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EN DEHORS

124. La projection en dehors dans la vision unioculaire. — Pour pouvoir se former une idée juste de la position d'un objet extérieur, il faut être renseigné sur la direction et sur la distance de cet objet. L'appréciation de la direction se fait aussi bien ou mieux avec un seul œil ; la supériorité de la vision binoculaire apparaît pour l'appréciation de la distance, mais en môme temps elle donne lieu sur la direction à certaines illusions dont les borgnes sont exempts . Nous allons d'abord nous occuper de la vision de ces derniers.

Loi générale de la projection. — Une impression d'un point quelconque de la rétine est projetée en dehors dans le champ visuel, suivant la ligne de direction, c'est-à-dire suivant une ligne droite passant par le point rétinien et le point nodal de l'œil. Nous avons vu qu'inversement, un point extérieur pour lequel l'œil est au point vient former son image au point d'intersection de la ligne de direction avec la rétine. Tant qu'il ne s'agit que d'objets vus nettement, la loi des projections revient donc à dire que nous voyons les objets extérieurs dans la direction où ils se trouvent réellement. La loi des projections ne s'applique pas seulement aux phénomènes ordinaires de la vision : toutes les impressions rétiniennes, les phosphènes, les images secondaires, les phénomènes entopiques, les cercles de diffusion, etc., sont projetés suivant cette loi qui est tout à fait générale. Gomme exceptions on ne peut guère citer que les déformations des objets vus indirectement, lesquelles semblent montrer que la loi n'est pas suivie très exactement pour les parties très périphériques de la rétine, et peut-être quelques-unes des illusions que je mentionnerai dans la suite.

125. La projection du champ visuel. — La loi que nous venons d énoncer règle la manière dont nous localisons les objets dans le champ visuel, mais elle ne règle pas la projection du champ visuel dans son ensemble. Celle-ci dépend de la manière dont on juge la position de l'œil ou plutôt la direction de la ligne visuelle. Si, dans la vision u'nioculaire, on juge correctement la direction de la ligne visuelle, tout le champ visuel est projeté d'une manière correcte. Nous allons donc nous occuper des moyens par lesquels nous portons ce jugement.

Admettons qu'on fixe un point A et qu'on veuille en fixer un autre B. Tant qu'on fixe A, B est vu en vision indirecte, et la distance entre les images nous permet d'apprécier le degré d'innervation nécessaire pour porter le regard vers B ; en général, cette appréciation est assez exacte, de sorte que nous portons le regard vers B presque sans tâtonnement. De l'innervation résidte la contraction des muscles, le changement de la position de l'œil et le changement de l'image rétinienne jusqu'à ce que B forme son image sur la fovect. — On pourrait croire que la sensation de la contraction plus ou moins forte des muscles, du glissement de l'œil entre les paupières, etc., puisse nous fournir des renseignements sur la direction de la ligne visuelle, mais il n'en est rien : nous jugeons cette direction uniquement d'après le degré d'innervation que nous avons employé pour porter le regard dans cette direction. Ce fait est bien établi par l'observation de malades atteints de paralysies oculaires. Si, par exemple, on dit à un malade atteint d'une paralysie du droit externe de fermer l'œil gauche et de regarder à droite, il fournit l'innervation nécessaire ; l'œil reste immobile à cause de la paralysie, niais le malade croit l'avoir porté à droite, de sorte qu'il en résulte une projection fausse ; si l'on dit au malade d'avancer rapidement le doigt vers un objet situé à droite, n'ayant pas le temps de se guider d'après la vue du doigt, il le porte constamment trop à droite. Une personne saine peut faire l'expérience en regardant d'un côté pendant qu'elle exerce une traction dans la direction opposée sur un pli de la peau, près du canthus externe. La traction se communique par la conjonctive au globe et, à cause de la résistance qu'elle exerce, on est obligé d'employer une innervation plus forte pour porter le regard du côté opposé ; on en conclut que le regard est porté plus loin dans cette direction qu'il ne l'est en réalité, ce qui fait qu'on projette le champ visuel d'une manière fausse.

