‹ Optique physiologiqueChapitre 35 sur 57 · OP U T AL M OS COPIE · texte numérisé non relu

OP U T AL M OS COPIE

Terreur est plus prononcée à l'examen ophlalmoscopique, à cause de la distance plus grande. Pour les faibles degrés d'amétropie, elle est insignifiante ; pour les forts degrés, de myopie surtout, elle suffit pour rendre la détermination illusoire. — L'hypermétropie latente se dévoile le plus souvent à l'examen ophtalmoscopique, parce que dans la chambre obscure les malades ne fixent pas.

Grossissement. — ■ Pour avoir une expression numérique du grossissement ophtalmoscopique, on peut comparer l'image rétinienne qui se forme dans l'œil observateur d'un objet (la papille du fond de l'œil examiné) avec l'image rétinienne qu'aurait l'œil observateur du même objet, mis à nu et placé à la distance de travail de l'observateur. On met souvent cette distance à 20 centimètres.

Admettons que les deux yeux, celui de l'observateur et celui de l'observé, soient emmétropes.

Soit 0 = AB (fig. 128) l'objet du fond de l'œil observé ; nous traçons les rayons AG et BD parallèlement à l'axe. Ces deux rayons viennent s'entre-croiser au foyer antérieur tf>p et tous les autres rayons provenant

Observe Observateur Fig. 128.

de A et de B leur sont parallèles : entre autres les rayons et <b'\G qui, prolongés, passent par le foyer antérieur de l'œil observateur. Après la réfraction dans cet œil, ces rayons sont parallèles et déterminent la grandeur de l'image I. En désignant par Fi la distance focale antérieure de l'œil observé, par F/ celle de l'œil observateur, les deux triangles semblables CD't*, et EG*', donnent la relation :

JL-I1

On voit que, si les systèmes optiques des deux yeux sont pareils, I est égal à O. La papille de l'œil observé forme dans l'œil observateur une image égale à elle-même. En plaçant le fond de l'œil mis à nu à la distance de travail égale à 20 centimètres, l'image rétinienne I, de l'objet O (fig. 129) se trouverait par la formule :

T. - fi'

OPTIQUE PHYSIOL. la

En multipliant cette formule par la précédente, on obtient le grossissement dans l'image droite :

I 200mm

En admettant i5 millimètres pour F,, le grossissement serait d'environ i3, mais ce chiffre est arbitraire puisque la distance de travail a été choisie arbitrairement.

Observateur

Fi g. 129.

Si l'œil observé est myope, le grossissement est plus fort, en supposant que le verre correcteur se trouve au delà du foyer antérieur de l'œil observé, comme c'est toujours le cas. La construction est la même que dans le cas précédent, mais en rencontrant le verre concave les rayons et D* (fig. i3o) sont rendus plus divergents. Les rayons <t>\E et $>\G qui leur sont parallèles divergent donc plus que dans le cas pré-

\ le

JjBL--''

ei y \

Dj/---"

cN /

Observé

Fig. i3o.

1 Observateur

cèdent, ce qui rend l'image I, plus grande. S'il s'agit d'une myopie de courbure, le grossissement est encore plus fort ; le point $1 est en effet situé plus près de l'œil observé, ce qui fait que les rayons HK et LM, et par conséquent aussi les rayons «ï^E et $\G, divergent encore plus. Dans l'œil hypermétrope l'inverse a lieu. Il en résulte que, dans un œil astigmate, on voit la papille allongée dans la direction du méridien le plus réfringent.

Champ ophtalmoscopique. — D'après v. Helmholtz, on trouve le champ ophtalmoscopique, c'est-à-dire l'ensemble des parties du fond de l'œil

OPHTALMOSCOPIE

visibles simultanément, en joignant par des lignes droites le milieu de la pupille de l'œil observateur aux bords de la pupille de l'œil observé, et en faisant subir à ces droites la réfraction dans l'œil observé, comme si elles étaient des rayons. La figure i3i montre que le champ est plus grand dans l'œil hypermétrope, plus petit dans l'œil myope, si l'œil observateur se trouve au delà du foyer antérieur de l'œil observé, comme c'est toujours le cas. Comme c'est le bord de la pupille de l'observé, qui limite le champ, on l'augmente en instillant de l'atropine.

Observé Observateur Fig. i3i. — Construction du champ ophtalmoscopique.

