CHAPITRE QUATRIÈME
Amari a Rome de fin 1872 jusqu'au milieu de 1882. — Huitième et neuvième édition du Vespro en 1875 et 1885, CELLE-CI achevée a Pise ou Amari vécut de 1882 a 1888. — Amari préside en 1878 le quatrième Congrès international des orientalistes a Florence
. ET ASSISTE EN 1881 AU CINQUIÈME A BeRLIN. — II EST
LE 30 MARS 1882 l'aME de la séance ACADÉMIQUE
. TENUE A PaLERME POUR LE SIX CENTIÈME ANNIVERSAIRE
DES VÊPRES Siciliennes. — Retour a Rome en 1888. — Mort d'Amari a Florence le 16 juillet 1889. — Translation de ses cendres a Palerme. — Son
MONUMENT Y EST A l'ÉGLISE SaN DoMENICO.
. Qu'importait le luxe du logis, qui allait abriter ce couple parfaitement heureux, en camp volant dans un quartier salubre de Rome, près du roi, loin du pape, avec les terrasses du Pincio et les vastes jardins de la Villa Médicis purifiant Tair que la femme bien-aimée Fespirerait? Un changement, quel qu'il fût, ne pouvait être que salutaire à la nature mobile de Madame Amari, cette ennemie irréconciliable de la monotonie et de l'uniformité. Quant à la couvée, elle s'inquiétait peu de l'endroit où était posé le nid, pourvu qu'elle pût y gazouiller bruyamment et s'y ébattre en pleine liberté à la satisfaction de parents indulgents et tendres. Partout où la caravane établirait son foyer, il brûlerait des mêmes feux purs et répandrait autour de lui le même uayonnement lumineux. Le roman tardif d'Amari se déroule sans péripéties, sans secousses, sans heurts,
sans incidents, dans une atmosphère chaude, réconfortante, avec la compagne « digne d'adoration»*, plus jeune que lui, choisie entre toutes, qui a répondu à son appel, qui lui a donné une lignée, qui veille sur lui à l'instar d'une mère non moins que d'une épouse, qui s'efforce de conserver et de prolonger ses jours, à grand renfort de soins, de sollicitude, d'affection, d'amour.
L'enseignement, même privé, est irrévocablement abandonné à Rome par le professeur émérite de Vlstituto de Florence. La deuxième session du nouveau Sénat romain reconquiert Amari après une interruption forcée d'une année. L'ancien pater conscriptus ne laisse pas à de plus jeunes les travaux des commissions et la rédaction des rapports. Seulement, de plus en plus, il se confine dans les affaires siciliennes et dans les questions où sont intéressées l'évolution de l'instruction publique et l'organisation des musées *. A Rome même, où « des écoles, des institutions scientifiques et littéraires remplacent les couvents ^ », l'enseignement supérieur italien et la science italienne voient se dresser à leurs côtés la concurrence d'émulés, véritables collaborateurs, dont la rivalité pacifique leur impose une recrudescence tant d'initiatives hardies que d'efforts incessants. La France témoigne de sa vitalité renaissante en créant de toutes pièces à Rome un organe nouveau, sans compromettre le bon état de l'ancien, l'Académie, créée en 1666, installée à la Villa Médicis en 1802*, où vivent côte à côte en commun les
* Amari, au commencement de 1881, dans le Carteggio, II, p. 250.
2 D'Ancona, ibid., II, p. 390.
3 Amari, ibid., II, p. 215.
^ Alphonse Bertrand, L'art français à Rome, dans la ReuttB des deux mondes du l^"* février 1904, p. 604.
Notice sur Michèle Aiiiâri 205
itectes, les peintres, les sculpteurs, les graveurs et musiciens. Âxnari assiste à la création d'une Ecole asçaise d'archéologie, instituée le 25 mars 1873 par décret du Président de la République Thiers, placée ^ palais Farnèse, au-dessus de notre Ambassade près Plte <2uirinal, et dirigée par un sage, Auguste Geffroy. 18 mai 1874, un décret de l'empereur Guillaume I*»*, ^Utresigné par le prince de Bismarck, réorganise l'Inittit allemand de correspondance archéologique, qui liait de 1829, qui fut officiellement revendiqué par la isse le 2 mars 1871, en attendant qu'il devînt en 1874 jaurtitution de l'empire. Un mouvement aussi rapide, iJjfteiporté du dehors, avait communiqué sa vitesse à .:^Qi de l'Italie. D'une part, en 1874, elle modifia son ttseignement supérieur sur un rapport de Michèle Amari; d'autre part, elle étendit le champ d'action 4e son Accademia dei Lincei, fondée le 3 juin 1847 à Rome par le pape Pie IX.
' Jusqu'au 14 février 1875, cette académie pontificale ilait limitée aux « sciences physiques, mathématiques et naturelles ». Le Ministre de l'instruction publique tiu royaume d'Italie, Ruggero Bonghi, un encyclopédiste, professeur d'histoire ancienne à l'Université de Rome, tout en maintenant « l'autonomie » de la classe antérieure, lui adjoignit par le Statut une classe des «sciences morales, historiques et philosophiques »*. \ -La nomination y précéda la cooptation et le roi Viclor- Emanuel y appela le 9 mai 1875 Michèle Amari, « professeur émérite, sénateur du royaume », sur la même
* Des rapports étroits se nouèrent immédiatement entre cette filasse y « qui cultive des sciences analogues », et l'Institut archéologique allemand. Voir une lettre du 14 avril 1875, 4idressée par Quintino Sella à Michèle Amari, dans le CarteggiOj II, p. 219.
liste que Domenico Comparetti et Atto Vannucci, le 13 mai Terenzio Mamîani. Amari prit séance le 6 juin parmi ses confrères de l'ancienne c/asse Savant que la nouvelle ne fût régulièrement constituée.
Michèle Amari, arrivé à Rome à la fin de 1872, s'était logé avec les siens, au commencement de 1873, d'une manière moins précaire, dans un appartement sis 29, Via délie Quattro Fontane^ au deuxième étage, en face les jardins du Quirinal^. La deuxième session du Sénat terminée, comment employer ses loisirs de vacances en dehors des mois brûlants d'été indolemment consacrés à la cure d'air annuelle à La Concezione^ sur les coteaux de Fiesole, dans la Via Bolognese^^ Uhistorien et l'orientaliste n'étaient pas encore assez acclimatés pour renouveler l'acier de la plume rouîUée. La convalescence s'achevait, mais, la crise étant conjurée, le repos absolu devenait incompatible avec la santé recouvrée, avec le tempérament robuste, avec la nature ardente d'Amari. Il s'enrôla, sans arrière-pensée et sans réserve, parmi les adhérents d'un congrès scientifique et laïque, que son ami, le comte Terenzio Mamiani délia Rovere proposait d'ouvrir à Rome même au cours de l'été 1873, pour que l'écho des communications et des débats résonnât jusqu'au Vatican. Amari seconda de toutes ses forces, de tout son zèle et de toute son autorité personnelle son collègue militant de la Chambre haute, autrefois l'un de ses compa-
^ Accademia dei Lincei. Atti., série 2^», II, 1874-1875 (Roma, 1875), p. Lvii.
^ Amari n'habitait plus là en 1881, mais 5, Piazza del Esqailino ; voir Car te g g io, II, p. 260 ; Verhandlungeii des fûnflen Orienlalislen-Congresses gehalten zu Berlin in September Î88îj p. 8.
* O. Tommasini, Scritli, p. 350, plus précis que mon dire de la p. 192.
gnons d'exil à Paris ', ancien minisire comme lu son ftitnr confrère des Lincci. Il s'associa allègrement aux démarches multiples que le président désigné faisait, d'une part auprès du Quirinal et des Ministres, d'autre part auprès des adeptes dans les milieux instruits et populaires, en vue de ressusciter le Congressu degli Scienziafi-, un revenant de 1839, qui avait fait le mort de 1849 à 1870, qui s'était réveillé de sa longue léthargie en 1870, qui venait de tenir à Sienne une session préparatoire à la manifeslalion romaine, antipapale et anticléricale, de 1873 ^, Amari, épris de l'idée, essaya de lui gagner des souscripteurs et des adhérents. 11 écrit à Renan en français le 23 avril* : «Pie IX a fait toujours nos affaires à merveille: il les fait par ses sots discours, comme par l'encouragoment qu'il donne aux jésuites. » Adrien de Longpérier, qu'Amari a convié imprudemment, se dérobe par des subterfuges à une invitation que sa famille, ses convictions et ses accointances lui interdisaient d'accepter. « L'Italie, écrit-il le 15 octobre 1873^, en ce momentci, fait une expérience. Naturellement, comme tous les
' Plus haut, p. lit.
' Ces renseignements m'ont été rouriiis gracieusement par M. A. D'Ancona; communication du 7 janvier 1905.
' La session suivante eut lieu à Païenne en 1875, à l'instigation et avec la coopération prépondérante de Francesco Percz; voir G. Pipitono Federico, Michèle Amari e Francesco Perez, p. 22, M, A. D'Ancona m'a informé que Gaston Paris assista au Congrès de Paterme et y prononça un discours, signalé sous le n« 331 dans Joscpli Bédier et Mario Hoques, Bibliographie rie Gaston Paris, Paris, Société amicale Gaston Paris, 1904, p. 49.
' Carteggio, II, p. 212. It est peu probable que cetlc lettre émane de Florence, à moins qu'Amari ne l'ait écrite pendant sa première fugue estivale à la Conce-iane, où sa femme avait été élevée par les Sabalier comme leur lillc adoptive.
