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DEUXIEME PARTIE

g 1 9. — De rexeltation de l'appareil nervenx visuel.

Les appareils nerveux des hommes et des animaux peuvent subir , dans leur état, de la part de divers agents extérieurs, des modifications i^onnaissables, soit par des moyens physiques, tels que Texamen de Faction électromotrice de ces appareils, soit par des effets que les nerfs produisent sur d'autres parties du corps qui leur sont rattachées organiquement. C'est ainsi que cet état modifié se trahit, pour certidns nerfs, par la contraction des muscles auxquels ils se rendent : ce sont des nerfs moteurs. D'autres, dans les mômes circonstances, provoquent des sensations dans le cerveau, organe matériel de la conscience : ce sont les nerfs sensitifs. Chez les nerfs moteurs, l'effet le plus sensible des iictioDs extérieures les plus diverses : tiraillement, écrasement, coupure, brûlure, cautérisation, électrisation, c'est toujours la contraction lu muscle correspondant, contraction qui ne manifeste que des différences quantitatives d'intensité. Aussi comprend-on sous la dénomilation commune à' excitants^ les actions des différentes causes excitarices sur les nerfs moteurs : on fait abstraction de leurs différences ualitatives, et Ton ne les distingue que quantitativement, et cela suiant l'intensité plus ou moins grande des contractions qu'elles prouisent. L'état modifié du nerf lui-même, qui survient comme conséuence d'un excitant^ s'appelle excitation^ et la propriété du nerf de rovoquer des contractions musculaires par l'effet de l'excitation, se omme excitabilité. Cette propriété se perd par la mort ; elle peut ussi être diminuée par différentes actions extérieures.

Pour les nerfs sensitifs, ces mêmes notions trouvent encore leur application en ce sens que, tant que ces nerfs sont vivants et reliés au rerveau, \e& actions extérieures qui, appliquées aux nerfs moteurs, peuvent produire la contraction, provoquent sur les nerfs sensitifs une action d'une espèce particulière, qu'on nomme sensation.

Ici parait se présenter, au premier abord, cette différence essentielle ({ne la sensation reconnaît des différences qualitatives correspondantes

262 (/.9.Tj DKUXIÉMK PAIITIE. - DES SENSATIONS VISUELLES. § 17. aux différences qualitatives de l'action. Néanmoins, quoique les différents excitants produisent des sensations différentes, les effets des excitants n'en sont pas moins toujours des sensations : ce sont là des effets sni r/eneriSy particuliers aux corps vivants : aussi a-t-on étendu aux r.erfs sensibles les expressions iS excitants et d'excitation^ qu'on avait d'abord introduites pour les nerfs moteurs; on donne donc encore le nom d'excitants aux actions extérieures qui, appliquées aux nerfs sensibles, produisent les sensations, et celui d'excitation à la modification que subit le nerf lui-môme.

Nous verrons plus loin la théorie de Th. Young, d'après laquelle les différents nerfs sensibles à la lumière, qui sont contenus dans Tœil, ne procureraient, en réalité, que des différences quantitatives dî^ns la sensation, des fibres nerveuses différentes étant destinées aux sensations différentes qualitativement. Ainsi que je me suis efforcé de le faire voir dans mon Étude des sensations acoustiques^ il parait probable que les choses se passent de même pour le sens de l'ouïe.

L'état d'excitation qui peut être produit, sur chaque partie d'une fibre nen'euse, par l'action des excitants, se transmet aussitôt & toutes les autres parties de cette fibre, et s'y fait reconnaître, soit par les changements des actions électromotrices, soit par son influence sur les autres parties de l'organisme, muscles, cerveau, glandes, etc., avec lesquels le nerf est en communication, et cela par une contraction du nmscle, par une sensation, ou, enfin, par une hypei-sécrétion de la glande. La propagation de l'excitation n'est empêchée que dans les cas où la stnicture du nerf a été modifiée profondément, soit par des actions mécaniques ou chimiques, soit par la coagulation du contenu des fibres neiTeuses,qui accompagne la mort. Chaque portion d'une fibre nerveuse intacte ])ossède donc non-seulement Y excitabilité^ c'est-à-dire la propriété de pouvoir être excitée, mais encore la propriété conductrice de l'excitation . De plus, on ne connaît point, dans la structure et la fonction des fibres sensitives et des fibres motrices, de différence qui ne puisse se déduire de la difl'érence de leurs rapports avec les autres systèmes de l'organisme. Les fibres elles-mêmes semblent ne jouer que le rôle de fils conducteurs indifférents, et qui constituent, soit des nerfs moteurs, soit des nerfs sensitifs, suivant qu'ils sont en rapport organique avec un muscle ou avec une partie sensitive du cerveau.

Les sensations de l'homme se partagent, d'après leur qualité, en cinq groupes qui correspondent à ce qu'on appelle les rim/ sens^ et celte division est telle qu'on ne peut comparer entre elles que les qualités des sensations relatives à un seul et même sens. C'est ainsi, par exemple, que nous pouvons comparer, relativement à leur intensité et à leur

§ !7. DK LA LUMIÈRE COMME EXCITANT Dl- NERF OPTIQUi:. 263

couleur, deux sensations visuelles différentes, mais que nous ne pou* fons, en aucune façon, les comparer à aucune sensation acoustique ou oiractive.

