EB. ENTRE LES ORGANES VÉGÉTATIFS ET FLORAUX
Entre la racine et les graines : De Candolle a depuis longtemps signalé ces faits de balancement dans la famille des Crucifères. Les Brassica , les Raphañus , paraissent donner d’autant moins de semences que leur racine grossit davantage. Le Cochlearia rusticana L* ( C. Armoracia L. ), aux racines énormes, n’en donne même pas du tout au Jardin des Plantes de Toulouse, et je ne vois jamais son nom figurer dans les nombreux catalogues de graines que publient chaque année les Jardins botaniques.
Entre la tige et la fleur : Un des caractères des plantes de montagne est d'offrir de grandes fleurs , avec des tiges courtes et rabougries; mais quel meilleur exemple pourrait-on citer de la corrélation de ces deux organes que cette curieuse parasite des forêts de Java , la Rafflésie d’Arnold , où tout se réduit presque à une immense fleur.
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Entre la tige et le fruit : M. l'abbé de Lacroix a remarqué qu'A Nantes, le Verbascum thapsiformi-floccosum , stérile , atteint jusqu'à 2 mètres 33 centimètres, le développement excessif de la tige étant lié à l'avortement des capsules et des graines.
Entre les bourgeons végétatifs et floraux : La multiplication par bourgeons est en général d'autant plus active, que la pro+ pagation par fleur ou par graines l'est moins. Quand le Cardamine pratensis est accidentellement stérile, comme il arrive dans les marais aux environs de Nancy , il se conserve à l'aide de bourgeons adventifs qui se détachent spontanément. M. Decaisne a depuis longtemps signalé la stérilité du Lysimachia nummularia coïncidant avec une multiplication très-active de cette plante par stolons, et les exemples de ce genre sont assez fréquents dans le règne végétal. On sait que l'opération de Ja taille consiste à établir l'équilibre entre le développement des boutons à bois et à fleurs. On sait aussi qu’il suffit d'empêcher le Réséda odorant de fleurir , en lui enlevant ses boutons, pour lui faire développer des bourgeons qui lui donnent une nouvelle vie.
Presque toutes les plantes aquatiques à fécondation incertaine et à germination difficultueuse, dit M Chatin, sont, par compensation , pourvues d'un moyen cerlain de se perpétuer, soit par gemmes ou bulbilles, soit par tubercules , soit par stolons, soit par rhizomes, soit même par simple division ( Anat. comp. , p.9). Rappelons les curieux bourgeons cornés du Potamogeton crispus , ceux de l’Aldrovandia , ete.
Les plantes à tubercules sont éminemment propres à dévoiler ces relations , telles l’Aimantoglossum hircinum et la Pomme de terre. M. Fabre a constaté dans la première une sorte d'opposition entre la forme florale , chargée de la propagation par graines, el la multiplicatrice, qui, ne produisant jamais de hampe, émet des tubercules à sa base. Quant à la seconde, elle a été de la part de Knight, de Martens et de Murray , l’objet d'expériences pleines d'intérêt. Il est reconnu que les variétés les plus hâtives sont toujours dépourvues d'organes floraux. La Rouennaise précoce a des tubercules très-
= d$ — volumineux et abondants, complètement mürs à la mi-juin, tandis que les tiges restent très-courtes et ne se terminent jamais par des fleurs (Martens in l’{nstitut pour 1863, p. 21). Knight a pu faire développer chez les Pommes de terre hâtives des fleurs et des fruits par l’ablation des tubercules à mesure qu'ils se montraient (a@ select. fr. the physiol. and hort. papers, p. 133 ). Murray a fait la contre-épreuve , ayant constaté que les produits s’accroissent sensiblement par l’ablation des fleurs, et d'autant plus que l'enlèvement a été plus prématuré (in AHortic. belg. 1. 11, p. 92).
Chez plusieurs plantes des montagnes, la difficulté de maturation des graines est amplement compensée par la formation de bourgeons reproducteurs à la place de fleurs, telles Polygonum viviparum , Poa alpina et bulbosa , Festura ovina et duriuscula, Carex muricata, C. pilulifera , C. vulpina , C. divulsa , etc.