Ceci est un exemple des constructions inverses qu'on emploie souvent dans l'optique géométrique : pour savoir quels points du fond de l'œil observé peuvent envoyer des rayons dans la pupille de l'œil observateur, on retourne le problème en se figurant la pupille de l'œil observateur lumineuse et en cherchant quelles parties du fond de l'œil observé elle pourrait éclairer. Le résultat est le même à cause de la réversibilité des processus optiques. En réalité, le champ est un peu plus grand que celui que nous avons trouvé par notre construction, puisque nous avons réduit la pupille de l'œil observateur à un point ; du point d, situé en dehors du champ, quelques rayons pourraient encore entrer dans l'œil observateur par les parties inférieures de sa pupille. Pour avoir le champ complet, il faudrait construire, non l'image pt du centre de la pupille p, mais l'image de toute la pupille ou plutôt du trou de l'ophtalmoscope, formée par le système optique de l'œil observé. On obtiendrait ainsi un champ plus grand, mais les parties près du bord seraient très peu éclairées.

90. Examen à l'image droite. Observations. — Pour indiquer la grandeur des objets intra-oculaires, on a l'habitude de les comparer au diamètre de la papille ; on dit ainsi que la largeur d'un staphylome est le quart ou la moitié du diamètre de la papille. Les essais qu'on a faits pour obtenir des mensurations plus exactes, au moyen d'un micromètre (Donders, Leroy), n'ont pas donné de résultats pratiques.

La réfraction est habituellement la même pour tout le fond de l'œil.

D'après You/ig, si l'on se figure une sphère tracée autour de l'œil avecla distance du remotum comme rayon, la position de la rétine est telle, qu elle se trouve partout à l'endroit où se formeraient les meilleures images des objets situés sur cette sphère. I » certain degré d'astigmalisme par incidence est inévitable pour les parties périphériques,; mais la rétine se trouve ici entre les deux lignes locales, à peu près à l'endroit qui correspondrait à la tache de diffusion circulaire.

Grâce à cette disposition, ou peut employer la papille pour la détermination de la réfraction à l'image droite ; en général, sa réfraction ne dif- 1ère guère de celle de la macula. Il y a pourtant des exceptions à celle' règle. C'est ainsi qu'au conseil de revision j'ai examiné un jeune homme qui accusait une myopie de 4 D., tandis qu'un confrère très exercé dans la détermination à l'image droite et moi-même nous trouvions, à l'ophtalmoscope, de l'emmétropie, chacun de notre côté. Il l'ut plus tard mis hors de doute que le malade avait réellement une myopie de 4 D- Se demandant alors si la myopie ne serait pas attribuable à un spasme d'accommodation, on recourut à une cure d'atropine, mais sans résultat. Des dilférences analogues semblent assez fréquentes dans les cas de myopie excessive, à cause de la forme allongée du globe.

Une dilférence entre la réfraction subjective et la réfraction ophtalmoscopique peut donc être due : i" à la distance plus grande du verre correcteur à l'œil observé dans le dernier cas (v. p. 17-) ; r>.° à ce qu'une hypermétropie latente devienne manifeste dans l'obscurité ; 3° à ce que la papille ait une autre réfraction que la macula; 4° à de la simulation.

Pour juger de la profondeur d'une excavation papillaire, on peut mesurer la différence de réfraction entre le bord et le fond de l'excavation, en se rappelant qu'une dilférence d une dioptrie correspond à peu près à un tiers de millimètre. On peut mesurer par le même procédé la tuméfaction de la papille dans les cas de névrite optique, la distance d'une opacité du corps vitré à la rétine, etc.

Un autre moyen de juger si un point est situé en avant d'un autre consiste à faire de petits mouvements de la tête (avec l'ophtalmoscope). On verra alors le point le plus rapproché faire un mouvement en sens inverse par rapport à l'autre point (parallaxe).

Le grossissement de i3 que nous avons trouvé pour l'image droite n'a rien à faire avec la grandeur apparente de la papille, qui dépend de la distance à laquelle on projette l'image sans le savoir. Lorsqu'on commence à faire de l'ophtalmoscopie, la papille paraît souvent très petite et, en général, sa grandeur semble varier pour les différents observateurs. J'ai remarqué un phénomène du même genre en regardant un point lumineux {v. p. 129). Si le point est très éloigné, le cercle de diffusion

OPUTALMOSCOPIE 181

me parait très grand. Mais si j'observe un point lumineux placé au foyer d'une lentille de 20 D., que je tiens devant mon œil, le point me paraît extrêmement petit, et cela bien que l'image rétinienne doive être exactement la même dans les deux cas. On accuse souvent l'accommodation déjouer un rôle dans cette illusion d'optique, mais nous devons faire observer qu'elle a lieu même si on exclut toute trace d'accommodation ; elle repose sur une conclusion inconsciente relativement à la distance de l'objet (v. chapitre xxn).

