau t?, et si nous menons la ligne cA;, son prolongement kd est la direction suivant laquelle l'ombre du vaisseau v apparaît dans le champ visuel. Si nous amenons le point lumineux de a en a, 6 vient en (î, c en y, rf en ^ ; rf se déplace donc dans le même sens que a. Le contraire a lieu si a se déplace perpendiculairement au plan de la figure. Si a se trouve en avant de ce plan^ b est en arrière, c en avant, et, enfin, d en arrière. Si donc a se meut en
§ 15. PERCEPTION Ë^S'TOPTIQUE DES VAISSEAUX RÉTINIENS. (160) 21»
avant (du plan de la figure), d se meut en arrière, et inversement, le
tout conformément aux résultats de l'observation. H. MQll^ regarde, non sans vraisemblance, l'apparition, au mifien
du champ visuel,- du disque éclairé et de son ombre semi-lunaire,
comme due à la fovea centralis. Soit c (fig. 86) la fovea^ et admettons
qae le lieu de la \dsion directe est au fond de .cette cavité, soit a la
lomièfet b son image rétinienne, l'ombre du
bord proéminent de la fovea qui est tourné
rars 6, tombe exactement sur le point de visée,
et, sur la rétine» Fombre entière de la fovea est
entre le point de visée et la lumière, de sorte
(pe, dans le champ visuel, c'est, conformément
l l'observation, le contraire qui doit avoir lieu.
Si Ton r^[yproche davantage de la ligne visuelle
la hmûère a, et que, par suite, b se rapproche
de Cy je remarque, dans mon œil, une ligne
éclairée, à la partie externe de l'ombre semi-lunaire, et qui provient
sans doute de lumière qui, renvoyée par la rétine, est venue frapper
le bord de la fovea et s'y réfléchir, comme l'indique la ligne ponc-
tnée a^y (fig. 86). Chez les personnes dont la fovea centralis présente
des bords moins escarpés, cette ombre peut faire complètement défaut.
S* La troisième méthode pour l'observation des vaisseaux rétiniens consiste à regarder, à travers une ouverture étroite, un grand champ éclairé, le ciel, par exemple, en donnant à cette ouverture un rapide mouvement de va-et-vient. — Les vaisseaux rétiniens apparaissent trèsfinement dessinés, foncés sur fond clair, et se meuvent, dans le champ visuel, dans le même sens que l'ouverture. Au milieu, répondant au point de visée, on voit la partie sans vaisseaux, qui me parait avoir un aspect finement granulé et dans laquelle se meut ime ombre de forme arrondie, tant qu'on agite l'ouverture. Dans les mouvements horizontaux de l'ouverture, on ne voit que les vaisseaux verticaux, et dans les mouvements verticaux, seulement ceux dont le cours est horizontal. On voit encore la même figure vasculaire en regardant dans un microscope composé, sans y mettre d'objet, de manière à voir seulement le cercle unifmnément éclairé du diaphragme. Si l'on fait un peu mouvoir Tœil au-dessus du microscope, on voit les vaisseaux de la rétine se dessiner très-finement et très-nettement dans le champ de l'instrument. Les vaisseaux qui sont perpendiculaires au sens du mouvement sont les plus nets de tous, tandis que ceux qui lui sont parallèles disparaissent entièrement.
220 (iSi) m^mÈHE PARTIb:. — DlOlTHIUlE DU: I/ORIL. § 15.
Dans les deux premières méthodes, la lumière arrivait à la rétine suivant une direction insolite, et, pour cette raison, Tonibre des vaisseaux rétiniens venait se former sur des parties de la rétine qui ne reçoivent pas cette ombre dans la vision ordinaire, et qui, par suite, flont facilement impressionnées par cet état inaccoutumé. Dans la troisième méthode, au contraire, la lumière suit sa voie ordinaire et entre dans l'œil par la pupille. Si la pupille entière est libre et l'œil tourné ver» an ciel clair, chaque point du plan pupillaire laisse arriver des rayons de lumière au fond de l'œil, absolument comme si la pupille elle-même était la surface lumineuse. Sous l'influence de cet éclairage , les vaisseaux rétiniens doivent projeter, sur les parties de la rétine situées derrière eux, une ombre large et estompée, de manière que la longueur du côot d'ombre totale ne soit que de quatre ou cinq fois le diamètre du vaisseau. Gomme, d'après E. H. Weber, le diamètre du rameau le plus épais de la veine centrale mesure 0,017 lignes de Paris (0"",088), et que, d'après KuUiker, l'épaisseur de la rétine au fond de l'œil est de 0""',22, on peut admettre que le cône d'ombre totale des vsusseaux n'atteint pas la surface postérieure de la rétine. Mais si nous amenons une ouverture étroite au-devant de la pupille, l'ombre des vaisseaux devient nécessairement plus étroite, plus nettement dessinée, et l'ombre totale devient plus longue, de sorte que les parties de la rétine qui sont généralement dans la pénombre viciment se trouver, soit dans l'ombre complète, soit dans la partie complètement éclairée de la rétine.