Nous tiommerons différences de modalité les différences que présentent les sensations relatives à des sens différents ; quant aux sensations ({ui af^Mutiennent à un seul et même sens, nous emploierons l'ex* pression de dilEèrence de qualité pour les distinguer entre elles.

L'expérience physiologique a trouvé, autant qu'on a pu le vérifier, que par l'excitation d'une fibre nerveuse sensitive quelconque^ on ne peut produire que des sensations qui possèdent la modalité (Tun seul ei mime sens déterminé, et quun excitant quelconque, pour peu quil agisse stir. cette fibre, ne peut jamais provoquer que des sensatiofis m possèdent la modalité particulière à ce sens. Cette proposition ne peut se démontrer d'une manière absolument expérimentale que pour des fibres nerveuses qui, réunies dans des troncs particuliers, sont séparées de tontes les fibres appaitenant à d'autres sens : telles sont cdies de la vue^dans le nerf optique, celles de l'ouïe dans le nerf acoustique, celles de Todorat dans le nerf olfactif, celles du toucher dans les racines postérieures de la moelle épiniëre. Si l'on fait agir différents excitants sur les troncs nerveux, on peut produire, il est vrai, des sensations différentes, mais elles possèdent toutes la modalité du sens considéré. Quant aux fibres sensitives, au contraire, qui sont réunies dans le même tronc avec des fibres sensitives d'une autre nature — les nerfs de sensibilité gustative, par exemple, qui sont réunis aux nerfs de sensibilité tactile dans le glosso-pharyngien et le lingual — il paraît au moins probable que les choses se passent de même, si l'on se souvient que, dans certains états morbides, on rencontre pnrfois isolément la paralysie du goût ou celle du toucher, et si Ton remarque aussi que tous les autres nerfs tactiles sont dépoui-vus de la propriété de provoquer des sensations gustatives.

La modalité du sens visuel est celle des sensations lumineuses, qui 80ot toutes comparables entre elles sous le rapport de l'intensité lumineuse et de la couleur. — Nous nommerons, avec J. Mûller, substance du sens de la vue ou bien encore appareil nerveux visuel, la partie de substance nerveuse dont l'excitation peut produire des sensations de ce genre. Ce système comprend la rétine, le nerf optique et la partie du caveau, qu'on ne peut pas encore exactement circonscrire, dans laquelle pénètrent les racines du nerf optique. Aucun autre appareil nerveux du corps ne peut nous faire éprouver une sensation In mineuse, c'est-à-dire une sensation de même nature que celles de l'ap-

264 î/.9i) nFJIXIÈMK PARTI K. — DES SENSATIONS VISl-KLLES. § 17.

pareil nerveux visuel. Il est vrai que les ondulations lumineuses de Téiher peuvent également être senties par les nerfs tactiles, mais c'est sous une toute autre modalité : c'est comme sensation de chaleur rayonnante. Il se produit ici la même chose que pour les vibrations de Tair, que le nerf auditif perçoit sous forme de son, tandis qu'elles provoquent en même temps dans la peau la sensation tactile d'un frôlement. De même, le vinaigre fait éprouver à la langue une sensation acide, tandis que sur une partie dénudée de la peau ou sur une muqueuse délicate, telle que la conjonctive oculaire, il produit une sensation tactile : celle d'une brûlure douloureuse.

Inversement, les vibrations lumineuses de l'éther ne sont pas le seul moyen d'excitation de l'appareil nerveux visuel ; il en existe encore bien d'autres, tels que les actions mécaniques et les courants électriques qui peuvent, on le sait, exciter également tous les autres appareils nerveux du corps. Mais lorsque ces excitants agissent sur le nerf optique ou sur la rétine, ils ne produisent que des sensations visuelles et jamais des sensations auditives ni olfactives, et si elles produisent en même temps des sensations tactiles, il est très-probable que cela tient à ce qu'il se répand dans l'œil et peut-être dans la masse même du nerf optique, comme dans toutes les parties internes du corps, des nerfs tactiles particuliers-» Les sensations tactiles qui se produisent par l'action de la pression ou de rélectricité sur l'œil, se distinguent d'ailleurs encore des sensations lumineuses produites en même temps, par ce fait que les sensations tactiles sont perçues à l'endroit où porte l'excitation, tandis que l'imagination localise les impressions optiques dans le champ \isuel, sous forme d'objets lumineux. Nous reviendrons sur ce sujet «hu^, la dc-^cription plus exacte de l'excitation mécanique de l'œil.