» md., H, p. 214,
chimistes qui ont un alambic sur le fourneau, elle attend avec enthousiasme le résultat de la coction. Plus tard, lorsque Talambic et Tenthousiasme seront un peu refroidis, il sera plus convenable d'aller causer avec elle sans crainte de l'impatienter. Je crois bien que je ne mourrai pas sans avoir revu lltalie dégermanisée. »
Il y a plus de franchise dans les regrets sincères de Renan qui aurait vraiment aimé s'associer aux travaux, aux débats et aux réunions des Scienzaii. Il écrit de Sèvres le 19 octobre * : « Il faut assurément des raisons impérieuses pour que je ne me sois pas rendu au Congrès de Rome. C'est bien, comme vous le dites, un événement dans l'histoire de l'esprit humain que ce fait d'une discussion scientifique libre se tenant dans la vieille capitale de la science orthodoxe, c'est-à-dire de la science faussée. Le royaume dltalie, n'aurait-il pas rendu d'autre service à la libre pensée, aurait, par cela seul, bien mérité de ceux qui aiment la vérité. Présentez mes respects à M. Mamiani, à tous nos amis, et dites-leur que je suis avec eux d'esprit et de cœur. »
Le Congressodegli Scienzati n'avait été qu'un intermède bruyant sur un vaste théâtre, qu'un épisode de propagande à ciel ouvert, qu'une affirmation publique de convictions profondes et invétérées, qu'une bataille de tribune, en contraste avec la paix d'une vie intime, calme et retirée, que le mari et le père partageaient de nouveau avec l'historien, le littérateur et l'arabisant, sans parler du sénateur et, à partir de 1875, de Tacadémicien. Ce cumul d'occupations librement entassées et vaillamment affrontées se conciliait avec les habitudes immuables d'Amari, telles qu'il les avait contractées dans les temps héroïques du surmenage parisien ^ A
* CarleggiOy II, p. 214.
* Plus haut, p. 158, note 2.
Notice sur Michèle Amari 209
■âne, comme à Paris, à Florence et à Turin, le travailor infatigable et ponctuel se levait à quatre heures amatin, avec la seule difTérence que, maintenant, il jÉrdbait sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller
marmaille endormie. Il préparait lui-même son café jos^ bruit, déjeunait rapidement et se précipitait au arvail comme s*il craignait que sa mort, plusieurs fois ttoncée et heureusement démentie *, ne vînt à l'im- •oviste le surprendre et l'empêcher de remplir le pro- "aunme qu'il s'était tracé. La seule interruption régu- ^re qu'il admette, c'est le moment où à sept heures la bande d'ici à côté, laissée en plein sommeil, va se ÎTeiller ». L'excellent père s'exprime tendrement ^ : Ces visages frais, ces caresses, ces enfantillages charlants m'arracheront à mon bureau, je ne sais pendant Dmbien de temps. y>
Le 13 janvier 1875, Amari, en renouveau de producion, à la veille de ses soixante-dix ans, précise ainsi en français l'emploi de ses matinées commencées avant l'aube 3 : « A quatre heures du matin il faut, après avoir pris mon café, profiter du silence de la maison pour travailler, soit à Y Appendice de mes textes arabes que l'on imprime enAUemagne*, et aux corrections que M. Fleischer m'impose le plus souvent à raison et quelquefois à tort ; soit à la huitième édition de mes Vêpres siciliennes. Ces diables d'Allemands bouleversent à présent tous les recueils historiques, toutes les compilations ; ils travaillent à la démolition par escouades de vingt ou de cinquante docteurs ; ils ne
' Plus haut, p. 173, note 2.
^ Carleggio, II, p. 226; lettre d'Aman, de Rome, du 19 novembre 1876, au prince Frédéric de Schleswig-Holstein. ^ Amari au même, ibid,, II, p. 217 et 218.
* Appendice publié à Leipzig en 1875 ; voir plus haut, p. 162, n. 1.
Opascales d'un arabisant
laissent aucun évcnemenl de l'histoire du moyen sans une nouvelle monographie. Vous concevezqae, ne veux pas rester en arrière, quoiqu'il me coûte coup de lire l'atlemand, ce que je n'ai commenii essayer que dans ma cinqnante-hnifièmË année '.C n'est pas trop tôt, je l'espère. En attendant il ni'afaU avaler et, qui pis est, acheter quatre ou cinq IWrt allemands relatifs de prés ou de loin à mon sujet. Et, n'ai pas encoix- corn: é ma nouvelle préface. «
La préface datée de (, oitobre 1875. compre
une liste des auleure nds consultés pour la hl
tième édition, publiée â 1 -cnce en 1876 -. On y T figurer A. lîusson, A. Dt ve, F, Gregorovius, Harlwig, A. von Reumont, IchefFer-Boichorst. Miel Amarî s'est enquiset s'est rvides références, mis) sa portée par un effort per vérant, pour améliorer mettre au point sa précédente révision florentine MS la première rédaction palermitaire *. S'il louche
■ Ce renseignement parait plus strictement exact que lu « 55 ou 56 ans h Florence », indiqués par Amari à Otto Harlvig dans une lettre du 22 septembre 1881 (Carteggio, II, p. 25Î). Voir aussi (ibid., II, p. 204) une lettre au même du 12 septembre 1871, dans laquelle Amari gémit que l'allemand ne soit pas entré dans les études de son adolescence et qu'il ne puisse le déchiffrer qu'en ayant recours au dictionnaire. UOportet stBduisse lui revient souvent. Quoi qu'il en soit, la première citation allemande qu'ait risquée l'érudit consciencieux me paraît être de 1868, dans la Storia dei Musulmani di Sicilia, 111, parte prima, p. 209, note 3, où est allégué Zunz, Zar Gescbichlt und Lilcrattii: En 1851, Amari n'avait pas pu lire la version allemande de ses Vêpres, qui parut alors à Leipzig d'après la première édition florentine de même date.
* 2 vol. in-16. Cette Prefazione a été réimprimée en tête de li 9" édition (Milano, Hœpli, 1886, 3 vol. in-16), I, p. xli-l.
* Firenze, 1866, 2 vol. in-16, dont on trouvera également 1; Prefazione, ibid., I, p. xxxvn-XL.
' Palermo, 1842; voir plus haut, p. 106-108.
détails insignifiants, il respecte le fond et la forme, f^^^teme si ce vénérable testo di lingua lui paraissait in- ^^''Dgible. « Plutôt, dit Amari ^ , que de rapiécer le vêtement *c du drap d'autre main-d'œuvre et d'autre couleur, Teux donner le vieil ouvrage presque comme il naît et le nouveau ainsi qu'il peut être. » En d'autres es, les additions n'ont pas pénétré dans le texte, *nt elles forment parallèlement « un commentaire ivi ». Le remaniement et le bouleversement ont été ités cette fois, sans que les exigences imposées par les progrès de la critique historique » aient été ajours ou repoussées.
-' Sans attendre que la préface de la huitième édition :^^t rédigée, pendant que l'imprimeur composait et tirait 'fi^Us feuilles du texte, Michèle Amari s'accorda en février ^ îou mars 1875, un petit voyage à Palerme ^ pour se rendre '■' ta l'appel de la Societâ Siciliana per la Storia Patria qui 'Venait de l'élire Président d'honneur ^. C'était une victoire éclatante des conciliateurs sur les intransigeants, dont les suspicions avaient jusque-là tenu leur compatriote Amari en dehors de leur Societâ locale, exclusive et asservie à des meneurs défiants. L'ostracisme contre le maître étant levé, il écrit de Rome le 11 février à son ami Perez qui est intervenu efficacement dans la lutte menée sur son nom* : « CherFrancesco, je n'ai pas encore donné mon nom à la Societâ Siciliana^ parce que
* Prefazione de la 8® édition, dans la 9e, I, p. xlii.
* A la fin de 1871, Amari avait été « obligé de se rendre à Palerme, à cause de la mort de son beau-frère » Del Fiore. Voir une lettre d*Amari à Madame Michelet, du 29 janvier 1872, dans Madame Jules Michelet, Les Chats, p. 208 ; cf. plus haut, p. 174,
3 Amari et d*Ancona, dans le Carteggio, II, p. 235, 269 et 392. * G. Pipitone Federico, Michèle Amari e Francesco Perez, p. 119.
je n'ai pas voulu ni'introduirc, avant d'y être appdè, dans une cumpagnie. où j'ai assurément plusieurs amis, mais où je pouvais me douter que quelques autres m'auraient t:a haine à cause de mes défauts et peut-être aussi de quelque bonne qualité. Je suis joyeux àti l'in- \'ilation qui me vient de toi et je remercie la Société de l'honneur qu'elle veut me conférer, honneur que j'accepte avec gratitude du pays où je sais né et où ]'ù passé les plus belles anne ^ma vie. Que Je ne l'aime pas, c'est ce que ue peuven Bourboniens ou Sacristain:
Michèle Amari ne prévi
re que les calomniateurs,
serait oclroyée avec une ti ligcnce et son talent pei tude qu'eu juillet 1885 il édition définitive, tran:
lointain de l'œuvre pi t'ois de discuter des ide
it pas alors que la vie lu n'odigalité, que sonintellient avec une telle plénilit éclore une neuviémt ; et recréée par le créateur 11 ne s'agissait pas cette es points contestés, ni de
mettre au couiaul les bibliographies italienne et allemande. Une nouvelle édition avait été rendue nécessaire par de nouvelles trouvailles Ucux registres « intemiiuables o et « ti-cs importants » de diplômes inédits avaient été copiés au printemps de 1882 par le chanoine Isidoro Carini à Barcelone, où VArchivio delà Vorom de. Aragon le dédommagea des quatre mois au moins que dura sa longue n déportation »' et publiés par lui à Palerme en 1884. * Les agissements de Pierre IJl d'Aragou dans s;i lutte contre Charles l^i' d'Anjou pour la
1 Le mot est d'Amari, 19 avril 1883, dans te Curleggio, 11, p. ïïïi- ' Isidoro Carini, lettre du 16 avril 1882, adressée de Barceloae à Amari, ibid., U, p. 271 ; voir aussi du iiiénic. Gli Archwj e il liiblhteche di Spagna in rapporta alla tloria d'Jlalia m gtaerak c di Sicilia in paiiicolare, Patermo, Tip. delto Statnto, 1884, 3 vol., d'après D'Ancona, ibid., II, p. 268.