Si, dans la vision ordinaire, nous n'apercevons pas l'ombre des vaisseaux, c'est sans doute parce que la sensibilité des parties ombragées (le la rétine est plus grande, leur excitabilité moins énioussée que celles des autres parties de cette membrane sensible; mais dès que nous modifions la position de l'ombre ou son étendue, elle devient perceptible, parce que le faible éclairage vient alors sur des éléments rétiniens fatigués et mohis excitables. Les plus excitables, au contraire, des éK»monts rétiniens, ceux qui, auparavant, étaient dans l'ombre, \*îeniient d'autre part, à se trouver, en partie, en pleine lumière, et sont plus sensibles à cet éclairage. (î'est ce qui explique comment, surtout au connnencement de l'expérience, il arrive parfois que, pour quelques instants, l'arbre vasculaire se dessine en clair sur fond sombre, etconh ment, chez œrtaines ixTsonnes, la partie claire du phénomène peut nn<'u\ attirer l'attention que la partie sombre. Aussitôt que, dans notre expérience, l'ombre des vaisseaux Nient à conserver quehpie temps s* nouvelle position, les parties nouvellement onibr.igées deviennent peui peu plus sensible*;. rr\W< priniiifvcnuMit niubragées jKiraissent, au contraire, ))«'nlpî tn*s->iir leur excès (l>\(itabilité, ei le pliénomèuo di«r
s 1& PERCEPTION ENTOPTIQLE DES VAISSEAUX RÉTINIENS. 221
paralti Pour le voir d'une îlianière dun^le, il est donc nécessaire de faire censtamment varier la position de l'ombre^ et dans les mouvements reetilignes de la source lumineusCi les vaisseaux dont Tombre change de place sont les seuls qui restent visibles. Nous reviendrons plus en détail» au S 2§^ sur ces altérations de l'eièitabilité.
VieitM^dt {Cmf. flti du § 28^ p. 592 de l'édit; allemande) à observé des mouvements en formé de courants, qu'il attribue à la circulation du sang dtes la rétine^ et qui se manirestent en portant le regard sur une atirfaee éclairée d'une manière intermittente. Pour faite Tëicpérience, écartant les doigts, il donnait à sa main, devant Tteil, un mouvement de ra^st-vlenti Meissner et moi nous n'avbtiS vu ce mouvement qufe sous forme <te petits curants sanà bords^ aukquëls je n'osais pas d'aboltl donner la signifleâtion que leur attribuait Vierotdt. Cependant il n'en est pas moins possible que Yierordt les ait vus d'iibe manière ^lus niette et plus déterminée^ et qu'ils aient été réellemfent pour lui Teipression de la circulation sanguine.
