ŒIL SCHÉMATIQUE YEUX MORTS
Repos.
Accommodation.
Rayon de la surface antérieure.
j0mm
6mm
iomm,i6
8mm,87
— — postérieure.
gmm
5mm,5
5mm,86
5mm,89
3mm,6
4mm,2
4mm,3i
Distance focale
43mm,7
i 33mm,79
45mm,i4
47mm,44
Plus tard, il admettait pour l'œil schématique un indice de 1,4371, ce qui donnerait pour l'œil vivant au repos une distance focale de 5omm,62 et pour l'œil accommodé 3o,mm, 07.
Pour expliquer le mécanisme de l'accommodation, v. Helmholtz émit l'hypothèse suivante, qu'il ne donna pourtant que comme probable : en état de repos, le cristallin est maintenu aplati par une traction exercée
L'ACCOMMODATION t53
par la zonule. Lorsque le muscle ciliaire, dont il considérait l'extrémité antérieure comme fixe, se contracte, il tire la choroïde un peu en avant, ce qui relâche la zonule. Devenu libre, le cristallin se bombe alors par sa propre élasticité, en se rapprochant de la forme sphérique.
Tout d'abord, cette hypothèse ne semble pas avoir été généralement acceptée (i). Hencke et d'autres auteurs essayèrent d'expliquer les phénomènes observés par d'autres hypothèses. Après avoir découvert les prétendues fibres circulaires du muscle ciliaire, Henri Millier imagina que ce muscle changeait la forme du cristallin par une compression directe, idée qui fut abandonnée quand on remarqua que le corps ciliaire ne touche jamais le cristallin.
D'autre part, l'hypothèse de v. Helmholtz fut fortifiée par les expériences que Hensen et Vœlkers exécutèrent sur des chiens. Ils enfoncèrent des aiguilles très fines dans l'œil, un peu en arrière de Yora serrata ; en électrisant le ganglion ciliaire, ils virent alors l'extrémité libre de l'aiguille décrire un mouvement en arrière, ce qui prouve que la choroïde est tirée en avant. Le phosphène de Czermak, qui du reste avait été vu par Purkinje, indique aussi une traction en avant des membranes intérieures de l'œil. En examinant des yeux auxquels on avait fait une iridectomie, Coccius a aussi constaté, pendant l'accommodation, des phénomènes qui pourraientmiliter en faveur de l'hypothèse de v. Helmholtz (gonflement des processus ciliaires, diminution au moins apparente du diamètre du cristallin et augmentation de la largeur de son bord, c'est-àdire de la partie très périphérique qu'on voit noire à l'ophtalmoscope).
Grâce à ces observations, grâce aussi à l'autorité toujours croissante de v. Helmholtz, sa théorie cessa peu à peu d'être discutée et ses partisans, plus royalistes que le roi, proclamèrent comme certain ce qu'il avait lui-même, avec une grande réserve, exposé comme probable (2). C'est ainsi que Mauthner déclarait la question de l'accommodation définitivement résolue par la théorie de v. Helmholtz.
(1) Voir Donders. Anomalies of the réfraction of the eye. London, 1 8G4 -
(■2) Les grands hommes ne sauraient vraiment être trop réservés, par crainte de leurs partisans. v. Helmholtz a eu l'idée de comparer la cornée à une ellipsoïde et, quoiqu il ait dit à dessein que la cornée ne ressemble pas aune telle surface, cette idée s'est pourtant tellement enracinée qu'elle sera difficile à faire disparaître. Il en est de même avec ses idées sur l'accommodation ; si l'on prend la peine de comparer les termes hésitants dont il se sert avec la manière de s'exprimer de ses partisans, on verra la différence. La participation de la surface postérieure du cristallin dans l'accommodation, que tout le monde considère comme certaine, n'avait guère pour p. Helmholtz que le caractère d'une grande probabilité. — En mesurant ses trois yeux vivants, il avait trouvé une épaisseur du cristallin d'environ un demi-millimètre plus faible que celle des cristallins morts ; et il ajoutait : « d'un autre côté, il me semble peu probable que j'aie commis une erreur d'un demi-millimètre en faisant ces mesures ». — Dans les traités modernes on lit au contraire : « Si on enlève le cristallin de l'oeil d'un individu jeune, on le voit tout de suite prendre la forme sphérique, » etc.
