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par la voie du Portugal, une de ces plantes aux vertus magiques, destinée à toutes sortes de vicissitudes , mais dont le despotique règne ne devait pas tarder à s'établir d’une manière durable. Le tabac souvent proscrit à titre de poison, le tabac dont l'usage fut parfois interdit sous peine d’encourir les plus graves mutilations ou même la mort (L), offrait par là une mine féconde aux élucubrations poétiques. Un jésuite polonais a écrit un poëme en son honneur (1), et Thorius (2) au xvu‘ siècle, au xvin Baruffaldi (3) empruntèrent encore la Tangue des Dieux pour chanter l'Herbe à la reine , l'Herbe sainte, l'Herbe divine.
Au bilan du xvi° siècle il faut ajouter un poëme français que peut réclamer à bon droit la littérature botanique, la Semaine de la Création, par Du Bartas, ouvrage tombé dans l'oubli, mais qui n’en eut pas moins plus de trente éditions en Six ans.
Le siècle suivant est fécond en écrits poétiques afférents à l'empire de Flore : On y voit le célèbre historien J. de Thou, se délassant de ses travaux plus sérieux par la composition de cinq petits poëmes sur les plantes. La violette, le lis, l'œillet, la marjolaine (4) sont ses fleurs de prédilection; mais il accorde le même honneur au légume à la fois le plus précieux et le plus prosaïque, à ce chou que notre sévère Boileau n'avait cru pouvoir citer qu'en l’associant au lapin (5).
Le nom de Cowley prime dans la littérature anglaise. Poëte à l’âge de quinze ans (6), il devait consacrer les dernières années d’une vie agitée à étudier les plantes et à leur exprimer
(1) Voir Pouchet, Trailé de botanique , t, 2, p. 420.
(2) Hymnus tabaci, Lyon, 1628.
(3) La Tabaccheide , 1714.
(4) Crambe , Viola, Lilium, Phlogis, Terpsinoe, Paris, 1611.
(5) « Sentaient encore le chou dont ils furent nourris ».
Boileau , Satyre HI.
De Thou est l’auteur de l’Historia mei temporis, dont la publication ne fut terminée qu'après sa mort.
(6) I publiait alors les Fleurs poétiques.
(12) son admiration dans la langue d'Horace , en une suile d'odes toutes riches d'images et pleines de mouvement (1). |
Bientôt, Rapin écrit ses Jardins (M), et vers la fin du siècle, le père Vanière chante les vignes et le vin (2), prélude de ce Prœdium rusticum qui, quelques années après, fut imprimé dans notre ville , honoré de deux traductions françaises el de plusieurs éditions (N).
Mentionnons pour mémoire ces singuliers quatrains des Prosopopées botaniques de Falugi (3), composés chacun pour un genre (4) de plantes de Tournefort. L'idée était originale, malheureusement un style barbare et des taches de goût en déparent l’exécution.
Mais la littérature botanique française compte dans ce siècle deux poëmes dus à la plume de Paul Contant, de Poitiers, sous ces titres : Le second Eden, le Jardin et cabinet poétique (1628). L'auteur, passionné pour la science des plantes, à su maintes fois faire refléter dans ses vers son enthousiasme pour elle.
N'est-elle pas aussi, comme un nouveau titre de cette alliance de la littérature et de la plante, la fameuse guirlande de Julie, cette poétique corbeille de noces qu'offrit, en 14641, le duc de Montausier à sa fiancée Julie d’Angennes? Tous les beaux esprits de l'hôtel de Rambouillet ne tinrent-ils pas à honneur de participer à l'hommage de la couronne et d'y apporter, chacun avec une fleur, un madrigal à la louange de la vertu , de l'esprit et de la beauté de Julie (0)?
Trois produits végétaux d’une importance majeure, destinés à modifier les usages, à influer puissamment sur la santé pu-
{1\ Poemata latina, in quibus continentur sex libri plantarum, duo herbarum, florum , Sylvarum et unus miscellanearum , 1668; et aussi: Plantarum libri sex , 1793; on en trouvera une analyse dans le Discours qne Deleuze a mis en uète de sa traduction des Amours des Plantes, par Darwin. | (2) Vites et vinum, Paris 1696.
(3) Prosopopeiæ botanicæ , 4697-1699-1705.
(4) Un genre est une réunion d'espèces se ressemblant principalement par l'organisation florale : les rosiers bengale, Banks, à cent feuilles, sont des espèces du genre rosier.