De plUsj PuAinje et J. MUllet (Vôy. § 2B, p. éU dfe l'édit. ail.), en portant le regard sut* une grande surface éèlaU^j biit vu des points lumineux apparaître dans le champ visuel et parcourir un certain espace ; aptes des intervalles de temps inégaux, ces points apparaisseUt toujours aux mêmes endroits, pour parcourir toujours le même trajet, àvfec une même vitesse, assez considérable d'ailleurs. D'après une remarque de O. N. Rood, le phénomène se produit incomparabloment mieux en regardant le ciel à travers un verre bleu foncé. Dans cette expérience, je fixe un point de la vitre^ afin de voir les corpuscules mobiles se manifester toujours à la uiême place, de manière à pouvoir comparer la position de leurs trajectoires avec la figure vascdaire projetée sur la même vitre;
Après avoir répété ces expériences, je crois, cbmme Vierordt, qu'on dwl, sans hésiter, rapporter tous ces mduvëlnents à la circulation du sang, et cela par le mécanisme suivîuit : tlil globule un peu volumineux se coince dans uri des vaisseaux les plus étroits : il se forme alors, dans ce vaisseau, un certain vide en avant de ce globule, tandis qu'en arriéré se pressent un nombre considérable de globules sanguins. Aussitôt que l'obstacle cède, tout l'encombrement s'écoule rapidement : ce sont là des circonstances qu'on a souvent occasion d'observer lorsqu'on examine au microscope la circulation capillaire. Dans l'expérience dont nous parlons^ on voit, en avant de l'obstacle, dans le champ visuel, une bande claire, longitudinale, répondant à la partie vide du vaisseau. Cette bande est suivie d'une partie sombrr», qui correspond, je perlse.
à rs^lomération des globules sanguins. Dans mon oeil droit, je yiÂs très -nettement et souvent le phénomène se répéter, un peu à gauche du pomt de fixation, dans deux vaisseaux parallèles, et quelquefois cela a lieu simultanément dans les deux. Le mouvement apparent est ascendant ; l'agglomération mobile disparaît en suivant, avec une vitesse accélérée, les sinuosités d'une courbe en forme de S. Dans l'image entoptique de l'arbre vasculaire, je retrouve, à l'endroit en question, nonseulement les deux vaisseaux parallèles, mais aussi la courbe en forme de S qui les réunit et qui débouche dans un tronc veineux plus grand : les deux méthodes d'observation sont donc parfaitement d'accord. Du reste, les deux vaisseaux dont j'ai parlé ne sont pas les seuls qui pr^ sentent un semblable mouvement : beaucoup d'autres parties dans le champ visuel du même œil sont dans le même cas ; mais elles sont plus éloignées du point de fixation et ne présentent pas de formes aussi caractéristiques.— En résumé» nous devons considérer le phénomène dont il s'agit, comme étant Texpression optique de petits obstacles à la circulation sanguine, obstacles qui ne se présentent ordinah*ement que dans certaines parties rétrécies de l'arbre vasculaire et ne se manifestent que lors du passage de globules un peu volumineux.
Pour décider si les objets vus entopliquement sont en avant ou en arrière de h pupille et s'ils sont près de la rétine, il suffit d'examiner la parallaxe, coomie l'i proposé Listing. — Soient (fig. 87) a l'image du point lumineux formée par les milieux de l'œil, c le point de la visioû directe, fe le plan de la pupille, ou plutôt son image formée par le cristallin, laquelle diffère très-peu de la papille vraie; enfin soit d un objet obscur, situé en arrière de la pupille. Si la ligne ac coupe la pupille en g, l'ombre du point g coïncide avec le point c de la vision directe ; g est donc le point de l'image entoptique de la pupille qui est vu directement Joignons ad et prolongeons cette droite jusqu'à son intersection b avec la rétine, c'est en ce point A que se forme l'ombre de d. Désignons par h le point d'intersection de la ligne ad et du plan pupillaire, la projection du point h de la pupille arrive également en 6 ; les points d et A se recouvrent dans le champ visuel entoptique. Si, sur la ligne ab, se trouve encore un objet i en avant de la pupille, ce dernier coïncide également avec // dans le champ visuel entoptique. Mais que l'œil ou le point lumineux viennent à se déplacer de manière qu'on auU^ point /*, de la pupille, soit vu directement dans l'image entoptique, que fe point éclairant vienne ena sur le prolongement de la ligne c/*, aussitôt la position des ombres de d et de t change par rapport à la pupille. Menons ad et ai Soient m et e les points où la première de ces lignes et où le prolongement de Ja seconde
§16. DÉTERMINATION DELA POSITION DES OBJETS ENTOPTIQUES. (i62) 223 oiopeat le phn de h pupille, ces points met e sont les points de la pupille dont les images entoptiqnes coïncident maintenant avec celles des objets d et i. Ainsi, das l'iinage entoptique» tandis que le point de visée est venu de g en f, Timage de robîec d^ placé derrière la pupille, a marché dans le même sens, de A en m, et celle de l'objet t, placé devant la pupille, a marché en sens contraire, de A en e». D'après k mode de désignation de Listing, d possède donc une parallaxe positive et I one parallaxe négative. Avec un peu d'exercice, il est toujours facile de décider B, par rapport au contour circulaire du champ visuel, les objets vus entoptiqueneot se déplacent dans le même sens que le point de visée ou en sens contraire, rt, par snite, de distinguer s'ils sont en avant ou en arrière de la pupille.