La macula est habituellement difficile à voir : le plus souvent il faut dilater la pupille. La fovea est quelquefois visible comme une tache plus sombre avec un petit point blanchâtre au milieu ; sa place est en tout cas toujours marquée par la manière spéciale dont les vaisseaux viennent de tous les côtés se perdre dans ses environs. On ne voit jamais trace de la couleur jaune qui est si frappante dans l'œil mort ; aussi certains auteurs ont-ils, probablement à tort, considéré cette coloration jaune comme un phénomène cadavérique.

La couleur rouge du fond de l'œil est due aux vaisseaux de la choroïde; partout où la choroïde fait défaut on voit le fond blanc de la sclérotique, dans les cas de colobome par exemple. Il est curieux qu'on ne voie jamais trace du pourpre rétinien à l'ophtalmoscope. A l'état normal, la rétine est complètement transparente, on n'en voit que les vaisseaux. Quelquefois on peut pourtant la distinguer comme un voile grisâtre clans les parties voisines de la papille. Si le pigment noir est fortement développé, le fond de l'œil apparaît d'un rouge foncé uniforme. S'il est peu développé, le fond a souvent un aspect marbré ou tigré, dû aux mailles du réseau vasculaire de la choroïde.

La plupart des yeux normaux possèdent une excavation physiologique de la papille, laquelle se présente comme une tache blanchâtre. Il est alors facile de voir, à l'image droite, que le fond est plus myope que le bord ; on voit indistinctement les vaisseaux de l'excavation quand ceux des bords paraissent nets et inversement, du moins lorsque l'excavation est un peu profonde. L'excavation physiologique n'atteint jamais les bords de la papille : on ne peut être sûr qu'une excavation soit pathologique que si elle atteint partout les bords.

On aperçoit souvent dans l'œil normal une pulsation d'une ou de plusieurs des grandes veines. Pendant la systole, la tension du globe augmente assez pour comprimer les grandes veines près de leur sortie, là où la tension intraveineuse est la plus faible. Au moment de la diastole, la tension du globe diminue, la pression cesse et les veines se vident.

La pulsation des artères est presque toujours un signe de glaucome ;

la tension du globe est si forte que les artères restent vides, excepté au moment de la systole.

La papille est le plus souvent limitée par un bord blanc très mince, quelquefois entouré d'un bord noir incomplet, formé par le pigment de la choroïde. Le bord blanc est désigné sous le nom de bord scléral ; on l'attribue à la visibilité de la sclérotique entre la choroïde et la papille. Quelquefois il est plus large et se confond avec un commencement de staphylome.

On peut voir le fond rouge de son propre œil en regardant dans le miroir qu'on tient devant une flamme. Un faisceau lumineux traverse le trou de l'ophtalmoscope, entre dans l'œil, est réfléchi par la rétine, sort de l'œil, rencontre le miroir, et est de nouveau réfléchi vers la rétine. Si la marche des rayons le permet, par exemple si l'œil est emmétrope et le miroir plan, on peut même distinguer des détails. On voit en même temps l'image catoptrique de la cornée comme un grand cercle de diffusion.

On a construit des auto-ophtalmoscopes, ainsi que des ophtalmoscopes, au moyen desquels plusieurs observateurs peuvent voir simultanément le fond de l'œil.

Une autre manière de s'examiner soi-même consiste à observer avecun œil l'image de l'autre formée par une glace ; on peut de cette manière faire de l'ophtalmoscopie de l'œil gauche avec l'œil droit à l'image renversée et on peut, avec un petit miroir concave placé non loin de l'œil, observer les images de Purkinje, etc. C'est en travaillant ainsi avec mes propres yeux que j'ai observé pour la première fois la déformation conique de la cristalloïde antérieure pendant l'accommodation (p. 161).

91. Examen à l'image renversée. — Cet examen a été introduit dans l'oculistique par Ruete, en i85a. Il fut surtout adopté et développé par l'école de Berlin (v. Graefe), tandis que l'école de Vienne (p. Jaeger) se servait surtout de l'image droite. Comme l'école de Berlin occupa pendant longtemps une position prédominante, l'examen à l'image renversée fut pendant longtemps plus employé que l'autre. Les deux méthodes méritent pourtant une place l'une à côté de l'autre. L'image renversée donne un grossissement plus faible et un champ plus grand : elle est donc très utile pour étudier l'aspect général du fond de l'œil, tandis que l'image droite sert surtout pour l'étude des détails et pour la détermination de la réfraction.