Notice sur Michèle Amari 213
de la Sicile venaient d'être « dévoilés ou éclaircis j> par les chartes angevines de Naples, étudiées et éditées ^pwrGiuseppe del Giudice et par Camillo Minieri Riccio ^ . Une refonte s'imposait afin d'embrasser dans un récit continu des éléments d'origine et d'époque diverses. Le rajeunissement du fond entraînait forcément le rajeanissement de la forme. En même temps qu'Amari réformerait ou atténuerait des jugements politiques « ou erronés ou trop durs », l'octogénaire, ennemi de la routine, remaniant son improvisationjuvénile au bout de presque un demi-siècle écoulé, loin de s'obstiner à flonjargon sicilien de 1842, se proposait de supprimer les provincialismes et les archaïsmes pour substituer Fitalien moderne^ « la langue d'aujourd'hui », à la langue d'hier 2.
Dans l'intervalle entre l'achèvement des deux éditions, les dix années entre 1875 et 1885 furent marquées pour Amari par nombre d'événements, dont il importe de narrer les principaux. Son excursion à Palerme en 1875 l'avait mis en goût. 11 y retourna en 1877 et trouva la ville méconnaissable, tant elle avait progressé depuis deux ans, tant elle était améliorée au point de vue de l'industrie, de la richesse, de la tranquillité^ tant le parti libéral — modérés et progressistes
* Prefazione de la 9« édition du Vespro, I, p. v. Sur le titre, l'édition est donnée comme corretta ed accresciuta dalV autore Hcondo regisiri di Barcellona ed altri dociimenti e corredaia di alcoMU testi paraileli. Deux ans plus tard, Amari ajouta un quatrième volume, de même foi'mat (Milano, Hœpli, 1887), intitulé : Altre Narrazioni del Vespro Siciliano scritte nel buon secolo délia lîngaa. Appendice alla nona editione del Vespro Siciliano, Voir ce qu'Amari en écrit de Pise à Isidoro Carini, le 30 juin 1886, dans le Carteggio, II, p. 297, et la réponse de Carini (Roma, le 1er juillet), ibid.. H, p. 298.
* VesprOy 9* édition, I, p. vi-vni.
unis — y gagnait du terrain à la veille d'un triomphe imminent ^
L'année précédente, un « véritable pavé était tombé sur la télé » d'Amari : la présidence du quatrième Congrès des orientalistes à Florence. Il écrit à Renan en français, le 3 octobre 18762, ^n mois environ après que, le 31 août, son « acceptation » a été transmise par Angelo de Giibernalis dans la séance de clôture du troisième Congrès à Saint-Pétersbourg ^ : « Vous concevez que je n'aimerais pas que cette institution ou, pour mieux dire, cet essai expirât en Italie entre mes mains, comme il a failli trouver son tombeau à Saint- Pétersbourg. Je ne crois pas à la grande utilité des Congrôs'des puissances ni des savants, mais je reconnais que ces derniers gagnent toujours quelque chose à causer et à s'amuser ensemble. » Le nouveau roi Humbcrl r% sur le trône depuis le 9 janvier 1878, avait accepté, dans Tété de 1877, en qualité de prince royal, « le titre de protecteur du Congrès », qu'il ne récusa pas après son avènement *. L'ouverture solennelle eut lieu le 12 septembre 1878, en présence de son frère, le prince Amédée, duc d'Aoste, qui ne put assister, le 18, à la séance de clôture ^ Malgré la concurrence de notre Exposition universelle^, le Congrès de Florence fit bonne figure dans la série qui va se continuer le mer-
1 CarteggiOy II, p. 235, Amari ù Otto Hartwig, 18 juillet 1877.
2 Ibid., II, p. 223.
^ Bulletin du Congrès inicrnalional des orientalistes. Session de 1876 à Saint-Pétersbourg (Saint-Pétersbourg, 1876), p. 130-131.
* Carteggio, II, p. 223, 225, 237 et 238; cf. Atti del IV Congresso iuternazionale degli orientalisti , II (Firenze, 1881), p. 336, 347 et 357.
^ Ibid., II, p. 344 et 357.
^ Carteggio, II, p. 223. Renan et Bréal proposaient « de remettre l'ouverture au mois d'octobre ». Voir ibid., II, p. 238.
Notice sur Michèle Amari 215
îredi 19 avril 1905, par la quatorzième session d'Alger *. On n'y verra plus ni François Lenormant, ni Ernest Renan 2, ni Charles Schefer, qui rehaussèrent les assises de Florence par les concours de leurs personnalités élevées, dont l'humanité et la science déplorent la disparition. Mais, parmi les Français, bien vivants aujourd'hui, qui prirent part alors à ce Congrès dont le président Amari désespérait qu'il attirât à Florence des «hôtes orientalistes' », je signalerai Henri Cordier, Gaston Maspero, Jules Oppert et le fondateur de ces tournois internationaux Léon de Rosny ^. Sur 217 adhérents, italiens et étrangers, il y eut 126 membres présents contre 91 absents ^. Amari, pleinement rassuré, prononça le discours de bienvenue è la séance inaugurale du 12 et celui de congratulations ultimes à la séance finale du 18 ^. Remarquable surtout est le premier, où il trace à ses confrères d'une semaine un programme tendanciel mettant au premier rang l'Afrique septentrionale, ainsi que ses populations d'Arabes et de Berbères '^, comme complément de l'Extrême-Orient prépondérant à Paris, des études ariennes et hamitiques ayant prévalu à Londres, de l'Asie centrale,
* Un schisme momentané a dédoublé la 9^ session de Londres. Deux Congrès successifs, indépendants Tun de l'autre, ont été tenus à Londres, sous ce même numéro d'ordre, en 1891 et en 1892.
• Madame Ernest Renan^ cette femme de grand esprit et de noble cœur, avait accompagné son mari à Florence, comme il appert du Carteggio, II, p. 242.
3 Ibid,, II, p. 223.
* Atli, II, p. 338-344.
» Ibid., II, p. 337.
• Ibid., II, p. 344-349 et 357-361.
' Amari était curieux de « la langue et de la race berbère » ; voir le Carteggio, II, p. 224, et plus haut, p. 197. Il était déjà hanté par le rêve d'une Italie méditerranéenne, rêve qui, en
point (le mire politique el scientifique à la lêimiondeJ Saint-Pétersbourg '.
Aussililt descendu du fauteuil de la Présidence (pli avait exercée, avec autorité et discernement, sur « no secte inofTcnsîve b -, Michèle Âniari fut désigné par nouveau Roî^ comme Vice-Président du Sénat pourl rentrée du Parlement au 20 décembre 1878*. Renommé en 1870, Amari se vil enlever, en 1880, de par la volonli] d'Agoslino Depretis, le titre qui lui avait été conféiil deux ans auparavant. Le sénateur avait démérité, ayan osé voter contre la suppression de l'impôt sur la monture*. Plus tard, en 1S86, lorsqu'on voulut porter Amari à la présidence du Sénat, il se rappela cette déconvenue pour écarter résolument une proposition tardive ^.
La langue allemande écrite, qn'Amari était arrivé à lire, à comprendre suffisamment et à faire entrer dans ses citations i, aurait pn lui fournir, avec un peu d'exercice L'I d'habitude, un instrument maniable de convcr-
ISSl, fut troublé per notre occupation de la Tunisie. Amsiri à Renan, dans le Carteggio, II, p. 250-252; cf. p. 257, 268 n. et 271 n,
• Aili, II, p. 347; cf. le Carteggio, II, p. 224. ■ Expression d'Amari, ibid., 11, p. 2^.
' L.es relations d'Amari avec Humt>ert I" avaient été de prime abord très cordiales ; voir ibid., 11, p. 237; cf. p. 239. Quant à la reine, il la décrit (ibid., II, p. 244) comme « aimable, belle, cultivée au delà de tout ce qu'on peut supposer, aimée de tous ».
' Ibid., II, p 240 et 242.
° Amari et d'Ancona, ibid., II, p, 246. n Le Sénat nommé par le roi, ou plutôt par les ministres s ; Amari, ibid., II, p. 253.
» Ibid., II, p. 300. Amari octogénaire n'était plus à Rome, mais commençait en « invalide », à Pise, sa quatre-vingtunième année.
* Ibid., II, p. 353-254, et plus haut, p. 210.
Notice sar Michèle Amarl 217
ion, lorsque, en septembre 1881, il se rendit, en »mpagnie d'Ascoli et de Flechia, au cinquième Coudes orientalistes, dont le siège était Berlin, D'après confidences à Otto Hartwig*, il voyagea à la mad'un sourd-muet et hâta d'autant plus son retour Florence, puis à Rome, que, malgré la courtoisie des Tesseurs allemands, il souffrait de son ignorance s'ennuyait de parler par interprète, que le père de finmille s'accusait de faire tort à ses trois enfants si, avoir refusé les subsides du Ministère, il ne résignait pas sa dépense à l'indispensable. C'est en vertu ces considérations qu'il ne répondit pas à l'invitatien du plus fidèle correspondant, Otto Hartwig, et cpi'il s'abstint de faire un crochet par Halle, où il aurait crime faire sa connaissance personnelle, lui serrer la xnain et parcourir sa riche bibliothèque. Mais il ne sut pas résister à la tentation de s'arrêter au retour pour quelques heures à Leipzig et de « se trouver face à face, dît Amari^, avec le bon Fleischer, ami épistolaire, et qui, pour cela, ne m'était ni moins bienveillant, ni Uioins aimé^. »
Le 12 septembre, à la séance d'ouverture coïncidant Jour pour jour avec la date de celle qu'il avait présidée à Florence en 1878, Amari avait offert au Congrès de Berlin deux primeurs : les premiers exemplaires, sortis des presses depuis peu de jours, de sa Biblioieca Arabo-
* Carteggio, II, p 255, Michèle Amari à Otto Hartwig, de Florence, 22 septembre 1881 ; cf. p. 257 et 258.
