‹ Optique physiologiqueChapitre 33 sur 57 · II III IV · texte numérisé non relu

II III IV

Fig. îao. — Les quatre phases apparentes de l'accommodation. # Image cornéenne. — O Image de la cristalloïde antérieure. — • Image de la cristalloïde postérieure. A, accommodation; B, relâchement.

fication du déplacement de la petite image? La question est assez diffi-

«Il

1 ig. T2i. — Œil droit de Mme T. — Déplacements de l'image de la surface postérieure pendant l'accommodation, observés avec l'ophtalmophakomètre. C, en fixant la lunette ; D, par regard à droite ; G, par regard à gauche ; H, par regard en haut ; B, par regard en bas. — La grande tache blanche est l'image cornéenne, les deux petites taches blanches indiquent la position de l'image de la cristalloïde postérieure en état de repos et pendant l'accommodation. Les flèches indiquent la direction du déplacement qui a lieu lorsqu'on fait un effort d'accommodation.

cile à résoudre, surtout parce que, pendant le déplacement de la petite image, la grande est cachée derrière l'image cornéenne, de telle sorte

qu'on ne peut pas \o'iv si elle se déplace ou non ; il n'est pas facile de trouver une direction du regard telle qu'on puisse suivre les deux images cristalliniennes pendant tout leur déplacement accommodatif. Tantôt elles se cachent derrière l'image cornéenne, tantôt derrière l'iris. J'y ai pourtant réussi en employant deux lampes, une pour chaque image ; de cette manière, on peut se persuader que la grande image subit un petit déplacement en bas en même temps que la petite, mais ce déplacement de la grande image est caché par l'image cornéenne lorsqu'on exécute l'expérience comme je viens de la décrire. Or il est facile de voir qu'un déplacement simultané des deux images vers le bas indique que le cristallin descend en totalité ; on n'a qu'à observer le phénomène analogue avec une lentille ordinaire. — J'ajoute que la petite image se déplace vers le bas, quelle que soit sa position dans la pupille (fig. 121), ce qui indique que la cause ne peut être cherchée ni dans une augmentation de courbure de la surface, ni dans un déplacement en avant ou en arrière du cristallin. Mais ce déplacement en bas de l'image se combine avec un tout petit déplacement centripète qui a également lieu, quelle que soit la position de l'image dans la pupille, et qui est probablement dû à une faible augmentation (réelle ou apparente) de la courbure de la surface postérieure.

4° Autres phénomènes accompagnant l'accommodation. — Nous avons vu que Hueck a découvert un petit avancement de la surface antérieure ; v. Helmholtz a confirmé cette observation. Il est possible qu'on rencontre quelquefois un tel déplacement, quoique pour moi l'expérience de V. Helmholtz ne réussisse pas bien et que je ne sois pas sûr que ses observations n'admettent pas une autre explication. Dans l'œil avec lequel j'ai entrepris mes expériences, la surface antérieure n'avançait pas; la partie correspondant à la pupille ne changeait pas de place, mais la partie couverte par l'iris reculait avec cette membrane. Il se forme pendant l'accommodation, à la surface antérieure de l'iris, une vallée circulaire (fig. 122), dont le bord périphérique correspondant au corps ciliaire monte à pic, tandis que le bord central présente une pente très douce, correspondant à la surface antérieure du cristallin. Je recommande cette observation qui a déjà été faite par Cramer, mais qui a souvent été considérée comme prouvant un élargissement de la chambre antérieure dans l'angle irien ; il est facile de voir que les parties les plus périphériques de la paroi postérieure de la chambre antérieure ne reculent pas. Les phénomènes ne sont pas toujours également prononcés, mais on peut presque toujours en trouver au moins une trace chez des sujets jeunes. On peut faire l'observation à l'éclairage oblique, mais l'emploi de la loupe (monoculaire) n'est pas à recommander ; il faut la vision

V ACCOMMODATION ,g7

binoculaire pour bien se rendre compte du changement de niveau de l'iris. Lorsque le phénomène est bien prononcé, on obtient ainsi une idée assez nettte de la forme conique que prend la eristalloï.de antérieure pendant l'accommodation.

Quant à la surface postérieure du cristallin, ses changements sontmoins manifestes. Nous avons vu que les phénomènes catoptriques semblent indiquer une légère augmentation de courbure. La surface postérieure

Fig. i'22. — Changement delà chambre antérieure pendant l'accommodation : a, repos ;

b, accommodation.

reste à peu près à sa place pendant l'accommodation ; quelquefois, on observe pourtant des phénomènes qui semblent indiquer qu'elle recule un peu.