i54 LEÇONS D'OPTIQUE PHYSIOLOGIQUE
Avant d'expliquer le mécanisme de l'accommodation comme je l'entends, je suis obligé d'ajouter quelques remarques à l'exposé historique qu'on vient de lire et qui est classique, parce qu'on rencontre des auteurs qui ont exposé des idées sur l'accommodation, à mon avis plus justes que celles qui ont eu cours jusqu'à présent. Je ferai d'abord une objection. S'il est vrai que le cristallin au repos est maintenu aplati par une traction exercée par la zonule, il faudrait s'attendre à trouver le cristallin mort et sorti de l'œil dans sa capsule, en état d'accommodation maxima, ou peut-être même encore plus bombé, puisqu'il n'est plus exposé à aucune traction. Les successeurs de v. Helmlioltz ont, en effet, insisté beaucoup sur ce qu'il trouvait le cristallin mort plus épais que le cristallin vivant au repos, quoique la différence ne me semble pas dépasser la limite d'erreur (v. p. 67) ; mais, si l'on prend la peine d'examiner ses chiffres (p. ij-i), on verra que ses cristallins morts n'étaient nullement en état d'accommodation. Il mesura en tout trois yeux vivants et trouva, comme rayons de la surface antérieure du cristallin au repos, 1 rnmo,, 8mm8, et io,nm4, tandis que pour les yeux morts il trouvait iommi6 et 8m,n87. Ses autopsies ne parlent donc nullement en faveur de son hypothèse.
Il en est de même pour des mesures que Stadfeldt a entreprises dernièrement. Il a mesuré onze cristallins humains vivants en état de repos avec l'ophtalmophakomètre : le rayon de courbure de la cristalloide antérieure était en moyenne de io'nm6, tandis que la moyenne du même rayon de six cristallins morts, sortis de l'œil dans la capsule, et mesurés avec l'ophtalmomètre de Javal, sans être exposés à aucune traction, était de nmra4.
85. Mécanisme de l'accommodation. Historique B. — C'est Young qui, le premier, a démontré que l'accommodation se fait par une augmentation de courbure des surfaces cristalliniennes. De plus, il avait sur ce qui se fait pendant l'accommodation des notions plus exactes que celles qui ont cours actuellement. Il écrivait son célèbre mémoire sur le mécanisme de l'œil en 1801, et il est vraiment étonnant qu'il ait dû se passer près d'un siècle avant que son livre fût compris et que nous fussions arrivés à en savoir autant que lui. Avant de prouver que l'accommodation se fait par une augmentation de courbure du cristallin, il commence par montrer qu'il ne peut guère être question que d'une augmentation de courbure, soit de la cornée, soit du cristallin, ou d'un allongement du globe, et il élimine comme théoriquement impossibles les autres hypothèses qu'on avait proposées. — Passons à la suite de son analyse.
a. L'accommodation ne se fait pas par une augmentation de courbure de la cornée. — Young prouve cette thèse par une série d'expériences
L ACCOMMODA TIOX
dont plusieurs se rapprochent beaucoup de nos procédés ophtalmométriques modernes. Observant l'image cornéenne, il n'en constate pas le moindre changement pendant l'accommodation ; cependant, il obtient un changement très visible en exerçant une pression sur une partie périphérique de la cornée, et ce changement de courbure est bien moins considérable que celui qu'il faudrait pour expliquer l'accommodation.
Il est évident qu'un changement de la cornée suffisant pour expliquer l'accommodation aurait été très visible. Young, qui expérimentait avec ses propres yeux, avait à cette époque vingt-sept ans, et son amplitude d'accommodation mesurait environ 10 D. Actuellement, nous pouvons facilement mesurer un quart de dioptrie.