L'examen à l'image renversée se fait en tenant une forte lentille convexe (le plus souvent -j- 1 3) à une distance de l'œil à peu près égale à sa distance focale. Cette lentille forme une image réelle et renversée

OPHTALMOSCOPIE

du fond de l'oeil, située de l'autre côté de la lentille, dans les environs de son second loyer. C'est cette image que l'observateur voit en accommodant, on, ce qui vaut mieux, en regardant à travers une lentille convexe d'environ 4D., placée derrière le miroir. Si l'œil examiné est emmétrope, les rayons sortant de l'œil sont parallèles et l'image se forme au foyer de la lentille ; s'il est myope, l'image se trouve un peu plus près, s'il est hypermétrope un peu plus loin que le foyer. Dans le dernier cas, l'observateur est souvent obligé de se reculer un peu pour voir l'image nettement.

Grossissement. — Si l'on emploie une lentille de -f- i3, le grossissement est d'environ 5 fois pour un œil emmétrope. Soit en effet ab = O (fîg i32) un objet du fond de l'œil observé. Nous traçons le rayon bc parallèle à l'axe : il passe, après réfraction, par le foyer antérieur de l'œil et les autres rayons provenant de b lui sont parallèles , puisque l'œil est

Fig. i3a.

emmétrope. Un de ces rayons db' passe sans réfraction par le centre optique de la lentille, et c'est sur ce rayon db1 que se forme l'image b' de 6, dans le plan focal de la lentille. Les deux triangles pc <t>, et dfb' sont semblables : on a donc =^jT' c'est-à-dire que le grossissement est égal au rapport entre la distance focale de la lentille et la distance focale antérieure de l'œil. La distance focale antérieure de l'œil étant de i5 millimètres et celle delà lentille de 77 millimètres, le grossissement est de y| ou d'environ 5. On peut augmenter le grossissement en employant une lentille plus faible, mais l'image s'éloigne en même temps de la lentille, de sorte que l'observateur est obligé de se reculer, ce qui rend cette manière d'agrandir l'image peu pratique. Dans les cas d'opérés de cataracte, il peut être utile d'employer une lentille plus forte (-(- 18) pour éviter la nécessité de s'éloigner.

Influence de la réfraction de l'œil examiné sur le grossissement — Un coup d'œil sur la figure 1 33 suffit pour faire voir que, si l'on place la lentille de façon que son foyer coïncide avec le foyer antérieur de l'œil,

le grossissement est le même, quelle que soit la réfraction de l'œil examiné (principe de Badal) (i).

Si la lentille se trouve plus près de F œil, comme c'est le plus souvent

Fig. 1 3 3 . — D'après Bjerrum.

le cas, le grossissement est plus fort dans l'œil hypermétrope, plus faible dans l'œil myope (fig. 1 34)- Pour cette raison, la papille de l'œil astigmate est vue allongée dans la direction du méridien le moins réfringent ;

ni l/— —

Fig. 1 34- — D'après Bjerrum.

en éloignant la lentille, l'autre méridien s'allonge, et l'on finit par voir plus grand celui qui correspond au méridien le plus réfringent comme à l'image droite.

Champ ophtalmoscopique. ■ — Pour que le champ soit aussi grand que possible, il faut que la lentille se trouve à une distance de l'œil à peu près égale à sa distance focale. Dans ces circonstances, l'image que forme la lentille de la pupille de l'œil observé est très grande et remplit toute la lentille ; l'iris disparaît du champ.

On construit le champ comme pour l'image droite, en supposant le centre (P, fig. 1 35) de la pupille de l'œil observateur lumineux et en cherchant quelle partie du fond de l'œil il pourrait éclairer. En dessinant la

(i) Ceci n'est exact que si l'amétropie est axile. S'il s'agit d'une myopie (hypermétropie) de courbure, le foyer antérieur est situé d'autant plus près de l'œil que la réfraction est plus forte. — En répétant la construction de la figure 1 33 , on voit qu'en faisant coïncider le foyer de la lentille avec le foyer antérieur de l'œil le grossissement est plus fort dans le cas de myopie. — L'oeil astigmate a deux foyers antérieurs, un pour chaque méridien principal; pour obtenir le même grossissement flans les deux méridiens, il faut que le foyer de la lentille se trouve plus près de l'œil que le foyer antérieur, le plus éloigné.