Poor cakoler plus exactement la distance des objets qui flottent dans le corps riiré» Brewster a, le premier, employé la méthode qui consiste à finre pénétrer dans l'œil deux faisceaux de rayons homocentriques et à produire ainsi deux ombres de diaque objet De la distance réciproque des ombres, on peut déduire h diiCaiioe qui sépare les objets de la rétine. A cet effet, à travers une lentille (boée devant l'œil, Brewster regardait vers deux flammes situées Tune à côté de Tantre. Donders a modifié cette méthode en plaçant devant l'œil une lame de néial pourvae de deux ouvertures distantes de 1™" Vs • ^ travers ces ouvertures, i r^rde on papier blanc, fortement éclairé, sur lequel les apparitions^paraissent projetées. Il mesure d'abord la distance qui sépare les centres des deux images drcolaires de la pupille qui se recouvrent partiellement, distance qu'on obtient CD mesurant simplement la largeur de la partie non recouverte de l'un ou de l'autre de ces cercles. Il mesure ensuite la distance des images doubles de l'objet entoptique eo question. Cette distance est à la distance des deux cercles comme la dis- Uacedanandée de l'objet à la rétine est à la distance apparente de la pupille à la létîne (18**). De cette manière, on arrive facilement à calculer la distance des objets k la rétine. .
Ooncan a modifié la méthode de Donders en ce sens qu'il exécute ses mensurations d'après le principe des mensurations microscopiques à double vue. L'obserfateor regarde avec un œil, à travers une ou deux étroites ouvertures, un petit miroir concave qui réfléchit la lumière du ciel, et avec Tautre, un tableau placé à la dislance de la vision distincte. C'est sur ce tableau qu'il peut mesurer avec le la grandeur des objets entoptiqnes, la distance de leurs doubles images, si que b dislance des points correspondants, au bord de l'iris. Pour calculer la grandeur réelle des objets entoptiqnes en partant de leur grandeur apparente, il laot coBoaitre la distance qui sépare la cornée de l'ouverture à travers laquelle QO regarde. Le mieux est d'amener cette ouverture au foyer antérieur de l'œil (à 12** en avant de la cornée) : les ombres des objets entoptiques sont alors de même grandeur que ces objets eux-mêmes. La grandeur apparente de ces objets dans le champ visuel, .mesurée au compas, est à la grandeur réelle de l'ombre sur la rétine, comme la distance du compas à l'œil est à la plus petite Atance focale principale de l'œil (15"").
Pour amener, au moins appproximativemeiit, la lame à coïncider avec le plan focal antérieur de l'œil, on la fixe à l'extrémité d'un petit tube de longueur convenable.
