XV. DUPLICATURE DES FLEURS DE L'HELMINTHIA ECHIOIDES
On sait que les prétendues fleurs doubles des Composées consistent soit en un simple agrandissement des fleurons tubuleux, soit en une transformation de ceux-ci en languettes.
Cependant, en 1837, M. Cesati décrivait et faisait figurer
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dans le journal allemand Linnæa (1. XI, p. 303, tab. vi), un pied de Carduus crispus à capitules réellement doubles, où chaque fleurette s'était transformée en un petit capitule de feuilles et de paléoles subulées, sans trace des organes floraux ordinaires. L'involucre était resté normal.
Dans le pied d’ÆJelminthia echioides , observé par moi l’été dernier au Jardin des plantes de Toulouse, tous les capitules restés verts et accompagnés de l’involucre non modifié, étaient composés d’une foule de petits bourgeons subglobuleux, verts, occupant la place des fleurs et consistant en écailles nombreuses, semblables, étroitement imbriquées , d’un vert blanchâtre, diminuant insensiblement de grandeur de l'extérieur à l’intérieur. Point de traces d’élamines ni de pistils.
Voilà deux grands groupes de cette vaste famille des Composées, la tribu des Carduacées et celle des Semi-flosculeuses, qui ont offert chacun, dans un de leurs représentants, le même phénomène (1).
XVI. AUGMENTATION DES PARTIES A TOUS LES VERTICILLES D'UNE FLEUR COMPLÈTE, OU A TROIS OU A DEUX D'ENTRE EUX.
A. Chez une Onagre. — On sait que la plupart des OEnothérées, et en particulier le genre Onagraire, sont caractérisés par le type quaternaire. Mais il n'est pas très-rare de voir offrir à quelques fleurs d'ŒÆnothera des verticilles de cinq pièces ; et en juillet 1863, je constatai qu'une fleur d'Œ. muricata avait six sépales soudés en deux faisceaux , l’un de quatre, l’autre de deux ; puis six pétales alternes avec eux, douze étamines, six loges à l'ovaire et six stigmates ; toutes ces parties avaient conservé leur forme normale, seulement des six stigmates quatre étaient soudés deux à deux.
Les faits de multiplication des parties, du moins dans les trois verticilles floraux extérieurs , ne sont pas rares chez les
(1) J'ai indiqué une transformation analogue des capitules de l’Arfemisia campestris aux environs d’Ussat (Ariége), mais déterminée cette fois par la piqûre d’une larve. (Voir Revue des Soc. savantes, numéro du {1 juillet 1862.)
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Fuchsias , où ils ont été signalés par divers botanistes , notamment par Eudes Deslongchamps , qui compta sur une de ces fleurs six sépales, six pétales , onze étamines , et sur une autre sept sépales, sept pétales, quatorze étamines ; mais cet auteur était-il dans le vrai en disant : Ce cas résulle évidemment de la soudure de deux fleurs (in Mém. Soc. Linn. de Normandie, 1864-65, p. 122)? — Il n'est peut-être pas inutile de rappeler à ce propos l'opinion de M. Fermond qui accorde aux dicotylédons des verticilles de six pièces, la symétrie quinaire habituelle de ces plantes provenant, à ses yeux, d’un avortement.
B. Chez un Ixia. — Un même pied d’/xia miniata portait des fleurs à type ternaire, quaternaire et quinaire, et, chose notable, tous les verticilles d'une même fleur étaient isomères, y compris le pistil.
C. Chez une Digitale laineuse. — Plusieurs pieds de Digitalis lanata Ehrh., cultivés au Jardin des Plantes de Toulouse, ont attiré d'abord mon attention par cette curieuse anomalie, la division profonde (bipartition) de la lèvre inférieure de la corolle. Un examen ultérieur m’a montré dans ces fleurs les enveloppes florales à type septenaire. Le calice avait trois de ses sépales tout à fait extérieurs, savoir les deux supérieurs (avec lesquels allternait la dent moyenne de la lèvre supérieure de la corolle), et un inférieur plus petit que les autres et manquant dans certaines de ces fleurs : les quatre sépales restant formaient deux paires latérales, dont l’une, l'inférieure , recouvrait l’autre en partie. La lèvre supérieure de la corolle était à cinq dents presque égales, et les deux divisions profondes de la lèvre inférieure avaient chacune trois nervures. Dans les cas où ne s’était pas développé le sépale inférieur (normalement alterne avec ces divisions ) la symétrie était la même. Il n'y avait jamais que quaire étamines ; seulement près du point d'union des deux parties de la lèvre inférieure (ou mieux des deux lèvres inférieures), la gorge portait une petite élévation ou pointe de la couleur des filets, et qui était assurément l'indice d’un rudiment d’éta-
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mine. Tantôt le pistil conservait sa structure habituelle, et tantôt l'ovaire était à trois loges. Quelquelois la lèvre supérieure de la corolle élait normale et à quatre dents, et l’inférieure bipartite. Il ne saurait ici être question de soudures ; ces déviations du type spécifique sont évidemment des multiplications d'organes.
Une de ces fleurs offrait une altération plus profonde due à la ramification du pédicelle compliquée de prolification. La corolle était fendue d’un côté, ne portait que deux étamines et laissait pénétrer par cette fente deux boutons floraux dont un central occupant la place du pistil, l’autre appliqué sur un de ses côtés; huit sépales ou bractées entouraient ces trois fleurs, à l'extérieur desquelles se trouvaient encore deux boutons, accompagnés chacun d’une bractée , et dont la corolle comme dans les deux autres était verte, peu développée, portant des étamines rudimentaires et un petit cône central indice du pistil.
Le Digüalis purpurea avait déjà montré à M. Vrolik une multiplication des carpelles ; savoir un pistil à trois, quatre, six parties, à moi-même une augmentalion de nombre dans les pièces des trois verticilles extérieurs (1), à de Chamisso la transformation totale ou partielle de la corolle en étamines (2), à M. Le Jolis toutes les fleurs d’un même pied à lèvre inférieure de la corolle libre par adesmie (3), à M. Carion, une
corolle à quatre pétales spatulés et atténués en long onglet (4).
Ces faits ne témoignent-ils pas d’une singulière tendance de la corolle des espèces de ce genre à varier ?