CONCLUSION
Objectera-t on que dans les divers cas sus-énoncés le principe du balancement nous échappe ? On le peut, sans doute. Mais pourquoi ne pas admettre aussi que ce principe est souvent subordonné à la loi de variélé, en vertu de laquelle un accrois:ément exagéré et un appauvrissement sont parfois indépendants l'un de l'autre, et portent ici sur le système foliaire, là sur les stipules ou les bractées; ici sur les périanthes ou quelqu’une de leurs parties ; là sur les organes sexuels, etc. ? Les faits précités ne semblent guère comporter d'autre explication , ct, dès lors, j'ai lieu de croire trop absolues , du moins en ce qui concerne le règne végétal, les proposions suivantes que j'emprunte à un travail, déjà mentionné plus haut, de mon savant collègue, M. le docteur Martins :
= UN « Tout organe rudimentaire accuse le développement exagéré d'un autre organe : et ce développement exagéré amène l'irrégularité ; mais la loi du balancement des organes n’est Jamais violée. » ( Loc cit., p. 22 du tirage à part. )
Quelle sera donc la conclusion ? La loi dite de balancement mérite-t-elle réellement ce nom en botanique ?
I y à lieu d'établir dans la réponse une importante distincton :
1° Dans les développements ou avortements anormaux el accidentels d’un appareil, d’un organe ou de quelques-unes de leurs parties, la loi de balancement se trouve presque toujours vérifiée.
Cependant, même en ce cas, si des circonstances extérieures modifient la vitalité de la plante dont les fonctions soient perverties par défaut de nourriture, ou de lumière , ou de chaleur ; par une trop grande sécheresse ou trop d'humidité dans le sol , des avortements, des hypertrophies pourront se manifester sans être soumis au balancement organique. Ainsi s'expliquent et la stérilité fréquente des étamines du Glechoma hederacea au mois de mars, et cet autre fait rapporté par M. de Rochebrune, que, dans la Charente, les fleurs du Ranunculus auricomus avortent lorsque cette plante croît avec vigueur dans les parties basses, herbeuses et humides.
2° Dans les irrégularités normales ou constantes , si la loi de balancement se vérifie pour le plus grand nombre des cas, elle paraît néanmoins assez souvent en défaut. On constate des hypertrophies sans atrophies concomitantes , et aussi le phénomène inverse. Cette difficulté n’a pas arrêté M. Darwin, qui n'hésite pas à recourir, pour l'expliquer, aux causes finales. « L'élection naturelle, dit ce profond penseur, réussira toujours, dans la longue suite des temps, à réduire el à épargner tout organe ou partie d'organe aussitôt qu'il aura cessé d’être nécessaire ou utile, sans que pour cela d'autres parties ou organes se développent à un degré correspondant, si ce développement est sans aucune utilité. Réciproquement, l'élection naturelle peut fort bien développer considérablement un organe quelconque sans nécessiter, en compensation,
R — la réduction de quelque autre partie de l'organisme (Loc. cit.).»
Mais en présence de tant d'exceptions, le balancement organique peut-il êtreadmis comme l'expression concentrée des faits ?
Voici la réponse du naturaliste anglais : «Il est difficile d'établir que cette loi soit d'application universelle chez les espèces à l'état sauvage ; mais de bons observateurs , et plus particulièrement des botanistes, la croient générale. » (Loc. cül., p. 214.) C'est, qu'en effet, dans le monde organique, tout va par gradations et par nuances. On y cherche en vain des distinctions absolues et sans exceptions. Henri de Cassini a très-heureusement énoncé que, «en botanique, la seule règle sans exception est, qu'il n’y a point de règle sans exception » ( Opusc. phytol., t. 1, p. 450.)
La même idée à été reproduite en ces mots par un des zoologistes les plus marquants de notre époque, M. Milne Edwards : « La nature obéit à des tendances et non à des lois. » ( Lecons de physiol., t. 1, p. 46. \ Il semble que la loi de balancement soit une confirmation de la théorie du dualisme ou des deux principes contraires , que Schelling admet entre tous les corps de la nature (1) : elle peut même être considérée comme un élément et une application de cette grande loi, qui, dans tout le règne organique, se traduit par ces mots : variété dans l'unité ; et en fait de classification , par ceux-ci : stabilité dans les types, mobilité dans les individus.
En terminant ces considérations générales, je crois devoir rappeler que la question traitée dans cet écrit était, avant tout, comme il à été dit au début, une question de faits. II y avait donc nécessité d'en inventorier un grand nombre, fût-ce même aux dépens de l'intérêt que peut comporter un pareil sujet. Ce sera là mon excuse pour n'avoir pas reculé devant cette tâche ingrate.
(1) Voir l'exposition de sa doctrine dans la Revue des deux Mondes , % sér. , Lt. 1, p. 337 et suiv.
Toulouse, Impr. Ca. DouLanoure; Roucer FRÈRES ET DELAHAUT, succ"*, rue St-Rome,39,
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