224 (165) PREMIÈRE PARTIE. -- DÎOPTRIQUE DE LTEILi § 15
Millier a mcstiré la grandeur apparente du moinrement qu'âfflsetev dam h dnnq visuel, l'arbre vasculaire obtenu par la première des méthodes précitées f nn aie mesurait en même temps au compas la grandeur du déplacemelit dn loyer édiirant sur la sclérotique. Des données ainsi obtenues, on peut déduire, M moiii approximatifement, par construction ou par calcuU la distance qui sé^tre le vaisseaux qui projettent Tombre et la couche rétinienne qui h perçôtt DesefiiiMii (Gg. 83^ Pi 216) la coupe dé Tceil en grandeur naturelle. Supposote que le fojti sur la sclérotique se meuve entre les points a et b. Soit a Tombre d'un veisieaa \ situé dans le vwinage de la uche jaune^ dont on a mesutt le monvemelit apfieiHM. Pour la position a du point lumineux, ce vaisseau devra être situé sur la lign droite aau Soit a(3 le déplacement réel sur la rétine déduit, par le cakcal, dt déplacement apparent dans le champ visuel; soit donc p de l'ombre du vaiSMi quand le fo3fer est en & Menons la drDite b^^ le point t^ où ép ^ Odi se ooopeli donne la position du vaisseau, et l'on peut trouver la distance de ce point k la rttM par une oonsiruction ou par le calcul. H. MttUer trouva de cette mattlèHi, daa plusieurs expériences, pour la distance des vaisseaut è la cotiche sensible Otl3 0,19 à 0,21 ; 0,22 1 0^25 à 0,29; 0,29 à 0,52 millimètre; pour tMs autm et servateurs, il trouva 0,19 ; 0,26 ; 0,S6 millimètres. Gomme, d'a|te^ les mensan tions anaiomiques du même observateur, la distance des vaisseaux à la ooiicbe c3 bâtonnets et des cônes, dans la région de la tache jaune^ varie entre 0"*"*)! etO% il est probable que les cônes sotat les parties sensibles à l'ombre, et cW ce ifH^ est porté à croire par d'autres circonstances que j'exposerai dans le § 18^
DKCHALES (1), jésuite du XVII* sîècle, éinlt lé premier une opinion sût* là proT'éiiÉhca âe mouches vofnntes ; d'après cette Opinion ^ qui est la vrafe, eè sont les ombM de eù^péàcules qui nagent dans le voisinage de la rétine. Pitcairn (2), au contraire, les plaça sur It rétine elle-même, et Moroagni (3)^ dans tous les milieux de l'œil^ quoiqu'on ne puisse jmu voir reut qui sont le plus en avant^ sans avoir recours à dës sources de lumière étroittis. De LA HiRE (A) se trompe également en plaçant les mouches fixes exclusivement sur la tétine, fet les mouches mobiles dans l'humeur aqueuse. Le Cat (5) décrit une expérience qui contiêol complètement, en principe, la méthode de l'examen entoptique, puisqu'il a observé, dans le cercle de diffUsion d'un petit point lumineuse, l'ombre renversée d'Uhc épingle tenue \M près de l'œil. Vers la même époque, ^ëpimus (6) a observé entoptiquement, et en se rendut compte de ce qu'il voyait, l'ombre de l'iris ainsi que la dilatation et le rétrécissement de li pupille. Mais c'est seulement depuis 1760 (7) qu'on a commencé à eniplojer de petites ouvertures et de fortes lentilles pour voir plus nettement les mouches volantes, ptoeêdé qui, in reste, n'était pas absolument inconnu à Dechales.
t'ne théorie plus rigoureuse des images, les méthodes au moyen desquelles on reconnaît l position des corpuscules dans l'œil, furent établies bien plus tard par LiSTtRG (8) et pai Brewstbr (9) lur les traces desquels marcha Dosders (10). Doncan (11), élève de ce der
(1) Cursus seu mundus malhcmaticus. Lugduni, 1G90, III, 402.
(2) PiTCAiRNii opéra. Lugd. Bat., p. 203, 200.
(3) Adversaria anatomica YI. AniUi. LXXV, p. 94. Lugd. Bat., 17^2. i\) Accidents de la vue, p. 358.
(5) Traité des sens. Rouen, 1740, p. 298. — Amsterdam, 1744, p. 293.
(6) Novi Comment. Petropol., VII, 303,
(7) Histoire de l'Académie des sciences, 1760, p. 57. Paris, 1766. :H) Beitrag zur physiologischcn Optik. Gotlingen^ 1843.
(9) Transactions of the Hoy. Soc, ofEdinh.y XV, 377.
(10) Sederl. Lnwwt, 18^6-47, 2» série, 11,345, 432, 537,
(11) De corporis vitrei structura, /h'.w., Vlrcchl, 1854. — Onderzoekingen ged. in he Phijswf. Labornt, d. Vtvrrhtsche Hoogeschool^ ann. VI, p. 171.
§ 15. HISTORIQUE DES OBJETS ENTOPTIQUES. {i64) 225
lier, fil voir la concordance des objets vus entopliquement avec la structure microscopique èi corps vitré. James Jago (1) fit des essais dans le même sens. Outre les expérimentateurs è^ nommés, Steifensand 2), Mackemzie (3), Appu {à), décrivirent les difTérentes formes les objets entoptiques.
