‹ Opuscules de botaniqueChapitre 82 sur 97 · CT · texte numérisé non relu

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blique et peut-être même sur le caractère des peuples , s'étaient introduits en Europe dans la première moitié du xvu siècle : Le thé que Joncquet (1) comparait à l’ambroisie et qu'il qualifiait d'herbe divine : le café et le quinquina que le Grand Roi honorait d’une dégustation en public. N'y avaitil pas là sujet à poésie? On cite au moins trois poëmes à la louange du thé (2) : Notre bon la Fontaine ne dédaigna pas de chanter les vertus de l'écorce péruvienne (3) ; et jamais Delille ne fut mieux inspiré qu’en célébrant sa reconnaissance pour l’arome du Moka (4).

A loutes les époques, l'esprit semble se complaire dans le merveilleux. Au xvu: siècle, deux espèces de plantes se recommandaient aux investigations des curieux de la nature : le Baromets et la Passiflore.

Le voyageur A. Olearins d'abord , et après lui le P. Labat, avaient raconté le fait étrange d’un être mi-parti plante et animal, fixé au sol mais offrant la forme d'un quadrupède et broutant l'herbe autour de lui. Le Baromets , l'Agneau de Scythie ou de Tartarie offrait un aliment à la poésie , aussi le voit-on figurer dans trois poëmes sur les plantes (P); et en 1762, J. Beil dans son voyage à Ispahan, déclare avoir voulu rechercher sur les lieux mêmes la production qui avait pu faire propager une telle erreur. Il ne vit que quelques troncs de fougères couverts de longs poils soyeux , et les Tartares qu'il interrogea étaient les premiers à rire de la crédulité des étrangers à cet égard.

Nos jardins d'Europe avaient reçu du Nouveau-Monde deux espèces du genre Passiflore on Grenadille, l'incarnate(en 1609)

(1) Médecin et botaniste du xvsie siècle.

(2) Herrichen , de Thea herba, 1685; Francius, in laudem Theæ sinensis anacreontica duo , 1685 ; Petit, Thea, sive de sinensi herba Thee carmen, 1685. (3) Poème du quinquina , 1682.

{4) « Il est une liqueur au poëte plus chère , Qui manquait à Virgile, et qu’adorait Voltaire , Gest for, divin Café ee de ae se)

Les trois regnes, chant vi®, p. 90 de éd. de 1808 , gr. in-8°.

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(485) et la bleue (en 1625), dont la fleur, selon l'expression de Ferrari offrait ce miracle de tous les jours, où l'amour divin a inscrit de sa propre main les douleurs du Christ. Quoi d’étonnant dès lors si les poëtes à la recherche du merveilleux dans le règne végétal , célèbrent à l’envi les méritesde la fleur de la Passion (1)?

Je ne quitterai pas ce xvu* siècle , si grand à lant d’égards, si grand surtout par ses illustrations littéraires et poétiques, devenues autant de modèles pour les générations suivantes , sans exprimer un regret. De ces prosateurs , de ces poëtes , dont le nom se transmet d’âge en âge, toujours entouré de la même auréole de gloire et du même culte , je n’ai pu citer que la Fontaine. C'est qu’en effet nos premiers critiques s’accordent à leur dénier le sentiment des beautés de la nature (Q).

Le xvin° siècle , qui devait être si fécond, s'ouvre par un vrai poëme didactique sur la physique végétale, dû à la plume d'un jésuite napolitain, Savastano (2). Les deux résultats les plus importants pour la Botanique conquis dans le siècle précédent, les découvertes de Malpighi en micrographie, de Tournefort en fait de classification, y sont habilement exposés.

En 1694 , un professeur de Tubingue , Camerarius (3), fort de scrupuleuses investigations , n'avait pas hésité à affirmer la sexualité des plantes, encore niée par le grand Tournefort , mais qui devait bientôt triompher , grâce au discours, resté célèbre, de Sébastien Vaillant (4), et, grâce surtout aux brillants écrits de Linné. Cette découverte était pour la physique végétale le pendant de celle de la circulation pour la physiologie animale (5), et, au point de vue littéraire, elle devait régénérer le sentiment poétique dans ses emprunts au domaine

(4) Tels : Nieremberg, Hist. nat. 229; Rapin, Hort., lib. 1.

(2) Botanicorum seu institutionum rei herbariæ libri IV, 1712; ouvrage traduit en vers italiens, en 1749.

(3) Epistola ad D. Mich. Bern. Valentini de sexæu plantarum.

(4) Discours sur la structure des fleurs , 1717.

