‹ Opuscules de botaniqueChapitre 19 sur 97 · IV. CÉRATOMANIE D'ORCHIS LAXIFLORA L · texte numérisé non relu

IV. CÉRATOMANIE D'ORCHIS LAXIFLORA L

On a déjà signalé plusieurs faits tératologiques concernant l'intéressante famille des Orchidées. Mais je ne crois pas qu'on en ait encore décrit de la nature de celui que m'a offert un individu d'Orchis laxiflora L. dont je dois la communication à M. Timbal-Lagrave , qui le tenait lui-même de M. de Larenbergue, botaniste distingué de Castres.

Les tiges, les feuilles , les bractées et l’inflorescence étaient à l’état normal; les fleurs avaient aussi conservé leur couleur et leur position ordinaires, celles du bas de l'inflorescence étant résupinées, les supérieures droites. Dans les unes et dans les autres, les deux divisions latérales du verticille externe avaient pris la forme du labelle, éperonnées comme lui, élargies au sommet, mais irrégulières par suite de leur po-

(6) sition latérale, c'est-à-dire ne pouvant pas se diviser en deux moitiés égales. L'éperon de ces deux pièces du périgone était, suivant les fleurs, plus court ou plus long que celui du labelle qu'il égalait quelquefois, n'en différant qu'en ce qu'il présentait souvent une ouverture au sommet.

On comprend, d’après ce qui précède, que les jeunes fleurs ou celles du sommet de l’inflorescence offraient trois éperons supérieurs (dus au labelle et à deux divisions extérieures du périgone), placés presque sur un même plan , et les fleurs adultes ou inférieures trois éperons inférieurs.

Les autres parties de la fleur étaient restées à l’état normal.

Ce fait de tératologie végétale, qui appartient au groupe désigné par Ch. Morren, sous le nom de Cératomanie, me paraît instructif sous plusieurs rapports :

1° Il semble indiquer que le labelle est peut-être le type des pièces du périgone, et l'organogénie est ici pleinement d'accord avec les données de la tératologie ; car M. [rmisch a vu le labelle des Orchidées à l’état jeune pareil aux feuilles périgoniales (voy. Linnœæa, t. XVI, p. 459).

29 [1 démontre le peu de fondement de l'opinion émise par Endlicher ,? dans son Genera plantarum , sur la nature du labelle des Orchidées (1).

3° Il confirme et étend cette règle déjà établie pour les Scrophularinées, que les plantes, dont quelques pièces du périgone sont éperonnées, prennent ordinairement des éperons aux autres pièces, lorsqu'elles se régularisent ou se pélorient. Néanmoins il importe de remarquer que ce sont deux divisions du verticille externe du périgone qui ont acquis chacune un éperon , tandis que le labelle (normalement éperonné) appartient au verticille interne.

4° Il tend peut-être à montrer aussi que les divisions extérieures du périgone des Orchidées appartiennent à la corolle

(1) Endlicher voit en effet dans le labelle non-seulement une foliole du verticille interne, mais quelque chose participant à la fois des étamines et des styles , aliquid naturæ stamineæ et stylineæ. ( Gen. , pag. 186.)

(4) plutôt qu'au calice, et que dès lors le calice manque à la plupart de ces plantes, comme semble l'indiquer l'£pistephium (1).

V. TRANSFORMATION D'UNE ÉTAMINE EN PISTIL CHEZ LE Tu- LIPA GESNERIANA L.

La transformation d'étamines en pistils a été décrite et figurée par M. de Mohl ( Vermischte Schrift., p. 34 et suiv.) avec tout le talent qui caractérise ses travaux. Toutefois ses - observations ayant porté sur le Sempervioum tectorum L., plante dicotylédonée il ne sera peut-être pas inutile de faire connaître un fait du même genre qui a pour objet la Tulipe, c’est-à-dire une plante monocotylédone.

En dedans des deux verticilles floraux extérieurs étaient cinq étamines normales ; mais la place de la sixième était occupée par un corps qui était étamine dans sa moitié inférieure, pistil dans la supérieure. En effet, au-dessus du filet, on distinguait la base des deux loges de l’anthère que surmontait une rangée d’ovules imparfaits : ceux-ci naissaient à la jonction du filet et de la loge anthérale avortée. Deux stigmates se trouvaient au sommet de ce corps. Au centre de la fleur étaient trois carpelles presque normaux , mais à cavité ouverte.

Cette observation démontre que les ovules n’occupent pas la place du pollen, mais naissent à la jonction des loges de l’anthère avec le connectif.

Le pistil de la Tulipe des jardins est aussi sujet à une foule de déviations qui ont été récemment bien étudiées par M. Duchartre. (Voir les Annal. des Sc. nat., 4° sér. t. VIT, p. 45).

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