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CHAPITRE XVIII

LE SENS DES FORMES

114. Acuité visuelle centrale. — Le pouvoir de distinguer des formes est une faculté très complexe, qui en grande partie est liée aux mouvements oculaires. Pour juger de la forme des objets, nous les tâtons pour ainsi dire avec le regard. Néanmoins, la vision indirecte fournit une idée de la forme des objets. Suivant les idées empiristes (p. 201), ce seraient les observations faites pendant les déplacements du regard qui nous auraient enseigné la signification des impressions obtenues en vision indirecte.

On a pris, comme mesure du sens des formes, l'angle minimum sous lequel deux points peuvent être distingués l'un de l'autre. Les astronomes se sont dès longtemps occupés de cette question. Hooke indique ainsi que, pour qu'une étoile double puisse être reconnue comme telle à l'œil, il faut que l'intervalle corresponde à une minute, et encore faudrait-il de très bons yeux pour arriver à voir deux étoiles dans ces conditions. Plus tard, les physiologistes ont repris la question, le plus souvent en travaillant avec une petite grille dont les barres et les intervalles étaient de même largeur. On place la grille vers le ciel et on essaie de combien on peut s'éloigner sans que les barres se confondent. Il faut avoir soin que l'image formée sur la rétine soit nette, en corrigeant les défauts de réfraction s'il y en a. D'accord avec la plupart des observateurs, v. Helmholtz trouva à peu près le même angle que Hooke., c'est-à-dire une minute ; mais il est à remarquer que ce n'est ni la largeur d'une barre ni celle de l'intervalle, mais la somme des deux, qui correspond à cet angle.

En considérant la structure anatomique de la rétine, il faudrait s'attendre à ce que l'angle de distinction minimum correspondît à la largeur d'un cône. Dans l'expérience de Hooke on conçoit, en effet, qu'on puisse distinguer les deux étoiles si, entre les deux cônes sur lesquels se

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forment leurs images, il s'en trouve un troisième qui ne reçoit pas ds'im»pression (fig. 169). On peut donc conclure que la largeur (angulaire) d'un cône doit être plus petite que la distance angulaire séparant les deux étoiles. Dans l'expérience de v. Helmholtz, au contraire, on ne peut pas conclure que la largeur du cône doit être plus petite que la largeur angulaire de la barre noire ; car on peut bien se figurer un cône plus large dont la partie centrale soit occupée par l'image de la barre noire, tandis que les parties latérales seraient occupées par une partie des images des intervalles, mais qui recevrait cependant moins de lumière

Fig. i(if).

Expérience de Ilooke.

Les images de deux étoiles (e, (?) se forment sur deux cônes séparés par un troisième.

Fig. 170.

Mesure de l'acuité visuelle par une grille.

aa, Images des barres séparées par celles des intervalles, bb.

Fig. 171.

Mesure de l'acuité visuelle avec une grille.

Limite. — Tous les cônes reçoivent la même impres -

que les cônes voisins (fig. 170). Mais on peut conclure que le cône doit être plus petit que la distance (angulaire) séparant les milieux de deux intervalles lumineux voisins (ou, ce qui revient au même, plus petit que la somme d'une barre noire et d'un intervalle lumineux), car

Fig. 17-2. — Expérience de Hoohe, l'optique de l'œil étant défectueuse. Au lieu d'images nettes les étoiles forment des taches de diffusion ce, ce.

si la largeur des cônes était égale à cette distance, tous les cônes recevraient la même quantité de lumière (fig. 171), et les barres se confondraient. Aussi le résultat obtenu par v. Helmholtz est bien d'accord avec celui de Hoohe.

En mettant la distance du point nodal de l'œil jusqu'à la rétine à i5 millimètres, la largeur angulaire d'une minute correspond à g^-^1 = o'"m,oo4. Dans la fovea la largeur des cônes est d'environ omm,oo2. L'acuité visuelle ne semble donc pas tout à fait atteindre le degré auquel

on pourrait s'attendre d'après la structure de la rétine, probablement à cause d'irrégularités optiques. Il semble rare, en effet, qu'un point lumineux forme son image sur un seul cône, et, si elle s'étend sur plusieurs cônes, il n'y a rien d'étonnant à ce que l'angle de distinction minimum soit plus grand que la largeur angulaire d'un cône (fig. 172).