L'appréciation du degré d'innervation employé est très exacte, parce qu'elle est tout le temps corrigée parle résultat obtenu, comme le montre l'expérience suivante. On regarde droit devant soi, après avoir mis un prisme de io° l'arête à gauche devant chaque œil. Vu à travers les

prismes, un objet situé à io° à droite paraît rapproché de 5° de la ligne visuelle, et on n'a besoin que d'une innervation correspondant à 5° pour le fixer ; on croit donc qu'il est situé à 5° à droite, et, si l'on veut le saisir, on ne porte pas la main assez à droite. Mais il suffit de répéter l'expérience un petit nombre de l'ois pour ne plus se tromper : on apprend très rapidement à compter avec les prismes. Si ensuite on répète l'expérience après les avoir enlevés, on porte la main trop à droite.

Lorsqu'on apprécie correctement la direction de la ligne visuelle, il n'y a dans la vision monoculaire aucune illusion possible sur les directions où se trouvent les objets. En mathématiques, on détermine souvent la position d'un point au moyen de ce qu'on appelle des coordonnées polaires. Etant donné un point fixe, nommé centre des coordonnées, la position d'un autre point quelconque est déterminée par la direction et la longueur du rayon vecteur, c'est-à-dire de la ligne qui joint les deux points. Dans la vision unioculaire, le centre des coordonnées est représenté par l'oeil ou plus exactement par son point nodal ; la loi des projections donne la direction du rayon vecteur. Pour connaître la position exacte du point extérieur, il ne manque donc que la longueur du rayon vecteur, mais celle-là, l'œil ne la donne pas, au moins pas d'une manière directe.

Il est facile, en effet, de se persuader que, tandis que l'œil nous renseigne très exactement sur la direction d'où vient la lumière, il ne nous donne aucune indication sur la distance d'où elle vient. L'indication que le degré plus ou moins fort de l'accommodation employée pourrait fournir est trop indécise. — Dans le chapitre x j'ai insisté sur l'importance que l'étude de la forme sous laquelle est vu un point lumineux éloigné peut avoir pour la connaissance exacte de l'optique de l'œil. On pourrait croire qu'on peut remplacer le point lumineux éloigné par un point lumineux voisin, placé au foyer d'une forte lentille. Si l'œil pouvait nous renseigner sur la distance d'où lui vient la lumière, le résultat des deux expériences devrait être le même, puisque les rayons arrivant à l'œil sont parallèles dans les deux cas. Mais il n'en est rien. D'autres indications nous apprennent en effet que, dans le dernier cas, le point lumineux est très près, ce qui nous fait voir la figure de diffusion extrêmement petite et rend cette forme de l'expérience peu recommandable. — On sait aussi que les images secondaires nous paraissent grandes ou petites, suivant que nous les projetons sur une surface éloignée ou rapprochée, ce qui montre bien que l'œil ne leur attribue pas une distance propre. Si on ne leur présente pas une surface sur laquelle elles peuvent se projeter, par exemple en fermant les yeux, elles semblent en général avoir la même grandeur apparente que l'objet

dont elles sont l'image ; on leur attribue la distance de cet objet, une distance qui ne nous est pas indiquée par une sensation directe, niais que nous jugeons par un raisonnement inconscient, comme nous le verrons dans le chapitre suivant.

126. La projection dans la vision binoculaire. — Les impressions des deux macula sont projetées vers le même endroit. Lorsque les yeux fonctionnent correctement, ils fixent toujours le même objet tous les deux, de sorte que, dans ces circonstances, le fait énoncé n'a rien d'étonnant. Mais il en est de même lorsqu'ils ne fixent pas le même objet, comme il résulte entre autres des expériences stéréoscopiques. L'expérience suivante me semble démontrer ce fait d'une manière très frappante, niais il faut savoir loucher pour la répéter. Il est assez facile d'apprendre à loucher en dedans ; pour loucher en dehors, on saisit un pli de la peau près du canthus externe d'un œil, pendant qu'on regarde du côté opposé. — Pour faire l'expérience, on ferme un œil et on regarde avec l'autre une flamme, de manière à produire une image secondaire. On ouvre ensuite l'œil fermé et on choisit un point qu'on fixe avec cet œil, pendant qu'on se met à loucher. On voit alors l image secondaire se placer sur le point de fixation, bien que la ligne visuelle de l'œil auquel il appartient ne soit nullement dirigée vers ce point. On peut loucher plus ou moins fortement, placer la ligne visuelle en divergence ou en convergence : tant que l'autre œil fixe le point de fixation, l'image secondaire s'y place aussi.