OPIir A LMO S C OI'IE

figure 1 35, j'ai supposé que L'image P4 du centre de la pupille de l'observateur coïncide avec le point nodal K de l'œil observé, de sorte que les « rayons » Aa et Bb ne subissent aucune réfraction : ab est donc le champ, et on remarque qu'il ne dépend pas de la pupille de l'observé, puisque le cône APjB ne touche pas à ses bords. Le champ n'est limité que par les bords de la lentille ; il est donc préférable d'employer une grande lentille, comme on le fait en Angleterre Si l'on rapproche ou si l'on éloigne la lentille, de façon qu'une partie plus large du cône AP4B coïncide avec la pupille, il peut arriver que celle-ci soit trop petite, de sorte que l'iris enlève les rayons les plus périphériques. Le champ est alors

. -P Observateur

Qbserve

Fig. 1 35 . — Construction du champ ophtalmoscopique à l'image renverse'',

limité par l'iris de l'observé, qu'on aperçoit à travers la lentille. Si la pupille est petite, il peut être difficile de tenir la lentille exactement à l'endroit convenable pour que l'iris disparaisse ; c'est pourquoi il y a avantage à dilater la pupille. — 11 est à remarquer, d'ailleurs, qu'une faible partie du champ est bien éclairée. Si l'on emploie un miroir concave de 20 centimètres de foyer, comme c'est l'usage, on voit au fond de l'œil une image assez nette de la flamme (parce que l'image formée par le miroir se trouve à peu près au foyer de la lentille, de sorte que les rayons qui rencontrent l'œil sont à peu près parallèles) ; ce n'est que la partie du champ qui correspond à cette image qui est éclairée, le reste se trouve dans l'obscurité. — On peut augmenter la partie éclairée en employant un miroir plan, mais l'éclairage est alors moins vif.

On peut voir l'image renversée sans aucune lentille, si le malade est myope de plus de 6 D. ; en déplaçant la tète d'un côté à l'autre, on s'assure que les vaisseaux se déplacent en sens inverse, car on peut aussi voir le fond de l'œil hypermétrope (à l'image droite), à une distance assez grande. Le champ visuel est très petit et le grossissement souvent si fort, qu'un vaisseau peut remplir la moitié du champ. L'existence de cette image suffit pour poser le diagnostic d'une forte myopie. — Il est souvent difficile d'examiner les forts degrés de myopie à l'image droite et à

l'image renversée le grossissement n'est quelquefois pas suffisant. On peut alors employer cette image que l'œil myope produit lui-même, en l'agrandissant; on ne change rien à la manière ordinaire d'examiner à l'image renversée, il faut seulement éloigner assez la lentille pour que l'image vienne se former entre la lentille et l'œil observé. La lentille produit alors de cette image renversée une image virtuelle agrandie, qui est également renversée et située plus loin en arrière ; pour la voir nettement, il faut souvent se mettre très près de la lentille, surtout si l'on emploie un verre convexe derrière le miroir. On peut ainsi obtenir un grossissement presque aussi fort qu'à l'image droite (De miche ri).

On peut employer l'examen à l'image renversée pour la détermination de la réfraction de l'œil, en mesurant la distance de l'œil observé à laquelle est située l'image renversée, puisque cette distance varie avec la réfraction de l'œil. Cette méthode, qui a été proposée par Schmidt- Rimpler, n'a jamais été très répandue.

L'aspect du fond de l'œil est à peu près le même avec les deux méthodes. Il faut pourtant excepter la macula qui, à l'image renversée, se présente souvent sous une forme spéciale, comme une tache ovale, au grand diamètre horizontal, un peu plus grande que la papille; cette tache est mate, un peu plus sombre que le reste, et entourée d'un cercle brillant, correspondant à la convexité du bord de la fovea, qui agit comme une sorte de miroir convexe. Des reflets analogues apparaissent souvent aussi sur d'autres parties de la rétine, surtout chez des sujets jeunes. — Des différences de niveau s'observent par le déplacerîient parallactique qu'on obtient en imprimant à la lentille un petit mouvement de va-et-vient.