On pourrait croire que l'angle minimum de visibilité puisse servir comme mesure du sens des formes, c'est-à-dire qu'on puisse le mesurer en déterminant quel est l'angle visuel le plus petit sous lequel un objet peut être vu; mais il est évident que cet angle dépend uniquement de l'intensité lumineuse de l'objet, car, malgré leur grandeur angulaire minimum, nous voyons très bien les étoiles fixes, lorsqu'elles sont suffisamment lumineuses.

Si l'œil était optiquement parfait, de telle sorte que l'image de l'étoile puisse se former sur la surface d'un seul cône, il est facile de voir que l'impression lumineuse que reçoit ce cône, si elle était assez forte, suffirait à faire voir l'objet, même si l'image n'occupait pas toute la surface du cône. Mais, comme règle, l'optique de l'œil n'est pas aussi bonne. La plupart des personnes ne voient pas les étoiles comme des points, mais comme de petites surfaces d'autant plus grandes que l'étoile est plus brillante ; l'image de l'étoile est, en effet, un cercle de diffusion composé de parties plus ou moins lumineuses : lorsque l'éclat est faible, ces dernières parties disparaissent, de sorte que l'étoile parait plus petite. Tant que l'étoile est lumineuse, l'image couvre donc en général plusieurs cônes ; si l'éclat diminue, l'image peut se former sur un seul cône, niais la visibilité ne dépend toujours que de l'éclat. Une comparaison avec l'expérience précédente montre aussi qu'on ne peut pas employer la visibilité d'une seule étoile comme mesure de l'acuité visuelle ; l'expérience serait identique à celle de la grille, si l'on se figure deux barres infiniment larges séparées par un intervalle correspondant à l'étoile. Nous avons vu qu'on peut conclure que la largeur angulaire du cône est plus petite que la largeur angulaire d'une barre plus un intervalle ; mais ceci, dans le cas présent, n'a aucun sens.

Dans les cliniques on emploie, pour la mensuration de l'acuité visuelle, les tableaux de SnelLen ou d'autres construits d'après le môme principe. Les lettres sont arrangées de manière à être vues sous un angle de 5 minutes ; les lignes qui forment les lettres, ainsi que la plupart des intervalles qui les séparent, sont vues sous un angle d'une minute. On voit que l'acuité normale de Snellen correspond à la moitié de celle que c. Helmholtz avait trouvée, avec sa grille, dans laquelle chaque barre et chaque intervalle correspondaient à une demi-minute. Aussi trouvet-on que les meilleurs yeux ont une acuité visuelle qui se rapproche

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de 2 ou Çj , et on peut être presque sur que si, avec un bon éclairage, Facilité n'est égale qu'à i , l'oeil présente des défauts assez accusés pour être facilement constatés.

Nous avons dit que l'angle sous lequel sont vues les lettres correspond à 5 minutes. L'angle étant égal à la grandeur linéaire de la lettre divisée par la distance à laquelle elle est vue, il est clair que les lettres qui sont destinées à être vues à une distance de 12 mètres doivent avoir le double de la grandeur linéaire de celles qui sont vues à 6 mètres. Si les premières sont vues à une distance de 6 mètres seulement, on dit que

l'acuité visuelle est égale à — = — . Différents auteurs, entre autres

lavai, ont fait remarquer que cette manière de désigner l'acuité visuelle n'est pas très logique, et qu'on devrait, dans ce cas, dire que l'acuité est égale à ~ , puisque la surface de la lettre en question est quatre fois plus grande que celle qui correspond à l'acuité 1.

Malgré les objections théoriques qu'on peut lui faire, le tableau de Snellen est pourtant très pratique. Il est certain cependant que quelques-unes des lettres sont bien plus facilement lues que d'autres de la même ligne. La lisibilité d'une lettre est, en effet, une affaire très complexe, qui est loin de dépendre uniquement de la grandeur des intervalles séparant les différentes lignes. On a essayé d'y remédier, tantôt en faisant plus grandes les lettres plus difficilement lisibles, tantôt en choisissant seulement des lettres facilement lisibles. Ces perfectionnements ne se sont guère répandus, car ils sont sans grande utilité ; en se servant du tableau on apprend en effet très vite le degré de lisibilité que chaque lettre a pour un œil normal. Un inconvénient plus sérieux est le petit nombre de grandes lettres, qui rend souvent la détermination de la réfraction difficile, dans les cas où l'acuité est moins bonne, parce que les malades apprennent les lettres par cœur. Pour avoir un éclairage constant, il est bon de placer le tableau à un endroit sombre et de l'éclairer avec un bec de gaz muni d'un réflecteur qui protège les yeux du malade. Le tableau de Javal est transparent et placé à côté du malade qui le regarde dans une glace. On arrive ainsi à ce résultat que les lettres, étant opaques, sont toujours vues parfaitement noires, et que la distance est doublée par la réflexion. La grandeur des lettres augmente suivant une progression géométrique, ce qui avait déjà été proposé par Green. Burchardt a fait imprimer des séries de groupes de points de différentes grandeurs, arrangés d'après le principe de Snellen. Le malade doit pouvoir compter le nombre de points qui composent un groupe. Beaucoup d'oculistes ont suivi l'exemple de Snellen et construit des échelles d'après le même principe.