i/miui*' !''S rh^jses se passent de même pour les autres nerfs des sens, j. t «<rj>.rjii /j.j^r b qualité de la sensation dépend principalement de î «*':>.»? j \^n\>iij]*//'nHi: particulière à l'appareil nerveux dans lequel elle ,< \tr*y.\v\' . <'\ «-,, >r/ond lieu seulement, de la nature de l'objet perçu. I^ iu'KudiU; ixi" iîi v;nsation prodidte ne dépend même aucunement iW lobji'^ t-AU ii<'*jr, mais exclusivement de l'espèce du nerf excité. <)\iit\W «î.v. dati^ Ja mri^lalité du sens aflecté, la qualité de la sensation pfo\o<jii.< V <j'<a Jjii h^îulement ce qui dépend de la nature du corps ffWfj .<îii» ijui j>f v^jji l;i sensation. Que les rayons solaires nous causent uiK' .-i^Misai'n.' d« lui/ji^re ou de chaleur, cela dépend seulement de l'orgaiK: qui ; <'V'- «7.' jr/' : nerf optique ou nerfs de la peau; mais que ce.s ji.w>h.- .1» ii.i'.îjjN^iV'iii nous forme de lumière rouge ou bleue, faible ou iiiU;nî>i , <ji i^ui.^^^,^ brûhinKî ou modérée, c'est ce qui dépend à la fois d<? lu uuiun <ii . i;^\oiiH et de l'action physiologique de l'appareil

§ 17. DE LA LUMrÉRE COMME EXCITANT DU NERF OPTIQUE. {19S) 2Ô5 nerveux. La qualité des sensations n'est donc en aucune façon identique avec la qualité de l'objet qui les provoque ; au point de vue physique, elle est simplement une action de la qualité extérieure sur un appareil nerveux spécial, et, pour notre imagination, la qualité de la sensation est seulement, pour ainsi dire, un symbole^ un signe distinctif de la qualité objective.

La lumière objective constituée par les ondulations de l'éther, est le premier et principal excitant du nerf optique. — Je dis le premier et le principal,^parce qu'elle agit d'une manière bien plus fréquente et plus continue sur le nerf optique que les autres excitants, et que par suite de cette circonstance, nous employons exclusivement, pour la perception d'objets extérieurs, celles des sensations de l'appai'eil nerveux visuel qui sont provoquées par la lumière objective. Nous n'avons pas besoin, pour cela, d'admettre un rapport particulier, spécifique, ou une homogénéité entre la lumière objective et Tagent nerveux du nerf optique, ainsi que l'ont fait la plupart des anciens philosophes et physiologistes. En effet, d'une part, le nerf optique n'est pas le seul qui puisse être excité par les ondulations de l'éther ; les nerfs de la peau peuvent l'être aussi, et, d'autre part, ces ondulations ne sont pas le seul moyen d'excitation du nerf optique. La position protégée du nerf optique et de la rétine, qui sont accessibles très-facilement à la lumière et bien plus difficilement aux actions mécaniques et aux courants électriques, suffit pour nous expliquer pourquoi la lumière objective est l'excitant le plus ordinaire, partant le plus important de ces organes. C'est cette prédominance de l'excitation par la lumière objective qui a déterminé l'homme à donner à la partie des vibrations de l'éther, qui est capable d'éveiller la sensation lumineuse, le nom de lumière^ nom. qui ne devrait s'appliquer, en réalité, qu'à la sensation produite. On distingue, dans les rayons solaires, la lumière et la chaleur solaires, division basée sur les deux sortes de sensation que ces rayons sont capables de réveiller. Tant que les hommes n'avaient pas réfléchi sur la nature de leurs sensations, ils devaient être portés à rapporter immédiatement aux objets extérieurs les qualités des sensations, et à admettre, par exemple, dans les rayons solaires, deux agents correspondants aux deux sensations distinctes. En outre, on ne connaissait à priori^ sur les rayons solaires, rien de plus que ce qu'apprenait la sensation, et l'on observait, à côté des rayons dans lesquels dominent les ondes à vibrations plus rapides, et qui affectent l'œil plus fortement que la peau , d'autres, dans lesquelles les oscillations les plus lentes l'emportent, qui affectent fortement la peau et n'impressionnent que

266 {m) DEITXÎÉME PARTIE. — DES SENSATIONS VISUELLES. S 17. peu ou point l'organe de la vue, de telle sorte qu'il paraissait exister aussi une distinction objective entre les deux agents. Ce n'est que dam ces derniers temps qu'une étude attentive de celles des propriétés des rayons caloriCques éclairants et obscurs, qui sont indépendantes de nos appareils nerveux, a prouvé aux physiciens qii'il n'existe entre ces rayons aucune différence autre que celle de la durée d^oscillation : dès lors la physique échappait à l'influence mal justifiée que les impressions sensorielles avaient si longtemps exercée. — Nous réservons au paktigraphe suivant l'étude plus approfondie de la lumière objective omm* dérée comme moyen d'excitation de la rétine.

Les phénomènes produits par Y excitation mécanique de l'appareil nerveux visuel diffèrent d'après l'étendue de l'excitation. — Un coup subit sur l'œil produit une lueur répandue dans tout le champ visuel, qui est souvent assez intense, et qui passe comme un éclair. Pour répondre à d'anciennes erreurs relatives à l'explication de ce phénomène, il suffit de remarquer que, lors même que le coup est donné dans l'obscurité, on ne peut apercevoir, dans l'œil frappé, aucune trace de lumière objective, quelle que soit d'ailleurs la vivacité de l'éclah* subjectif, et qu'il est tout aussi impossible de reconnaître, au moyen de cet éclairage suIk jectif du champ visuel, aucun objet n'^el du monde extérieur (i).