PcaniUE (5) a, le premier, découvert Timage subjective des vaisseaux centraux et a emplojéfjMNir robsenrer, les trois méthodes indiquées plus ht^ut. Il l'a aussi vue lors de l'excitstioa de l'œil par la pression et par TafOux sanguin. Gddden (6) attira Tattention sur l'imporlaaee de la signification du mouvement de Tombre relativement à la théorie du phénomène. La théorie du phénomène produit par de la lumière honiocentrique qui se répand dans l'œil, soit parla pupille, soit par un foyer formé sur la sclérotique, ne parut présenter aucune difllculté. Ccpeodant Mkissher (7) appela l'attention sur les faits, irréguliers en apparence, qui se pré-. tenlent lors du mouvement d'une lumière au-dessous de l'œil et se fonda sur ces faits pour élever des doutes sur toute l'explication généralement admise. Ces doutes furent levés par H. MCLixa (8), qui trouva la théorie de cette expérience, telle qu'elle a été exposée plus
PuuuciE dit d^à qu'au centre du champ visuel apparaît une tache éclairée qui ressemble à une CMse. Burow (9) décrivit plus exactement l'image entoptique de la fovea centralis; nais, se foodantsur la théorie ancienne, qui a été rectifiée depuis par H. BII'ller, il l'expliqua par une saillie au lieu de l'attribuer à un creux.
iM8. HiCEALBS, Cursus seu mundus mathematicus. Lugduni, 111, 402. 1694. De la Hue, Accidens de la vue, in Mém, de VAcad. des se, p. 358.
— PiTCAiBiin opéra. Lugd. Bat., p. 203, 206.
1722. MoBGAfiin, Adversaria anatomica YI. Auim. LXXY, p. 9â, Lugd. Bat. 1740. Lb Cat, Traité des sens. Rouen, p. 298. — Amsterdam, 1744, p. 293.
— iEraus, JVbi;i Comment. Peirop.^ Vil, 303.
1760. Histoire de l'Acad. des se. pour Tannée 1760, p. 57. 1819. PuBKiKJE, Beitriige sur Kenntniss des Sehens, p. 89. 1825. Le héxe, Neue Beitrage, p. 115, 117.
1842. STUrEmAHD, in Poggendorffs Ann,^ LY, p. 134. — v. Ammon*s Monaisschrifl fur Medicin, I, 203.
1845. LiSTiBG, Beitrag sur physiologischen Optik. GOttingen.
— Bbiwsteb, in Transactions ofthe Roy. Soc. ofEdinb,, XV, 377.
— Hâgebhzie, in Edinb, Médical and Surgical Journal^ July, 1845.
1846. BomEBS, in Nederlandsch Lancely 1846-47, 2« série, II, 345, 432, 537.
1848. Bbewsteb, ia Pkil. Mag,, XXXII, 1. — Arch, des se, phys. etnatur, de Genève^
YllI, 299.
1849. GoDDEif, in /. Mùller's Archiv, 1849^ p. 522.
1853. Appu, De l'œil vu par lui-même. Genève.
— Tboijessabt, Suite des recherches concernant la vision, in Comptes rendus^ XXXYI,
1854. A. DoNCAM, De corporis vitrei structura. Dissert. Trajecti ad Rhenum. — iu 0?idcr-
zotkingen ged, in ket PhysioL Lahorat. d. Utrechtsche Hoogeschool^ Jaar VI, p. 171.
— Bimow, in /. Mùller's Archiv, 1854, p. 166.
1855. Jahes Jaco, in Proceedings of the Roy. Soc. y 18 Jan. 1855.
(1, Proceed. Roy. Soc., 18 jan. 1855.
(2) Poggendorffs Ann.^ LY, 134. — v. Ammon's Monataschrift f. Med., I, 203.
(3) Edinburgh Médical and Surgical Journal. July, 1845. '4) De l'œil vu par lui-même. Genève, 1853.
(5) Bëtrâge zur Kenntniss des Sehens, 1819, p. 89. Neue Beitrage, 1825, pp. 115,
(6) J. Mùller*s Archiv fur Anat. u. PhysioL, 1849, p. 522.
(7) Beitrage sur Physiologie des Sehorgans, 1854.
