CHAPITRE IV.-- Loi de balancement appliquée à la sexualité
Girou de Buzareingues a distingué dans les plantes deux vies ; l’une extérieure, qui préside aux évolutions de ses cou-
mn. Yhus
ches superficielles , l'autre antérieure pour les couches profondes ; et il admet entre elles une sorte de balancement , la première dominant dans les plantes mâles , la seconde dans celles de l'autre sexe (in Aunal. Sci. nat. 1" sér., L. xx1v, p. 157).
On sait que M. Darwin admet la tendance à la séparation des sexes ; il semble au premier abord que cette tendance soit défavorable à la fécondation ; mais, d'après l'auteur anglais, elle lui est au contraire favorable en ce qu’elle rentre dans la loi de la division du travail. Toutefois, M. de Mohl s’est attaché à combattre celte opinion que la nature favorise la fécondation par le pollen d'une autre fleur au détriment de celui de la propre fleur de la plante (in Bot. Zeit. pour 1863, p. 309 cl 321.)
Les propositions suivantes témoignent en faveur de la loi de balancement :
1° Dans les plantes dioiïques le nombre des pieds males est en général plus grand que celui des femelles ; mais, cn revanche, ceux-ci semblent avoir plas d'importance.
2° Dans les diclines il y a plus de fleurs mâles que de fleurs femelles ; et l'unisexualité des fleurs entraîne souvent la multiplication de celui des organes sexuels qni persiste. Ainsi s'explique le grand nombre d'étamines des fleurs mâles de la Sagittaire (comparées à celles de l'Alisma hermaphrodite et hexandre) et de plusieurs genres de Palmiers.— La famille des Ebénacées est instructive à cet égard : Dans les Diospyros la fleur mâle a un rudiment de pistil et de 8 à 50 (ordinairement 16) étanines fertiles, tandis que la fleur femelle n’a ordinairement que 8 élamines à anthères sessiles. Le ARospidios à 12 étamines fertiles a1x mâles et 4 seulement ( stériles) aux femelies; enfin dans le genre ÆEuclea, les fleurs femelles sont entièrement dépourvues d’étamines.
Citons encore le fameux Pommier de Saint-Valery, qui réduit aux fleurs femelles , offrait, selon Héricart de Thury, un rang inférieur de 5 loges et un supérieur de 9.
3° L'importance de l'appareil femelle semble contrebalancée
NS", par plus de luxe dans la fleur mâle. À l'appui de cette proposition qu’il me soit permis de rappeler ici quelques-uns des résultats que m'a fournis la comparaison des sexes dans les plantes (1).
a. La coloration est souvent plus prononcée dans les fleurs mâles que dans les femelles (ce que montrent surtout les Palmiers); b. quand des deux sexes un seul est privé d’enveloppe florale, celle-ci appartient à la fleur mâle ( Atriplex , Betula, Najas, Antiaris, Urtica nivea) ; c. dans les groupes des Urticinées , le périanthe est souvent mieux conformé dans les fleurs mâles que dans les femelles ; d. lorsque dans les plantes diclines, l'un des sexes est accompagné d’une seule enveloppe florale et que l’autre est dipérianthé, le périgone est spécial aux fleurs mâles.
Dans les Cistinées, les Violariées , les Malpighiacées et les Légumineuses , on trouve des fleurs incomplètes privées de corolle et même parfois de calice, mais plus propres à porter des graines que les fleurs plus brillantes et plus parfaites des mêmes espèces. Dans l’Amphicarpæa les fleurs corollées sont rarement fertiles , et dans le Voandzeia celles sont absolument stériles.
4° L'imperfection de l'appareil sexuel est aussi en rapport avec les organes de végétation. — Si les plantes Hybrides produisent peu ou point de graines, si elles se perdent après quelques générations , elles ont en retour le privilége d'être plus robustes; et dans les Sempervivum, d’après M. Lamotte, les rosettes se multiplient et fleurissent beaucoup plus chez les Hybrides, que chez les espèces légitimes.
M. Wesmael a vu le tubercule bulbiforme du Ranunculus bulbosus ne donner naissance qu'à une ou deux tiges , tandis que l'Hybride des À. acris et bulbosus émet de 5 à 7 tiges, mais reste stérile (in L'Institut du 21 janvier 1863, p. 21).
(4) V. Mémoires de l’Académie des Sciences Inseriptions et Belles-Lettres de Toulouse, 4 série, tome 1v, pag. 314 et suiv. Dissertation sur l'influence qu'exerce dans les plantes la différence des sexes, suivie de la distinction des deux sortes de diclinismes.