Il est plus facile d'étudier l'action d'une pression limitée. — Si l'on vient à presser le globe de l'œil en un point voisin de Torbite, avec une pointe mousse, telle qu'un ongle, il se produit un phénomène lumineux, un phosphène^ qu'on voit au point du champ visuel répondant 4 la partie de la rétine qui a été comprimée. C'est ainsi que lorsqu'on presse en haut, la tache éclairée apparaît à la limite inférieure du champ visuel ; que si l'on presse à l'angle externe de l'œil, elle apparaît vers le dos du nez ; que si la pression est exercée dans la région inférieure et interne, la tache apparaît en haut et en dehors. Si le corps comprimant n'est pas large, l'apparition possède ordinairement un centre lumineux entouré d'un cercle obscur et d'un cercle clair. Je trouve que le phénomène présente son plus grand éclat quand la pression agit vers Téquateur de l'œil, endroit où la sclérotique présente sa moindre épaisseur. Le phosphène apparaît alors à la limite du champ visuel obscur, sous forme d'un arc semi-circulaire ; il est, dans ce ciis, assez éloigné du point visuel, point le plus net du champ visuel et qui correspond à la

(1) Relativement à un cas judiciaire, où un individu qui avait reçu, dans rubscurité, un coup sur Tœil cl prétendait avoir reconnu son agresseur à Taidc de la lueur provoquée par ce coup, voy. J. Mtiffer.^ Arvhiv fSir Anni,, 1834, p. 140.

§ 17. DES PROSPHÈNES. {i97) 267

tache jaune; il coïncide, par conséquent, lorsqu'on ouvre les yeux, avec l'image d'objets extérieurs qu'on n'aperçoit qu'indistinctement. Toutefois, surtout lorsqu'il se trouve des objets très-lumineux à la place du pbosphène, si l'observateur est un peu exercé à la vision indirecte, il reconnaît que les objets situés en cet endroit subissent des déformations, dues à la dépression de la sclérotique et de la rétine, et que leurs images s'obscurdssent aussi fréquemment par places.

En tournant l'œil fortement en dedans, tandis qu'on le presse du côté externe, ou en le dirigeant fortement en dehors, tandis qu'on presse vers Fangle interne, on peut obtenir des phosphènes plus voisins du point visuel, mais ils sont un peu moins intenses, parce que la partie postérieure de la sclérotique offre plus de résistance à la pression. Quelque» personnes, Thomas Young était du nombre, réussissent même à faire apparaître sur le pdnt visuel le pbosphène obtenu par pression sur l'angle externe de l'œil. Pour ma part, j'amène le pbosphène assez près du point visuel pour pouvoir constater qu'en son centre les images de? objets extérieurs s'effacent. La fig. 1, pi. V, représente le pbosphène tel qu'il m'apparatt lorsque je mets entre l'œil et le ne» une feuille de papier blanc, que je dirige l'œil vers cette feuille, le plus en dedans qu'il m'est possible, et que j'appuie, avec une pointe mousse, près du bord externe de l'orbite. Le côté nasal est désigné par N. Le pbosphène consiste en une tache obscure, traversée par une bande lumineuse verticale. En pressant à la hauteur convenable, on voit un prolongement horizontal de la tache obscure, dont la pointe a atteint le point de fixation ; on aperçoit, de plus, dans la i-égion où pénètre le nerf optique, une ombre 6, mal délimitée. Nous expliquerons au § 18 comment on peut reconnaître, dans le champ visuel, la place où pénètre le nerf optique. Purkinje avait déjà remarqué et figuré un système de lignes fines parallèles, arquées, qui se trouvent entre le pbosphène obscur et le point visuel. Je ne les vois pas aussi développées qu'il les représente; la condition la plus favorable pour les apercevoir est un grand éclairement de la partie correspondante du champ visuel.

Dans le champ visuel obscur, on aperçoit, au contraire, une surface circulaire lumineuse et jaunâtre, à l'intérieur de laquelle se dessine parfois une tache ou un anneau obscur. On voit aussi une faible lumière apparalti'e vers l'endroit où pénètre le nerf ojîtique, de sorte que le tout répond à peu près à ce que deviendrait la fig. 1 (pi. V), en y remplaçant les parties claires par des parties sombres et inversement. II n'y a que le prolongement du pbosphène vers la tache jaune qu'il m'ait été impossible d'apercevoir dans le champ obscur.