* Ibid.f II, p. 254, même lettre.
' Plus haut, p. 162 et 209. Fleischer avait adhéré, mais n'avait pas assisté au Congrès; voir Verhandlungen des fûnften interimzionalen Orientaliste n-Congresses gehalten zu Berlin in Septemher 1881 (Berlin, î881). p. 4 et 19.
Siciilay traduite en italien *, et de ses Epigrafi arabiche di Sicilia, recueil d'épigraphes tombales 2.
Le six centième anniversaire des Vêpres siciliennes allait avoir son échéance le 30 mars 1882. La commémoration de cette délivrance occupait Amari avant son départ pour Berlin, elle l'absorbe depuis son retour. Sa crainte la plus vive est que le souvenir de la libération aragonaise, qui a affranchi la Sicile de la domination angevine, ne fournisse une occasion aux sentiments anti-françaisr' de s'épancher par des provocations inconsidérées. A propos de Charles d'Anjou *, les têtes chaudes et les révolutionnaires comptaient peutêtre dire son fait à la République voisine et à ses hommes d'Etat. Une solennité « académique » ^, avec « des discours lus et des travaux imprimés », composés en vue de la circonstance par des Siciliens, avec des hommages aux ancêtres morts pour la bonne cause, avec la fierté de l'unité nationale englobant désormais la Sicile italienne et l'Italie sicilienne, voici quelle était,
^ Verhandliingeiiy p. 46 et 126; cf. Carleggio, II, passages cités plus haut, p. 162, note 1. C'était rédition in-4o dont Amari avait fait hommage au Congrès de Berlin.
2 Documenli per servire alla Sloria di Sicilia pubblicali a cura dclla Socielà Siciliana per la Sloria Palria. Terza série. Epigrafia. Vol. I, fasc. 2, Palermo, Virzi, 1881. Le premier fascicule avait paru avec la même estampille en 1879. Voir le CarleggiOy II, p. '245 et 256.
^ Amari, dans la courte introduction de « Fauteur au lecteur », placée en tête de son Racconlo popolare dcl Vespro Siciliano (Roma, 1882) et reproduite intégralement en note dans le Carlcggio, II, p. 263-264; cf. Amari, ibid., II, p. 260, 263, 264, 271-275.
^ Ibid., II, p. 256, 258, 271, 273, 275, 276, 302.
^ C'est ce qu'Amari recommande aux schaikhs palermitains ; ibid., II, p. 249.
^ D'Ancona, ibid., II, p. 268, n.
Notice sur Michèle Amari 219
aux yeux d'Amari, la manière la plus digne d'un peuple libre de faire connaître aux générations nouvelles les sacrifices sanglants affrontés par les insurrections anciennes. Amari lui-même s'était assigné « son tribut * » d'historien patriote dans cet échange de communications sur un même sujet qui serait, à ce moment précis, dans tous les cœurs et sur toutes les lèvres : la Narration populaire des Vêpres siciliennes était résolue par lui dans l'été de 1881 et Amari avait eu l'intention d'en écrire aussitôt le commencement dans sa villégiature de la Conçezione ^, Il ne se mit à l'œuvre qu'après son retour à Rome, au commencement d'octobre : le récit sommaire, qui se rattache plutôt à la 8® qu'à la 9® éditioii du Vespro, puisqu'il est antérieur aux accessions provenant de Barcelone et de Naples, fut publié à Rome en février, assez à temps pour être répandu à Palerme et dans l'île avant le grand jour 3.
Les massacres émancipateurs de 1282 ne pouvaient être prétextes d'illuminations et de bals, comme d'aucuns l'auraient voulu *. Le sang versé au xm** siècle méritait d'être rappelé sans apologie par des hommages funèbres aux victimes, plutôt que d'être insulté au XIX® par des réjouissances publiques, plus « populaires » que le Racconto ^ dans les rues qu'il avait douloureusement et cruellement arrosées ^. La Societâ Siciliana per la Storia Palria organisa pour le 30 mars 1882 une
* Amari, dans le Carteggio, II, p. 259.
* Amari, ibid,, II, p. 256.
» Amari, ibid., II, p. 256, 259, 274.
* Amari, ibid,, II, p. 259.
' Le titre de ce résumé en 102 pages est : Racconto popolare del Vespro Siciliano, Ronia, Forzani, 1882.
* Amari, dans le Carteggio, II, p. 260.
« séance extraordinaire* », qui serait tenue dans la salle des pierres du Palais de ville ^, sous la présidence du marquis de Torrearsa ^. Celte fête politique, locale et littéraire fut ouverte par une allocution du Président. Ensuite Francesco Lanza, prince di Scalea, aux applaudissements unanimes de l'assistance distinguée et nombreuse, offrit solennellement, en qualité de Président de la commission executive, à l'un des deux Présidents honoraires de la Socielà *, à l'auteur du Vespro^ à Michèle Amari, une médaille d'or frappée en son honneur, par souscription des corps savants et enseignants, ainsi que des Sociétés et députations historiques d'Italie, et un album contenant les noms des souscripteurs. Le marquis, très ému, ajouta quelques paroles touchantes, affectueuses et passionnément dithyrambiques pour l'ancien ami, pour l'exilé d'autrefois, le médaillé du jour. Le 16 avril, Isidoro Carini écrit de Barcelone à Michèle Amari ^ : « Je comprends l'émotion du vénérable marquis di Torrearsa. Un témoignage donné d'un commun accord par un pays entier au vrai^ mé-
* Sesto centenario del Vespro. Tornata straordinaria dalla Socielà Sicilicma per la Sloria Palria nel di XXX marzo 1882. « Fascicule extraordinaire » (31 p. in-4") de VArchivio storico siciliano, nouvelle série, année VII (Palermo, tipografia del giornale « Lo Statuto », 1882. Le fascicolo slraordinario est analysé par D'Ancona, dans le Carteggio, II, au bas de la p. 269.
2 Sala délie lapididel Palazzo di cilla.
^ L'orthographe du nom flotte entre Torrearsa et Torre Arsa. En un seul mot dans le « Fascicule extraordinaire », elle est en deux mots dans la liste des membres du bureau pour 1881, ibid.f Nouvelle série, Année VI (Palermo, 1881), p. III. De même, le plus souvent, dans les deux volumes des Memorie délia Rivoluzione Siciliana delF anno MDGCGXLVIII (plus haut, p. 150, n.2).
* L'autre Président honoraire était le sénateur Francesco Ferez, Tami et le correspondant d'Amari.
s Carteggio, II, p . 268-269.
^ Les mots imprimés en italiques sont soulignés dans Toriginal.
Notice sur Michèle Amari 2^1
rite, voilà ce qui se voit bien rarement. » Le bel ordre du jour portait enfin, pour la clôture, la lecture par Amari d'un discours, composé expressément par lui, sur r(( Ordonnance de la République sicilienne de 1282». La belle harangue historique se termina par des souvenirs plus actuels au « vaillant et loyal Victor Emanuel » et à « Giuseppe Garibaldi dans la vigueur de l'âge »'^. Il importait qu'en pareil moment, ces deux grands noms, omis par les précédents orateurs, ne fussent ni oubliés, ni passés sous silence.
Michèle Amari, qui fut « l'âme* » de ce mémorial sage, calme et rassurant au dedans et au dehors, se prodigua dans les réunions privées qui suivirent cet après-midi d'ovations pour les ser>ices rendus par le «vieux patriote^» qu'il était. Le soir même, il fit une conférence au Cercle philologique de Palerme « sur l'origine de la dénomination Vespro Siciliano^ ». Le 2 avril, au banquet des journalistes, il suscita d'injustes polémiques par un toast inofffensif qu'il porta et que certains auditeurs dénoncèrent comme une off'ense aux légitimes susceptibilités italiennes vis-à-vis la France. La presse s'empara de l'incident pour le grossir, le dénaturer et Tenvenimer. Amari, troublé par ce malentendu, protesta contre les fausses interprétations de ses pensées et de ses paroles, reprocha vivement à ses concitoyens leur ingratitude contre leur alliée de 1859 et fit un tableau enthousiaste de l'accueil sympathique et empressé qu'aussitôt après et malgré
* Archivio storico siciliano de 1882, Fascicolo straordinario, p. 31. Sur le maintien des relations personnelles entre Amari et Garibaldi, voir le Carteggio, II, p. 221.
2 Expression de Tommasini, ScrUliy p. 347.
3 Amari, dans le Carieggio, II, p. 265.
^ Tommasini, Scr////, p. 346; D'Ancona, dans le Carteggîo, II,
la première édition du Vcspro, il îivaif reçu des Français les plus éminents <.
