II. SOUDURE DE DEUX FLEURS, OU PARTITION FLORALE
Une fleur de Belladone, dont la corolle était tombée, présentait un calice à huit divisions normales, dont trois un peu moins développées que les autres , et au centre de la fleur deux rudiments de pistils sans ovules et distincts. Le pédoncule était aplati, offrant à ses deux faces une rainure indice de la soudure de deux pédoncules. Ce fait confirme cette loi presque générale en tératologie, que la soudure de deux fleurs coïncide avec l'avortement de quelques-unes de leurs parties ; J. Christian a vu une fleur de Lilium, composée d’un périgone à onze folioles, de onze étamines et de deux ovaires ( voy. Bull. Soc. bot. t. IV, p. 1068); et M. Martins, faisant connaître un fait de soudure de deux fleurs de pétuma , a rappelé plusieurs cas de synanthie, empruntés aux auteurs et accompagnés d'avortements (voy. Annal. des Sc. nat. 3° sér. t. IT, p. 363).
Une des fleurs inférieures de la grappe du Digitalis purpurea L. m'a offert un calice à sept divisions dont une plus pe-
(C5) tite, une corolle presque normale, mais à six lobes terminaux , six étamines alternes avec eux, toutes également fertiles, un pistil à l’état normal.
Je crois devoir rappeler, à propos de ces divers cas de soudure soit de feuilles, soit de fleurs, que M. Germain de Saint-Pierre considère ces sortes de faits comme dus à une autre cause, la division d’un organe en deux ou plusieurs ou la diruption (Guide du Bot., p. 798); la diruption serait donc à l'état tératologique ce qu'est la partition pour les phénomènes normaux. J'ai prouvé en effet que la partition était un phénomène fréquent et normal dans le règne végétal (voir le Bullet. de la Soc. bot., t. Il, p. 499 ett. III, p. 608). S'il en est ainsi, je ne vois pas l'avantage de substituer le mot diruption à celui de disjonction qui, comme lui, ne s'applique qu'aux cas de monstruosités , et qui a sur lui l'avantage de la priorité. Il n’est peut-être pas inutile d'ajouter que M. Durand (de Caen), a cru pouvoir établir, à la suite d'expériences faites sur le développement de choux, que la partition ne vient qu'à la suite de la fasciation, et est toujours un indice de vigueur chez les sujets où elle se manifeste. (Voy. Mém. de la Soc. Linn. de Normandie , t. IX, p. xxxj et suiv.)