268 DEUXIÈME PARTIE. — DES SENSATIONS VlsrEIJ.ES. 8|

Tne U'oisiètiie forme tle phospliènes se présente lorsqu'on fut \ pendant assex longtemps, sur le globe de l'œil, une pression ron rée et uniforme, soit en y appliquant la partie la plus molle de la paume de la maiu^ soit en employant les iloigts. Bientôt apparaisMU dans le champ visuel des images luniineuses U'ès-briUantes et ebJBi* géantes, qui exécutent des jeux merveilleux, fantastiques, et i bleui souvent aux images caléidoscopiques les plus brillantes, i^ qu'on les a obtenues, dans ces derniers temps, à Taide de la luin électrique, Purkinje a très-exactement étudié, décrit et représenté i images : elles paraissent avoir possédé chez lui une grande régula Le plus souvent, il voyait» sur un fond régulièrement et fmeuient \ drille, des images étoilées à huit rayons ou des losanges à surface l obscure, tantôt lumineuse, dont les diagonales étaient dirigées \e$ i verticalement, les antics borizontalementj et qui étaient entourés < bandes alternativement claires et obscm*es* Sur moi-même, je n'ai | trouvé cette régularité dans les figures; le fond du cbanip visuel sente ordinairement, dès l'abord, un dessin à jietites dispositions etl» colorations les plus variées; souvent ce dessin semble formé de feq lages ou de brins de mousse finement découpés et innombrables; fois il paraît constitué par des carrés de toute sorte, d'un jaune clair, entremêtés de grecques obscures ; enfin il finit ordinairement | se développer, sur fond jaune bmn, des systèmes de lignes obscu qui forment parfois des figures étoilées très-embrouillées, parfois i lement un peloton en forme de labyrinthe inextiicable; ces lignes < animées conlinuellement de mouvements d'oscillation, ou entratn comme dans un torrent rapide. En outre, des étincelles bleues I rouges très-lumineuses restent souvent fix«^, pendant assez long en certains points du champ visuel. Si Ton cesse la pression au oiï le phénonjène possède son plus grand éclat, et si Ton a soui < pas laisser la lumière pénétrer dans Tonl, le jeu de ces figures cooti encore quelque temps et disparaît en s'obscurcissant peu à peu. Si I vient, au contraire, à ouvrir l'oeil au moment où Ton supprime U] sion, en regardant les objets lumineux extérieurs, on les trouve d*a plongés dans Tobscurité, puis on voit quelques objets éclairés faire | à peu leur apparition au milieu du chauip visuel, en présentant un i intense. C'est ainsi que je vois, par exemple, des feuitles de blanc isolées, m'apparaîue alors dans leur forme véritable avec clarté éblouissante, tout en conservant à leur surface des flesâin vu précédemment, et dont le.s parties obscun^ paraissent i tenant hmiineuses. L* éclat anormal des objets se perd peu à peu i le même temps que les phosphènes mettent k disparaître quand

i 17. DES PHOSPHËNES. {198) 269

Si fermé; mais rœil qui a été comprimé diffère encore longtemps ]e l'autre en ce que le champ visuel lui parait violacé, tandis qu'il [)aralt jaunâtre à l'autre œil. Vierordt et Laiblin disent qu'à la suite i*une pression sur l'œil, continuée pendant longtemps, ils ont vu se dessiner en rouge sur fond obscur les ramifications vasculaires de la rétine. Jusqu'ici, les tentatives que j'ai faites de répéter cette expérience îonl demeurées infructueuses. En outre, Vierordt dit que, dans ces conlitions, les vaisseaux de la rétine lui ont souvent offert une coloration bleuâtre et un aspect éclatant. De plus, ainsi que cela était arrivé à Iteinbach etàPurkinje, Vierordt et Laiblin ont vu un réseau vasculaire ont le contenu était animé d'une circulation très-rapide. Purkinje ttribuait le phénomène au réseau veineux de la rétine ; mais comme ce ^seau lui apparaissait en même temps que le réseau rétinien déjà cité, aiblin conclut de ses observations que la circulation observée devait )partenir a à une autre couche rétinienne plus riche en vaisseaux, et tuée plus en dehors». Meissner et moi, nous n'avons jamais réussi à Ar quelque chose d'analogue à un réseau vasculaire au milieu des lages de pression de l'œil, si ce n'est, par éclairs, des fragments de la fure vasculaire bien connue de la rétine; lors même que je vois, moie période finale, ce labyrinlhe de lignes entrelacées et qui figurent 1 mouvement circulatoire, leur disposition ne répond certainement s à ridée d'un réseau vasculaire.

Reaiarquons, pour la théorie de ces phénomènes, que, d'après les pérîences de Donders, à l'aide de rophthahnoscopî% ime pression ?rcée sur l'œil amène incontestablement des modifications dans les i5seaux rétiniens : les veines commencent d'abord à battre, et, plus •d, elles se vident complètement de sang. 11 est bien possible que iains yeux ressentent ces états modifiés des vaisseaux. Pour ma part, comparerais volontiers les images mobiles et changeantes qui résulit d'une pression continue sur l'œil, à la sensation de fourmillement i se produit dans les membres engourdis, dont les nerfs ont été soumis ine pression un peu prolongée. Si, restant assis dans une fausse sition, le corps s'appuyant sur le côté de la hanche, nous venons à aaprimer le nerf sciatique, le pied et la jambe perdent bientôt la proîété de sentir le contact des objets extérieurs ; en revanche, un violent nrmillement s'empare des parties anesthésiées de la peau, et cette nsation décèle des excitations des fibres ner\euses sensibles qui î^: Kcèdent rapidement : phénomène analogue aux figures si fines et si ariées qui apparaissent dans le champ \isuel quand la rétine c,*st s^>u- ■iac à une influence analogue. Lorsqu' ensuite la pression cessi; f-x ^^u^. l&%Dsibilité pour les objets extérieurs se rétablit, les premiers objets

ÎÉ70 (m) DKIJXIÈME PARTIE. - DES SENSATIONS VISUELLES. § 17. iloiU le pied reçoit le contact produisent souvent une sensation extrêmement douloureuse, de même que Tœil voit les objets extérieure avec un éclat éblouissant.

