CHAPITRE III
LES FAUSSES IMAGES DE [/OEIL
22. Remarques générales. — Si Ton place une flamme à quelque distance d'une lentille, on remarque du côté de la lumière deux images réfléchies de la flamme, une pour chaque surface. En plaçant l'œil de l'autre côté de la lentille à quelque distance, on voit l'image dioptrique, qui est réelle, et en outre une petite image pâle, due à une double
réflexion dans l'intérieur de la lentille, une première produite par la surface postérieure et une deuxième par la surface antérieure (fig. 28). Les rayons qui forment cette dernière image subissent en outre une réfraction par chaque surface de la lentille. La petite image est réelle ; on peut en effet la recevoir sur un écran tenu près de la lentille.
La lumière incidente se divise ainsi en trois portions : la lumière utile, qui forme l'image dioptrique dont on se sert généralement, la lumière perdue par réflexion sur les surfaces et enfin la lumière réfléchie deux fois, que je désigne comme nuisible; elle peut en effet entrer
dans l'œil, qui observe l'image utile, où elle est souvent une cause de gène, parce qu'elle ne contribue pas à la formation de cette image. Une simple lentille perd environ 8 p. 100 par réflexion et la lumière nuisible ne représente que i/5oo de la lumière incidente. Dans les instruments compliqués on perd bien plus de lumière. Dans l'ophtalmomètre de J aval et Schioetz la perte est d'environ 33 p. ioo.
Dans l'œil humain on peut aussi distinguer entre la lumière utile qui traverse les surfaces, la lumière perdue par réflexion, et la lumière nuisible qui, ayant subi deux réflexions, revient de nouveau vers la rétine. Mais l'œil a ceci de particulier que, de tous les instruments d'optique, c'est celui qui perd le moins de lumière (environ 2 p. 100). La lumière nuisible est aussi réduite à un minimum, mais, si faible qu'elle soit, elle est pourtant visible.
La lumière utile forme l'image dioplrique qui sert à la vision ; la lumière perdue forme quatre fausses images de premier ordre, dites
Fig. 29. — Manière dont un rayon lumineux se divise dans l'œil. A, rayon incident. — I, II, III, IV, rayons perdus correspondant aux quatre images de Purkinjer, V et VI, rayons nuisibles correspondant à la cinquième et sixième image; VII, rayon utile.
images de Purhinje, une pour chaque surface ; elles correspondent aux rayons I, II, III et IV, figure 29. La lumière nuisible forme une série de fausses images de second ordre dont, une seule est visible (rayons V et VI, fig. 29).
23. Les images de Purkinje. — Ces images ont été décrites au commencement de ce siècle par le savant dont elles portent le nom, mais l'une d'elles, la deuxième, a été perdue de vue jusqu'à ce que je l'aie décrite de nouveau, il y a quelques années (1). La première de ces images, celle due à la surface antérieure de la cornée, est produite par une simple réflexion, les autres sont formées par des rayons qui, après avoir subi une ou plusieurs réfractions, sont d'abord réfléchis, puis subissent
(1) Voir pourtant BKx. Oltalmometriska Studier. Uppsala, 1880, p. 63.
LES FAUSSES IMAGES DE L'OEIL
encore des réfractions avant de sortir de l'œil. Les systèmes optiques qui produisent ces images sont donc assez compliqués, mais on peut toujours les remplacer par une seule surface réfléchissante, que je désigne comme la surface apparente.
Supposons par exemple que nous voulons étudier la troisième image de Purkinje, celle produite par réflexion à la surface antérieure du cristallin. En négligeant la faible réfraction par la surface postérieure de la cornée, les rayons subissent, outre la réflexion, deux réfractions, une en entrant et l'autre en sortant de l'œil. Or, nous pouvons remplacer
Fig. 3o. — Position des sept images dans l'oeil. L'objet est supposé situé à 20 degrés nu-dessous
de la ligne visuelle.
cette série de réfractions et de réflexions par une simple réflexion surla surface apparente. On trouve la position de cette surface en cherchant la position de l'image de la surface réelle, vue à travers la cornée,
de la même façon que nous avons déjà trouvé la position de la pupille