CHAPITRE XIII
OPHTALMOSCOPIE
88. Méthodes pour éclairer le fond de l'œil. — Depuis les temps les plus reculés, on sait que la pupille de certains animaux (chien, chat, etc.) peut paraître lumineuse. On croyait le phénomène analogue à la production de lumière du ver luisant (phosphorescence) ; en réalité, il est dû à l'existence du tapetum, partie de la choroïde dont la surface rétinienne est fortement réfléchissante et possède un reflet métallique : sa destination n'est pas encore bien élucidée. Quant à la pupille humaine, on sait depuis longtemps qu'elle peut, dans des cas très rares, paraître lumineuse à la suite du développement d'une tumeur intérieure de l'œil (œil-de-chat amaurotique). Beer avait aussi remarqué la lueur oculaire dans certains cas d'aniridie.
Vers i85o, Cumming et Bruecke trouvèrent la méthode pour faire paraître lumineuse la pupille de l'œil normal, et v. Helmholtz fit, en 1 85 1 , la grande invention de l'ophtalmoscope, qui devait réformer l'ophtalmologie.
Comme tout autre objet, le fond de l'œil renvoie de la lumière lorsqu'il est éclairé. Soit A (fig. 120) un point lumineux pour lequel l'œil est aecom-
Fig. 12.5.
modé. Ce point envoie dans l'œil le cône ABC, dont les rayons se réunissent en D Ce point étant éclairé, il renvoie des rayons dans toutes les directions ; ceux contenus dans le cône DBC sortent de l'œil pour se réunir au point A. En général, l'œil peut donc renvoyer de la lumière à un point qui lui en a envoyé d'abord, et si, dans des circonstances ordinaires, la pupille de l'œil paraît noire, c'est parce que la pupille de l'œil
observateur, étant noire, ne peut pas envoyer de la lumière dans l'œil observé. Pour qu'elle paraisse lumineuse, il faut placer une source lumineuse devant l'œil observateur ; c'est ce qu'on fait au moyen de l'ophtalmoscope.
Voici les différentes circonstances dans lesquelles on peut voir la pupille lumineuse :
a. La pupille des albinos est vue rouge parce que le fond de l'œil est éclairé par de la lumière qui a traversé la sclérotique. Si l'on couvre l'œil avec un écran percé d'une ouverture correspondant à la pupille, celle-ci paraît noire. — En concentrant une lumière vive sur la sclérotique au moyen d'une lentille, on peut rendre lumineuse la pupille d'un œil normal, surtout si la personne est blonde.
b. Si, dans le cas de la figure ia5, l'œil n'est pas exactement au point pour le point lumineux, celui-ci éclaire sur la rétine un cercle de diffusion (ab, fig. 126). Ce cercle renvoie de la lumière, non seulement dans
Fig. 126.
la direction du point lumineux, mais aussi dans les directions voisines : ainsi, le point a renvoie le cône B«C qui, en dehors de l'œil, prend la direction ABCr/, de sorte que l'œil observateur o peut se placer dans ce cône. En disposant une lampe à quelque distance de l'œil observé et en visant près du bord de la flamme contre laquelle on s'abrite avec un écran, on peut souvent voir la pupille lumineuse, surtout si elle est un peu grande et que le malade ne fixe pas la flamme.
L'expérience réussit plus facilement si l'œil observé est fortement amétrope, parce qu'alors les rayons sortis de l'œil arrivent vite à diverger fortement, de sorte que l'œil observateur peut facilement trouver place dans le cône lumineux. Si l'œil n'est pas amétrope, on peut le rendre tel au moyen d'une forte lentille ou en le mettant sous l'eau, ou, comme Bellarminoff l'a fait dernièrement, en mettant une lamelle de verre en contact avec la cornée, de façon à éliminer la force réfringente de cette membrane. Par ce dernier moyen on peut rendre le fond de l'œil visible pour plusieurs personnes à la fois. — Dans le cas de Y œil-cle-chat amaurotique, la présence de la tumeur dans l'intérieur de l'œil rend celui-ci fortement hypermétrope, de sorte que le fond devient facilement visible.
OPHTALMOSCOPIE
c. Principe de l'ophtâlmoscope de v. Helmholtz — Soient AB (fig. 127) une plaque de verre plan parallèle et L une lampe qui envoie de la lumière vers cette plaque. La plus grande partie de la lumière traverse la plaque, mais une partie est réfléchie vers l'œil observé D. Elle entre dans cet œil et éclaire la rétine. Celle-ci renvoie de la lumière vers la plaque : une partie de cette lumière est réfléchie vers la lampe L, mais la plus grande partie traverse la plaque et entre dans l'œil observateur G qui, par conséquent, voit lumineuse la pupille de l'œil observé.