La question si discutée de savoir si l'épaisseur du cristallin change pendant l'accommodation, est très difficile à trancher, parce que le changement, s'il existe, ne dépasse pas la limite d'erreur des observations. Influencé peut-être par l'observation de v. Helmholtz, j'ai cru constater une augmentation d'épaisseur. Dernièrement, j'ai repris la question en collaboration avec le professeur Koster ; nous nous sommes donné beaucoup de peine, sans pouvoir arriver à un résultat certain.

87. Théorie de l'accommodation de l'auteur. — D'après les observations que je viens de décrire dans le paragraphe précédent, et qui peuvent se résumer en disant que Y accommodation se fait par la formation passagère d'un lenticone antérieur, l'hypothèse de v. Helmholtz ne me semble plus soutenable ; au moins je suis incapable de comprendre comment un tel mécanisme pourrait produire un aplatissement de certaines parties du cristallin en même temps qu'une augmentation de courbure des autres parties. Je me suis donc mis à étudier les qualités physiques du cristallin, en me servant surtout de cristallins de cheval, qui sont très grands et, par conséquen t, facilement maniables, et j'ai trouvé qu'on ne peut pas considérer le cristallin comme un simple corps élastique, dans le sens de v. Helmholtz. Le contenu du cristallin se compose r chez l'adulte, de deux parties, le noyau, qui ne peut pas changer de forme,, et la couche superficielle qui, au contraire, possède cette faculté à un degré très élevé ; sa consistance est à peu près celle d'une solution de gomme très épaisse. Je désigne cette couche sous le nom de couche accommodative, pour bien faire ressortir que c'est grâce à elle que l'œil

peut s'accommoder. A mesure que l'âge avance, le noyau augmente, tandis que la couche accommodative diminue et avec elle l'amplitude de l'accommodation. Le tout est entouré de la capsule, qui est inextensible ou à peu près (Hocquard).

On avait toujours admis qu'une traction exercée sur lazonule devait aplatir les surfaces cristalliniennes, tandis qu'une compression exercée sur les bords aurait au contraire pour effet d'augmenter leur courbure. Il n'en est rien : une compression exercée sur les bords a, au contraire, pour résultat d'aplatir les surfaces, tandis qu'une traction exercée sur la zonule augmente la courbure des surfaces au milieu, tout en les aplatissant vers la périphérie.

Pour vérifier ce fait, on sort le cristallin de l'œil d'un bœuf ou d'un cheval, qui ne doit pas être trop vieux, avec la capsule et la zonule de Zinn. Il est facile de voir qu'en comprimant les bords les surfaces s'aplatissent ;

pour observer l'effet d'une traction, on saisit la zonule des deux côtés, très près du cristallin, et, en exerçant une traction, on peut, en regardant le cristallin de profil, voir que la surface antérieure prend une forme hyperbolique (fig. i23). Mais on obtient une meilleure idée de la déformation en étudiant les images catoptriques. On place le cristallin avec la surface antérieure en haut sur une table et on fixe au-dessus, à quelque distance, un anneau opaque sur lequel on a tendu une feuille de papier transparent ; en éclairant cette feuille de papier, on voit l'image catoptrique de l'anneau se former sur la surface antérieure du On peut aussi remplacer l'anneau par une grosse lentille. Il faut choisir la grandeur et la distance de l'anneau, de telle sorte que l'image soit assez grande, et le placer de façon que l'image soit centrée avec le cristallin. Alors, en exerçant une traction, on voit le rond se changer en un ovale dont l'axe le plus petit correspond à la direction de la traction, ce qui montre avec évidence que la courbure augmente dans cette direction. L'expérience réussit d'autant plus facilement que l'anneau est plus grand. Si on place l'anneau de façon que son image se trouve près du bord du cristallin, on la voit s'allonger dans le sens de la traction, ce qui indique un aplatissement dans cette direction.