Voici en quels termes, le ô avril 1882, Amari failses adieux au Syndic de Palerme et â sa ville natale* i « Ma conscience me dit que j"ai été comblé de trop d'bouueurs et qu'ils prouvent l'âme généreuse des citoyen!» dont ils émanent. Mais, je ressens de plus au fond de mon cœur combien est vrai le pvoverk: l'amour se paye avec de l'amour. Mes concitoyens ont deviné, avec leur intuition si prompte et si siire, moa altacbemenl à cette cité splendide et à ce grand peuple, Oh ! quelle joie j'éprouve cbaque fois que je revois Païenne toujours plus ornée, plus florissante par 1 industrie et le commerce, plus civilisée, plus digne de la liberté dont jouit l'Italie, plus associée au sentiment national, qui est la gloire et la protection de tousl »
La rentrée à Rome ne fut qu'une halte pour y prendre les dernières mesures et pour y faire les derniers préparatifs du départ pour Pise, selon un projet concerté entre le mari et la femme, inspiré par le désir de relever la santé défaillante de la cbétive Luisa Amari, réalisé sans remise comme sous la pression d'une nécessité urgente. Et pourtant les années passées à Rome s'étaient écoulées dans le calme et dans la sérénité.
L'appartement, dans lequel Amari menait une vie claustrale' d'ermite*, mais d'ermite entouré et gâté par son entourage, n'était entre-bâillé qu'au profit de
' Carleggio, II, p. 232, 263 et 270-275; cf. plus haut, p. 112. f Jetons autant qu'il dépend de nous un drap mouillé sur ces matières iDtlaiiimables. » Renan à Amari, le ^ avril 1882, îbid., II, p. 276.
* Ibid., II, p. 266.
' Amari, ibid., II, p. 262, Il habita jusqu'à son départ 5, Piazza del Esquilino; voir plus haut, p. 206, n. 2.
quelques amis intimes triés. Or, dans la rue, il était impossible de ne rencontrer que ces privilégiés. D'autres contacts fâcheux imposaient à sa notoriété au moins des politesses dont il s'acquittait en maugréant : « Vrai diamant que la civilisation n'avait pas facetté au détriment de son originalité, il conservait une ingénuité aimable comme tous les vrais savants. Scrupuleux pour tous ses devoirs, il était intolérant et montrait clairement son mépris aux personnes suspectes de peu d'honnêteté. Souvent un salut ostensible provoquait chez lui un grognement significatif qui amusait fort ses amis présents. * »
Pour se soustraire au danger des impressions désagréables, Amari se réfugiait dans son ermitage, s'y cantonnait et s'y enfermait, travaillait toujours, écrivait et n'allait plus au Sénat qu'aux rares jours de séance, parfois aussi quelques minutes pour y lire un journal ou pour y consulter un livre à la Bibliothèque 2. Après sa maladie de Florence en 1872'^, il avait repris l'équilibre de son tempérament robuste, de sa santé de fer, inaccessible aux refroidissements et aux maux de tête *, ses habitudes de lever matinal, de travail avant l'aurore \ d'humeur égale, d'activité sans surmenage, de sorties quotidiennes, sans excès de fatigue, dans les rues et les promenades les plus désertes, de courses à la cam-
* Extrait d'une lettre que M'"e Amari m'a fait l'honneur de m'écrire de Rome, le 6 mai 1902.
^ Amari, dans le Carieggio, II, p. 262; cf. p. 259.
3 Plus haut, p. 200.
^ Amari, dans le Carteggio, II, p. 247; cf. p. 209, 245, 249, 250. En 1878, Amari souffrit à Tœil gauche d'un mal extérieur passager, sans péril, mais non sans douleur, qui interrompit ses travaux; cf. ibid,y II, p. 240.
^ Tommasini, Scrittl, p. 348 ; Carteggio, II, p. 226; cf. p. 307 et plus haut, p. 158, n. 2.
pagne avec le bambin ^ d'internement le soir dans la douceur suave des liens familiaux^ dans le charme des entreliens intimes avec la plus délicieuse des épouses. Son mariage avec elle l'avait transfiguré ^. Celle-ci se levait très tard, vaquait à son ménage, faisait ou des courses ou des visites, lisait, peignait^, s'accordait la sieste de midi et s'étendait volontiers quelques heures pendant l'après-midi pour réserver le soir à son mari un visage frais et reposé, une société réconfortante. Quant aux trois enfants, c'étaient, au dire de leur père, qui les choyait et les adorait «trois diables* », qui aimaient avec frénésie les jeux et les gâteaux*^, qui « poussaient à vue d'œil, sains, éveillés et excellents*», qui se développaient normalement et qui, à part en 1877 une scarlatine inquiétante de Michelino, heureusement guéri", n'avaient jamais été malades. Leurs
• CavleggiOy II, p. 245.
'^ Lettre de M'"<* Amari, du G mai 1902; plus haut, p. 223, n. 1.
' La i( chère artiste » (Madame Michclet à Michèle Amari, Ilyères, '20 janvier 1872, dans Madame Jules Michelet, Les Chals^ p. 300), élève d'Ary SchefFer, avait obtenu, en 1862, à rexpositioB régionale de Florence une médaille de bronze pour une nature morte.
'» Carte (j(jio, II, p. 248.
" Ibid., même lettre d' Amari à Tullo Massarani^ du 23 décembre 1880 : « Chaque année, maintenant, vous jetez dans la maison le tison de la révolte. Hier, à Tarrivée de votre triomphal pain de Milan, il s*éleva, avant les cris de Joie, certains cris stridents comme ceux de l'aigle se jetant sur sa proie. Mon aînée redevint uno gamine de six ans; Michèle mit de côté le latin et commença ix distribuer des coups de poing d'allégresse à ses sœurs, qui, à leur tour, voulurent prouver qu'elles sont nées dans le siècle de l'égalité (j'espère bien que ce ne soit pas l'émancipation) de la femme. En somme ce fut une ébullition, une diablerie, une ivresse presque féroce. » Charles Dejob m'informe que le pancUonc est un gâteau milanais aux raisins de (^orinthe.
•• Ibid., II, p. 202.
" Ibid,, II, p. 232.
Notice snr Michèle Amari 225
éducations allaient subir un temps d'arrêt par le transfert dans une résidence nouvelle, par un changement de direction et de méthode sous d'autres maîtres, professeurs publics et particuliers, hommes et femmes.
Le 25 avril 1882, l'ancien Ministre des finances Quintino Sella écrit à Michèle Amari, son confrère aux Lincei^ : « Je considère comme un désastre pour l'Académie et pour le Sénat que tu quittes Rome. Mais je n'ose en dire davantage devant la sainteté des raisons que tu m'allègues. Tes deux gentilles demoiselles, ton petit si pétulant, dont j'ai vu si souvent, avec tant de satisfaction, les faces dans la Via Nazionale, m'intéressent trop, moi aussi, pour que je ne prenne pas à cœur tout ce qui concerne leur bien. »
Le besoin impérieux du déplacement fut un facteur déterminant dans la résolution prise par les Amari et réalisée par eux le 3 juillet 1882 -. Leur séjour à Pise, où Amari pensait finir sa vie ^, dura six ans et demi. Ils y déménagèrent au moins trois fois * avant de reprendre le chemin de Rome, sans compter les départs annuels pour la Concezione^ où l'on séjournait chaque été depuis l'entrée en vacances des enfants jusqu'en octobre ^, Une fois même, en 1885, on s^évada vers les hauteurs de l'Abetone, à 1294 mètres au-dessus du
^ Carteggio, II, p. 276.
* Amari, ibid., II, p. 277.
3 Amari, ibid.y II, p. 280.
*• D'Ancona, ibid., II, p. 278, n. 1. Peu durable fut l'enchantement produit sur Amari par sa première habitation, Via Lavagna^ à quelques pas de Téglise San Paoto a Ripa d'Arno, « C'est, écrit Amari, à Tullo Massarani (ibid,, II, p. 277), une petite villa assez commode, avec un jardin comble de choux et de radis qui vont être extirpés pour céder le terrain aux fleurs. »
5 Ibid., II, p. 212, 234, 253, 255, 256, 300, 305; G. Pipitone Federico, Michèle Amcari e Prancesco PereZy p. 118.
niveau de la mer. Les voyageurs montèrent en voiture à Pracehia le 20 juillet à deux heures et arrivèrent le soir à sepl heures sur les sommets, d*où ils ne redescendirent qu*àla flnd'octohre. Âmari venait d'achever la neuvième édition du Vespro^ y compris la Prefaziom\ dalée de Pisa^ luglio 1885 K L'éditeur ne le harcèlera pas dans sa retraite et dans son besoin d'un repos hien gagné. Amari écrit à Tullo Massarani le lendemain de son ascension^ : <( Des fraises, j'en ai vu cl mangé ; des (leurs, des sapins, j'en ai les yeux remplis, mais aucune hergerette, même laide. Par-dessus tout, Pair cs( délicieux, on sent la vie entrer dans les poumons cl le sang circuler plus librement, avec plus de vigueur, llélasi que ne me rend-il celle de mes vingt ans, ni même celle de mes soixante ans? Je m'essaie à gravir la pcnle et je retombe en bas. Mais les enfanls courent sus à travers la montagne et à travers le hois, ([ui est une délice. Louise est fort contente de Tair ([u'on respire ici. »
De retour au bercail de Pise, Amari reprit allègrement son collier de labeur incessant, se rendant à luimême la jusiice (pfil w travaille à peu près comme dans sa jeunesse, (luoicpie la 80' année s'approche, prêle à tomber sur ses épaules ^^ ». 11 y a naturellement des hauts cl des bas chez roctogénaire. D'une part, le 30 juin 188(5, il se plaint de sa « santé gravement altérée depuis deux mois, surtout des difficultés qu'il resscnl à marcher vite, ou après le dîner et cela, d'après les médecins, sans lésion au cœur * ». u L'invalide 1» '\ d'aulrc part, reconnaît une semaine plus tard
* Plus haut, p. 212, et Cartcggio, II, p. 292. '^ //>/(/., II. p. 201.