On se sert encore des épreuves de Jaeger, la première collection un

peu complète de caractères de différentes grandeurs ; qui aient été employés. L'avantage que présente le tableau de Snellen est qu'il porte inscrite la distance à laquelle le malade devrait pouvoir lire chaque ligne, ce qui a amené les oculistes à examiner la vue de tous les malades à une même distance. Ce principe avait déjà été appliqué par Stellwag.

En 1891, Guillery a proposé de mesurer Facilité visuelle simplement par la distance à laquelle on peut distinguer un point noir sur fond blanc. Par des comparaisons avec les lettres de Snellen, il a trouvé qu'un point noir vu sous un angle de 5o secondes correspond à l'acuité normale ; à 5 mètres il doit avoir un diamètre de imm,2. Ce point est désigné comme le numéro 1. Le numéro 2 a la surface deux fois- plus grande que le numéro 1, et le malade, qui ne voit que le numéro 2 à 5 mètres de distance, a une acuité de — , etc. Chaque point se trouve sur un carré blanc, tantôt au milieu, tantôt en bas, tantôt dans un coin, etc., et il y a sur la même ligne plusieurs épreuves l'une à côté de l'autre, dans lesquelles le point a la même grandeur. Le malade doit indiquer à quel endroit du carré il aperçoit le point. Il semble qu'on mesure l'acuité visuelle tout aussi bien de cette manière que d'après le principe de Snellen, ce qui est assez curieux et montre qu'on ne peut pas identifier l'examen avec un point lumineux sur fond noir avec celui fait au moyen d'un point noir sur fond blanc. Javal a construit une petite échelle portative d'après le même principe : elle se compose de petits carrés noirs tels que le côté d'un carré est toujours égal à la diagonale du précédent. Si le côté est égal à 1, la diagonale est \J i2 -|- 12 = V^a, ce qui est le côté du carré suivant ; la diagonale de ce dernier est alors 2, et ainsi de suite. De cette manière, la surface d'un carré est toujours double de celle du précédent.

Rapports entre l'acuité visuelle et l'éclairage. — L'acuité visuelle dépend directement de l'éclairage du tableau, mais il est assez difficile de déterminer le rapport d'une manière générale, parce qu'il y a beaucoup de facteurs différents qui l'influencent. Ainsi, le rapport doit dépendre de la grandeur pupillaire, de la manière dont la pupille se contracte sous l'influence de la lumière, du degré de perfection optique et surtout d'adaptation de l'œil à l'obscurité. Dructult a fait quelques recherches sur cette question, en rapprochant une bougie (de stéarine, de 22 millimètres de diamètre) du tableau d'acuité visuelle et en notant la distance à laquelle cette lumière permettait de lire chaque, ligne; l'œil était dans un degré d'adaptation moyenne. Pour obtenir des degrés élevés d'éclairage, il remplaçait la bougie par une lampe équivalant à cinquante-quatre bougies. Le tableau suivant montre ses résultats,

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en prenant comme unité l'éclairage obtenu en plaçant une bougie à r mètre de distance.

Éclairage.

Acuité.

IOO

On remarque que Facilité augmente d'abord rapidement, ensuite lentement, avec l'éclairage, et qu'à la fin il faut une augmentation d'éclairage énorme pour faire monter l'acuité de 1,20 à i,5o. En augmentant encore l'éclairage, l'acuité augmenterait probablement encore, mais très peu, de sorte que la courbe indiquant l'acuité visuelle pour les différents éclairages serait une courbe à plateau très allongée et plus ou moins analogue à la courbe du sens lumineux (fig. 148).