« Dans les Fraisiers, l'obstacle apporté au développement des fleurs, dit M. de Lambertye , a pour résultat immédiat l'émission plus hâtée des coulants. » Lelieur a écrit à son tour : « Les fraisiers qui ne fleurissent chaque année que pendant un laps de temps très-limité , émettent leurs moyens de reproduction l’un après l'autre d’une manière très-tranchée, d’abord le fruit, puis les coulants. »
Les Palmiers n’ont qu'un bourgeon végétatif , le terminal, mais leur régime est composé d'une infinité de bourgeons floraux ou boutons. Des exostoses des branches du Jujubier il naît deux sortes de rameaux , les uns stériles , végétatifs et persistants , les autres florifères et caducs.
Desvaux a constaté qu'il suffit de couper les fleurs d’un pied de Gentiane à type quaternaire pour voir se développer extérieurement des fleurs disposées d’après le type quinaire.
Rappelons , enfin, que , d'après M. Montagne, plus un lichen est parfait, plus l’apothécie est imparfaite.
Entre les feuilles et les organes floraux : Le nombre de plantes pourvues à la fois de grandes feuilles et de petites fleurs est considérable , telles les Térébinthacées, les Juglandées,
les Platanées, les Ombellifères, plusieurs Composées ( Ferdinanda eminens, Sonchus, eltc.), Morées, Artocarpées et Cannabinées (Morus et Broussonetia, Artocarpus, Ficus, Cannabis).
Les fleurs semblent être, dans la plupart des cas , d'autant plus multipliées que les feuilles sont plus rares ou non encore développées, telles les Cuscutes , telles les Amentacées aux innombrables chatons.
Un phénomène inverse a lieu chez le Sencbiera pinnatifida , où les feu'lles sont nombreuses et assez grandes, tandis que les fleurs , déjà très-petites, perdent souvent par avortement quelques-uns de leurs organes, et deviennent dian-. dres. Supposez à cet avortement un degré de plus, et la plante étant annuelle disparaîtrait.
Le grand développement et la multiplication des parties florales chez plusieurs Cactées aphylles ou presque privées de feuilles (Cereus, Opuntia , Echinopsis, elc.), ne semblentils pas témoigner d'une corrélation entre ces deux sortes d'organes ?
Faut-il voir un phénomène de balancement dans la coexistence chez le Chèvrefeuille commun ( Lonicera Caprifolium) de longs filets et de feuilles supérieures connées ; et chez les Silénées de pétales onguiculés , d'étamines à longs filets d’une part , et de feuilles souvent sessiles de l’autre ?
g. BracTéEs. M Baillon a remarqué que chez l'Hordeum trifurcatium, la glamelle inférieure se termine parfois par trois dents égales ; mais que celte espèce a des fleurs où la division médiane de la bractée est considérable , tandis que les dents latérales sont rudimentaires , et d’autres où la division médiane est peu manifeste , tandis que les latérales ou lune d'elles se développent énormément et prennent un aspect plumeux (in Bull. Soc. bot. t. 1, p. 187 ).
Entre les bractées et les stipules : Schacht considère la cupule de la Noisetle comme formée par les deux stipules d’une feuille ou bractée restée rudimentaire.
Entre les bractées et les pédoncules : Un rapport inverse dans le développement de ces deux sortes d'organes se manifeste chez
— 95 — | les Conifères. Dans le genre Cyprès, en effet, le pédoncule reste très-court , l’écaille ou bractée s'accroissant énormément , tandis que les genres Pin et Sapin ont, avec des bractées rudimentaires, des pédoncules aplatis formant les écailles du cône.
Entre les bractées et l'inflorescence : Les Astrantia , les Eryngium ont dans les Ombellifères avec de grandes bractées, les premiers des ombelles simples, les seconds des capitules.
Toutefois je ne vois pas dons les Composées dont les bractées sont le plus développées (Cnicus, Pallenis, Cynara , Silybum, Centaurea Calcitrapa et fuscata) une disposition particulière en rapport avec elles.
