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CHAPITRE XX

LES MOUVEMENTS OCULAIRES

120. Mouvements saccadés des yeux. — Il semble que L'œil doit se tenir immobile pour obtenir une impression, au moins une impression qui puisse être perçue avec un peu de netteté. Si, dans un train de chemin de fer qui marche à toute vitesse, on fixe un point de la vitre, le paysage paraît confus, les images de ses différentes parties se succédant trop vite sur la rétine pour pouvoir être perçues nettement. En observant les yeux de quelqu'un qui regarde le paysage, on voit qu'Us se meuvent par saccades. Les yeux de la personne observée font alternativement un mouvement rapide suivant la direction du train, pour saisir l'objet, et un mouvement plus lent dans la direction opposée, pour maintenir l'image de l'objet sur la fovea. Puis ils font de nouveau un mouvement rapide avec le train pour saisir un nouvel objet, et ainsi de suite.

L'œil ne peut pas fixer un même point pendant un peu de temps sans qu'il se forme des images secondaires qui gênent la vision et sans que le phénomène de Troxler intervienne. Les yeux sont donc dans un mouvement perpétuel qui se fait par saccades : ils fixent un point, font un mouvement, fixent un autre point, et ainsi de suite. Pendant la lecture, les yeux se meuvent ainsi par saccades, quatre ou cinq pour chaque ligne d'un livre ordinaire. Lamare a construit un petit appareil, formé par une pointe qui s'appuie sur l'œil à travers la paupière supérieure et qui est relié aux oreilles de l'observateur par des tuyaux de caoutchouc. Avec cet appareil, chaque mouvement de l'œil fait percevoir un bruit. On entend quatre ou cinq petits bruits pendant la lecture d'une ligne et un bruit plus fort lorsqu'on en commence une nouvelle.

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121. Mouvements relatifs des deux yeux. — Les mouvements relatifs des deux yeux sont gouvernés par le besoin de voir l'objet simple. Il faut pour cela qu'il se forme sur chaque fovea une image de l'objet fixé. Lorsque après avoir regardé un objet à une certaine distance on en regarde un autre situé à la même distance, les deux yeux font des mouvements associés : ils tournent tous les deux à droite ou tous les deux à gauche, en haut, etc., et autant l'un que l'autre. Si les deux objets se trouvent tous les deiix dans le plan médian, mais à différentes distances, il faut, pour porter le regard du plus éloigné vers le plus rapproché, que les yeux fassent un mouvement de convergence : ils se tournent tous les deux en dedans de la même quantité ; enfin, si les deux objets se trouvent dans des directions différentes, le second plus près que le premier, les yeux exécutent une combinaison d'un mouvement associé et d'un mouvement de convergence. — Si le second objet est situé plus loin que le premier, les yeux font un mouvement de divergence (convergence négative).

Il est impossible de faire faire un mouvement à un œil sans que l'autre se meuve aussi ou au moins sans qu'il ait une tendance à se mouvoir. Une expérience très simple semblerait indiquer le contraire. Supposons que les deux yeux fixent un point a et qu'on place sur la ligne visuelle de l'œil droit un objet b. Si l'on demande à l'observé de fixer b , l'œil gauche se dirige vers ce point, tandis que l'œil droit reste immobile. Mais, si on l'observe bien, on verra que cet œil exécute en réalité de tout petits déplacements, car, au lieu de ne recevoir aucune innervation, comme on pourrait le croire, ses muscles en reçoivent deux, une qui lui ferait faire un mouvement associé (à droite) et une autre qui lui ferait faire un mouvement de convergence (à gauche) ; les résultats de ces deux innervations se compensent, de sorte que l'œil reste immobile. C'est Hering qui a indiqué cette expérience dont l'importance est grande pour l'intelligence de la relation, entre les mouvements des deux yeux.

Les deux espèces de mouvements dont nous avons parlé sont les seuls que les yeux aient habituellement à faire dans l'intérêt de la fusion, et ce sont les seuls qu'ils puissent faire. Il est pourtant possible de les faire diverger un peu — je veux parler de divergence absolue et non de la divergence relative, qui n'est qu'un degré moindre de convergence. — On peut rendre cette divergence nécessaire pour la fusion en plaçant devant un œil un prisme dont on tourne l'arête en dehors ; mais l'angle du prisme que les yeux peuvent ainsi surmonter ne dépasse guère 5°. On ne peut pas non plus lever le regard d'un œil tout en laissant l'autre immobile ; mais, en plaçant devant un œil un prisme très

faible l'arête en haut, cet œil dévie pourtant un peu en haut clans l'intérêt de la fusion. Le prisme qu'on peut ainsi surmonter ne dépasse généralement pas 20 ou 3°.