J'ai déjà fait remarquer que le rapport entre l'acuité visuelle et l'éclairage dépend encore de la couleur de la lumière employée (p. 224).

La théorie suivant laquelle la couche des cônes et des bâtonnets serait la couche sensible, explique assez bien l'acuité qu'on obtient avec un bon éclairage, mais elle ne donne nullement une explication satisfaisante de la manière dont l'acuité baisse lorsque l'éclairage diminue.

115. Acuité périphérique. — On détermine les limites du champ visuel avec un périmètre ou un campimètre, en laissant l'examiné fixer le centre, et en cherchant jusqu'à quelle limite le malade peut encore voir l'objet en vision indirecte. La distance de l'œil au plan du campimètre ou à l'arc du périmètre varie un peu pour les différents instruments. L'objet est le plus souvent un carré blanc (ou coloré) dont .le côté est d'environ 1 centimètre. Avec l'objet blanc on trouve ainsi les limites absolues du champ ; en prenant des objets plus grands

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ou plus brillants, on n'obtient guère de limites plus étendues. Il en est autrement pour l'examen avec des couleurs. Il semble, en effet, qu'en prenant des objets suffisamment grands et suffisamment brillants, on obtient des limites plus larges qu'à l'examen ordinaire. Dans les cliniques, on examine en général avec le blanc, le bleu, le rouge et le ce/7, et on. trouve comme règle le champ moins étendu dans l'ordre suivant lequel j'ai nommé les couleurs. Si l'on trouve des limites différentes pour le rouge et le vert, cela tient probablement à ce qu'on emploie des couleurs qui ne sont pas complémentaires ou qui ont une intensité différente; autrement, on devrait trouver les mêmes limites.

L'acuité visuelle baisse fortement aussitôt que l'image s'éloigne de la fovea. Si, par exemple, on fixe le bord du tableau de Snellen, l'acuité baisse de suite à 1/8 ou i/io. On a essayé de déterminer l'acuité périphérique d'après le principe de S ne lien, mais la méthode est très difficile à employer elin-iquement, tandis qu'une autre méthode introduite par Bjerrum semble donner de bons résultats. Il répète simplement l'examen périmétrique avec des objets de plus en plus petits. Il emploie une distance de 2 mètres, en plaçant le malade devant un grand rideau noir; les objets employés sont de petits disques en ivoire de différentes grandeurs, fixés sur des bâtons noirs de 1 mètre de longueur. L'observateur doit porter des gants noirs. En examinant ainsi, Bjerrum trouva comme limites du champ normal :

En dehors. En dedans. En bas. En haut.

Avec un disque de 3mm 35° 3o° 3o° 25°

— 6mm r)o" 4or- 4q° 35°

Limites normales 900 6o° 700 6o°

Par cette méthode on peut souvent constater des défauts qu'on ne peut pas trouver autrement. On rencontre ainsi des cas d'atrophie des nerfs optiques, où le champ examiné de la manière ordinaire est normal, tandis que la méthode de Bjerrum révèle des rétrécissements considérables. Dans le glaucome Bjerrum a, par son procédé, découvert des scotomes disséminés dans le champ, mais qui sont en général reliés à la tache de Mariotte par une lacune en forme de pont. Le scotome paracentral est ainsi relié à la pupille par une lacune qui entoure la moitié supérieure ou inférieure de la macula. Sa forme indique directement la marche des nerfs. Quelquefois il peut être utile de répéter l'examen en diminuant l'éclairage.

Plus récemment, Groenouw a exécuté des mensurations analogues avec un point noir sur fond blanc. Il désigne comme is opter es des lignes tracées dans le champ visuel par des points où l'acuité visuelle est la même. Ces procédés sont fondés sur le même principe qui a servi à

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Guillery pour la mesure de Facilité centrale. Leur théorie est encore à faire.