Fig. ia3. — Cristallin du bœuf (Gr. 2.). La ligne pointillée indique la forme que prend le cristallin : A, par une compression latérale ; B par une traction exercée sur la zonule. Les flèches indiquent la direction des forces.

cristallin comme un rond noir

1/ ACCOMMODA TION

Le docteur Crzellitzer a dernièrement construit un appareil au moyen duquel on peut exercer une traction sur la zonule dans toutes les directions à la ibis et avec lequel on peut encore mieux imiter l'accommodation. Au lieu de l'anneau, on peut se servir de deux bougies placées de telle façon que leurs images se trouvent dans la direction de la traction ; en exerçant une traction, on les voit faire un mouvement centripète analogue au mouvement découvert par Cramer, mais de bien moindre étendue. En effet, d'une part il est probable que ces animaux (1) n'ont pas une accommodation bien développée, d'autre part il ne faut pas oublier que dans l'œil le déplacement paraît presque doublé par l'action grossissante de la cornée. L'expérience ne peut être considérée que comme une imitation assez grossière de l'accommodation ; mais le fait qu'on peut obtenir une augmentation de courbure, par une traction exercée sur la zonule, est hors de doute.

On ne devait d'ailleurs guère s'attendre à un autre résultat. J'ai plusieurs fois insisté sur le fait que le noyau possède une courbure bien plus prononcée que les surfaces du cristallin, et qu'en outre il ne peut pas changer de forme, à moins qu'on ne le casse. En jetant un coup d'œil sur la figure 124, on conçoit facilement qu'en exerçant une traction sur la zonule les parties périphériques doivent s'aplatir, tandis qu'au milieu la courbure augmente, par suite de la résistance et de la courbure plus grande du noyau. Et le résultat sera le même s'il n'y a pas de noyau, comme c'est le cas chez les individus jeunes, si seulement la courbure et la résistance des couches augmentent vers le centre. L'augmentation de courbure des couches centrales est visible sur n'importe quelle préparation du cristallin. L'augmentation de résistance trouve son expression optique dans l'augmentation d'indice vers le centre.

Par une traction sur la zonule nous avons obtenu des changements analogues à ceux qu'on observe pendant l'accommodation, et il me semble que la structure du muscle ciliaire se prête assez bien à la production

Fi g. 124. — Système optique de l'œil de bœuf (Gr. 2).

(1) Le Dr Sladfeldl a plus tard vérifié le résultat avec des cristallins humains, qu'il plaçait dans un anneau de liège, en fixant deux parties opposées de la zonule avec des épingles très fines. Il mesurait la courbure des surfaces avec l'ophtalmomètre de Javal et Schioetz, et déterminait ensuite la position du foyer ou plutôt celle des lignes focales avec un microscope. A la suite de la traction il constata toujours de l'astigmatisme, le maximum de courbure correspondant ù la direction de la traction. Sur un cristallin appartenant à un individu âgé de trente-huit ans il produisit ainsi un astigmatisme de la surface antérieure de 4 D. La surface postérieure ne fut que très peu influencée. — L'astigmatisme disparaissait avec la traction.

d'une telle traction. Nous avons vu qu'il se compose, pour la plus grande partie, de fibres longitudinales, que les fibres les plus superficielles s'insèrent en avant sur la sclérotique, près du canal de Schlemm, tandis que les fibres moyennes finissent librement près de la surface qui donne vers la chambre antérieure, et que les fibres les plus profondes se combinent avec les fibres obliques et circulaires qui forment peutêtre leurs terminaisons. Le muscle a la forme d'un petit triangle dont la surface extérieure s'applique sur la sclérotique, tandis que la surface intérieure est tournée vers le corps vitré, et la surface antérieure vers la chambre antérieure. Pendant la contraction, l'angle antéro-extérieur reste fixe, l'angle antéro-intérieur recule, comme on peut le voir directement dans la chambre antérieure, et l'extrémité postérieure avance, comme les expériences de Hensen et Voelkers l'ont prouvé. Le reculement de la partie antérieure exerce sur la zonule la traction qui produit la déformation de la surface antérieure ; l'avancement de l'extrémité postérieure exerce sur la choroïde une traction qui a pour effet de soutenir le corps vitré et indirectement le cristallin, de sorte que celui-ci ne recule pas sous l'influence de la traction. Pour le résultat définitif il importe peu à laquelle des deux actions on attribue la prépondérance. Figurons-nous par exemple un instant que l'extrémité antérieure soit fixe : le résultat de la contraction du muscle serait que le cristallin, à la suite de la traction exercée sur la choroïde, serait poussé un peu en avant, ce qui produirait aussi une traction sur la zonule qui suffirait pour la déformation de la surface cristallinienne. Il peut se faire qu'il existe sous ce rapport des différences individuelles, comme semble l'indiquer le désaccord entre les observations de v. Helmlioltz et les miennes (i).