Son expérience la plus probante consistait à mettre l'œil sous l'eau (fig. 108) : il prenait un objectif de microscope faible, qui avait à peu près la même réfraction que la cornée, remplissait le tube d'eau et le plaçait devant son œil ainsi plongé dans l'eau. Dans ces conditions, l'action de la cornée qui se trouve entourée de liquide des deux côtés est éliminée et remplacée par celle de l'objectif. Or, dans cette expérience, l'amplitude de l'accommodation restait intacte.
b. L'accommodation ne se fait pas par un
Méthode pour mettre l'œil sous ALLONGEMENT DU GLOBE. Pour prouver Ce l'eau. (D'après Young.)
fait, Young employait un procédé dont il pouvait se servir parce qu'il avait des yeux très saillants. Il tournait l'œil en dedans autant qu'il pouvait et appliquait contre sa surface antérieure un fort anneau en fer; ensuite, il enfonçait l'anneau d'une petite clef du côté extérieur, entre l'œil et l'os, jusqu'à ce que le phosphène atteignît la fovea. Les anneaux étaient maintenus à une distance invariable. Placé entre l'anneau de fer et celui de la clef, l'œil ne pouvait pas s'allonger. Il devait donc, si l'accommodation se faisait par un allongement du globe, ou la trouver abolie, ou en tout cas voir le phosphène, dû à la pression, s'étendre sur une surface bien plus grande. Mais, dans ces conditions, l'accommodation subsistait inaltérée et la grandeur du phosphène ne changeait pas.
c. Les opérés de cataracte ont perdu toute trace d'accommodation. — En mesurant des opérés avec son optomètre, Young réussit facilement à prouver ce fait.
cl. Il expose ensuite les preuves directes de l'augmentation de courbure du cristallin. C'est à ces expériences que j'ai fait allusion en disant
qu'il avait, sur l'accommodation, des notions qui devançaient notre époque. J'ai repris ces expériences il y a quelques années, et c'est en me basant sur elles, en les répétant et en y ajoutant d'autres, que je suis arrivé à me former, sur le mécanisme de l'accommodation, des idées qui diffèrent beaucoup de celles qui ont eu cours jusqu'à présent.
Il fut impossible à Young de tirer au clair le mécanisme de l'accommodation, puisqu'on ne connaissait pas à cette époque les muscles à fibres lisses, ce qui ne permettait pas de soupçonner la contractilité du corps qu'on a plus tard désigné comme muscle ciliaire ; aussi fut-il conduit à admettre la contractilité du cristallin, hypothèse qu'il abandonna bientôt. Ses recherches de ce côté devaient nécessairement rester sans résultat.
Le muscle ciliaire fut découvert, en même temps et séparément, par Bowman et par Bruecke (en 1846). Les idées sur la structure et sur le fonctionnement de ce muscle ont varié beaucoup. Tantôt on a considéré l'extrémité antérieure, tantôt l'extrémité postérieure comme fixe ; tantôt on admettait la mobilité des deux extrémités (Donders), tantôt on les considérait toutes deux comme fixes. Les descriptions les plus anciennes
semblent les meilleures, surtout celle de Henri Millier ; la plupart des travaux modernes semblent influencés par l'hypothèse de c. Helmholtz. Suivant Henri Millier, il faut distinguer entre une partie superficielle plus longue (fig. 109), composée de fibres longitudinales qui en avant s'insèrent sur la sclérotique, près du canal de Schlemm, et qui, en arrière, se perdent dans la choroïde, et une partie profonde composée aussi, pour la plus grande partie, de fibres longitudinales mais plus courtes, et n'allant pas si loin, ni en avant, ni en arrière, que les fibres superficielles. Ces fibres ne s'insèrent pas à la sclérotique. La couche la plus profonde est composée de fibres obliques ou même circulaires. Millier pensait qu'elles formaient un véritable sphincter, mais l'existence d'un tel sphincter n'est nullement prouvée ; après avoir eu, pendant un certain temps, une direction circulaire, ces fibres semblent changer de direction et se continuer dans les fibres longitudinales profondes. Il semble qu'au moins une partie des fibres longitudinales profondes finissent ainsi ; d'autres semblent finir librement, sans insertion, dans la partie du muscle qui donne vers la chambre antérieure.
En divisant un œil durci en deux moitiés par une section longitudi-
Fig.