CHAPITRE XI
PHÉNOMÈNES ENTOPTIQUES
79. Manière d'observer les phénomènes entoptiques. — Lorsqu'on s'approche d'un point lumineux, le cercle de diffusion auquel il donne naissance augmente de grandeur. Au moment où le point lumineux est au foyer antérieur de l'œil, les rayons sont parallèles après la réfraction, et le cercle de diffusion a la grandeur de la pupille ; en se rapprochant davantage, le cercle grandit encore.
Dans ces circonstances, on observe les phénomènes entoptiques, c'est-àdire les ombres que les corpuscules situés dans les milieux réfringents de l'œil projettent sur la rétine. Si, au lieu d'un point, on se sert d'une source lumineuse plus grande, le cône d'ombre devient trop court pour pouvoir atteindre la rétine, excepté si l'objet se trouve très près de celleci. Une autre manière d'observer les phénomènes entoptiques consiste à se mettre à grande distance et à observer le point lumineux à travers une forte lentille convexe. Dans ce cas, les déplacements des ombres ont lieu dans la direction contraire à celle que nous allons indiquer dans la suite. — Parmi les observations entoptiques, je citerai les suivantes.
i° La tache lumineuse est limitée par l'ombre du bord de l'iris; on peut donc ainsi étudier les irrégularités de celui-ci. La contraction pupillaire s'observe très bien en ouvrant ou couvrant l'autre œil.
a0 On voit très souvent des petits cercles dont le centre est brillant, et qui ont un mouvement apparent de haut en bas, dépendant du battement des paupières. Ils sont produits par des petites gouttelettes situées sur la surface antérieure de la cornée et qui se meuvent dans le sens contraire (fig. 96).
3° En clignant des yeux, on produit des stries transversales, dues probablement à des plis de la couche épithéliale. Si l'on cligne pendant quelque temps, par exemple en tenant un œil fermé pendant qu'on travaille au microscope, ou comme les artistes le font souvent pour avoir une meilleure idée de l'impression totale d'un paysage, on peut produire
PHÉNOMÈNES ENTOPTIQUES
des stries qui persistent plusieurs heures et donnent lieu à une diplopie très marquée des lignes horizontales (fig. 97). C'est surtout George Bull qui a étudié cette question; d'après lui, les phénomènes sont surtout
Fig. 96.
D'après v. Helmholtz.
Fig. 97. — Stries produites par le clignement des paupières. (D'après George Bull.)
prononcés après une lecture prolongée dans la position horizontale, et donnent lieu à une gêne spéciale qu'il a désignée sous le nom d'asthénopie tarsale.
4° En clignant des paupières, pendant qu'on regarde un point lumineux éloigné, on remarque de longues stries qui montent et descendent du point. Ces stries sont dues à la couche de larmes qui se trouve dans le sac conjonctival et qui, près du bord des paupières, forme comme un prisme à surface concave (fig. 98). Ce prisme fait dévier les
Fig-. 98. — Effet prismatique de la couche des larmes.
rayons qui le rencontrent et, comme sa surface est concave, les parties placées près du bord 'de la paupière agissent comme un prisme plus fort, qui fait dévier davantage les rayons : c'est là la raison pour laquelle on voit une strie et non simplement une deuxième image du point lumineux. La paupière supérieure dévie les rayons vers le haut ; elle produit donc la strie que nous voyons dirigée en bas. En effet, si l'on fait descendre un écran près de l'œil, c'est la strie dirigée en bas qui disparaît la première. Ce phénomène n'est pas, à proprement parler,
un phénomène entoptique, mais je le mentionne ici à cause de sa ressemblance avec ceux mentionnés sous le numéro 3.
5° Si l'on frotte l'œil, la tache lumineuse présente un aspect moucheté, dû à des irrégularités de la cornée ; cet aspect disparaît assez vite
6° On observe quelquefois de petits disques ronds, tantôt brillants, et entourés d'un bord noir, tantôt sombres, avec un bord brillant, provenant du cristallin. On voit souvent aussi la figure étoilée du cristallin tantôt
Fig. 99. — Aspect moucheté du champ entoptique, produit par frottement de la cornée. (D'après George Bull.)
Fig. 100.
D'après v. Helmhoïtz
brillante (fig. 100), tantôt sombre, avec des bords un peu plus lumineux. Les opacités cristalliniennes se dessinent dans la tache avec une grande netteté. Un malade intelligent peut ainsi suivre pas à pas le développement de sa cataracte, ainsi qu'on peut le voir sur les dessins que vient de publier M. Davier (fig. 101).
70 Presque tout le monde voit des objets situés dans le corps vitré ; ils sont en partie visibles sans autre préparation, en regardant simplement le ciel lorsqu'ils sont très près de la rétine. Ils sont tantôt mobiles, tantôt fixes, mais présentent dans le dernier cas un mouvement apparent. Si, par exemple, l'ombre est vue un peu au-dessus du point de fixation, le malade regarde un peu plus haut pour la fixer; mais, comme l'ombre est toujours vue au-dessus du point de fixation, il continue de diriger la ligne visuelle de plus en plus haut, et l'ombre fuit toujours devant le regard, ce qui a fait donner à ce phénomène la dénomination de mouches volantes. Pour s'assurer si le mouvement est apparent ou réel, on peut regarder le ciel à travers une vitre, sur laquelle on choisit un point de repère pour assurer la fixation ; après avoir fait un mouvement rapide
Fig. 101. — Cataracte com mencante, vue entopti quement. D'après Darier