* Amari ù Uonan, //)/(/., II, p.29(>.
* Amari, /^/</., II, p. 21)7; cf. p. 2in) et 301.
ijbid,, II, p. 300 et 301.
Notice sur Michèle Amarl 227
que « pour le reste la machine va de l'avant comme le 'veut la physiologie * * •
Le 7 juillet 1886, Âmari fut témoin de sa légitime apothéose^ sanctionnée par Topinion publique, au quatre-vingtième anniversaire du jour que ses père et mère, dès sa première enfance, lui avaient indiqué comme celui de sa naissance, leur dire étant confirmé par les registres de la paroisse de Sauf Antonio à Palerme ^. Une commission, constituée à Palerme, s'était réunie le 25 février. De vieux amis d'Amari, le marquis di Torrearsa et l'archéologue Antonio Salinas y siégeaient avec de plus récents admirateurs du patriote et du savant. L'institution d'un Prix Amari, réservé aux études d'histoire sicilienne et de langues orientales, fut décidé à l'unanimité et la Faculté philosophico-littéraire de l'Université de Palerme fut chargée de le décerner ^. Une souscription publique fut organisée. Ernest Renan et Gabriel Monod lancèrent un appel dans la Revue historique * pour « recommander cette souscription excellente à ceux de leurs confrères qui ont le goût du vrai en histoire ». Ernest Renan eut beau montrer « la trace lumineuse » laissée par Michèle Amari dans les études sur la Sicile musulmane, en même temps qu'il vantait la ce vive impression » que lui avaient fait éprouver « son courage, sa sérénité,
* Amari, dans le Carleggio, II, p. 299.
2 Amari, ibid., II, p. 298.
3 D'Ancona, ibid., II, p. 302-303. Le Premio Amari avait été imaginé, à Tlmitation du Fleischer-Stipendiuriiy institué à Leipzig en 1874 au cinquantième anniversaire du doctorat de Fleischer. Sur mon illustre maître, voir plus haut, p. 217, et la récente biographie, par Ignaz Goldziher, dans la Allgenieine Deiistche Biographie, XLVIII (Berlin, 1904), p. 584-594.
*• Revue historique, XXXIII (Paris, 1887), p. 393, reproduite par D'Ancona dans le Carteggio, îl, p. 303.
sa haute philosophie, qui lui rappelait celle deLittré»; il eut beau retracer sa « vie si pure, si noblement remplie » ; Gabriel Monod eut beau insister sur ce que « Michèle Amari a prouvé, lors de la souscription ouverte pour le monument de Michelet, qu'il n'avait pas oublié l'hospitalité de la France, ni l'accueil de ses savants ï). L'indiflFérence et l'oubli firent échouer celte propagande hardie et généreuse de deux esprits aussi nobles que persuasifs en faveur d'un de leui-s rares pairs. Si Je suis bien informé, une seule adhésion se joiguit à la leur : celle de mon ami et collègue Henri Corel ier.
On n'inlligea pas cette fois au vieillard les fatigues inc()nii)atibles avec sa santé délabrée et l'afTaissement de son corps. L'enthousiasme ne déborda ni dans la rue, ni dans le théâtre d'aucune cérémonie d'apparat. VA ccadcmia dei Liiicei envoya une adresse à son membre transfuge pour le convier à revenir partager ses travaux et à reprench'c son assiduité coutumière. La Criisca ne resta j)as muette. La Società Sicilianaper la Sioria Patria de Palernie n'oublia pas ses souhaits à l'un de ses deux présidents honoraires. L'Université, l'Ecole normale supérieure ^ et les autres corps enseignants de Pise inter-
* Il a été quesUon plus haut, p. 189, de cette École Normale supérieure, dirigée en 18G1 par Pasquale Villari. Fondée par Nai)oléoii I<"^ en 1813 comme sœur puînée et comme une « succursale » de la nôtre et destinée par lui à préparer le personnel de renseignement secondaire dans la péninsule, elle ferma ses portes en 1814 pour être rétablie par le Duc de Toscane Léopold II en 181(), annexée en 18G(), dotée et réorganisée en 1862 par le ministre Matteucci afin qu'elle put suffire aux besoins de l'Italie unifiée. Mon confrère, Alessandro D'Ancona, si renseigné et si obligeant, m'a mis à même d'étudier ce rouage, son fonctionnement et ses effets, en m'envoyant : 1» Notizie storiche snlla R. Scuola normale superiore di Pisa, dans les Annali délia R. Sciiold normale superiore di Pisa. Scienze ftsiche e malemali-
Notice sur Michèle Amari 229
vinrent par leurs hommages et leurs félicitations. Les cadeaux S les télégrammes et les lettres affluèrent avec des congratulations officielles et privées, collectives et personnelles, à l'homme du jour. Quant au roi d'Italie Humbert I", en voyage le 7, il fit parvenir quelques jours après à l'illustre Palermitain, en guise de « présent réparateur », la grande croix des deux Saints =^, accompagnée d'une « très belle lettre », dans laquelle Sa Majesté exprimait le regret de n'avoir pu donner aucun signe autre de sa haute considération pour le jubilaire 3, Les a Allemands bénis » célébrèrent les quatre-vingts ans d'Amari à leur manière et pour leur compte, faisant bande à part malgré leur communion d'idées et de sentiments avec les autres manifestants. Leur système a été appelé par Amari lui-même « l'oraison funèbre des vivants » *. Docteur honoris causa de Leide depuis 1875, de Tubingue depuis 1877, il reçut le 7 juillet 1886 un diplôme de docteur, emphatiquement laudatif, décerné par VOrdo philosophorum de l'Université de Strasbourg ^. De Berlin il avait reçu en 1884 Tordre civil pour le mérite, limité à 30 membres.
che, I (Pisa, 1871), p. I-XLVIII; 2» Elenco degli alumni esciti dalla R. Scuola normale superiore di Pisa fii}0 alV anno 1896 (Pisa, 18d6), 30 p.
* Francesco Perez est remercié de son « cadeau » par une lettre tardive d'Amari du 26 novembre 1886, publiée par G. Pipitone Federico, Michèle Amari e Francesco Perez, p. 120.
* Les deux Saints sont Maurice et Lazare.
3 Amari, dans le CarteggiOy II, p. 301. Il y a une part de conjecture dans mon énumération des adresses envoyées et reçues à cette occasion .
* Ibid., II, p. 301.
^ D'Ancona, ibid,, II, p. 395; cf. p. 301. La rédaction ampoulée de ce diplôme, amusant spécimen du formulaire amphigourique conforme au protocole, a été reproduite tout au long dans Tommasini, Scritti, p. 347, n.
simultanément avec son élection presque à riinanimité de ff meml)re correspondant » par TAcadémie des sciences \ Plusieurs membres de sa classe, Weber, Mommsen, Kiepert, etc., lui firent parvenir le 6 juillet 1886 leurs vœux au nom de la Compagnie -.
Le vétéran honoré, le « sage accompli » % comme l'appelle Renan, ne se résignait pas à vieillir, e Mes amis, écrit-il au lendemain de sa glorification publique S aiment à se faire illusion ou croient faire œuvre de charité en me flattant, mais je sens le poids d'une grave niahulie. Je mange bien, je digère mieux, je dors tranquille et je puis encore travailler. Mais^ à la suite du moindre mouvement un peu rapide, c'est la lassitude ou le vertige. »
Les syniptoincs de la décadence et du déclin n'empêchent pas Aniari de faire des projets d'avenir et de * ne j)as considérer sa journée comme finie. 11 continue à « courir les bibliothèques, à leuilleter les vieux manuscrits », à compulser et à compiler des documents pour une deuxième édition de V Histoire des Musulmans de Sicile K Sa revision, entreprise en 1885, n'avance pas assez vile à son gré. A Tautomne de 1887, il se hâte dans Tespoir craboutir avant sa mort**. C'est un combat singulier à cpii arrivera le premier, du lutteur infatigable ou de rennemie qui, sans en donner avis et sans demander raulorisalion, tranchera ie fil de sa destinée^'. Kl cependant le milieu, dans lequel il s'inquiète parfois, est salutaire et fortifiant. 11 écrit le 8 février
1 Albrechl Weber, dans le Carleggio, II, p. 287-289.
'^ Amari, îbid.y II, p. .'JOl.
=* Henan, ihid., II, p. 27().
'* Amari, ihid., II, p. 301 ; cf. plus liaut, p. 226 et 227.
«• Amari dans le Carlajcjio, II, p. 220, 256, 283, 301, 304-308.
^ Amari, ihûL, II, p. 301.
^ Amari, ilud., II, p. 305 et 307.
Notice sur Michèle Amari 231
1888 * : « Il me plaît de pouvoir dire que Louise va bien, que les enfants promettent et que je ne sens aucune maladie, excepté les incommodités de la vieillesse, qui ne m'ôtent pas la faculté de travailler comme d'habitude ou à peu près. » Il se levait toujours à quatre heures du matin, à cinq heures au plus tard, et se mettait aussitôt à ses Musulmans de Sicile jusqu'à dix heures et demie, puis les reprenait d'une heure à cinq heures et demie de l'après-midi 2. En dehors des rhumatismes qui gênent sa marche, ses quatre-vingtdeux ans ne lui ont apporté d'autre incommodité qu'un affaiblissement sérieux de son ouïe. Il écrit de Rome en française Renan le 25 décembre 1888 ^ : « Si l'oreille s'endurcit un peu et si je n'ai plus mes bottes de dix lieues, je peux travailler presqu'à mon ordinaire, et la recherche du vrai continue de m'aiguillonner comme dans les plus beaux jours de ma vie. Ce n'est pas ma faute si les résultats sont fort médiocres. »
Amari continue sa lettre en annonçant à son ami une grande révolution dans son existence, changement violent et dangereux à son âge : « Nous sommes revenus à Rome à cause de mon fils qui entreprend les études d'ingénieur*. A Pise, il n'y a pas d'École Supérieure pour cela. En outre ma famille s'ennuyait beaucoup dans cette ville morte^, et moi aussi je sentais
* Amari, dans le Carteggio, II, p. 306.