Diplopie binoculaire physiologique. — Soit A (fig. 1 83) un objet que fixent les deux yeux, B un autre objet plus rapproché. Si I on ferme l'œil droit, le point B est vu cinq degrés à droite de A ; si l'on ferme l'œil gauche, il est vu cinq degrés à gauche de A. En ouvrant les deux yeux, A est vu simple à la place qu'il occupe en réalité ; de B on voit deux images, l'une cinq degrés à gauche, l'autre cinq degrés à droite de A. — On voit donc B en images doubles croisées; si on fixe B, A se présente en images doubles homonymes. — On peut faire l'expérience avec deux bougies et, s'il en est besoin, on peut rendre la diplopie plus frappante en mettant un verre rouge devant un œil.

Ce singulier phénomène, qui a déjà été décrit par Alhazen, est connu sous le nom de diplopie binoculaire physiologique.

Centre des projections. — On remarque que les renseignements justes que nous fournissent les yeux donnent lieu à une interprétation fausse, car il est évident que, lorsqu'un objet est vu double, il y a au moins une des images qui ne coïncide pas avec l'objet. Lorsqu'on ferme un

œil, l'image correspondante disparaît, tandis que l'autre image ne change pas de place. Le jugement faux doit donc persister aussi dans ce cas au moins pour l'un des yeux. La vue des personnes normales ne devient

donc pas nécessairement pareille à celle des borgnes en fermant un œil.

La diplopie physiologique tient à ce que nous ne nous rendons pas compte de la position différente des deux yeux ; sans un examen spécial, nousne p ouvon s même pasdire si une image appartient à l'un ou à l'autre œil. Nous rapportons toute impression visuelle, de quelque œil qu'elle provienne, à un centre commun et unique, qui, chez moi, coïncide assez exactement avec l'œil droit. Restant dans les termes mathématiques que nous avons employés dans le chapitre précédent, on peut dire que c'est le centre des coordonnées dont on juge mal la position. Si on se rendait compte de la position différente des deux yeux, Fig. (83. on aurait deux centres de coordonnées

et l'idée de la direction de l'objet suffirait pour déterminer complètement sa position. Dans l'expérience de la ligure 1 83 , on se ferait ainsi le raisonnement suivant : puisqu'on voit avec l'œil droit un objet cinq degrés à gauche de A, avec l'œil gauche le même objet cinq degrés à droite de A, l'objet doit se trouver dans le plan médian et plus rapproché que A ; on verrait donc B simple et à sa place. Au lieu de cela, on rapporte, comme dans la vision unioculaire, les impressions à un centre unique et on se dit que l'objet doit être double puisqu'il est vu à la fois à droite et à gauche.

Œil directeur ('). — Chez moi, ce centre des coordonnées coïncide presque exactement avec l'œil droit, probablement parce que, l'ayant employé beaucoup séparément, j'ai acquis la faculté de juger exactement avec cet œil la position des objets extérieurs, ou autrement dit parce qu'il s'est développé une sorte de vision unioculaire à côté de la vision binoculaire. Je dois pourtant ajouter que cet état ne s'est pas développé

(i) D'après une communication de Javal, la vision binoculaire de Vallée était analogue à la mienne. Il a décrit cet état comme général (dans une communication a l'Académie des sciences, vers i83o) et donné le nom A' œil directeur à celui qui domine la projection en dehors. //. Kaiser a aussi décrit le même état pour ses yeux.

à la suite de mes travaux d'optique physiologique, car les phénomènes étaient les mêmes lorsqu'il y a douze ans je commençai à m'occuper de ces questions. Suivant IJering, le centre se trouve souvent à égale distance entre les deux yeux, et ce serait en effet là le vrai type de vision binoculaire, dans laquelle aucun des yeux ne joue un rôle prépondérant. — Voici pour quelles raisons je dis que, pour moi, le centre de projections coïncide avec l'œil droit :

