De l'inflorescenee du Maïs
Le Maïs , plante monoïque , a une panicule mâle terminale et une , deux ou trois têtes de fleurs femelles. La première de ces inflorescences est bien connue, la seconde n’a peut-être pas encore suffisamment fixé l'attention des botanistes.
Les auteurs se sont, en effet, bornés à assigner au Maïs des épillets femelles biflores , multisériés et à séries rapprochées par paires (2). Mais que représente la tête qui les porte ? Est-ce une panicule analogue à celle des fleurs mâles et dont les axes secondaires, émettant à leur face externe les épillets biflores, naissent à diverses hauteurs d'un axe primaire ; ou bien ces axes secondaires se détachent-ils de la
(1) Lu à l’Académie des Sciences de Toulouse, le 17 février 1864; extrait de ses Mémoires, 6e sér ,t. 111, p. 294, 305.
(2) Spiculis multiseriatis, seriebus per paria approæimatis (Kunth , Enum. plant.) : Turpin , qui a publié un grand et beau Mémoire sur l'inflorescence des Graminées, ne s’y occupe pas du Maïs, se bornant à proclamer qu’'aucune Graminée n’a d’épi. Cependant les divers phytographes que je puis consulter, Kunth, Endlicher, MM. Spach et Duchartre, cédant à l'usage, donnent un épi pour inflorescence femelle au Maïs. On n’a pas hésité à admettre le mot verticillastrum pour le faux verticille des Labiées : Pourquoi ne pas remplacer également le mot spica qui , appliqué au Maïs, est détourné de sa signification scientifique et consacre une idée fausse, par le mot spicastrum ? S'il répugne d'adopter en français le mot spicastre , on pourra conserver le mot féfe qui, n€ préjugeant rien, w'induit pas en erreur.
base de ce dernier , restant agglutinés à lui par leur face interne? Cet axe primaire existe-t-il réellement ou a-t-il disparu? Ce sont là des questions qui, je crois, n’ont été jusqu'ici ni résolues , ni même posées.
On a bien signalé chez le Maïs quelques cas d'anomalie où les têtes étaient rameuses (1) et d’autres où l'inflorescence terminale offrait un mélange de fleurs mâles et de fleurs femelles (2);
(1; Un de ces cas a été représenté par Boccone ( con. tab. xvj ) avec cette désignation ; Frumentum indicum spica divisa ; un autre par Morison ( Plant. Hist. &. ur, t. Xi} sous la dénomination : Zea Mays polystachytes. Enfin, . Bonafous qui a vu et figuré des exemples de ce genre (Hist. du Maïs, pl. 1x, f. 12), a rencontré des inflorescences où 6 spicastres étaient réunis autour d’un central ( Moquin-Tandon. )
J'ai sous les yeux , en traçant cette note, des déviations de l’inflorescence femelle du Maïs qui peuvent se rapporter à deux types, mais je ne les ai pas vues sur pied.
a. Une tête normale cylindrique entourée d'autres qui partent de sa base. — Dans une de ces déviations , la tête médiane est à 14 rangées , et 6 têtes accessoires aplaties à grains normaux , mais en lignes moins nombreuses ( et manquant à leur face interne appliquée contre la médiane ) sortent de sa base et l'entourent presque entièrement.— Dans une autre, la tète médiane est à 8 rangées, et de sa partie inférieure partent 4 têtes libres cecupant les trois quarts du pourtour de la première , à 4 rangées géminées et opposées deux à deux- — Enfin, une troisième offre une tête à 8 rangs normale, du bas de laquelle en naît une autre à quatre rangs latéraux et opposés par paires , la place des rangs antérieur et postérieur étant vide sous forme de deux bandes opposées.
b L’inflorescence femelle est ramifiée et à ramifications toutes identiques. — Des deux cas de cette anomalie que je possède , l’un a deux branches, l’autre trois, et chacune porte 4 rangs de grains opposés deux à deux et latéraux, chaque paire étant séparée de l’autre par deux bandes égales et opposées antéro-postérieures.
(2) Philippar, dans son Traité sur la carie, p.68, rapporte avoir observé une panicule de Maïs offrant au milieu de ses fleurs mâles un grand nombre de petits ovaires , et Turpin a vu aussi les fleurs mâles de Maïs se changer en femelles et vicé versa (in Annal. Soc. d'Hort. de Paris, t. Xxux).
Une autre de ces faits a été décrit par M. Duchartre et communiqué par lui à la Société philomathique, dans sa séance du 11 décembre 1852. « Cette monstruosité , dit ce savant, consistait dans une inflorescence terminale de Maïs qui avait pour axe un épi complétement femelle, de la base duquel partaient, mais à des niveaux un peu différents, plusieurs autres épis mélangés de fleurs mâles et femelles, dans lesquelles la proportion de ces dernières était d'autant plus forte relativement aux premières, qu’ils étaient plus allongés ( Notice des trav. bot. de M. Duchartre p. 30). —1] est juste d’ajonter que, dès 1720, Pontedera décrivait et figurait une inflorescence mixte
C3) Mais je ne sache pas qu'on en ait tiré quelque conclusion générale sur l’organisation du faux capitule de la plante (1). Habitant une contrée où le Maïs tient un rang imporlant dans la culiure, j'ai réussi à me procurer de nombreuses déviations d'inflorescences de celle intéressante graminée , et le résultat de cet examen a été le point de départ de cette note.
SI. Cas d'anomalie de l'inflorescence mäle du Muis.
Bien que le Maïs soit une plante essenticilement monoïque et d'une végétation rapide, il n'est cependant pas rare de rencontrer dans les champs qu’il occupe, des pieds atlardés et nains où l'on cherche vainement quelque trace des têtes de fleurs femelles ; et d’autres pieds chez lesquels, au sommet de l’axe primaire et à la place de la panicule de fleurs mâles , on trouve un faux capitule, soit androgyn, soit uniquement composé de fleurs femelles ; dans ces deux derniers cas, Ü n'y à point trace de téles axillaires. On peut diviser en plusieurs groupes ces anomalies d'inflorescence terminale.
A. Epis terminaux femelles. — 1° L’axe primaire se termine par un épi entièrement femelle, mais dont presque tous les grains sont envahis par le charbon; 2° au sommet de l'axe
(moitié mâle et moitié femelle) de Maïs ( Antholog. p. 68, tab. vi, fig. E ); voici le texte : « Sunt quoque aliæ (species) quæ de summo caule sparsa grana ferunt vel etiam plura simul in metæ formam disposita. Hæc grana non ex utriculis aut ex apicibus fiunt, ut nonnulli opinati sunt, verum cum prius embryones essent , tubaque instructi, in grana crescunt. »
(1) Ces lignes étaient écrites quand j’ai appris que M. John Scott avait publié sous ce titre : On the sexual changes in the inflorescence of Zea Mays , un travail inséré dans les Transactions de la Société botanique d'Edimbourg, vol. VE , part. 1, pp. 55-62. J’emprunte au Bulletin de la Société botanique de France, t. x, p.68, une brève analyse de ce Mémoire qui m’est inconnu ; « Les fleurs mâles et femelles se rencontraient pêle-mêle et plus ou moins irrégulièrement sur un axe unique. Dans quelques fleurs on remarquait des traces de la métamorphose d’une sexualité en l’autre ; quelques-unes étaient neutres par le fait de l'avortement simultané des deux sexes. D’autres se trouvaient hermapbrodites. Ces différentes sortes de fleurs occupaient des positions relatives très-diverses, suivant les échantillons. »