‹ Opuscules d'un arabisant, 1868-1905Chapitre 6 sur 34 · DEUXIÈME LETTRE MISSIVE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME LETTRE MISSIVE

Au nom d'Allah, le Rahmân, le Miséricordieux ! Puisse Allah répandre ses bénédictions sur notre maître Mohammad, sur sa famille et sur ses compagnons I Puisse-t-il leur donner la paix I

Voici ce que nous portons à la connaissance de quiconque lira ou entendra lire ce noble écrit. Nous, le serviteur d'Allah, l'émir des Musulmans, 'Alî Al-Gâlib Billâhy fils de notre maître l'émir des Musulmans Aboû 'n-Nasr, etc. ^

Entre Nous, d'une part et de l'autre le chevalier honoré, estimé, considéré, glorifié, modèle de fidélité, Don Diego Herrandez* de Cordoue, comte de Gabrar vicomte d'Iznajar, seigneur de Baena^ et gouverneur* d'Alcala'^ ; le chevalier honoré, estimé, considéré^ glorifié, Martin Alfonso de Montemayor, seigneur

' Le 15 septembre 1470 de notre ère.

2 Le signe, qui termine chacune des quatre missives, est abrégé de Intahà « C'est fini ».

•^ La généalogie se poursuit comme dans la première lettre.

» Il ne faut pas confondre ce Don Diego Herrandez avec son fils, le maréchal de Gastille, cité dans la première lettre, et dont il est de nouveau question plus loin dans la deuxième.

^ Les positions respectives de Cabra, Iznajar et BàenR sont indiquées par Al-Idrîsî, Description, etc., p. 204 et 205 du texte; 251 et 252 de la traduction. Sur Iznajar, voir aussi Slmonet, Dcscripciôn, etc., p. 4, 128.

«Dans l'arabe d'Espagne, /fà'zrf (espagnol alcade = al-kâ'idjt signifie surtout un gouverneur militaire, plutôt un comfmandanf de place qu'un général.

^ Il s'agit d'Alcalâ la Real. Voir Simonet, ibid., p. 222; J. Mâl- 1er, Die Iclzteii Zeilen von Granada, p. 121.

Qaatre lettres missives 79

Alcaudique ; enfin le chevalier honoré, considéré, limé, glorifié, Egas Venegas, seigneur de Luque et iilbendin ^ (puisse Allah les honorer de sa crainte I) existé une paix constante, une amitié sincère, et une Faction pure, dont témoigne un traité signé pour un mps déterminé.

Or, comme cette amitié entre Notre Majesté et les sdits chevaliers grandit chaque jour et à chaque insit, et que Nous désirons lavoir s'augmenter encore, ros voulons aujourd'hui en renouveler l'expression Éaire entrer dans Notre alliance et dans Notre amitié I chevaliers honorés, Egas Venegas, seigneur de ique et d'Albendin ; Don Diego Herrandez, maréchal Castille et grand vizir de Cordoue, et Don Martin, mmandeur d'Estepa 2, tous trois fils du comte de ibra.

Vous saurez donc, ô chevaliers honorés, ô excellents tiis. Dan Diego Herrandez de Cordoue, comte de ibra, vicomte d'Iznajar, seigneur de Baena et gou- Tneur d'Alcala ; Martin Alfonso de Montemayor, seileur d'Alcaudique ; aussi Egas Venegas, seigneur de irque et d'Albendin ; Don Diego Herrandez, maréchal ^ Castille, grand vizir de Cordoue, et Don Martin, ►mmandeur d'Estepa (puisse Allah vous honorer de i crainte I) que Notre Majesté noble renoue et renouîlle avec vous une paix cordiale, gage d'amitié solide pure, pour cette année solaire et neuf autres années nsécutives, à partir du premier janvier 1472 de l'ère

Sur Luque, cf. Simonet, i)e5cr(pczo/z,p.4,94,129;sur Albendin, 299, peut-être aussi p. 107, où il est parlé d'Albondon. Luque

aussi mentionné par Yâkoût, Mou'djam, IV, p. 365.

D'après d'autres, ce serait Teba. Cf. Dozy, Recherches sur stoire et la littératare de VEspagne pendant le moyen âge éd., Leyde, 1881, 2 vol. in-8), I, p. 299.

du Messie jusqu'au Irente-et-un décembre 1481 de la même ère^

Nous nous engageons à être les amis de vos amis et les ennemis de vos ennemis, à vous appuyer chaque fois que vous en aurez besoin pour la défense de votre territoire, dans la mesure de Nos ressources, contre tous vos ennemis, à quelque catégorie qu'ils appartiennent, et pour l'espace de temps que vous déterminerez. Au moment même, où vous Nous transmettrez votre demande d'assistance, ou bien que vous donnerez mission à votre envoyé de faire appel à Notre concours, Nous vous aiderons dans la mesure de Nos ressources.

De même. Nous vous ferons savoir, ô chevaliers honorés, tout ce que Nous saurons et tout ce que Nous apprendrons, que ce soit secret ou public, de ce qui sera attentatoire à votre honneur. Nous vous informerons promptement par un envoyé sûr, éprouvé, afin que vous assuriez le salut de votre pays avant le ravage de vos champs 2. Lorsque Nous distinguerons un mal qui peut vous atteindre. Nous ferons des efforts pour l'éloigner de vous ; lorsque Nous distinguerons un avantage ou une utilité que vous pouvez recueillir, Nous ferons des efforts pour l'approcher de vous. Nous conserverons l'amitié et l'alliance, stipulées entre Nous et vous, dans les paroles et dans les actes.

El sachez, ô chevaliers honorés susdits, que Nos fils les émirs ^ (qu'Allah leur accorde le bonheur I) garde-

1 Les années musulmanes correspondantes sont 876-886.

2 Le sens, que nous avons donné à al-fasâd, est emprunté à J. Mûller, Die leizlen Zeilen von Granada, p. 117, note 1.

^ L'un des iUs, auxquels il est fait allusion dans ce passage, est précisément Boabdil ou, en d'autres termes, Aboû 'Abd Allah Mohammad.

Quatre lettres missives

ront à votre égard cette paix, cette amitié et cette alliance, comme Nous la garderons, Nous, dans le privilège de Notre Majesté noble,

Quant à vous, par égard pour Nos amis fidèles et purs, et en vue de Nos illustres alliés, que vos bonnes relations avec Nous ne se démentent jamais et que votre amitié produise une alliance durable, où Nous ne mettrons pas en doute la sîncérilé de voire affection et la réalité de vos sentiments. Pour Nous, le pacte, que Nousconliactons avec vous, est fondé sur la vérité de ce que Nous vous avons exprimé, et Nous vous jurons par Allah l'unique, le juste, que tout ce que Nous vous avons promis. Nous l'accomplirons. Nous le tiendrons. Nous l'observerons avec sincérité ' et fidélité en tout temps, sans perfidie et sans trahison.

Et, pour que cette convention fût valable et solide. Nous l'avons scellée avec Notre anneau bienheureux, qui émane de ■ Notre main noble, et Nous y avons placé noire cachet puissant, pour bien montrer que l'engagement a été pris par Notre noble Majesté dans les premiers jours du radjab unique, béni, en l'année 876 ^. Allah a connu l'autorité de cet engagement.

La charte est authentique. Fin.

Sur les débris du cachet, o» /// encore : Allah '.

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