92. Examen ophtalmoscopique des milieux réfringents. — Pour examiner la transparence des milieux réfringents, il est préférable d'employer un éclairage faible; on se sert de préférence du miroir plan, ou même d'un miroir convexe. De Wecker a recommandé d'employer les plaques de v. Helmholtz pour cet examen. On voit en effet les ombres que produisent les opacités en interceptant une partie des rayons renvoyés par le fond de l'œil. Si le fond de l'œil est fortement éclairé et que les obstacles ne soient pas complètement opaques, ils laissent passer une partie de la lumière et l'ombre est moins complète. — 11 est utile d'employer une forte loupe pour cet examen, afin de pouvoir se mettre très près de l'œil. Autrement, beaucoup de petits corpuscules peuvent échappera l'examen.

Il est assez rare que ces opacités soient visibles par la lumière qu'elles réfléchissent elles-mêmes. Il peut pourtant arriver qu'on puisse voir la couleur rouge d'hémorragies situées très en avant dans le corps vitré,

OPUTALMOSCOPl E

ou la couleur blanche de certaines opacités, surtout en employant la méthode de la lumière à incidence rasant la tête de l'observateur. — Dans les cas de synchysis étincelant, l'œil observateur reçoit de la lumière réfléchie régulièrement par les surfaces des petits cristaux situés dans le corps vitré.

93. Skiascopie. — Cette manière d'examiner la réfraction oculaire a été découverte par Cuignet, qui l'a décrite sous le nom mal choisi de kératoscopie. C'est surtout Parent qui a développé la méthode, et c'est lui qui en a le premier donné l'explication correcte.

L'observateur se place à 1 mètre du malade, dont il éclaire l'œil avec un miroir plan ; en tournant le miroir autour d'un axe vertical, on voit la tache lumineuse sur la figure du malade se mouvoir dans la même direction. L'éclairage de la pupille suit le même chemin, si le malade est hypermétrope, emmétrope ou très faiblement myope. — Si la myopie est supérieure à 1 D., la lumière pupillaire se déplace en sens inverse, et si la myopie est égale à 1 D., on ne voit pas la lumière se mouvoir dans la pupille. L'éclat diminue uniformément dans toute l'étendue de la pupille, pour disparaître d'un coup.

Mi Mi

Fig. i3C. — Skiascopie. Miroir plan.

L, lampe; Mj, première position du miroir; Lj, l'image qu'il l'orme de la lampe ; I,, image rétinienne. — M^, deuxième position du miroir ; L2, image de la lampe ; I0, image rétinienne.

L'examen de la figure 1 36 montre que l'image rétinienne se meut dans la même direction que le miroir. Si l'observé est hypermétrope, emmétrope ou myope < 1 D., c'est l'image droite que l'observateur voit; La lumière lui semble se mouvoir sur la rétine, comme elle le fait en réalité. Si au contraire la myopie est> 1 D., il voit la lumière se mouvoir en sens contraire, parce que la lumière lui vient de l'image renversée qu'il observe. — Pour déterminer le degré de l'amétropie, on met devant l'œil du malade des verres de plus en plus forts, jusqu'à ce que l'ombre

i88 LEÇONS D OPTIQUE PHYSIOLOGIQUE

vienne couvrir toute la pupille à la fois; le malade a alors une myopie égale à i D.

Si I on emploie un miroir concave, on voit, comme dans le cas précédent, la tache lumineuse se mouvoir sur la figure du malade dans le même sens que le miroir. Mais l'image rétinienne de la flamme va en sens contraire : on voit, en effet, sur la figure 1 3^ que l'image de la flamme (L,,L,), formée par le miroir, va en sens contraire de celle de la

Fi g. i>7. — Skiascopie. Miroir concave. Les lettres ont la même signification que dans la figure i3C.

ligure 1 36, d'où il suit qu'il en est de même pour l image rétinienne. Aussi l'observateur voit-il la lueur oculaire se mouvoir en sens inverse si l'observé est emmétrope, hypermétrope ou myope < i D, et dans le même sens si la myopie > i D.

La skiascopie a de l'importance pour la recherche de l'astigmatisme, si l'on ne dispose pas d'un ophtalmomètre. Si l'on meut le miroir dans la direction d'un des méridiens principaux, le tout se. passe comme sur un œil non astigmate. Mais, si les mouvements du miroir ont lieu dans un autre méridien, on voit l'ombre se mouvoir dans une direction qui fait un angle avec celui du miroir. Cela tient à la forme elliptique de la tache de diffusion. Si l'on dessine une ellipse à axes obliques sur une feuille de papier et qu'on l'observe à travers une ouverture circulaire plus petite, pendant qu'on lui imprime un mouvement horizontal, il est presque impossible de ne pas céder à l'illusion que le mouvement se fait dans une direction oblique — On cherche alors le mouvement à donner au miroir pour que le déplacement de la lueur oculaire se fasse parallèlement à celui du miroir. On détermine ensuite la réfraction des méridiens principaux de la manière ordinaire.

