‹ Opuscules d'un arabisant, 1868-1905Chapitre 8 sur 34 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

L'élection en décembre 1901 d'Alessandro D'Ancona parmi les correspondants étrangers de l'Académie des inscriptions et bellea-leltres a ravivé en moi le plaisir que m'avait causé naguère sa belle publication de la Correspondance de Michèle Amari, avec sa riche annotation, ime véritable encyclopédie des hommes et des choses d'Italie au xix' siècle. Les deux volumes^ ont paru simidtanémeut en 1896. Ils sont terminés (II, p. 31 5-397)par un éloge d'Amari, lu par Alessandro D'Ancona à Florence, le 21 décembre 1890, dans une séance publique de la R. Accademia délia Crusca. Le 20 avril de celte même année, Oresfe Tommasini avait à Rome rappelé devant la R, Accademia dei Lincei « la vie et les œuvres » de son illiislre confréi'c ^, Tous deux ont mis à iirofit des Esquisses autobiographiques {Appunti aiilobioyrafici), qu'Amari avait tracées lui-même en 1881 à l'instigation de Leone Carpi et que Mme Amari conserve pieusement dans sa villa aux environs de Florence. Des

' Journal des Saoaiils de 1902, p. 209-222 ; -186-498 ; 608-622.

' Alessandro D'Ancono, Carleggio di Michèle Amari (Torino, 1896), 2 vol., 589 et 407 pages in-8".

" Oreste Tommasini, ScritH di sloria e critica (Ronia, 1891), p. 271-354.

raisons matérielles l'ont empêchée, à son grand et ail mien, de les mettre acfuellement à ma dispoa^ lion et j'ai dû me résigner à les entrevoir à travers les citations qui en ont été faîtes. Je ne puis pas préjuger absoUnnent si elles ajonteraient qoelqaes traits à la figure qui; je vais essayei* d'évoquer, non seulement grâce aux documents que je vieus d'énumérer, mail encore grâce à une biographie un peu terne, maiî exacte, de Gustave Dugat (Paris, 1808)', à une étude pénétrante de l'avocat F. G. Vitale (Milano, 1888)-, k un article juvénile et alerte de Daniel Halévy (Paris, 1897) '■*. J'ai aussi utilisé la brochure contenant les Discours prouoncés par <livers orateurs dans une des salles de l'Institut Ro^-al des études supérieures à Florence devant î« cercueil du sénateur Michèle Amari le 18 juillet 1889* ».

Lorsque, en 1866'', j'entrai an (lahinet des ma«H«crits de la Bibliothèque Impériale, j'y fus chargé de reviser et de continuer, après une interruption desqit années, le catalogue raisonné des manusciîts arabes, qui avait était commencé par Michèle Amari. Je m'e»- Ihonsîasmai d'instinct pour le ti-avail de mon prédé-

' Gustave Dugal, Histoire <les orienlalisles de VEurope (Fans, 1B6«-1870. 2 vol. iii-12), I, p. 12-24.

' /( Risaigùnesiio itaîlano, biografie sloricopoUliche (fiilaslH Ilatiani contemporanei, IV, p. 4.59-478. Je n'ai trouvé à Paris aucan exemplaire de ce recueil. A. l'iiisligalion de M""* Amari, mon confrère, l'arabisant C. Schiaparellî de Home, élevé d'Amari, a fait copier pour moi avec la machine à écrire l'élude ilc Vilale.

3 La Revue de Paris, i-' mars 1897, p. 69-815. Cet article a él* provoqué par la putjlieatioa du Carleggio.

* Parole pjQitaaîiale da diversi oralori sul ferelro del sejuMK Michèle Amari il giorno IS di laglio 1SS9 in una délie sait éd St. Mitalo di sUidi superiai-i in Firejue , FireBze, 1889, 38 p.

' Slane, Catalogue, Âoeitissemenl, p. lu, porte à tort Jâû7.

cessetir ; je devinai la probité de ses recherches et la ' justesse de ses conclusions, je considérai comme imperlînenle de ma paît la prétention de songer alors à ^ies retouches prématurées et j'occupai, sans la rempli)', la « place vide auprès de laquelle, en 1860, Renan ne passait jamais sans éprouvei- un vif sentiment de i-egiTt '. Mon amhition était d'achever l'œuvre d'Amari.cn m'inspirantde son esprit et de son exemple. Mon admiration n'a fait que grandir et que s'étendre depuis que je connais et que je crois avoir compris, Qou seulement le savant oricnlaUste, mais encore l'homme, le patriote, l'écrivain, l'historien. Devais-je eiumiiner séjuirémeut chacune des faces sous lesquelles Amarl s'est montré à ses contemporains et est entré (le son vivant dans l'immortalité 7 Je ne l'ai pas cru. Tout se tient dans son existence à chacune des époques qu'elle a traversées, des étapes qu'elle a parcourues. Ses actes ont l'unité d'une œuvre bien conçue, aux nombreux volumes. Ses livres sont des actes. L'évolution de sa vie ressortira le mieux de sa biographie par l'exposé des faits et lies idées dans l'ordre chronologique de leur succession -.

Les quatre pliases de son développement graduel tt coulinu feront le partage naturel de cette notice :

' Carifgyio, II, p. 86.

» C'est l'ordre chronologique, le plus logique de tous, avec des intercala lion s et des parallèles, qii'Amari a également préconisé eu télé do la Storia dei Mufulniaiii di Sicilia, 1 (185C), h xxxii, Mon élude biottraphique contient de larges emprunts à inférence que j'ai faite à la Sorbonne devant la Société tudes italiennes le 15 mars 1902, sous le titre : « Un historien (arabisant d'Italie ; Michèle Aniari ». Ma conférence, provo- B par mon ami Charles Dejob, a été recueillie excellemment t H. Eug. tieymann, sténographe de la Chambre des députés, Iquel j'adresse publiquement mes remerciements, avec le Rmoignage de ma reconnaissance.

1° Après l'enfance et l'éducation, Amari est avant tout un révolutionnaire palermitain, un autonomiste sicilien.

2o Le partisan des libertés locales et provinciales adopte l'idée de la fédération italienne sous un régime mixte, où aucune région ne soit absorbée par l'autre, où chacune conserve sa physionomie distincte et son gouvernement propre.

3° Les préférences personnelles cèdent le pas à la nécessité inéluctable de l'unité italienne, dont la direction ne peut être assumée que par la dynastie savoyarde des rois du Piémont, devenus rois d'Italie.

4o L'unité atteinte, elle ne peut être préservée que par un concours loyal au roi et aux institutions parlementaires. La personnalité d'Amari est arrivée à son entier déploiement jusqu'à ce qu'elle soit atteinte par la décadence et que, dans un recul plus rapide que la marche en avant, elle soit anéantie par la mort.

C'est dans la deuxième période que l'arabisant s'est greffé sur le patriote, pour ne plus être séparé de lui jusqu'au dénouement fatal. Ils sont unis par un lien constant, se prêtant un mutuel appui, poursuivant le même objet, passant par les mêmes transformations et les mêmes progrès, s'élevant dans leurs efforts en commun à l'apogée de leur puissance. Les prééminences d'un Amari autorisent à se glorifier d'être homme.

Notice sur Michèle Amari 93

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