Un autre phénomène qu'on semble devoir rapporter à une excitation mécanique de la rétine, c est l'apparition de certaines taches lumineuses que quelques yeux sensibles voient dans le champ visuel obscur, à la suite d'un déplacement rapide du regai'd. La lig. 2, pi. V, les représente telles qu'elles apparaissent dans le champ visuel commun à mes deux yeux, lorsque je viens de les mouvoir vers la gauche, suivant la direction indiquée pai- la flèche. L'image mai-quée L appartient à l'œil gauche ; l'autre, à l'œil droit. Le phénomène est moins marqué dans l'œil qui se tourne en dedans, l'œil droit, dans le cas actuel» que dans celui qui se tourne en dehors. Pour ma part, je ne les vois que le matin imiuédiatement après mon réveil, ou quand je suis hidisposé ; d'autres observateurs, tels que Purkinje et Czermak (i) , les voient à toute heure du jour, dans l'obscurité, sous forme d'anneaux ou de croissants de feu. La distance de ces images au point visuel est telle qu'un observateur connaissant bien les phénomènes du punctum cœcum^ que nous décrirons plus lom, peut conclure quelles appartiennent au point d'entrée du nerf optique. Elles proviennent donc probablement de ce que le nerf optique participe aux mouvements rapides de l'œil, et subit un tiraillement à l'endroit où il pénètre dans le globe. Loi-squ'il tient son œil fortement tomné en dedans, Purkinje (2) voit aussi constamment, au point d'entrée du nerf optique, un anneau lumineux dont la partie dirigée vers le milieu du champ visuel est entourée de lignes brillantes concentriques : chez moi, ce phénomène n'est jamais que momentané. Si l'on fait l'expérience avec l'œil ouvert et dirigé vers une surface blanche, uniformémeut éclairée, les mouvements forcés de l'iril évoquent des taches obscures (jui correspondent au point d'entrée du nerf optique et qui, comme le fait remarquer Czermak, se produisent plus facilement et prennent une forme plus régulièrement circulaire lors de la rotation l'œil en dedans c^ue loi-squ'il se tourne en dehors. Dans le champ rougeatre que donnent les i)aupières fermées en laissant tamiser la lumière, ces taches obscures apparaissent en bleu. Pour ma part, je reconnais, d'ailleurs, dans les taches sombres, des traces de cette mëuie forme d'épi que possède le phénomène lumineux sur le champ obscur, tandis que Czermak insiste sur ce fait que, pour lui, la seconde image

(n Physiologisdie Sluaien, .U)Uk^ilull« U § ô. p« 42; Abltu U, p. 32. — Wieher SitzuHi/sber,, Xn, 322 ; XV, 451.

(3> Bcilrii^ iiir KtButMM étt Setwutf, p. 78.

§ 17. DC PHOSPHÉNE ACCOMMODATIF. (ÎOO) 271

ue paraît pas être la reproduction négative de la première. Dans cette expériexioe encore, lea fibres nerveuses excitées paraissent d^c perdre, par le tiraillement, leur sensibilité par rapport aux excitants extérieurs. H faut sans doute, dans ce cas, regarder comme excitées les fibres qui aetenmnoit tout piès de Ventrée du nerf optique, puisque l'entrée etlemftoie du nerf optique est insensible à la lumière, et qu'on ne peut donc pas s'attendre à ce qu'il aboutisse à cet endroit des fibres sen sibles à la hunière et dont l'irritation nous fasse attribuer une seusatioo lumineuse à cette partie du champ visuel.

Enfin, c'est sans doute ici le lieu de citer le phasphéne d accommoda^ /MB observé par Purkinje (1) et par Czennak (â). — Si Ton accommode les yeux dans l'obscurité, pour la distance la plus rapprochée possible, pois, subitement, pour la distance la plus éloignée, on remarque, près de la périphérie du champ visuel, un bord de feu assez étroit, qui, revenant sur lui-même en forme d'anneau, apparaît comme un éclair au moment où l'on cesse Fefibrt sensible qui accompagne l'accommodation n^iprochée. Purkinje a observé le même phénomène en cessant brusquement une pression uniforme qu'il exerçiût sur l'œil. Quant à moi, je n'ai pas encore pu le voir. Gzermak explique le fait en disant qu'au moment où la traction du muscle ciliaire cesse, la zonule, relâchée, se tend de nouveau, tandis que le diamètre du cristallin est encore à son mmhaum, et qu'il en résulte un tiraillem^Eit binisque du bord extrême de la Fêtiae, (kmt l^extrëmité fait corps avec la zonule.