i° Lorsqu'en regardant un objet éloigné je vois un objet rapproché en images doubles croisées et que j'essaie de toucher cet objet par un mouvement vif, je saisis juste si je vise l'image de l'oeil droit, tandis que je porte la main loin de l'objet si je vise l'image de l'œil gauche. Il en est de même si je ferme un œil. Avec l'œil droit, j'apprécie juste la position des objets vus indirectement, comme le ferait un borgne; avec l'œil gauche je la juge faussement. Ainsi, dans l'expérience de la figure 1 83, en fermant l'œil droit, je vois B 5° à droite de A, comme je dois le faire, mais je rapporte l'impression à mon œil droit et, croyant que l'objet B se trouve à 5° à droite de la ligne visuelle de l'œil droit, pour l'atteindre je porte la main vers B4. — J'ai aussi remarqué, surtout lorsque j'observe accidentellement, sans les chercher, les images doubles d'objets rapprochés, que l'une d'elles, celle de l'œil droit, présente un aspect plus matériel, tandis que l'autre ressemble plutôt à une espèce d'ombre; le Dr Knapp fils m'a fait la même remarque. Il est à remarquer que mes yeux sont sensiblement égaux, quant à l'acuité et à la réfraction.

2° Je fixe une marque P (fig. 1 84), pas trop voyante, placée sur un fond sombre et uniforme. En interposant une baguette entre mes yeux et le fond, sur la ligne visuelle de l'œil droit, je la vois en images doubles ; l'image de l'œil droit (d) coïncide avec la marque de fixation, tandis que l'image de l'œil gauche est vue plus à droite (g) (fig. 184 A). Si maintenant je fixe la baguette, c'est l'image g de l'œil gauche qui se porte vers celle de l'œil droit rf, pour se confondre avec elle, tandis que celleci reste immobile. On pourrait croire que cela tient à ce que j'ai placé la baguette sur la ligne visuelle de l'œil droit, mais il n'en est rien ; si je place la baguette sur la ligne visuelle de l'œil gauche (fig. 184 B) de façon que l'image de l'œil droit d soit vue à gauche, c'est encore celle-ci qui reste immobile, tandis que celle de l'œil gauche 'fait un grand mouvement pour se joindre à elle lorsque je fixe la baguette. — Ce mouvement apparent existe aussi lorsque je ferme l'œil droit, quoique, dans ces circonstances, l'œil gauche ne fasse aucun mouvement. — Sous cette dernière forme, l'expérience a été indiquée par Hering.

3° Cet auteur a encore indiqué l'expérience suivante. On fixe binoculairement un objet placé à quelque distance dans le plan médian et ou

OPTIQUE PHYSIOI.. IO

essaie, par un mouvement vif, de placer une baguette assez près de la figure, dans la direction suivant laquelle on voit l'objet ; il est préférable de cacher le mouvement de la main avec un écran. En faisant cette expérience, je porte assez exactement la baguette sur la ligne visuelle de l'œil droit. L'expérience est facile à répéter, même avec des personnes qui n'ont pas l'habitude de s'occuper de telles questions, et on peut contrôler en se plaçant en face de l'observé et en visant avec un œil le'lonode la marque de fixation et la glabelle de l'observé. J'ai observé ainsi

Fig. 184.

quelques personnes. La plupart présentaient une tendance marquée à préférer l'un ou l'autre œil, ce qui semble indiquer une tendance à un développement d'une vision unioculaire à côté de la vision binoculaire, pareille à ce que j'ai décrit pour mes yeux. Les personnes jouissant de la vision binoculaire pure doivent placer la baguette dans le plan médian ; comme le centre des projections ne coïncide avec aucun des yeux, ces personnes ne peuvent pas projeter correctement les objets vus indirectement. Ce type de la vision semble donc inférieur à l'autre quant à l'orientation.