Dans le champ normal il n'y a qu'une seule interruption, c'est la tache aveugle qui correspond à la papille. Elle fut découverte par Mariotte dont elle porte le nom, ce qui fit alors une très grande sensation. De sa découverte Mariotte tira cette conclusion, que c'est la choroïde qui est la couche sensible de l'oeil, puisqu'elle fait défaut à cet endroit, et cette idée fut longtemps admise. On peut déterminer la forme de la tache aveugle par les méthodes ordinaires de périmétrie, et le mieux en se plaçant à une distance de i ou 2 mètres. La tache a une forme elliptique ; en général on réussit, en examinant avec un objet très petit, à

Fig. i;3. — Tache de Mariotte de mon œil droit, dessinée par Uolth.

suivre les gros vaisseaux un peu en dehors de la papille (fig. 173). Si l'on ne réussit pas à les suivre plus loin, cela tient au défaut de stabilité de la fixation. Suivant les recherches du docteur Holth, qui a bien voulu dessiner la figure i^3, il est presque impossible de maintenir la fixation à peu près exacte plus de cinq à dix secondes ; après ce temps, le regard fait des excursions involontaires qui peuvent atteindre un tiers ou la moitié d'un degré, et après vingt ou trente secondes on observe souvent des excursions qui dépassent un degré. On peut contrôler la fixation en se servant comme objet de fixation d'un point marqué sur une petite surface colorée sur fond blanc. Déjà, après très peu de temps, on voit la surface entourée d'une bordure de couleur complémentaire. — Le bord interne de la tache de Mariotte se trouve à environ douze degrés

du point de fixation, et le diamètre correspond à environ six degrés, soit douze fois le diamètre de la lune.

Phénomène de Troxler. — Si l'on dessine plusieurs taches noires sur une feuille de papier et qu'on en fixe une pendant quelque temps, on voit tantôt une, tantôt une autre des taches environnantes disparaître pour réapparaître peu de temps après, le plus souvent à l'occasion d'un battement des paupières ou d'un petit mouvement de l'œil. Ce singulier phénomène, qui a été décrit au commencement de ce siècle par Troxler,

Fig. 174.

a été étudié dernièrement par le docteur HoltJi. La couleur du fond, ainsi que celle des taches, ne joue aucun rôle; pendant la disparition de ces dernières, on ne voit à leur place que le fond ; le scotome se remplit donc à peu près comme la tache de Mariotte. La tache fixée peut même disparaître, après un longtemps de fixation. Pour étudier le phénomène, on peut observer un dessin régulier, comme par exemple celui de la figure 174. Pour mon œil, le phénomène commence après avoir fixé le milieu pendant huit ou dix secondes, c'est-à-dire au moment où la fixation commence à être moins sûre. Dès ce moment, la figure montre des changements perpétuels : tantôt une partie de la figure disparaît,, tantôt une autre. Ce qui est curieux, c'est que le plus souvent les scotomes ne sont pas absolus : tantôt ce sont les lignes horizontales qui disparaissent à un endroit, tandis que les lignes verticales persistent, tantôt

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c'est le contraire qui a lieu. Ces phénomènes rappellent beaucoup celui qu'on a décrit sous le nom d'antagonisme des champs visuels et qu'on observe, par exemple, en présentant dans un stéréoscope des lignes horizontales à un œil, des lignes verticales à un autre. — Si l'on fixe le centre d'une ligure composée de cercles concentriques et de rayons, on voit tantôt ces derniers, tantôt les cercles. Sur un damier on voit tantôt une, tantôt une autre des cases disparaître, et ainsi de suite. Holth a même lait disparaître des objets lumineux, la lune par exemple ; suivant lui, des petits objets disparaissent même si on leur imprime un mouvement lent. Il y a donc lieu de se méfier de cette source d'erreurs, si l'on désire faire de la périmétrie de précision.

Bibliographie. — Hooke v. Smith, Robert. Cours complet d'optique, trad. par Pezenas. Paris, 17G7, p. 44. — Troxler. Uebcr das Verscliwinden geseliencr Gcgenstandc iiinerhalb unseres Gesiclitskreises. Himly u. Schmidt. Op/it/ialm. Bibliothek., 1802, II, p. 1. — Œuvres de Young, éd. Tscherning, p. 78. — Stellwag v. Garion. Die Accommodations felder des Auges, Wien, 1 855 . — Guillery. Ein Vorschlag zur Vereinfachung dcr Sehproben. Arch. f. Augenheilk., XXIII, p. 323, 1891. — GrœnouW. Ueber die Sehschaefe der Netzhautperipherie und eine neue Untersuc/iungsmethode derselben. Arch. f. Augenheilk., XXVI, p. 85, 1 89 3 . — Bjerrum. Undersoegelsen af Synet. Copenhague, 1894. — Holth (S.). Om det normale Synsorgans Stirreblindlied. Norsk Magazin for Laegevidenskaben. August 1895.

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