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cesse Ja vérité. Tel rapport, en apparence bien légitime à un premier examen, peut ne pas exister réellement, et là plus qu'ailleurs la théorie des causes finales risque de s’exercer sans grand profit pour la science ; là plus qu'ailleurs , le naturaliste doit presque se borner à soulever des problèmes , à effleurer des solutions. En essayant d’écarter un coin du voile qui recouvre ce vaste champ d'études , j'ai dû faire ces réserves , non assurément pour me mettre à l'abri de la critique, mais bien pour prévenir que la nature de ce travail nc comporte pas ce degré de précision qui, de nos jours, est justement exigé dans des recherches d'un autre ordre.
Si je me fais une idée juste du programme de la question, il faudrait l’envisager dans ses rapports avec la physiologie générale, passer successivement en revue les organes élémen- (aires et les organes composés considérés à l’état normal et à l'état tératologique et nosologique , pais faire l’application de la loi à la classification et à ses divers degrés , ainsi qu’à la dispersion des végétaux à la surface du globe. Mais ce cadre est trop vaste pour pouvoir être ici convenablement traité dans toute son extension ; el, négligeant à dessein la seconde partie, J'aurai principalement en vue, dans ce travail, le balancement des organes composés.
CHAPITRE [IL.-— De quelques aperçus ou phénomènes généraux en rapport avec la loi de balancement.
Je crois superflu de rappeler ces hautes considérations sur la statique des êtres organisés , qui , exposées avec lant d'autorité par un des plus éminents chimistes de notre époque, concluent à un merveilleux équilibre entre les deux règnes organiques. Toutefois , il est quelques propositions de physiologie générale afférentes au balancement organique qu'il convient de placer au début de cet écrit.
$ ET. — De l'existence des espèces ou des variétés.
Puvis et plus récemment M. Darwin se sont attachés à dévoiler entre les forces de destruction et de création de tous les
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êtres une sorte de balancement. « Quelques espèces, dit Puvis, peuvent disparaître ( Cytise et Dictame des anciens }, quelques autres peuvent être créées ; mais tout cela sur une trèspetite échelle. » ( De la dégénér. et de l'extinct. des variétés. ) « L'équilibre des forces, énonce à son tour M. Darwin , est si parfaitement balancé dans le cours des temps , que l'aspect de la nature demeure le même pendant de longues périodes, bien qu'il suffise souvent d'un rien pour donner la victoire à un être organisé au lieu d’un autre. »
Aux yeux de cet auteur, la concurrence vilale anéantil le plus grand nombre d'individus possible ; mais cet inconvénient est amplement racheté par ce fait que les forts seuls résistent, l'élection où sélectios naturelle mettant tout à profit pour améliorer cerlains individus. (loc. cit. p. 106.)
En général, plus une espèce donne prise aux agents de destruction, el plus elle est féconde en moyens de mulliplication. En général aussi, la diminution dans l'intensité vitale est fréquemment accusée par l’'envahissement soit de parasites végélaux , soit de nombreux animalcules.
Dans tous les représentants du règne organique , la ténacité de la vie parait être en raison inverse du luxe de ses phénoménes. Mais, par suite de la simplicité plus grande de l'organisalion végétale, la différence entre les êtres supérieurs cl inférieurs est moins tranchée dans les plantes.
A an autre point de vue, la loi de balancement est la sauvegarde des espèces ou du type spécifique. Les formes sont toutes soumises à une forec centrifuge qui, si elle les fait s'écarter du type primitif , se trouve balancée par d'autres, et en particulier par la force d'atavisme , ce qui prévient la confusion et empêche que la nature ne tombe dans le fantastique. Par elle, l'essence même de l'espèce reste à peu près immuable, du moins pour la période historique. Toutefois , la stabilité des formes dans un groupe quelconque de végétaux parait être en raison inverse du nombre d'espèces qu'il contient, les variélés par excès ou par défaut ne pouvant dépasser une limile assignée à l’avance à chaque espèce.