J8) Yerhandl. der med.-physik. Ces. zu Wùrzburg, lY, 100, V. Licf. 3. '9, J. MûUei^s Archiv, 1854, p. 166.
226 {i63) PREMIÈRE PARTIE. — DIOPTRIQUE DE L'ŒIL. § 16.
1856. ViEiORDT, Wahrnehmung des Blutlaufs in den Netzhautgefâssen, in Archiv fitr pkutiol.
Heilkunde, 1856, Heft H.
— MEI885ER, in Jahreshericht fur 1866, Henk und ? [ht/fer' s Zeiischrift^ 8, L
1857 J. lACo, Ocular speelres, structures and fUnctious as mutual exponeotf , in Proc.
Boy. Soc,, Vlli, 603-610. —PAtV. Mag,, 4, XV, 545-550.
1860. 0. N. RooD, On a probable means of rendering visible the circulation in tbe ete, ni
Si/Hman /., 2, XXX, 264-265 ; 385-380.
1861. L. Reoben, On normal quasi-Tision of the moying blood-corpuscles withln tbe retisi
of tbe buman eye, in Siliiman /., 2, XXXI, 325-338 ; 417-417.
De la lumière qui vient frapper la rétine, une partie est absorbée, et cela principalement par le pigment noir de la choroïde, et une aatrt partie est réfléchie diflusément, et renvoyée hors de TcBil à travers la pupille.
Dans les circonstances ordinaires , nous n'apercevons , en aucune façon, la lumière qui sort par la pupille des autres : cette ouverture nous parait, au contraire, complètement noire. Il faut en chercber b raison principalement dans les conditions de réfraction pai'ticulièrefi à Tœil, et en partie aussi dans ce fait que la plupart des points du food de l'œil renvoient relativement peu de lumière à cause de leur pigmeotation foncée.
Dans tous les systèmes de surfaces réfringentes qui forment une image exacte d'un point lumineux, les rayons peuvent revenir de Tiinage au point lumineux en suivant exactement le môme chemin quils ont suivi pour aller du point lumineux à Timage. En d'autres termes, si Ton met le point lumineux à la place de l'image, l'image vient se former i l'endroit occupé précédemment par le point lumineux.
Il résulte de là que : lorsque l'œil humain est exactement accommodé pour un corps lumineux et qu'il forme une image exacte de ce corps sur sa rétine, si l'on considère la paitie éclairée de la rétme comme ui second objet lumineux, l'image qu'en forment les milieux de l'œil coïncide exactement avec le corps donné ; ainsi, au dehors de l'œil, toole la lumière qui revient de la rétine se dirige directement vers le con* lumineux, et il n'en passe pas à côté de ce cor|)S. Pour recevoir une partie de cette lumière, il serait nécessaire que l'œil de l'obsen'attnr vînt se placer entre le corps Imnineux et l'œil éclairé ; c'est ce qu'il est évidemment impossible de réaliser sans intercepter la lumière qui n à Tœil éclairé, à moins d'employer quelque artifice particulier.
Un observateur ne peut pas davantage voir la lumière renvoyée JV l'œil d'un autre, si ce dernier est exactement accommodé pour la pupille de cet obsenateur. Dans ces conditions, en effet, il se forme sur !•
§ 16. MOYENS D'ÉaAIRER LE FOND DE L'ŒIL. {166) 227
rétine de rœîl observé une image exacte et obscure de la pupille de l'observateur. Réciproquement, les milieux de l'œil observé forment précisément sur la pupille de l'observateur une image exacte de son image rétinienne, et, par suite, Tobservateur ne peut voir, dans Tœil fan antre, que le reflet de sa propre pupille noire.
C*est ce qui explique comment, dans les circonstances ordinaires, nous ne voyons pas le fond des yeux que nous regardons, et comment nous n'y distinguons même pas les parties qui réfléchissent le plus fortement la lumière, telle que l'entrée, généralement blanche, du nerf optique ou les vaisseaux sanguins. La pupille parait noire même chez les albinos, sujets dont la choroïde n'a pas de pigment, si, pour empêcher la lumière de pénétrer dans l'œil à travers la sclérotique, on a la précaution d'interposer un écran percé d'une ouverture de la grandeur de la pupille (1). C'est, en effet, la lumière qui passe par la sclérotique qu) donne à la pupille des albinos son aspect rouge bien connu. De même, l'objectif d*une chambre noire paraît noir, lorsqu'on lui fait projeter Timage d'une lumière unique, placée dans une chambre dont on a fermé les volets, et cet objectif n'en parait pas moins noir dans le cas où Ton reçoit l'image sur une feuille do papier blanc.