Lorsque l'amétropie est forte, la lueur est assez faible et la limite entre

OPHTALMOSCOPIE 189

la lueur et L'ombre est courbe. Si, au contraire, Fœil est près cV-être corrigé, on voit la lueur très brillante et son bord est à peu près droit.

L'explication de ce fait, qui a donné lieu à une discussion assez vive, est assez simple. Comme la lampe (ou son image formée par le miroir) est loin de F observé, il se forme dans Fœil emmétrope une petite image rétinienne assez nette de la (lamine (fig. i38, A). Comme toute la lumière est concentrée sur cette petite image, elle est assez vive et, bien qu elle soit petite, elle remplit pourtant le champ, parce que celui-ci est également très petit, ainsi qu'il est facile de le voir en employant la construction que nous avons donnée pour le champ ophtaïmoscopique. Le bord droit

Fig. ■ 38. — Le cercle épais indique les limites du champ skiascopique : A, dans un œil emmétrope : B, dans un œil fortement amétrope. Le carré en À représente l'image de la flamme ; eu B, elle change dans la grande tache composée de cercles de diffusion.

de la lueur oculaire correspond au bord de l image rétinienne de la flamme. Dans Fœil amétrope le champ est grand, et l'image rétinienne est remplacée par une tache de diffusion, bien plus grande et par conséquent moins brillante. Chaque point de l'image rétinienne nette est remplacé par un cercle de diffusion de même forme que la pupille de l'œil observé ; comme celle-ci est en général ronde, la tache affecte aussi une forme ronde (fig. 1 38, B), d'autant plus prononcée que l'amétropie est grande. Il est facile de prouver l'exactitude de cette explication : si l'on emploie comme source lumineuse une ligne brillante très longue, le bord de la lueur oculaire reste droit, même dans le cas de forte amétropie, parce que la superposition des cercles de diffusion ne peut pas alors produire une forme ronde. De même, si on donne à la pupille une forme triangulaire, en plaçant un trou sténopéique de cette forme devant l'œil de l'observé, l'ombre garde aussi son bord rectiligne, car la superposition de taches de diffusion triangulaires ne peut pas donner une forme ronde à la tache de diffusion.

igo LEÇONS D'OPTIQUE PHYSIOLOGIQUE

Mais, ni dans l'un ni dans l'autre cas, l'observateur ne voit une image nette, parce que son œil est accommodé pour le plan pupillaire de l'observé, tandis que l'image qu'il observe se trouve en avant (M) ou en arrière (H) de ce plan. Et, comme il n'est pas au point pour l'image, celle-ci est vue vaguement, chaque point étant représenté par un cercle de diffusion dont le bord, comme toujours, correspond au bord de la pupille de l'observateur.

Théorie de Leroy. — L'explication que Leroy a donnée de la skiascopie, et qui s'est beaucoup répandue, surtout en Allemagne, concorde au

Observe Observateur

Fig. i iy.

fond avec celle de Parent que je viens d'exposer. Soit a (fig. 139) un point éclairé de la rétine de l'œil observé, supposé myope, et a' son image. De l'œil observé sort alors le cône lumineux bac, dont la partie a'mo entre dans l'œil observateur. Cet œil voit lumineuse la partie de la pupille

Fig. 140.

qui lui envoie des rayons, c'est la partie bp, tandis que pc est obscure parce que les rayons qui proviennent de cette partie sont arrêtés par l'iris de l'observateur. C'est ce que Leroy exprime d'une manière un peu subtile, en disant que l'ombre est produite par l'iris de l'observateur. On peut se figurer la pupille de l'observateur projetée par a' sur la pupille de l'observé (fig. i4o, A); la partie de cette dernière qu'elle cou-

OPI1TALMOSCOPIE i9,

vrirait paraîtrait lumineuse. Avec la théorie de Parent, on dirait que l'observateur voit le point a mais flou, c'est-à-dire comme un cercle de diffusion dont le bord, comme on le sait, correspond au bord de la pupille de l'observé.

