Muscle ciliaire de l'homme
(D'après Henri Millier.)
L'ACCOMMODA TION
nale, on découvre facilement le petit triangle blanc du muscle ciliaire. Si on exerce ensuite une traction sur l'iris, pour séparer le corps ciliaire de la sclérotique, on n'arrache pas. le muscle à son insertion près du canal de Schlemm, mais on le divise en deux feuillets qui, en arrière, finissent tous les deux dans la choroïde. Dans l'œil frais il reste aussi toujours une partie du muscle adhérent à la sclérotique, comme Mannhardt Fa déjà remarqué. En faisant cette expérience, on produit un aspect qui rappelle beaucoup le muscle ciliaire de certains animaux (le chat, par exemple, fig. 110), chez lesquels le muscle se divise en avant en deux parties, séparées par un prolongement en arrière de l'espace de Fontana.
Parmi les auteurs qui sont arrivés à un résultat différent de celui de v. Helmholtz, je citerai encore Mannhardt qui, par une étude de l'anatomie comparée du muscle ciliaire, était arrivé à la conclusion que c'est l'extrémité postérieure du muscle qui doit être considérée comme fixe et que l'accommodation doit se produire par une traction exercée par le muscle ciliaire sur la zonule. Il fut vivement attaqué par Henri Millier et son travail n'attira guère l'attention, parce qu'on ne pouvait pas se figurer qu'une traction sur la zonule pût produire une augmentation de courbure des surfaces cristalliniennes. Citons encore les observations remarquables de Foerster (1864), d'après lesquelles la tension diminue dans la chambre antérieure pendant l'accommodation. Il observa plusieurs malades affectés de petits kératocèles : chaque fois que le malade faisait un effort d'accommodation, le kératocèle s'affaissait pour se reproduire de nouveau lorsqu'il relâchait l'accommodation. L'instillation d'atropine faisait disparaître ce phénomène. Chez des personnes ayant une fistule cornéenne il obtenait un effet presque immédiat de l'atropine, en en mettant une goutte dans le sac conjonctival et en faisant faire un effort d'accommodation, le liquide étant aspiré dans la chambre antérieure par la diminution de tension. Ces belles observations, que Arlt déclarait équivalentes à des expériences physiologiques, ne sont guère explicables avec la théorie de v. Helmholtz.
Fig. 110. — Partie ciliaire de l'oeil de chat.
Muscle ciliaire se divisant en avant dans ses deux feuillets ; b, canal de Fontana ; c, cornée ; d, iris.
88. Expériences personnelles. — J'arrive enfin à mes expériences sur l'accommodation : les premières dérivent des indications de Young.
i° L'amplitude de l'accommodation diminue vers la périphérie de la pupille.
a. Phénomènes aberroscopiques. — Nous avons déjà vu qu'avec l'aberroseope (v. p. 96) la plupart des personnes voient les ombres concaves vers la périphérie. Mais, en faisant un effort d'accommodation, la forme des ombres change : elles tournent leur concavité vers le milieu.
Kig. 111. — Changement des phénomènes aberroscopiques pendant l'accommodation. I. Repos. — II. Accommodation.
ce qui indique (pie la réfraction augmente vers le milieu (fig. 111). D'après ce que nous avons dit page 9.3, il en résulte que la réfraction centrale doit avoir augmenté plus que la réfraction périphérique.
Quelques personnes en état de repos voient les ombres droites ou légèrement concaves vers le milieu. Chez elles cette déformation devient alors encore plus prononcée pendant l'accommodation.
b. Changement du cercle de diffusion. — Si l'on observe un point lumineux éloigné après avoir rendu l'œil myope, il apparaît sous forme d'un disque lumineux, dont l'éclat est en général uniforme ou concentré au milieu. Pendant l'accommodation on le voit changer d'aspect; on voit un disque faiblement lumineux entouré d'un bord brillant. D'après l'explication donnée page 93, cette observation signifie, comme la précédente, que l'aberration de sphéricité se surcorrige pendant l'accommodation, c'est-à-dire que l'accommodation centrale est plus forte que l'accommodation périphérique. Bien que l'accommodation fasse augmenter la réfraction de l'œil de beaucoup de dioptries, le cercle de diffusion n'augmente que peu, au inoins lorsque la pupille est dilatée. La figure 112 montre
L' ACCOMMODA TION
l'aspect du cercle de diffusion d'un œil emmétrope; rendu myope de 8 D. par une lentille convexe, cet œil voit le cercle de diffusion représenté
Fig. ii2. — Aspect du point lumineux (œil droit du professeur h'nstcr, cocaïnisé).
par la figure n3 a, tandis que la figure n3 b représente la l'orme sous lacpielle il voit un point lumineux en faisant un effort d'aceommo
Fig. ri3. — Même œil que dans la figure IJ2,
A, Aspect du point lumineux, l'œil étant rendu myope de 8 D. avec une lentille convexe (Repos'. B, Aspect du point lumineux, sans lentille, l'œil accommodant de 8 D.
Mesurée avec l'optomètre de Young, l'accommodation centrale était de 8 D., l'accommodation périphérique (à 2n"n,5 de l'axe) était de 3,3 D.
dation de 8 D. sans lentille. La pupille était dilatée. L'explication du phénomène est facile: cpi'on se figure la pupille et le cercle de diffusion
divisés en zones correspondantes ; il est clair que, si l'accommodation est partout la même, toutes les zones du cercle de diffusion doivent augmenter, tandis que, si l'accommodation diminue vers la périphérie, les zones extrêmes augmentent peu ou point et les zones centrales viennent, en augmentant, couvrir en partie les zones périphériques. C'est là la raison pour laquelle le cercle de diffusion s'entoure pendant l'accommodation d'un bord brillant, sans augmenter beaucoup de diamètre.
c. Mensuration avec l'optomètre de Young. — L'optomètre de Young permet de mesurer directement la différence entre l'accommodation centrale et l'accommodation périphérique.
On mesure l'accommodation centrale avec les deux fentes rapprochées (v. p. 96), qu'on place autant que possible au milieu de la pupille, et l'accommodation périphérique avec la lame triangulaire qu'on descend juste assez pour pouvoir encore voir les deux lignes. De cette manière, on constate qu'a?/ bord de la pupille (supposée de 5 millimètres) l'amplitude de l accommodation n'est que la moitié de l'accommodation centrale ou encore moins. Si, après avoir dilaté ma pupille ad maximum (avec un mélange de cocaïne et d'homatropine), j'emploie un intervalle de 7 millimètres, mon accommodation qui, au milieu de la pupille, est de 2,5 D. à 3 D., descend presque à zéro (0,2 D.) sur les bords. Voici quelques mesures :
Amplitude centrale Amplitude périphérique
(intervalle 0mm,75). (intervalle 5ral").
Young 9,8 D. 4,2 D.
Koster 8 D. 3,3 D.
Demicheri 7,5 D. 3,7 D.
Mme T 6,7 D. 3,8 D.
Tscherning 3 D. i,a5 D.
On constate des différences encore plus considérables entre l'accommodation centrale et périphérique, en plaçant les deux fentes rapprochées tantôt au milieu de la pupille, tantôt près des bords :