Van Mons et Puvis après lui, admettent que la vie des variétés va décroissant en proportion de leur perfectionnement en qualité. « Il me semble, ajoute cc dernier , que les arbres se rapetissent diminuant de durée et de vigueur à mesure qu'ils produisent des fruits plus gros, plus abondants et de meilleure qualité » (loc. cit.).
Ün horticulteur écrivait à propos de ses Reines Margucrites : « Plus les fleurs de mes variétés se perfectionnent, plus les graines qu’elles produisent sont d’une constitution imparfaite, et plus elles deviennent rarcs» (in Rev. hort. pour 1852, p-. 253).
$ 2. — Du développement des étres ou de leurs parties.
La durée de la vie est généralement en raison inverse de la rapidité du développement : telles la plupart des Cucurbiacés, la Mercuriale et plusieurs espèces de Véroniques annuclles , le Draba verna , l'Arabis Thaliana, le Saxifraga tridactylites et surtout les organes sporifères des Champignons. De même plus la vie de la cellule est active (utricales de la moclle, zoospores , si tant est qu'ils soient des cellules) ct plus elle est courte.
Si la greffe détermine la précocité, elle avance aussi le terme de la caducité de l'arbre. On a même dit, mais cette opinion est combattuc par MM. Decaisne et Laujoulet, qu'elle contribue à la dégénérescence des arbres fruitiers.
Le développement des boutures est souvent plus rapide que celui des plantes nées de graines ; mais les premières n’acquièrent pas en général une si grande étévation que les secondes, et portent des graines ou bien moins rourries ou même infécondes.
Qui ne sait avec quelle vigueur poussent les rameaux stériles dits gourmands des rosiers , des ronces, du Jujubicr, du Shepherdia reflexa , etc. ?
Les organes stériles provenant de la transformation d’autres organes , ont parfois un développement extrêmement rapide : tels les vrilles des Antpélidées, les épines des Gleditschia, etc.
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On voit souvent se dilater les organes ou parties d'organes dont l’essence est d’être florifères, mais qui sont devenus stériles : tels la massue des Arum , les pédoncules foliiformes du Danae racemosa et du Myrsiphyllum asparagoides ; telle encore la prétendue bractée, soudée au pédoncule du Tilleul, et qui représente, à mon sens, un pédoncule se partageant au sommet en une branche fertile et une stérile foliiforme. (Voir mon Mém. s. les Cladodes, dans ce Recueil, d° sér. L. v, p. 82-84.)
Des deux frondes que porte ordinairement chaque pied
de Lemna minor , l'une est grande , réniforme , mais stérile :.
l’autre arrondie, très-pelite , fertile, et se détache en portant le fruit (Mæœnder ).
Les environs de Bordeaux offrent une variété de Sagüttaria sagilltæfolia à feuilles gigantesques, mais fa plante est stérile.
La suppression ou l'avortement des bourgeons latéraux d'un arbre détermine un allongement considérable ct rapide de sa flèche (Peuplier d'Italie , Ricin) ; le retranchement de celle-ci ou du bourgeon terminal produit l'élongation soit de bourgeons axillaires qui sans cela seraient restés inactifs , soit de germes adventifs (Saule blanc en tétard). Il est aussi bien reconnu que l’effeuillaison (notamment chez les Müriers) a pour effet le développement prématuré en branches des bourgeons axillaires , l'arbre donnant ainsi deux générations de branches en un an. i
On peut constater de semblables rapports de balancement entre les phénomènes de végétation et de reproduction.
L'arbre fruitier , par exemple, nous montre entre la vigueur et la production, entre le principe de vie et le principe de mort , une sorte d'antagonisme , de lutte constante , qui, selon l’expression de M. Laujoulet, peut être considéréecomme le drame même de l'existence de l'arbre. La fertilité de ses branches est souvent en raison inverse de leur affaiblissement.