Lorsque Raccommode fortement pour de près, l'œil étant dirigé vers ime sur&ce Manche uniformément éclairée^ il se produit au point visuel une tache sombre, d<mt les bords scmt dégradés en brun, et à partir de laquelle s'étendent, dans différentes directions, des lignes brunes ou d'an violet dair. Puis le champ visuel s'obscurcit rapidement et se rranpMt de dessins réticulés et de fragments de l'image vaseulaire, qui paraissent sombres sur f(md blanc. Si je cesse l'accommodation rappracbée, tout cKsparalt. Purkinje décrit la tache brune, inais le centre lai en paraissait blanc. — Mentfonnons encore ici une lueur mouchetée etdBptique, que Purkinje (3) apercevait dans le champ visuel obscur, en cessant brusquement la pression des paupières. La production du phénoniène exigeait que, peu de tempe auparavant, l'œil eût été soumis à la lumière extérieure. Quant à moi, je ne puis rien voir de semblable.

(2) Zur Physiologie der Sinne, I, 126 ; H, 415.

■3) Wiener Sitzangsbcr,^ XXYII, 78. -^ Arch. f. Ophth., 1860, VII, l,p. 147.

;l) Z» Pkyuol«fM dtff SiMie, U, 78.

On peut couper et tirailler le nerf optique, mis à nu chez des chiais« sans provoquer de douleur, tandis que les mêmes mutilations, appliquées à des troncs nei*veux de la même importance, mais se rendant à la peau, provoquent les douleurs les plus violentes. Il arrive que des altérations cancéi*euses rendent l'ablation de l'œil nécessaire chez l'homme : dans les cas de ce genre, où le nerf optique n'a pas encore subi d'altération, de grandes masses lumineuses (1) apparaissent au moment de la section du nerf optique, et, à ce moment, la douleur est un peu plus vive que pendant le reste de l'opération. Nous ne pouvons pas nous attendre à ce que la section du nerf optique ne soit accompagnée d'aucune douleur analogue à celle qu'éprouvent les nerfs tactiles ; on sait, en effet, que les autres grands troncs nerveux ont leurs nervi ner~ vorum^ fibres sensibles particulières, qui leur sont distribuées aussi bien qu'à toutes les autres parties internes du corps, et auxquels ils doivent leur sensibilité locale. C'est ainsi que dans les racines antérieures des nerfs rachidiens, à travers lesquelles la moelle n'émet que des fflbres motrices, on peut démontrer la présence de semblables net*vt nervorum qui leur arrivent des racines sensitives postérieures. Lorsqu'on heurte le nerf cubital en arrière de la tubérosité interne de l'humérus, l'excitation des fibres nerveuses qui passent en cet endroit se traduit par une douleur qui parait résider dans la région où se répand le nerf, à savoir dans le cinquième et le quatrième doigt, tandis qu'il faut attribuer aux nerfs du nerf une autre douleur, qui se fait sentir dans la région même du choc, et qui est plus désagréable que celle qu'on ressentirait si la peau seule était intéressée. De même, lorsque nous pressons le globe oculaire à l'angle externe, nous sentons localement, par l'intermédiaire des nerfs sensibles de cette région, la douleur locale causée par la pression, et nous voyons un reflet lumineux que nous locahsons dans la direction du dos du nez. Il se produit sans doute quelque chose d'analogue lors de l'irritation du tronc du nerf optique.

On regardait autrefois comme un étonnant paradoxe cette circonstance que le nerf optique et la rétine, qui ont la faculté de percevoir un agent aussi subtil que la lumière, restent relativement insensibles aux actions mécaniques les plus grossières, c'est-à-dire qu'ils n'éprouvent aucune douleur du ressort de la sensibilité tactile. L'explication de ce fait est simplement que les qualités de toutes les sensations du nerf optique possèdent la modalité des sensations lumineuses. Ce n'est donc pas la sensibilité qui lui manque, mais la foniie de sa sensibilité est différente.

(1) ToURTUAL, in J, Mûiier's Handbuch der Physiologie. CoblenU, 1840, II, 250.