(5) Inventum fructificationis in Botanicis æquiparandum circulationi sanquinis in Physiologis ( Linné ).

(15) floral. Aussi, Savastano n'a eu garde de négliger cet élément , et à propos des Amentacées dioïques (1), il décrit la poussière des chatons mobiles portée par les zéphyrs sur les rameaux de l’épouse dont elle va vivifier les bourgeons.

Les amours des plantes, voilà en effet le thème qui, à partir de celte époque , va défrayer bien des poésies, et quel sujet plus séduisant aux yeux de qui veut peindre les merveilleux secrets de la nature”?

C'est d'abord de la Croix qui , en 1728 , publie ses Connubia florum, inspirés par l'écrit de Vaillant. Mais voici venir le règne de Linné, de Linné au sujet duquel toute comparaison est au-dessous du vrai, et qui, dès ses premiers débuts , ose embrasser dans son plan le recensement de la nature entière (2). ILouvre son Systema Naturæ par un hymne d’une sublime poésie en l'honneur du Créateur. Dans ses brèves caractéristiques des êtres, il se montre sévère etconcis, comme il convient à qui à devant soi un horizon presque indéfini; mais s'agit-il de grouper ces êtres en phalanges et de décrire d’une manière générale les organes et les fonctions des plantes, les images poéliques se mulliplient à plaisir sous sa plume. Comme il sait mettre à profit, vulgariser et fixer à jamais ces nolions , alors toutes récentes, encore vagues et indécises sur la sexualité végétale! Quel piquant attrait il excelle à donner aux sujets les plus sérieux! Sommeil et Veilles des Plantes, Métamorphose des Plantes , Fiançailles {sponsalia) des Plantes, Horloge et Calendrier de Flore, Délices de la Nature, etc., tels sont les titres de quelques-unes de ces nombreuses Disserlations académiques, décorées du gracieux nom d’amænitates. Quoi d'étonnant dès lors qu'un tel homme ait électrisé toute une légion de jeunes naturalistes dont les travaux et les voyages en vue de l’histoire naturelle contribuèrent à ses progrès presque à l’égal de ceux du maitre.

(4) La famille des Amentacées comprend les arbres à feuilles caduques de nos bois ; la plupart d’entre eux ont les sexes séparés.

(2) Ce naturaliste, né en 1707, publiait, en 183%, la fre édition de son Systema Nature , ouvrage qui à eu douze éditions.

Un des contemporains de Linné , son émule et presque son rival , Albert de Haller , se dévoile d'abord comme poëte. Publiant à l’âge de vingt-un ans un poëme encore estimé , les Alpes (1729). Le premier , il peint à l'imagination ces scènes d’une sublime majesté (R). Mais bientôt il songe à approfondir de plus près les merveilles de la nature , et il dote à la fois la Botanique d'une Flore de Suisse (1768), à laquelle on ne peut reprocher que l'exclusion de la nomenclature binaire , la zoologie d’une histoire des monstres et d’un immortel traité de physiologie (1777).

À la même époque , l'auteur de la Flore de Leyde (1740) et d'une nouvelle classification végétale, Adrien Royen ne dédaignait pas de chanter les amours et les noces des plantes (1): et cet exemple est imité , en Angleterre, par Darwin dans son Jardin botanique (1789) (2), honoré, quant à sa partie la plus poétique , d’une double traduction française et italienne ; en France par Castel (les Plantes 1797), dont plus d’une descriplion trouve place dans les anthologies modernes ; et par P. Petit-Radel, dont l'ouvrage publié d’abord sous un titre singulier et piquant (3), devint plus tard le Mariage des Plantes.

Au xvi siècle le Tasse avait chanté les jardins d’Armide, Milton au xvu les merveilles de l'Eden , et ces descriptions uennent le premier rang parmi les modèles de poésies que peut offrir l'Italie ou l’Angleterre. N'étail-ce pas un encouragement pour leurs successeurs? Aussi, vers la fin du xvin : siècle, à William Mason célébrant le Jardin anglais, répond notre fécond versificateur Delille , dont Les jardins (1782) furent accueillis avec une faveur marquée.

Parmi les illustrations littéraires de la fin du xvin® siècle, brille l’auteur du Faust, ce grand maître de la poésie, dont

(1) Carmen elegiacum de amoribus et connubiis Plantarum, 1732, in 40.

(2, The botanic garden, a poem in two parts. Part 4 , containing the economy of vegetation. Part IT : the loves of the plants.

(3) De Amoribus Pancharitis et Zoroæ , poema erotico-didacticon, 1789.

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