« Ibid., II, p. 307; cf. plus haut, p. 209.
' Amari, dans le Carteggio, II, p. 308.
^ Michelino Amari, resté célibataire comme ses sœurs, est électricien à Florence. La maison, qu'il y dirige, est dénommée d'après Galilée (Communication de M. D'Ancona).
,5 Dès son arrivée à Pise, Amari écrivait le 18 juillet 1882 (CarteggiOj II, p. 277-278) : « En passant de Rome à Pise, on ne peut se soustraire à un sentiment de tristesse, comme dans la solitude. Je l'ai éprouvé un tant soit peu moi aussi, nonobstant ma peau dure, » Même note dans une lettre française à Renan du 30
luscules d'au nratiïsant
al des grandes bibliothèques PoiiiTai-je
"VOUS dire : \u revoii?.... Je n'espère pas que, dans ce peu de vie ijui me reste, vous ayez l'occasion de venir, comme une fois, en Italie'. Ajournons donc notre rendez-vous aux arches rougies au feu, où Farinata degli Ube i et Frédéric de Souabe expieut la hardiesse de leur pei ée, et, en attendant, serrons-nous la main, i Quel stoïcisme impassible dans ces adieux prématurés d'un libre penseur à un libre censeur !
h'Accademia i ses membres dai de ses doyens. .
ses meubles vï balles et déb; lanelltt di lioi un domicile < .
de l'Académici^^r
Le 3 février ]8f
jvrait le plus ancien de 'histoii-e, k' Sénat l'un a, non sans mélancolie', vres fréquemment em- ■ifs nomadfs''. Via Fait- ; Falazzo Borghese, dans Sénat, pas trop Éloigné
vant ses confrères re-
cueillis ses « Autres fragmbi..^ arabes relatifs à l'histoire d'Italie » * ; le 19 avril, la politique coloniale
mars 1883 (ibid., II, p. 282) : « Nous nous portons bien, qudqne ces petites demoiselles regrettent encore leurs amies de Rome et le mouvement d'une capitale, qui croit de splendeur tous les jours. B
' En septembre 1878; voir plus haut, p. 215.
' Lettre d'Oreste Tommaslni dû 28 février 1905.
= Amari a raconté (Carleggio, II, p, 277) l'odyssée de ses meubles et de sa bibliothèque de Rome à Pise et les fatigues qu'avait endurées eu 1892, « dans la confusion et la poussière >, sa femme <i à la constitution grêle». Ces misères recommençaient au passage par les mêmes stades en sens inverse.
* ftfd-, 11, p. 311.
'' Les AUri frammenli arabi telailvi alla sioria d'iialia furent publiés après la mort de l'auteur par VAccademia dei Lincei dans les Memorie délia Classe di scienze moraÙ, storiche e fiiologiche. Série quarts. VI, (Roma, 1889), p. 5-31. C'est dans le même
Notice sur Michèle Amari 233
de Crispi, qu'il approuve dans la question de l'Erythrée, lui fait annoncer à Tullo Massarani qu'il bataillera contre lui à la rentrée du Sénat, c'est-à-dire en novembre * .
Les quatre-vingt-trois ans sonnés, qu'il s'attribuait d'avance le 17 mars 18892, n'ont pas affaibli son zèle pour l'étude au même point que ses forces. Sa devise est toujours : Laboremus^. Il « continue à travailler, ne pouvant pas faire autre chose, pas même la conversation, depuis que ses oreilles sont bouchées ou tout comme »*. La deuxième édition des Musulmans de Sicile n'est pas abandonnée, mais ajournée sine die. Un an s'est écoulé sans que l'auteur s'en soit occupé particulièrement ^. Or, pour mener à terme une aussi vaste entreprise, l'effort d' Amari vieilli, affaibli, se survivant, sinon par Tintelligence et le cœur, du moins par la diminution de son être physique, aurait eu besoin d'êti'e (( concentré »^ sur un but poursuivi sans relâche et sans concurrence. L'abandon de Pise pour Rome, s'il favorisait les études du fils, avait été un élément de perturbation dans celles du père. Les recherches préparatoires, les annotations sur les marges d'un exemplaire de la première édition, les monographies supplémentaires rédigées constituent-elles une accumulation de matériaux assez abondante et assez riche pour être mise en œuvre utilement par la science orientale? Pas
volume, p. 340-376, qu'a paru d'abord La vita e le opère di Michèle Amari, par Oreste Tommasini (plus haut, p. 89), avant d'être réimprimée dans ses Scrilti di storia e critica.
* Amari, dans le Carteggio, H, p. 310.
* Amari, ibid., II, p. 309.
^ Comme en 1876; voir ibid,, II, p. 225.
* Amari, ibid., II, p. 310.
'^ Amari un mois avant sa mort à D'Ancona, ibid»^ II, p. 395.
* Amari, ibid,, II, p. 306.
' tipuscufès d'un nramsant
un grain ne saurait être perdu de la récolte faite par le puissant laboureur.
Le U juin, Aniari résiste avec ce qui lui reste d'énergie aux «tentations d'un banquet jovial », qui réunira des professeurs et des étudiants siciliens'. Le valétudinaire, « contraint de se reposer â la fin du dîner et du déjeuner », s'excuse de ne pas accepter l'invitation et de ne pas venir, après le diner, « offrir aux convives sa compagnie, la triste compagnie d'un invalide et d'un sourd ».
Le patriote, qui pressent sa fin prochaine, « envoie à la mère patrie le dernier salut et les derniers présages de sa piété filiale » par ces nobles paroles, les dernières que nous ait conservées le recueil de ses lettres : «El néanmoins je ne renonce pas à porter mon toast à la santé des convives et des amphitryons et, avant eus tous, à l'Italie libre, une, indivisible, qui grandisse en teiTÏtoire, en puissance, en prospérité et ne perde jamais la sagesse. »
Âmari se courbait *, baissait et traînait. Il était preS' que entièrement privé de ses oreilles, devenues de plus en plus paresseuses ^ Ses yeux troubles étaient aveuglés par le soleil*. Aucun symptôme grave ne laissait cependant prévoir l'imminence du dénoùment. Son dernier sommeil fut précédé par un brusque réveil de ses facultés, qui se traduisit par une dernière matinée bien remplie, terminée subitement par la crise fatale. Le
' Amari, ibid., II, p. 311.
' Pasquale Villarî, dans les Parole pronuiuiale da divers oralori sul ferctro del senatore Michèle Amari (voir plus liaut, p. 90, note 4), p, 22.
^ Plus haut, p. 231 et 233.
' Amari, dans le Carteggio, II, p, 310. Deux ans plus tôt, U se vantait encore de sa vue ; voir ibid., II, p. 304.
Notice sur Michèle Amari 235
14 juillet 1889 *, il était parti de Rome pour Florence. Il avait demandé que fût fixée au surlendemain une séance du Comité, constitué en 1884 en vue d'élever un monument à son ami et ancien collègue Atto Vannucci dans Santa Croce^ le Panthéon des illustres Florentins ^ Madame Amari avait fait le voyage avec son mari, dont elle ne se séparait que le plus rarement possible. Le couple descendit de la Concezionc à sept heures du matin et chemina en flânant à travers les rues de Florence dans la direction de la Bihlioieca Nazionale. Amari, en passant le long du Dôme, fut tout à coup assailli par un sombre pressentiment. Il rappela à sa compagne bien-aimée que son grand-père et son père étaient morts à Timproviste. Elle, toujours souriante et accorte, pour le détourner de ces pensées funèbres, lui montra une belle fleur exposée pour la vente sur les degrés du temple. La fleur lui agréa et il s'exclama que ses filles se seraient assurément réjouies de la voir elles aussi. Parvenu à la Biblioteca Nazionale à neuf heures, il y corrigea les épreuves des « Autres fragments arabes » destinés aux Mémoires de la classe des sciences morales, historiques et philologiques des Lincei. Quand ils furent insérés, leur auteur avait succoinbé depuis plusieurs mois ^. En effet, arrivé à la
* Je suis Villari dans les Parole pronunziate, p. 22, en avance d'un jour sur D'Ancona, dans le Cartegglo, II, p. 364.
* Tommasini, La vita e le opère di Atlo Vannucci, dans le recueil de VAccademia dei Lincei intitulé Memorie detla classe di scienze moraliy sloriche e filologiche, série terza, XIII (Roma, 1884), p. 380-399, et dans Scritii di storia e critica, p. 223-270. Cf. Amori, dans le Carleggio, II, p. 33-40, 51-52, 56-57, 291, 300; D'Ancona, ibid., I, p. 174 ; II, p. 291-292 et 364.
3 Plus haut, p. 232. Le récit qui suit a été formé par une combinaison de Tommasini, Scritii, p. 350-351 ; D*Ancona, dans le Carleggio, II, p. 364, et Villari, dans les Parole pronimziaie, p. 22.