Observateu
Fig. 127. — Principe de l'ophtâlmoscope de v. Helmlioltz
Pour remédier à la perte de lumière qui, provenant de L, traverse la plaque, v . Helmholtz employait plusieurs plaques placées l'une derrière l'autre.
d. Principe de l'ophtâlmoscope ordinaire. — On obtient un éclairage plus intense au moyen d'un miroir étamé ; l'observateur regarde à travers une petite partie dont on a enlevé l'étain ou qu'on a perforée. — Comme un miroir concave concentre la lumière, il éclaire plus qu'un miroir plan et celui-ci plus qu'un miroir convexe (1). En général, il est utile d'avoir un bon éclairage ; mais on voit quelquefois mieux des altérations très fines du fond de l'œil en se servant d'un éclairage faible,
(1) L'éclat de l'image rétinienne de la flamme qui se forme dans l'œil observé est le même dans tous les cas, mais l'image est plus grande lorsqu'on emploie un miroir concave que lorsqu'on se sert d'un miroir plan ou convexe. — On peut s'en rendre compte en mettant son œil à la place de l'œil observé. L'image de la flamme qu'on voit alors dans le miroir correspond à la partie éclairée de la rétine; elle est plus grande dans le cas du miroir concave qu'avec le miroir, plan ou convexe. — En plaçant la flamme derrière le miroir, on voit, dans les mêmes circonstances, le trou comme lin cercle lumineux qui correspond à la partie du fond de l'œil que l'observateur peut voir à la fois (champ ophtalmoscopique).
i;6 LEÇONS D' OPTIQUE PHYSIOLOGIQUE
et des opacités très fines du corps vitré ou du cristallin disparaissent si l'éclairage est trop fort.
L'ophtalmoscope est le seul moyen pratique pour éclairer l'œil. Néanmoins, une autre méthode peut quelquefois rendre des services. On place la lampe en arrière de l'observateur, de façon que la lumière arrive à l'œil observé en rasant la tète de l'observateur ; on concentre la lumière sur l'œil avec une lentille. Lorsque la pupille est dilatée, on peut voir ainsi le fond de l'œil faiblement éclairé et on distingue souvent très nettement des détails situés très en avant dans le corps vitré (tumeurs du corps ciliaire, décollements, etc.).
89. Examen à l'image droite (v. Helmholtz). — Les conditions pour voir la pupille lumineuse étaient connues, avant v. Helmholtz, par les travaux de Cumming et de Bruecke, et Babbage semble déjà avoir éclairé la pupille avec un miroir dont l'étamage était enlevé sur une petite partie servant à l'observation; mais aucun de ces savants n'avait pensé à étudier les conditions sous lesquelles cette lueur oculaire peut former une imaare du fond de l'œil.
En préparant son cours, dans lequel il voulait représenter à ses élèves les méthodes pour faire paraître la pupille lumineuse, v. Helmholtz se posa le problème, qui n'était pas difficile pour un physicien exercé. Il arriva facilement à le résoudre théoriquement et construisit alors le premier ophtalmoscope, en combinant quelques lamelles de verre avec les lentilles d'une boîte d'essai ; après quelques jours de travail acharné, il parvint à voir le fond de l'œil vivant, que jamais personne n'avait vu avant lui.
V. Helmholtz employait l'examen à l'image droite. Admettons que l'observateur soit emmétrope (s'il ne l'est pas, il doit corriger sa réfraction) : il peut alors voir le fond de l'œil d'un autre emmétrope sans aucune préparation, puisque les rayons sortant de l'œil observé sont parallèles. Si l'observé n'est pas emmétrope, il faut le rendre emmétrope. On cherche donc le verre convexe le plus fort ou le verre concave le plus faible avec lequel on peut voir le fond de l'œil nettement : ce verre indique en même temps la réfraction de l'œil ; mais il faut que l'observateur prenne l'habitude de ne pas accommoder, autrement les résultats seront faussés. — La réfraction qu'on trouve à l'ophtalmoscope, doit être d'accord avec celle qu'on trouve à l'examen subjectif. Il est pourtant à remarquer que le verre de l'ophtalmoscope se trouve le plus souvent un peu plus loin de l'œil examiné qu'un verre placé dans une monture. On trouve donc, comme par la méthode subjective, un chiffre trop faible pour l'hypermétropie, trop fort pour la myopie, et