Ces particularités des mouvements oculaires ne sont évidemment pas dues à l'appareil musculaire. Rien n'empêche en effet l'œil droit de faire une excursion à droite, mais il ne peut pas la faire pendant que l'œil gauche fait une excursion à gauche. Si l'on ne peut pas exécuter les deux mouvements à la fois, cela tient à ce qu'on ne peut pas donner l'innervation nécessaire à ce mouvement. Et nous ne pouvons pas donner cette innervation parce que nous n'avons pas l'habitude de la donner, puisque, loin d'être utile, elle serait nuisible, par la diplopie à laquelle elle donnerait nécessairement lieu. — L'innervation qui guide les mouvements oculaires est, jusqu'à un certain point, analogue à celle qui nous fait tenir les yeux ouverts et la tète droite, avec cette différence toutefois que l'innervation qui guide les mouvements des yeux est bien plus rigoureuse ; nous pouvons baisser la tète ou fermer les yeux si cela nous plaît, mais nous ne pouvons mettre les yeux en divergence. L'innervation en question disparait pendant le sommeil. En luttant contre le sommeil, on remarque de la diplopie, et les deux images affectent des positions relatives qu'elles n'ont jamais à l'état de veille. Les images homonymes que nous obtenons en louchant volontairement sont toujours parallèles, si j'excepte les phénomènes mentionnés dans le chapitre précédent, et elles sont à la même hauteur (si l'on lient la tète droite). Les images qu'on obtient lorsque le sommeil s'annonce, ont, au contraire, des positions tout à fait irrégulières : tantôt l'une est plus élevée que l'autre, tantôt elles subissent des rotations, etc. En même temps, les paupières ont une tendance à se fermer et la tête à tomber.

122. Mensuration de la convergence. — Cette mensuration se fait le mieux avec le prisme variable de Crétès. On sait que cet instrument est composé de deux prismes superposés, de la même force. Un mécanisme spécial permet de les tourner en sens inverse l'un de l'autre. Lorsque les arêtes ont la même direction, l'effet est le double de celui de chacun des prismes. Si on les fait tourner, la déviation a toujours lieu dans la même direction, mais elle diminue graduellement et devient nulle lorsque les arêtes sont dirigées en sens opposé. L'instrument remplace donc toute une série de prisme«s de force différente.

On place le prisme avec l'arête en dehors pendant que le malade regarde une flamme éloignée, et on augmente la force du prisme jusqu'à ce que le sujet voie deux images de la flamme. On trouve ainsi Yabduc-

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tion ; pour les yeux sains, elle est de cinq à sept degrés de prisme. On tourne ensuite le prisme l'arête en dedans et on augmente sa force jusqu'à la production de la diplopie. Lî adduction est bien plus forte que l'abduction ; elle peut atteindre 200 à 3o° de prisme ou davantage. On peut aussi mesurer l'adduction et l'abduction pour un point plus rapproché. L'adduction dépasse souvent la valeur maximum du prisme de Crétès, et d'un autre côté il arrive assez souvent qu'elle est plus grande qu'on ne la trouve, parce que le sujet observé n'emploie pas tous ses efforts pour fusionner les images. Aussi vaut-il mieux mesurer l'adduction simplement en essayant combien on peut approcher un objet sans qu'il paraisse double (ophtalmo-dynamomètre de Landolt). — On rencontre quelquefois des cas rares de défaut de convergence, où l'adduction est fortement diminuée, tandis que l'abduction est normale. — Dans d'autres cas, toutes deux sont amoindries : le malade peut bien fusionner deux images qui se forment sur les deux macula, mais il n'éprouve pas le besoin de fusionner ; même si les images doubles se trouvent très près l'une de l'autre, les yeux ne font pas le petit mouvement nécessaire poulies fusionner.

