‹ Optique physiologiqueChapitre 80 sur 228 · DES THOIS COULEURS FONDAMENTALES · texte numérisé non relu

DES THOIS COULEURS FONDAMENTALES

exemple des matières colorantes, le mélange de la lumière bleue vec la lumière jaune donnait du vert. On réussirait un peu mieux en irenant pour couleurs fondamentales le violet ^ le vert et le rouge. Le iolet et le vert permettent d'obtenir du bleu, mais ce n'est pas le bleu laturé du spectre, et le vert et le rouge donnent un jaune pâle qui se listmgue aussi, au premier coup d'œil, du jaune éclatant du spectre. Figurous-nous les couleurs disposées en une table suivant la méliode déjà vue, il résulte de la règle de consti-uction établie plus haut, ]ue toutes les couleurs à obtenir par le mélange de trois couleurs donttéfâ se trouvent nécessairement à l'intérieur du triangle dont les sommets coïncideraient avec les trois couleurs fondamentales. Ainsi, dans la figure 118, où les couleurs sont désignées par leurs initiales (/ z=. infigo, Bl, = bleu cyanique) le triangle R Bl J contiendrait toutes les itralem-s qu'on pourrait former de rouge, de bleu cyanique et de jaune. On voit que, deux grands segments du cercle restant en dehors, on ne pourrait produire qu'un violet et un Tert très-blanchâtres. Si, au lieu du bleu cyanique, on prenait le bleu de del ou l'indigo, le vert ferait complètement défaut. — Le triangle V R Ve contient les couleurs pouvant provenir ^'• du mélange du violet, du rouge et du vert; ce qui donnerait déjà une bonne partie des couleurs. Mais, comme on le voit sur la figure, il manque encore te segments considérables du cercle, cequis'ac<!orde avec les expériences connues du mélange des couleurs spectrales, d'après lesquelles, en eflct, la périphérie de la table de:? œuleursdoit être une courbe qui s'écarte beaucoup des côtés du triangle. Brewster a cherché à défendre la nature objective des trois couleurs principales : il prétendait que pour chaque degré de réfrangibilité des ayons lumineux il y a trois espèces différentes de lumière, le rouge, fejaune et le bleu, et que les proportions différentes du mélange consStoent les différentes couleurs du spectre. Les couleurs spectrales stodent donc composées elles-mêmes de trois espèces de lumière qualitativement différentes, mais dont les rayons auraient, pour chaque ïouleur spectrale, un même degré de réfrangibilité. D'après Brewster, 1« milieux colorés permettraient de démontrer la présence des trois ^eurs fondamentales dans chaque couleur simple. Nous avons déjà •^, dans le paragraphe précédent, l'inexactitude de cette assertion, qui *rt de base à toute son argumentation.

Si nous laissons de côté l'hypothèse de Brewster, parler de tm couleurs fondamentales sous le rapport objectif serait un Don-flens. En effet, tant qu'il s'agit des conditions purement physiques, et qu'il n'est pas question de l'œil humain, les propriétés de la lumière composée dépendent uniquement des proportions dans lesquelles s'y trouvent les lumières de différentes longueurs d'onde. La réduction à trois couleurs fondamentales ne peut jamais avoir qu'une signification subjective; il ne peut s'agir ici que de ramener les sensations colorées à trois sei»tions fondamentales. C'est dans ce sens que Th. Young a très-bien saisi le problème, et son hypothèse donne, en réalité, une explication et qd aperçu excessivement simples et clairs de tous les phénomènes de l'étude physiologique des couleurs. Th. Young admet que :

l*" Il existe, dans l'œil, trois sortes de fibres nerveuses dont Teicitir tion donne respectivement la sensation du rouge, du vert et du violet.

2° La lumière objective homogène excite les trois espèces de fibres nerveuses avec une intensité qui vai-ie avec la longueur d'onde. Celle qni possède la plus grande longueur d'onde excite le plus fortement les fibres sensibles au rouge, celle de longueur moyenne, les fibres du vert, et celle de la moindre longueur d'onde, les fibres du violet. Cependant il ne faut pas nier, mais bien plutôt admettre pour l'explication de

nombre de phénomènes, que chaque couleur spectrale excite toutes les espèces de fibres, mais avec une intensité différente. Supposons les couleurs spectrales disposées horizontalement et par ordre (fig. 119) depuis le rouge R jusqu'au violet 17, les trois courbes représentent plus ou moins exactement l'irritabilité des trois sortes de fibres, la courbe i pour les fibres du rouge, la courbe 2 pour les fibres du vert et la courbe 3 pour celles du violet.

Le rouf/e simple, excite fortement les fibres sensibles au rouge, ^l faiblement les deux autres espèces; sensation : rouge.

s 20. DES TROIS œULËUHS FOiNDAMËNTALES. (299) 383

Is jaune simple, excite modérément les fibres sensibles au rouge et an vert, faiblement celles du violet; sensation : jaune.

Le veri simple, excite fortement les fibres du vert, bien plus faiblefloent les deux autres espèces ; sensation : vert.

Le bieu simple, excite modérément les fibres du vert et du violet, Ëublement celles du rouge ; sensation : bleu.