DpuscâlêsŒun arâuisânt
Piazza San Marco, près de son ancienne habitation de la Piazza di'li Indepeiulenza ', il se préparait à pénétrer dans son cher Istituio di studi superiori, où il étail convoqué pour deux heures, afin de délibérer sur l'exécution du monument, qui ne fut inauguré que le 13juin 1891 *, Âinari fut renversé sur le seuil de l'édifice, au pied de l'escalier, par une défaillance qui le terrassa. Sur une cliaise, qu'on lui apporta, il expira au bout de quelques minutes, sans avoir repris connaissance. Sa femme, accourue comme poussée par un instinct de sollicitude anxieuse, recueillit le dernier soupir du moribond. C'est à peine s'il pnt murmurer son nometluiserreiiamain. La rose, qu'il avait tantadmirée le matin, fut placée sur sa poitrine refroidie, comme un hommage au dernier ravissement qu'il eût vraimenl éprouvé et vivement exprimé, La douleur poignante du suprême adieu fut évitée par la mort foudroyante â son âme sensible, qui l'avait « souhaitée pour éviter aux siens et ù lui-même les angoisses de la séparalion ' »- Le matin même de l'enterrement, sa veuve éplorée, les yeux mouillés de larmes, répétait : a C'était une grande âme *. »
Les obsèques du sénateur Michèle Aman furent célébrées le 18 juillet 1889 à l'endroit qu'il eût choisi lui-même, dans une des salles de l'Istiliilo, « ce temple des études savantes et libres » ^, ce témoin du long enseignement d'Amari et de sa mort inopinée. Les orateurs qui parlèrent devant le cercueil furent Paolo
' Plusliaut, p. 196.
' D'Ancona, dans le Carleggto, U, p. 291.
' Lettre de Madame Luisa Amari ft H. D. du 6 mai 1' plus haut, p. 223 et 224.
* Paolo Boselli, dans les Parole pronunziaie, p. 10. ' Paolo lîoselli, ibid,, p. 5.
Notice sur Michèle A mari 237
Boselli^ ministre de rinstruclion publique, au nom du gouvernement, Pietro Torrigiani, syndic de Florence, au nom des municipalités florentine et palermitaine, Pascale Villari, au nom de la classe des lettres des Lîncei, TuUo Massarani, le dernier en date, mais non en aflFection réciproque, des amis* d'Amari, au nom du Sénat, Francesco Todaro, au nom des compatriotes du défunt, enfin Fausto Lasinio, le successeur d'Amari dans sa chaire de Ylslituto ^.
Tour à tour les « paroles prononcées » mirent en relief l'unité patriotique et scientifique de sa vie, ses inspirations de précui^eur ^, son culte de la famille, de l'étude et de l'amitié *, son caractère moral fidèle constamment à son devoir, son bonheur de mari et de père faisant le bonheur des siens, parlant d'eux avec Taccent d'un dévot qui parle de ses saints 5, sa conscience rigide et pure comme le cristal, son noble front de philosophe caressé par des ailes d'ange dans le silence du sanctuaire familial ^, sa foi dans la monarchie et son saint amour de la patrie petite et grande '^, sa célébrité européenne dans le monde des orientalistes et dans la république des lettres ®. Ces oraisons funèbres après la mort étaient toutes à la même justesse de diapason que celles dont Amari souriait lorsque, trois ans auparavant, elles lui furent prodiguées de son vivant ^. Francesco
^ Nombreuses sont les lettres qu'Amari adressa à TuUo Massarani depuis la fin de 1878; voir Tindex du Carteggio, II, p. 399 6; cf. plus haut, p. 224, 225, 226 et 233.
' Plus haut, p. 170, note 2.
^ Paolo Boselli, dans les Parole prominziate^ p. 5.
* Pietro Torrigiani, ihid.^ p. 14.
' Pasquale Villari, ibid., p. 17 et 21.
* Tullo Massarani, ihid,, p. 27 et 28.
^ Francesco Todaro, ihid,, p. 31.
* Fausto Lasinio, ihid», p. 37.
» Plushaut, p. 229.
Todaro lui appliqua à bon droit, sans hyperbole de panégjTique. le diclon gravé sur le tombeau de Machiavel ; Tanto iiomini intUiim par ehgtitm '.
La dépouille mortelle tlii défunt fut d'abord conduite à San Miniato al Monte, au-dessus de Florence, où elle reposa provisoirement auprès de celle d'Atto Vanuiicci-. Les deux collègues attendirent côte à côte la construction de leurs mausolées. Ils furent bientôt séparés. Les restes d'Amari, revendiqués par sa ville natale, furent exhumés le 21 mai 1890 avec le consentement de la famille et transportés de Florence à Palerme, sous la conduite d'une dépulation envoyée par le syndic de Palerme pour les réclamer et les rapporter. A la tête de cette délégation était l'admirateur d'Amari, qui lui avaitremis publiquement une médaille d'or à roccasion du six-centième anniversaire du Vespro, Franceseo Lanza, prince di Scalea ^.
Le corps fut déposé le 24 mai, accompagné d'tin imposant cortège, où ilguraienl toutes les catégories de la population, dans l'église des Capucins, asiletemporaire où il séjournerait, pendant qu'à San Domeiiico on lui érigerait un monument définitif- Le cadavre de Michèle Amari, après avoir été ainsi ballotté de même que l'avait été sa personne vivante, finit par atteindre au repos le 12 janvier 1898 ^, à San Domenico, dans
' Franceseo Todaro, dans les Parole proniinziale, p. 37; li G. Pipitone Federico, Michèle Amari e Franceseo Ferez, p. 33.
5 D'Aocona, dans le Carleggio, II, p. 3ti6.
' Tommasini. Scrilli, p. 353, n. 2; voir plus haut, p, 220.
' Tommasini, ibid., loc. cil.
" G. Pipjlone Federico, Michèle Amari e Franceseo l'crcz.p.Si- La date choisie n'eut rien d'arhitrairc. Les honneurs suprême, rendus à Michèle Amari plus de huit ans après sa mort, coïncidèrent ostensiblement avec le jour même où la Sicile ealUrt célébra le cinquantenaire de la révolution palermitsine da 12 janvier 1848.
Notice sur Michèle Amari 239
cette nécropole des illustres palcrmilains, où il avait été précédé, un quart de siècle plus tôt, par le vénérable Président du gouvernement révolutionnaire sicilien, dont il avait été le ministre des finances, par l'intègre et vertueux Ruggero Seltimo <.
Voici l'inscription, rédigée par Oreste Tommasini, que « la Commune de Rome » avait fait graver en 1891 sur une plaque de marbre apposée à la dernière maison qu'Amari y eût habitée ^ : Michèle Amari \ Eccitalore fra i primi \ Del Risoigimento d'Italia \ Storico délia guerra del Vespro \ E dei Musulmani di Sicilia \ Filologo insigne \ Simbolo delV afjeito perpétua \ Che saldà r Isola sua natiua \ AlV iiniià délia patria \ Senatore delRegno \ Minisiro di Re Vittorio Emanuele II \ Abilo questa casa \ E nella modesla operosità degli siiidii \ Vi compie Vanno LXXXIX \ Ullimo delV illibata sua vita I // Comune de Roma P. MDCCCXCL
Des témoignages posthumes affirmèrent la reconnaissance que ses concitoyens avaient vouée à l'illustre Palermitain, au serviteur de la Sicile et de l'Italie. J'ai vu, en la société du célèbre jurisconsulte, du sénateur Pierantoni, à la Bibliothèque du Sénat italien, le buste d'Amari, taillé dans un marbre chatoyant par L. Campisi. UAccademia délia Crusca de Florence, dont il fut élu « membre correspondant » en 1867 3, possède probablement un buste de son Socio corrispondente. Quant à YAccademia dei Lincei, dont il fut nommé par
* Plus haut, p. 123, 126, 129, 148.
* Copie de Tinscription et révélation de son auteur, je les dois à une aimable communication, faite le 5 mars 1902 par Mademoiselle Francesca Amari, la plus jeune entre les filles d'Amari. Le Carteggio, d'où ont été éliminées les confidences de famille, a admis par exception (II, p. 278-279) une lettre du 17 octobre 1882, adressée par Michèle Amari à Francesca Amari.
3 D'Ancona, ibid., II, p. 3C5.
^hO Opuscnles d'un nr»blsant
le roi membre loi-s de son dédoublement en 1875, elle a placé dès 1890 son buste par Trabacchi dans la salle OH sont réunis les HvTes arabes. Il n'y a point de par le monde d'académie qui n'ait annexé un musée de scolplurc, L-ncombré de froides effigies '. Le buste d'Aman, par le sculpteur GuasEalla, figure aussi à Rome, à càt« lie celui de Gaiibaldi, dans la promenade publique du Pineio, pai'niî les Italiens illuslres qui y ont été groupés sur l'initiative de Mazzîni en 1849. A Palerme, son tombeau monumental comprend un buste -. Une slalue en pied lui a-l-ellc été dressée sur quelque place publique de Palerme, de Florence, de Rome ou dePise?
Assurément, s'il a échappé à la profusion des statues, il crti élé le dcmier à se plaindre d'une aussi décevanle I injustice. Mais, si elle a été commise par ingratitude I ou par oubli, elle peut toujours être réparée. Avec ' uue légère variante de l'adage que la mémoire de i Machiavel a suscité, je dirai : Tanto iiomini miUus par honos.
' A l'Institut de France, les biisles en détresse sont descendus dans les caves et ont escaladé les greniers. Mon conlrèi-e el ami, Louis Lcjjcr leur a offert un palais somptueux, notre propriété de Chantilly, à la condition expresse qu'ils y seraient exposés, classés et étiquetés. Voilà un vceu que j'applaudis fort et qui mériterait d'être pris en sérieuse considération. Il y a des ctiefs-d'œuvre dans la collection, sans parler de l'acte de déférence et de justice, que nous serons par la suite tour i tour récompensés d'avoir accompli envers nos aines.
' Les renseignemeuts sur les bustes d'Amari aux Lincei, au Pincio el à Palerme émanent de Mademoiselle Francesca Amari, lettre h Charles Dcjob du premier mars 1!K)2,
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