Les deux théories sont donc deux manières différentes de dire la même chose. Mais, si l'on a voulu expliquer la forme courbe de l'ombre par la lorme de la pupille de l'observateur, on a eu tort, car les phénomènes ne changent pas si l'observateur regarde à travers une ouverture triangulaire placée devant sa pupille. La forme de la pupille de l'observateur ne joue aucun rôle, car en réalité ce n'est pas un point lumineux qui se trouve sur la rétine, ainsi que le suppose la théorie de Leroy, mais une image de la flamme dont ad (fig. 139) est une section ; le bord de l'image dont nous nous servons est donc une droite perpendiculaire au plan du papier, et il faudrait répéter la construction de Leroy pour chaque point de cette droite. On obtiendrait ainsi une série de projections de la pupille de l'observateur, laquelle découperait la partie de la pupille de l'observé qui paraîtlumineuse (fig. i4o B.). Il est facile de voir que la forme de chaque cercle de diffusion n'a aucune influence sur la forme du bord de l'ombre.

Ombre paracentrale. — Quand on est près de la correction, on voit souvent l'ombre se mouvoir irrégulièrement. Bitzos a décrit une ombre paracentrale : une partie de la pupille, près du milieu, paraît sombre,

Observe

Fig. 1 4 1 . — Théorie de l'ombre paracentrale.

tandis que les bords sont encore éclairés. Ce phénomène indique que la réfraction n'est pas la même partout dans la pupille ; il rend souvent impossible une détermination très exacte de la réfraction.

Il ne faut donc pas s'attendre à une détermination très exacte par la skiascopie, comme c'est aussi le cas pour la mensuration subjective et pour la détermination à l'image droite, tout simplement parce que l'idée même de la réfracton oculaire ne comporte pas une exactitude très grande.

Voici l'explication de l'ombre paracentrale. Admettons un œil emmétrope, mais ayant une forte aberration de sphéricité, de telle sorte que les parties périphériques de la pupille soient myopes. Les rayons provenant d u 11 point lumineux de la rétine auraient alors les directions indiquées sur la ligure 1 4 1 - Un œil dont la pupille se trouverait en P, recevrait les rayons i et 3 et verrait lumineuses les parties correspondantes de la pupille, tandis qu'en 2 la pupille paraîtrait sombre, puisque le rayon 2 n'entrerait pas dans la pupille. L'œil observateur verrait donc un centre brillant, séparé des bords également brillants par un anneau sombre. Si P se déplaçait un peu en bas, il recevrait tous les rayons dessinés sur la figure-, mais quelques-uns de l'autre moitié n'y entreraient pas, ce qui donnerait le phénomène d'ombre paracentrale. Si l'œil est régulier, il faut donc qu'il regarde un peu obliquement pour montrer l'ombre paracentrale, et on doit pouvoir trouver des yeux qui, dans une certaine position, donnent une ombre annulaire, au moins si l'on emploie une source lumineuse suffisamment petite.

Bibliographie. — Cumming (W.). Medico-ehirurgical transactions. XXIX, p. 284. — Bruecke (E.). /. Milliers Archi\> fur Anatomie und Physiologie, 1847, p. 220. — Helmholtz (H.). Beschreibung eines Augcnspiegcls zur Bcobachtung der Netzhaut a m lebenden Auge. Berlin i8ji. — Buete (Th.). Der Augenspiegel und das Optometer. Gœttingen, ib îa. — Goccius (A.). Ueber die Amvendung des Augenspiegels, nebst Angabe eines ncuen Instruments. Leipzig, i8j3. — Cuignet. Keratoscopie . Becueil d'opht. 187Î-74. — Parent. Diagnostic et détermination objective de l'Astigmatisme. Becueil d'opht. 1881. — Leroy (G. J. A.). Le phénomène de l'ombre pupillaire. Bev. gen. d'opht. 1887, p. 289. — Bellarminoff. Neues Verf'aliren den Augenhintcrgrund su besichtigen. Mùnch. med. Wochenschrif't. 1888. — Bilzos (G). La Shiascopie. Paris, i8<j2. — Dernicheri (L.). Examen ophtalmoscopique à l'image renversée sur les y euu^ fortement myopes. Ann. d'oc. 1890.

La théorie de l'ophtalmoscope se trouve exposée dans plusieurs des traités d'ophtalmoscopie. Le petit livre suivant est reconimandable à cause de sa précision et de sa clarté :

Bjerrum (L) (de Copenhague). Instructions pour l'emploi de l'ophtalmoscope. Trad. par Grosjean. Paris, Steinheil, 1894.

Page 1