J'estime que cette théorie rend assez bien compte de la plus grande partie des phénomènes qui accompagnent l'accommodation. Elle explique d'abord la déformation de la surface antérieure ; la direction de la zonule dans l'œil vivant est telle, que l'effet de la traction doit agir presque exclusivement sur la surface antérieure. Elle explique également le changement de niveau de l'iris et la diminution de tension dans la

(i) Suivant certains auteurs (Arlt, Iwano/f), le muscle ciliaire diffère chez les myopes et chez les hypermétropes. S'il en est ainsi, on pourrait peut-être chercher la prédisposition à la myopie dans une structure spéciale du muscle ciliaire. Il est en effet clair que, plus les fibres superficielles sont développées, plus la traction exercée sur la choroïde doit être forte, et cette traction a évidemment pour effet de protéger la sclérotique contre l'augmentation de tension pendant l'accommodation. Si l'extrémité postérieure du muscle était fixe, la sclérotique serait exposée à cette tension chaque fois qu'on accommoderait. Sous ce rapport, il peut être intéressant de remarquer que l'œil que j'ai examiné, dans lequel la cristalloïde antérieure n'avançait pas pendant l'accommodation, est myope d'environ 6 D. et que celui des trois yeux de v. Hclmholtz qui présentait l'avancement le plus faible était légèrement myope.

L' ACCOMMODATION i7i

chambre antérieure (par le reculement des parties périphériques de la surface du cristallin et de l'iris). La petite descente du cristallin, lorsque racconimodation atteint son maximum, tient probablement à ce que le cristallin en état de repos est légèrement déplacé vers le haut par rapport au cercle ciliaire, de façon que les fibres zonulaires inférieures se tendent plus que les fibres supérieures pendant l'accommodation.

Les phénomènes observés par Coccius sont probablement dus à une illusion d'optique. En tenant le cristallin de cheval devant un fond rouge, on voit cette couleur à travers tout le cristallin, excepté un bord assez étroit où les rayons rouges subissent une réflexion totale. En exerçant une traction sur la zonule, ce bord s'élargit au dépens de la partie transparente, ce qui peut faire croire à une diminution du diamètre du cristallin.

Quanta la contraction de la pupille qui accompagne l'accommodation, il est évident qu'elle a pour effet d'éliminer les parties périphériques du cristallin qui, à cause de leur aplatissement, rendraient l'image trop mauvaise. On remarque aussi que, lorsqu'on dilate la pupille avec un alcaloïde qui n'agit que peu ou point sur l'accommodation (cocaïne ou homatropine), la vue de près diminue relativement plus que la vue de loin ; on attribue souvent ce phénomène à une diminution de l'amplitude de l'accommodation ; mais, tout au moins avec la cocaïne, je n'ai que très rarement pu constater une véritable diminution de cette amplitude. Il est pourtant à remarquer que les yeux qui ont une forte aberration de sphéricité, corrigent cette aberration en accommodant ; ces yeux peuvent donc voir relativement mieux de près que de loin, quand la pupille est dilatée.

Quand, par l'effet d'une paracentèse, on laisse écouler l'humeur aqueuse, on sait que le cristallin et l'iris viennent s'appliquer contre la cornée, sans que cette membrane change notablement de forme. Suivant toute probabilité, le cristallin se trouve alors en état d'accommodation maximum, car il ne pourrait faire un tel mouvement sans subir une forte traction par la zonule. En faisant la paracentèse sur l'œil d'un lapin, Mannhardt prétend aussi avoir vu le déplacement accommodatif des images de Purkinje, au moyen de l'ophtalmoscope de Cramer. Il devient donc probable que la contraction pupillaire qui accompagne l'écoulement de l'humeur aqueuse est accommodative. Mais la contraction pupillaire accompagne l'écoulement de l'humeur aqueuse même sur un œil mort ; en introduisant la pointe d'une seringue de Pravaz dans la chambre antérieure, il est facile de dilater ou de contracter la pupille à volonté, en injectant ou retirant du liquide. Cette contraction est donc purement mécanique, et il devient alors probable que la contraction accommodative

de la pupille l'est aussi, quoique son mécanisme ne soit pas encore bien élucidé.

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