s 17. EXCITATION PAR DES CAUSES INTÉRIEURES. (iOI) 273

Les sensations lumineuses dues aux causes intérieures nous oifrent un domaine trë»-varié. •— Il s'agit ici d'une foule de phénomènes lumineux qui accompagnent les divers états morbides de l'œil ou du corp9 entier. Tantôt ces apparitions sont répandues par tout le champ visuel, tmtAt elles sont limitées dans l'espace, et elles prennent sHovq la fi»ine, soit de taches irréguli^res, soit de fantômes qui imitent T^^pect d'hommes, d'animaux, etc. Les causes mécaniques, telles que l'augmentation de la pression, soit du sang dans les vaisseaux , soit des homeurs de l'œil, peuvent jouer ici un rôle important : c'est ainsi qu'en cessant une pression uniforme exercée sur le globe de l'œil, OD voit fréquemment apparahre des fragments de la figure vasculaire ; de même, après de violents efforts, on peut apercevoir soit quelques parties animées de pulsations, soit de grandes portions du réseau vasculaire (1). Dans d*autres cas, il peut y avoir une excitation chimique dœ à un changement de composition du sang, par exemple dans le cas f empmsonnemrat par des narcotiques. Enfin, pour expliquer nombre de ces apparitions, on doit sans doute admettre qu'il s'est effectué, jusqu'aux racines du nerf optique, une propagation d'une excitation produite dans les parties centrales d^ autres parties du système nerveux. Nous appelons sympathie, la transmission de l'excitation d'un nerf senliUe, primitivement excité, à un autre n^f sensible qui n'est soumis à aucune influence extérieure. C'est ainsi que l'aspect de grandes surfaces hnoineuses, de champs de neige éclairés pai* le soleil, par exemple, provoque, chei beaucoup de personnes, une titillation dans le nez, et que l'audition de certains sons aigus et grinçants produit un sentiaient de froid qui desc^d tout le long du dos. De semblables sensations sympathiques paraissent pouvoir aussi se produire dans l'appareil nerveux visuel par l'excitaticm d'autres nerfs sensitifs, tels que ceux de fÎDtestÎD par des vers intestinaux, chez les enfants, ou par des accumu^ lations de matières fécales, des stagnations du sang et d'autres anomalies, chez les hypochondriaques. Il parait que de véritables fantômes, c'est-à-dire des images lumineuses qui présentent Taspect d* objets connus du monde extérieur, peuvent être produits par un trans}K)rt analogne de l'état d'excitation des parties du cerveau qui agissent dans ta formation des perceptions, lequel état se transmettrait à l'appareil nerveux visuel. Des images de ce genre ont été vues par nombre d'observateurs qui, en les voyant, avaient parfaitement conscience de la natuie

il) PuBEixjE, zur Physiologie der Sinne, I, 134; H, llô, iiS. — Pbéuumèiies subjecUis, consécutifi à l'action de la digitale, ibid.^ U^ 120.

'27ti (ÎOi) DEUXIÉMK PARTIE. — DES SENSATIONS VISUELLES. § !7.

subjective de ces fantômes (1;. Quelques-uns, comme Gœthe et J. Mûller, pouvaient même évoquer à toute heure des apparitions de ce genre en regardant longtemps le champ visuel obscur, avec les yeux fermés.

Du reste, le champ visuel de Thomme sain lui-même n'est jamais complètement débarrassé de ces apparitions qu'on a nommées le cham lumineux, \sl pâtissière lumineuse du champ visuel obscur; comme elles jouent un rôle important dans certains phénomènes, tels que les images accidentelles, nous les réunirons sous la désignation de lumière propre de la rétine. — Si l'on ferme les yeux et qu'on examine attentivement le champ visuel obscur, on commence fréquemment par apercevoir encore des images accidentelles des objets extérieurs qu'on \dent de regarder (voy. à ce sujet les §§ 2A et 25) ; ensuite on voit un champ faiblement et irrégulièrement éclairé, avec des taches lumineuses dont l'aspect se modifie perpétuellement, qui ressemblent souvent à des ramifications vasculaires, à des amas de tiges de mousse et de feuilles, et qui, chei quelques observateurs, prennent la forme de fantômes. Les bandes nébuleuses mobiles de Gœthe (2) paraissent être une forme assez fréquente de ces apparitions lumineuses. Purkinje les décrit « comme des bandes larges plus ou moins courbées, séparées par des intervalles noirs, qui tantôt se propagent, sous forme de cerclas concentriques,* vers lec^tre du champ visuel, pour y disparaître, et tantôt se coupent en ce point, sous forme d'arcs mobiles, ou bien encore tournent en cercle autour de ce centre en formant des rayons curvilignes. Leur mouvement est lent, de sorte qu'une semblable bande met ordinairement huit secondes à parcourir tout son trajet et à disparaître entièrement. » Pour ma part, je les vois le plus souvent représenter deux systèmes d'ondes circulaires qui s'avancent lentement vers leurs centres, situés des deux côtés du point visuel. La position des centres m'a paru correspondre aux points d'entrée des deux nerfs optiques dans les yeux ; le mouvement est synchrone à celui de la respiration. Purkinje avait l'œil gauche plus faible que le droit, et ce n'est qu'avec son œil droit qu'il voyait un semblable système de bandes nébuleuses. En outre, le fond du champ visuel, sur lequel se dessinent ces apparitions, ne devient jamais absolument noir; on y voit, au contraire, des alternatives d'obscurcissement et d'éclaircissement qui suivent le même rhythme que la respiration (J. Mûller (J) — moi-même). De plus, chaque mouvement des yeux ou des pau-

(1) Des cas de ce genre [sont cnumcrcs, in J. Mûller, Ucber pliantasUsche Gesichts«r* scheinungen. Coblenz, 1826^ p. 20.

(2) Farbcnlehre, Abth. I, § 96.

(3) PhantastischcGesichtserscheinungen, p. IG.

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