Si l'œil observé n'est, au contraire, accommodé exactement ni pour le corps lumineux, ni pour la pupille de l'observateur» il est possible quecelm-ci perçoive un peu de la lumière qui émerge de l'œil observé, et dont la pupille lui paraît alors lumineuse.
Il est facile de voir que l'observateur peut recevoir de la lumière provenant de tous ceux des points de la rétine de l'œil observé, sur lesquels tombe l'image de diffusion de sa propre pupille. — Substituons, pour un instant, un disque lumineux à la pupille de l'observateur : Timage de diilbsion qui se formerait de ce disque dans l'œil observé coïnciderait exactement avec celle de la pupille de l'observateur; or des rayons lamineux iraient d'un ou de plusieurs points de notre disque à chaque point de son image de diffusion ; donc, réciproquement, les rayons partis de chaque point du cercle de diffusion peuvent atteindre un ou plusieurs points du disque lumineux, c'est-à-dire la pupille de Tobservateur. L'œil observé pai-aît donc lumineux toutes les fois que Timage de diffusion de la pupille de Tobservateur coïncide en partie, dans l'cBÎl observé, avec celle d'un objet lumineux.
Si donc nous regardons un œil en rasant le bord d'une lumière dont Doos empêchons, au moyen d'un écran opaque, les rayons de nous
11) p. G. DoiDEAt, in Onderzoekingen gedaan in het Phynologisch Laborat, der Vtrechtscke HoogeschooL Jaar VI, p. 153. — van Trict, in Xcderlandsch Lancei, 3«iér., n, 419.
éblouir, pour peu que l'œil observé soit accommodé pour une distance plus rapprochée ou plus éloignée, sa pupille nous apparaît éclairée en rouge. La disposition de Texpérience est représentée schématiquement par la figure 88. B est Fœil de l'observateur, S l'écran qui le protège contre les rayons directs, A la coupe horizontale d'une flamme de lampe, C l'œil observé, BC la ligne visuelle de l'observateur, Cd celle de l'œil observé, qui peut être dirigé arbitrairement. L'expérience réussit aussi, le plus souvent, sans s'inquiéter de l'accommodation de l'œil observé, si l'observateur est éloigné, parce que la
lé__ j^.
FiG. 88.
moindre inexactitude de la réfraction ou de l'accommodation suflSt alors pour que quelques rayons arrivent à l'observateur ; elle réussit encore si, comme dans la figure 88, le sujet observé regarde de côté, parce qu'alors l'image de la lumière et celjle de la pupille de l'observateur viennent se former sur les parties périphériques de la rétine, où les images ne sont pas nettes. L'éclairage est le plus brillant lorsque la lumière incidente tombe sur le lieu d'entrée du nerf optique, parce que la substance blanche de cette papille réfléchit fortement la lumière et qu'à cause de sa structure diaphane, le nerf ne présente pas une surface de séparation suffisamment déterminée pour recevoir une image parfadtement nette.
Il faut ajouter que si l'on fait usage d'un éclairage suflîsamment intense, la sclérorique reçoit, à travers la choroïde, et renvoie par la réflexion difl'use, une quantité de lumière assez grande pour être perceptible. Cette lumière se comporte comme celle des cercles de diflusion. Aussi, par un éclairage intense, lors même que l'œil observé est exactement accommodé pour la pupille de l'observateur, la pupille de j'œil observé peut-elle devenir un peu Imnineuse, surtout si cet œil est peu pigmenté.
On peut encore mieux observer la lueur oculaire si , au lieu de laisser arriver directement à l'œil la lumière de la flamme, on la lui envoie au moyen d'un miroir à travers lequel on regarde en même temps. Soient (fig. 89) A la lumière (1) et S le miroir, qui peut con-
(1) Sur la figure 89, en A et en a, la flamme devrait être représentée en coupe, comme sur la figure 88.