Bosc à écrit qu'il suffit d'enlever en mai les feuilles aux Figuiers , pour déterminer de leur part une abondante production de fruits en automne. Ces arbres sont bifères. Chez
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ceux dont la végétation est précoce, les premiers fruits tombent avant maturité, la séve élant détournée au profit des branches et des feuilles ; mais aussi la récolte d'automne est plus abondante. Les bourgeons de ces arbres naissent souvent géminés , et les cullivateurs d'Argenteuil ont l'habitude d’enlever un des deux, celui qui se serait développé en scion, afin d'accroître le volume de [a figue naissante. — On connaît anssi l’intermittence dans la production des fruits chez les arbres à pépins.
Risso et Poitcau citent un Oranger produisant alternalivement chaque année de cinq à six mille fruits sur une moitié de sa Lôte, et une centaine sur l'autre. |
M. Van den Born a pu faire fructifier le Lis blanc ei la Ficaire en enlevant au premier les écailles du bulbe, à la seconde ses petits tubercules basilaires (in Belg. hortic. de 1863 , p. 226).
On à constaté que dans les années où les chênes ou les bêtres donnent du fruit en abondance, l'épaisseur des couches ligneuses est diminuée.
La plupart des végétaux cultivés dont on a forcé la production en sucre ou en fécule ne fleurissent pas (Canne à sucre), ou contractent des maladies (Pomme de terre, d'après M. Alph. de Candolle).
Est-ce parce que les Oxalis du Cap, si florifères dans nos serres, portent de nombreux tubercules qu'ils ne donnent pas de graines fertiles, comme le veut Vaucher, ou bien cette stérilité tient-elle à l'absence des insectes fécondateurs de la mère-patrie ?
Les trois formes distinctes reconnues par M. Fabre chez l’'Himantoglossum hircinum , et ayant chacune un rôle spécial, la florale, la multiplicatrice (laquelle ne produit que des bulbes basilaires et point de fleurs), ct la disséminatrice, témoignent d’un balancement de fonctions.
Enfin faut-il admettre, avec M. Karsten, que les modes de fructification sont d'autant plus variés que la structure des organes végélatifs est plus simple? (in Annal. Sc. nat., 4° sér., 7° année.)
$ 3.— Du nombre des parlies.
Le nombre des parties est d'autant plus Gxe qu'ilest moindre.
M. Karsten a énoncé que le nombre des embryons produit par chaque fructification est d'autant plus grand dans les organismes que ceux-ci sont d’une structure plas simple (loc. cit ).
La multiplication des parties est un signe de dégradation organique ; leur multiplicité (comprenant le nombre ct la variété) dénote au contraire une localisation fonctionnelle poussée plus loin, et par conséquent un degré supéricur d'organisation. (Chatin.)
Les Glaux, les Montia, les Callitriche, les Suæwda, les Zanxichellia , ete. , ont de très-nombreuses liges , des feuilles et des fleurs très-multipliées, mais ces fleurs sont d'une extrême simplicité. C’est en vertu du même principe que la plupart des Botanistes modernes, en opposition avec les idées de De Candolle et d'Aug. de Saint-Ililaire, considèrent les monopélales comme supérieures en organisation aux polypétales où le même organe est souvent très-muitiphié. Mais si la sondure limitée des parties florales implique un degré de supériorité, elle acquiert une tout autre signification quand elle les embrasse toutes, ce qui a fait dire à M. Chain : « La dégradation organique peut résulter d'un excès aussi bien auc d’un arrêt de développement. »
La soudure accidentelle des organes est souvent accompagnée d'une réduction de nombre. Deux embryons dicotylés lorsqu'ils sont connés n'ont en général que trois cotylédons. Des Svnanthies se compliquent aussi d'avortements ; on la constaté sur des espèces des genres Pervenche (De Candolle, Adr. de Jussieu), Antirrhinum (Choisy , Engelmann ), Lilas (Chavannes), Pétunia (Martins), etc. , etc.