Entre l'inflorescence et les fleurs : Dans les Conifères, les Cupulifères , les Aroïdes, la métamorphose de l'inflorescence est complète, mais la fleur reste à un très-bas degré d’évolution.
N'y a-t-il pas chez les Arwm un rapport entre la formation de la massue qui termine l'axe de l'inflorescence et l'absence de filet aux étamines dont chacune représente une fleur? Le genre Calla, qui manque demassue, a de longs filets staminaux.
Dans les Ombellifères , il n’est pas rare de voir les fleurs extérieures de l’ombelle mâles.
Entre les pédoncules et les fleurs : Certaines variétés de Wedicago lupulina offrent un allongement de pédoncules en rapport avec l'avortement de quelques parties de là fleur (Voir Seringe dans De Candolle, Prodrom.,t.u ,p. 172). Dans quelques Mélilots, l'allongement porte à la fois sur les pédoncules et les légumes, mais ces derniers sont stériles (/bid. p«48%:).
Le Muscari comosum a ses pédoncules terminaux plus longs que les autres, mais à fleurs stériles.
On a vu un pied de cette espèce dont toutes les fleurs étaient stériles, mais longuement pédonculées (Voy. Moquin, Térat.) ; et l’on sait que le M. monstrosum n’est que la même espèce devenue monstrueuse par la transformation de la grappe simple en panicule et par l'avortement des fleurs poussé beaucoup plus loin.
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M. Brongniart a constaté que lorsque chez les Graminées le charbon envahit le pédoncule , cet organe s’accroit, mais les parties de la fleur restent atrophiées. Les pédoncules stériles du Rhus Cotinus se couvrent de jolis filaments rougeâtres. j
Entre les bractées et les fleurs : La disparition des fleurs au sommet de l'axe de l’inflorescence du Fritillaria imperialis coïncide avec un grand développement des bractées ‘en ce point. Il en est ainsi chez le Salvia Horminum.
On a cité un Phleum Bæœhmeri offrant une hypert ophie de la paillette inférieure , tandis que la supérieure et le pédicelle de la fleur supérieure étaient avortés. (Moquin , Térat.)
Les bractées, souvent si nombreuses, de l’involucre des Composées sont stériles, et une anomalie de l'OÆillet commun, dans laquelle le nombre des bractées atteint quelquefois vingt paires (Caryophyllus Spicam frumenti referens ), est aussi généralement accompagnée de l’atrophie des parties de la fleur. Enfin , M. Godron dit avoir rencontré plusieurs fois sur le Corydalis solida des individus atteints de phyllomanie , chez lesquels toutes les bractées étaient pétiolées et transformées en feuilles, tandis que les fleurs avortaient complétement. ( Wém. sur les Fumar., p. 1%, note.)
Entre les braclées et les enveloppes florales : Dans la plupart des Aroïdes, l'absence d’enveloppes florales coïncide avec l'existence d’une large spathe, et dans les fleurs femelles des Atriplex avec celle de deux grandes bractées. Comparez les involucres et les périanthes des Bougainvillea et des Mirabilis, et vous reconnaîtrez dans ces plantes un rapport inverse dans le développement de ces deux sortes d'organes. Le Specularia hybrida , à la corolle presque rudimentaire, porte fréquemment sur son ovaire des bractées ou soussépales qui manquent au S. Speculum.
Dans le genre Anémone l'expansion foliforme des bractées n'est-elle pas en rapport avec l’avortement d'un verticille floral? Ilest vrai que ce même avortement se retrouve chez
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les Clématites où l'involucre est souvent ou nul ou peu marqué.
On sait combien est rudimentaire l’enveloppe florale unique des Cupulifères et en particulier du Charme, du Hêtre, du Châtaignier, du Noisetier, du Chêne, et l'on sait aussi le grand développement que prend la bractée dans le premier de ces genres, l’involucre dans les autres.
Citons encore les Graminées où les glumellules sont comme atrophiées comparées aux bractées qui les protégent.