Nous avons vu (p. 11) que la déviation produite par un prisme correspond à peu près à la moitié de son angle. Si l'on peut surmonter un prisme de 6° l'arête en dehors, cela veut donc dire qu'on peut faire diverger les lignes visuelles de 3°. Cette manière d'indiquer le degré de la déviation est la plus simple et c'est celle qu'on emploie le plus souvent. On a essayé d'introduire une autre notation indiquée d'abord par Javal et ensuite reprise par Nagel. Cet auteur nomme angle métrique la déviation que subit l'une des lignes visuelles lorsque, après avoir fixé un point à l'infini, on regarde un point situé à 1 mètre de distance sur la ligne visuelle de l'autre œil. w (fig. 182) est donc un angle métrique, si A est situé à une distance de 1 mètre, deux angles métriques si A est à 5o centimètres, et ainsi de suite. Le système a été inventé pour mesurer la convergence d'une manière analogue à la mensuration en dioptries qu'on emploie pour la réfraction (l'accommodation). L'angle métrique correspond à environ trois degrés et demi. — Ce système ne semble guère offrir d'avantages, et il a un inconvénient assez sérieux, la valeur d'un angle métrique n'étant pas la même pour les différentes personnes. Elle varie avec la ligne basale.

On désigne sous ce nom la distance entre les centres de rotation des

deux yeux ; elle varie entre 66 millimètres et 58 millimètres, ou encore moins. On peut la mesurer en visant vers un objet éloigné, un paratonnerre par exemple, le long de la surface d'une planchette tenue horizontalement. On ferme un œil et on fixe une épingle dans la planchette, de manière à ce qu'elle paraisse coïncider avec le paratonnerre. L'épingle ne doit pas être placée trop près de l'œil, pour que son image ne soit pas trop diffuse. Ensuite on répète l'expérience avec l'autre œil sans déplacer la tête ; en ouvrant les deux yeux, il faut voir les deux épingles confondues en une seule qui coïncide avec le paratonnerre. La distance entre les épingles est alors égale à la ligne basale. — On trouve ainsi des variations assez grandes, surtout si on examine aussi les enfants, dont la ligne basale est évidemment très courte.

Or, il est clair que la déviation que l'œil doit subir, pour arriver de l'infini à i mètre de distance, est d'autant plus considérable que la ligne basale est plus grande. — Un angle métrique correspond à 3°4o' pour une personne qui a une ligne basale de 64 millimètres, à 3°2o' âi la ligne basale est de 58 millimètres. Pour bien faire, il faudrait donc, chaque fois qu'on mesure la convergence en angles métriques, indiquer aussi la longueur de la ligne basale.

Prentice a proposé de numéroter les prismes d'après la déviation linéaire qu'ils produisent à une distance donnée, en faisant remarquer qu'à une distance de i mètre la déviation produite par un prisme de un degré est d'environ i centimètre.

123. Relations entre l'accommodation et la convergence. — Dans l'intérêt de la vision simple et nette, il faut qu'il se forme sur chaque fovea une image nette de l'objet fixé. Pour que les images se forment sur les deux foveas, il faut que l'individu fasse converger les yeux vers l'objet observé, et pour que les images soient nettes, il faut qu'il accommode exactement pour l'objet. Il s'est ainsi formé une relation entre l'accommodation et la convergence, de sorte que nous ne pouvons pas facilement converger vers un objet sans aussi accommoder pour cet objet. La règle n'est pourtant pas absolue ; nous pouvons, si cela est nécessaire pour la netteté de la vision, changer dans certaines limites le degré de l'accommodation sans changer le degré de la convergence. Ce jeu de l'accommodation possible pendant que la convergence reste la même porte le nom à' amplitude relative de ï accommodation 1 (Donders). On peut mesurer cette amplitude en plaçant des verres convexes et concaves devant les yeux, jusqu'à ce que l'objet paraisse double ou diffus.

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.Bibliographie. — Javal (E.). Dans de Wecker. Traité des maladies des yeux. Paris, 1866. — Donders. Anomalies of t/ie réfraction ofthceye. London, 1864. — Nagel A.). Ueber die Beziehungen dioptrischer Wertke und der Betraege symmetrisçher Conçergenzbewegungen nacli metrischen Einheiten. Mittheilungen ans der ophtalmiatrischen Klinik in Tûbingen. Tiïbingen, 1880. — Lamare, Les mouvements des yeux dans la lecture. Bull, de la Soc. fr. d'opht. 1882, p. 354- — Prentice (Ch. -F.). Ein metrisc/ies System zur Bezcichnung u. Bestimmung v. Prismen . Archiv. f. Augcnlieilk. XXII, p. 11 5.

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