Le vioiet simple» excite fortement les fibres qui lui api)artieiment, faiblement les autres ; sensation : violet.

L'ezdtation à peu près égale de toutes les fibres donne la sensation du blanc ou des couleurs blanchâtres.

Peut-être objectera-t-on, au premier abord, à cette hypothèse, qu elle oige trois fois plus de fibres et de tenuinaisons nerveuses que l'opinion ordinairement admise, laquelle accorde à chaque fibre nerveuse la propriété de conduire toutes sortes d'excitations chromatiques. Je ne crois pn que, sous ce rapport, la théorie de Th. Young soit en contradiction avec les faits anatomiques, puisque nous ne savons rien sur le nombre des fibres conductrices, et il existe encore un grand nombre d'éléments micitMcopiques (cellules, granules, bâtonnets) auxquels nous n'avons, jusqu'à présent, pu attribuer aucune fonction spéciale. D'un autre côté, ce n'est pas là le point essentiel de l'hypothèse de Th. Young, lequel me parait consister plutôt à représenter les sensations colorées comme résultant de trois actions parfaitement distinctes qui se produiraient dans la substance nerveuse. Cette indépendance ne se présente pas seulement dans les phénomènes dont nous venons de parler : on Tobserve aossi dans ceux qui proviennent de l'état de fatigue de l'appareil nerveux visuel. II ne serait pas précisément nécessaire d'admettre des &res nen'euses différentes pour ces diflerentes sensations ; on ol)tiendrait aussi les mêmes avantages que présente l'hypothèse de Th. Young pour l'explication des faits, en admettant que chaque fibre puisse servir \ àtroisactions complètement distinctes et indépendantes Tune de Vautre. fiependant, comme la forme primitive et plus palpable de rhypothèse, ! telle qu'elle a été étabUe par Th. Young, permet de mieux fixer les idées et le langage, quand ce ne serait que dans l'intérêt de la clarté de Texposition, nous trouvons plus avantageux de la conserver. Il faut encore ajouter que les phénomènes physiques de Texcilation nerveuse, tels que ceux de l'excitation électro-motrice, ne nous présentent ni dans b nerfs sensitifs, ni dans les nerfs moteurs, aucun signe de cette diver- «ité d'action, telle qu'elle doit exister si chaque fibre du nerf optique peut condmre toutes les sensations colorées. L'hypothèse de Th. \oung rend posfflble, sous ce rapport aussi, de reporter directement au nerf optique les idées si simples du mécanisme et de la conductibilité de

384 (293) DEIÎXIÉMK PARTIE. — DES SENSATIONS VISUELLES. § 20. Texcitation, que nous nous sommes faites par Tétude des phénomènes des fibres motrices, ce qui ne serait pas possible si nous nous figurions que chaque fibre du nerf optique puisse être affectée en même temps de trois états d'excitation, qualitativement différents, et qui ne se gêneraient pas mutuellement. L'hypothèse de Th. Young n'est qu'une application plus spéciale de la loi des énergies spécifiques des sens. De même que, dansTocil; les sensations du toucher et de la vue appartieunent incontestablement à des fibres nerveuses différentes, on admet ici qu'il en est de même pour la sensation des différentes couleurs foudamentales.

Le choix des trois couleurs fondamentales présente tout d'abord quelque chose d'arbitraire. — On pourrait choisir à volonté trois couleurs dont le mélange produise du blanc. Th. Young a été guidé saiis doute i)ar la considération que les couleurs extrêmes du spectre paraissent devoir occuper des positions privilégiées. Si nous ne choisissions pas ces couleurs, il faudrait prendre pom* l'une des coulem*s fondamentales une nuance pourpre, et la courbe qui lui répondrait dans la figm:e 119 aurait deux maximums, l'un dans le rouge et l'autre dans le violet. Cette hypothèse serait plus compliquée sans être impossible. 11 n'existe encore, que je sache, aucun autre moyen de déterminer les couleurs fondamentales que Fexamen des sujets affectés de dyschromatopsie. Nous verrons plus loin jusqu'à quel point cet examen confirme l'hypothèse de Th. Young, au moins pour le rouge.

Les résultats des mélanges de couleurs prouvent déjà, au uioins pour

\le vert, que les couleurs spectrales correspondant aux trois couleurs fondamentales n'excitent pas seulement les fibres ner- \ veuses de même nom, mais aussi

y^ \ les autres, à un degré moindiv.

/ ^xc: — "~T^^^^ \ — ^" ^^^^^ supposons toutes les

/ x^^^ — -jL--^^\ sensations composées de trois

Ç^ ^^^^I^'^Bl. ^\ \\ couleurs fondamentales, dispo-

/.^^,--r:::r!^. — „^^^ sées sur un plan suivant la règle

^^^^-~;^ ^/^ de Newton, d'après ce qu'on a

vu plus haut, la surface chromatique est un triangle. Ce triangle doit comprendre dans son intérieur la surface représentée fig. H7, qui contient toutes les couleurs pouvant résulter des mélanges de couleurs spectrales. C'est ce qu'on peut réaUser en plaçant en i4, fig. 120,1a

Page 1