‹ Opuscules de botaniqueChapitre 27 sur 97 · IX. MULTIPLICATION DES ORGANES FLORAUX DU BIGNONIA CAPREOLATA L · texte numérisé non relu

IX. MULTIPLICATION DES ORGANES FLORAUX DU BIGNONIA CAPREOLATA L

Le 11 juin 1861, j'ai noté les déviations suivantes sur des fleurs de Bignonia capreolata L. au Jardin des plantes de Toulouse :

{re Fleur. La place de la 5° étamine est occupée par un filet que termine un renflement en capuchon ; 2° fleur, les deux étamines supérieures etla médiane sont pétaloïdes ; les inférieures normales, à l'exception d’une anthère que surmonte un petit corps charnu ; 3° fleur, même disposition, si ce n'est qu'à la place de la 5° étamine est un filet grêle, un peu élargi au sommet, et que les deux étamines inférieures se terminent par un corps moilié pétale , moitié anthère; 4° fleur, les deux étamines supérieures sont remplacées chacune par un faisceau de lames étroites et colorées ( deux dans l’un des faisceaux , quatre dans l’autre), les deux étamines inférieures

(12) | étant à peu près normales : enfin, deux autres fleurs ont offert une modification des organes staminaux et pistillaires. Les deux étamines supérieures ne s’écartent de la structure habituelle que par la présence d'une petite languette colorée qui surmonte l’anthère et continue le connectif ; les deux étamines inférieures ont leur filet élargi de la base au sommet, où l’on voit un rudiment d’anthère ; le style est terminé par trois stigmates normaux et dressés, un supérieur, deux latéraux, et l'ovaire a aussi trois loges. Le calice n’a pas subi de modification.

Cette tendance du pistil à devenir triloculaire est d'autant plus remarquable , que De Candolle, dans la Revue de cette famille (et in Prodrom. regni veget. , t. 1x, pp. 142 et suiv.), ne signale aucun genre à fruit triloculaire. L'étude de ces déviations est encore intéressante à d’autres points de vue; elle dévoile la constante propension du corps qui remplace la 5° étamine à prendre la forme d’un tube ou d’un cornet, soit dans toute sa longueur, soit au sommet seulement, sans qu'il s'y manifeste jamais le moindre vestige d'anthère , tandis qu'au contraire, la trace de cet organe persiste toujours chez les étamines inférieures quelque déformées qu'elles soient : elle montre un double mode de transformation des étamines , tantôt en un seul filet élargi, tantôt en un faisceau de filaments aplatis; et ces étamines, à l'inverse de la médiane, ne tendent pas à la forme tubuleuse. Enfin, par le fait de l’augmentation des parties à l’androcée et au gynécée, coïncidant avec la stérilité, elle fournit un nouvel exemple de la loi de balancement organique.

X. RAPPORTS DES RUTACÉES ET DES ZYGOPHYLLÉES , CONFIRMÉS PAR UNE ANOMALIE FLORALE DE LA RUE.

M. Payer, traitant de l’organogénie florale des Zypophrliées 1 s'exprime ainsi : «Le verticille de l’androcée superposé au calice, n’a que cinq étamines; au contraire, le verticille superposé à la corolle en a tantôt cinq (ex. : Zygophyllum, Tri-

bulus) et tantôt dix (ex. : Peganum). Dans ce dernier cas, ces dix élamines sont, par paires, superposées aux pétales. La symétrie florale est la même, 1l y à eu seulement dédoublement ( Traité d'organogénie, p. 69 }.» Or, le genre Peganum, après avoir été réuni aux Rutacées proprement dites (et par Adrien de Jussieu lui-même), avait été placé par MM. Brongniart, Lindley et Payer, dans les Zygophyllées ; par M. Colla, dans les Zanthoxylées, lorsque, tout récemment, M. J. Agardh a cru devoir le réintégrer dans les Rutacées, à cause de ses ovules hétérotropes et insérés de même sur le placenta ( Theor. syst. plant., p. 228). Dans ce conflit d'opinions, il n’est peut-être pas inutile de signaler une anomalie que m'a présentée une fleur de Ruta graveolens L. , tendant à reproduire l’androcée du Peganum. Cette fleur, qui occupait le centre d'un des petits corymbes partiels terminaux, élait normale quant au nombre quaternaire et à la symétrie de ses éléments, à cette différence près, qu’à la place d’une des étamines oppositipétales on voyait deux étamines soudées dans leur moitié inférieure; les deux anthères étaient biloculaires, normales, supportées chacune par une bifurcation du corps résultant de l’union des deux filets.

L'affinité des genres Peganum et Ruta est telle, que G. Bauhin (Pin. p. 336), et Morison ( Plant. Hist. univ. , t. 2, p. 508), ne les distinguaient pas; et que, plus près de nous, Poiret n'hésitait pas à déclarer que ces deux genres pourraient être réunis sans inconvénient ( Voir l'Encyclopédie — botanique, t. V1, p. 333).

Si le genre Peganum, intermédiaire entre les Rutacées et les Zygophyllées établit le lien d'union de ces deux groupes, pourquoi ne pas les réunir ?

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