Horoptère. — Tous les points en dehors du point fixé ne sont pas vus doubles ; le point G (fig. i83), par exemple, est vu io° à droite de A, aussi bien avec l'œil droit qu'avec l'œil gauche ; il est donc vu simple.» — L'ensemble de tous les points vus simples pendant qu'on fixe un point donné est désigné sous le nom à"1 horoptère. — L'étude de l'horoptère est un problème de mathématiques assez compliqué et sans grand intérêt, puisque la diplopie n'est que très peu accusée lorsque l'objet est un peu

éloigné du point de fixation. Il peut être résolu lorsqu'on connaît la position des points correspondants (voir le chapitre suivant) et la loi qui règle la position des yeux (loi de Listing). Lorsque le point de fixation se trouve dans le plan qui contient la position primaire des lignes visuelles, on voit simples tous les points qui se trouvent sur un cercle passant par le point de fixation et les points nodaux (Horôptère de Joannès Millier, fig. 1 85) . On conçoit qu'en fixant A, B est vu simple, les

Fig. 1 85 • — Horôptère de Joannès Millier.

deux angles désignés par a étant égaux, puisqu'ils correspondent tous les deux à l'arc AB. — Si l'on fixe un point du sol situé dans le plan médian, l'horoptère correspond à peu près au plan du sol.

Suppression des images doubles. — Comme on voit double une partie des objets extérieurs et une autre partie simple, on pourrait croire qu'il en résulterait une grande confusion. Il n'en est rien : la plupart des personnes n'ont jamais remarqué les images doubles physiologiques avant de faire l'expérience décrite ci-dessus. Dans des circonstances ordinaires, l'attention est toujours portée sur l'objet fixé, et le regard ne reste jamais longtemps sur le même objet, de sorte qu'on n'a pas beaucoup de temps pour s'apercevoir des images doubles. Il est aussi à remarquer que les objets non fixés forment leurs images sur les parties périphériques de la rétine, où la perception est moins nette qu'à la macula. II n'est guère possible de se figurer une vision binoculaire utilisable si

toute la rétine avait une acuité pareille à celle de la fovea. Mais on fait aussi un usage important du phénomène connu sous le nom de neutralisation des images, et qui a surtout été mis en vue par les travaux de Javal sur la vision des strabiques (voir le chapitre xxm).

Outre que, la plupart du temps, un objet semble se trouver à deux endroits différents, la vision binoculaire donne encore lieu à une autre contradiction. En faisant l'expérience avec les deux bougies devant un écran DE (fig. 1 83), nous avons vu que l'œil droit voit la bougie B à 5° à gauche de A ; dans cette direction, l'œil gauche voit une partie de l'écran ; et comme nous ne nous rendons pas compte de la position différente des deux yeux, mais rapportons nos impressions à un centre unique, il en résulte qu'il nous semble voir deux objets dans la même direction. En interposant une baguette entre les yeux et le livre (lecture contrôlée de Javal), on ne peut lire sans interruption que si les deux yeux sont ouverts ; si l'on ferme un œil, la baguette masque quelquesuns des caractères. Nous rencontrons ici la même contradiction ; nous voyons la baguette dans la même direction que les caractères qu'elle cacherait, et comme, d'un autre côté, on sait qu'elle est plus près que le livre, elle paraît transparente. Mais, dans les cas où une telle interprétation n'est pas possible, par exemple lorsqu'on présente aux deux yeux des images tout à fait différentes, dans un stéréoscope, on observe ce qu'on désigne sous le nom d'antagonisme des champs visuels; ce sont tantôt les images d'un œil qui dominent, tantôt celles de l'autre, et, pendant qu'on voit clans une partie du champ visuel les images d'un œil, celles de l'autre sont complètement supprimées.

Il semble que cette suppression des images d'un œil joue un grand rôle dans la vision binoculaire et que c'est elle qui fait qu'en général on ne remarque pas les images doubles physiologiques. — Il n'est pas facile de savoir laquelle des deux images on supprime, car dès qu'on y porte attention, elles apparaissent toutes les deux. En général, c'est l'image la plus excentrique, ou, dans d'autres cas, l'image qui, à cause de la perspective, occupe la plus petite surface rétinienne (Javal), qui disparaît. Mais, chez beaucoup de personnes, il semble, comme je l'ai déjà dit, se développer une certaine prépondérance de l'œil qui est plus souvent employé séparément, et alors c'est toujours l'image de l'autre œil qui est supprimée.

Bibliographie. — Mùller Joannès. Bcitvacgc sur, vergleicliendcn Physiologie des Gesichtssinnes. Leipzig, 1826. — Hering (E.). Beitracge zur Physiologie. Leipzig, 18G1. — Kaiser (H.). Compèndiuni der plrysiologischcn Optik. Wiesbaden, 187a, p. 298.

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