PRE
toutes les œuvres respirent un sentiment si profond de la nature (1). On s’étonnera peut-être qu'il n'ait pas chanté les fleurs, car jeune encore, il s'égarait dans les forêts de la Thuringe, à la recherche des plantes, et celles-ci n'étaient pas non plus le moindre objet de ses observations dans un voyage en Italie, sur ce sol privilégié où tout a une forme (2). Gœthe eut de plus hautes visées : jalonx de ceindre la double x 1ronne littéraire et scientifique, il voulut et put être créateur dans un et l’autre domaine. Grâce à cette merveilleuse intuition, réservée aux hommes de génie , 11 proclama, preuves en main, pour les organes si diversifiés de la plante, le principe de l'unité dans la variété. Mais la Métamorphose des plantes, ce pelit chef-d'œuvre, émanail d’un poëte ; que pouvait-on scientifiquement espérer d'un homme à qui tous les genres de littéralure étaient également familiers et qui primait dans tous ? Le livre dut longtemps attendre avant de conquérir en bibliographie botanique le rang qu'il méritait.
Je réunis à dessein trois grands noms, représentant à la fois littérature , philosophie, botanique : Bonnet de Genève, l’auteur des Contemplations de la nature et de l'Histoire des feuilles : Jean-Jacques Rousseau, léguant à la littérature une langue qui ‘fut ignorée du grand siècle (3), à la botanique, qu'il apprenait en compagnie de Bernard de Jussieu, des lettres considérées encore à bon droit comme un vrai modèle d’élé ments; enfin ce profond admirateur des merveilles du monde animé , si habile à parler le langage du cœur, et qui déversant toute son âme, soit dans ses romans, soit dans ses Études et ses /larmonies de la nature , fait jouer dans ses écrits un si grand rôle au règne végétal.
Rousseau et Bernardin de St-Pierre, voilà surtout les deux
(1) Expressions de Humboldt , Cosmos , t. 2, p. 83, de la trad. franc. (2) « De l'Italie où tout a une forme, j'étais exilé en Allemagne où tout est amorphe » (Gæthe, Histoire de mes études botaniques ).
(3) J'emprunte cette idée et ces expressions à Châteaubriand (V. WMémoires d'Outre-tombe , t. vur, p. 39, édit. de 1850).
principales sources du sentiment de la nature allié au génie littéraire. Qui pouvait résister aux Réveries du promeneur solitaire ? Qui ne désirait lier connaissance avec celte Pervenche devenue, comme le Myosotis, la fleur du souvenir (S)? Et lorsque l'auteur de Paul et Virginie cherchait, par des démonstrations parfois exagérées ou subtiles, à retrouver partout de h 100 convenances et le doigt de Dieu (T), l'histoire naturelle pouvait perdre de son prestige aux yeux de ceux qui la réduisent à de froids catalogues : mais elle ouvrait d’inépuisables filons aux esprits supérieurs , ravis d’entrevoir que toutes nos facultés peuvent être utilement appliquées à l'étude des myriades d'êtres qui nous entourent. Sans dissimuler que « les prairies paraissaient plus gaies avec les danses des nymphes, et les forêts peuplées de vieux sylvains, plus majestueuses » , ces littérateurs philosophes ne pouvant plus nous montrer de divinités dans chaque ouvrage de la nature , nous montraient chaque ouvrage de la nature dans la Divinité (1).
« Alors aussi, suivant la juste remarque d'un homme de lettres (2), à la vieille et fade poésie de l'ignorance, succédait la splendide poésie du vrai, celle qui substitue à des fictions puériles , ce qu'il y a de plus grand ici-bas : les lois mêmes de Dieu entrevues de loin par l'esprit de l’homme. »
À la suite de Rousseau et de Bernardin de St-Pierre, peut-on omettre le nom du Buffon, de Buffon chez qui la passion de l'histoire naturelle ne le cédait qu'à la passion du style, de Buffon qui n’est jamais plus parfait écrivain que lorsque, comme savant , il est plus exact et plus vrai (3). La Botanique lui doit sans doute bien peu de travaux originaux (U) ; mais il ne lui a pas moins rendu un notable service, en faisant passer dans notre langue les belles recherches de l'anglais Hales en physiologie végétale (V).
(1) Bernardin de Saint-Pierre , loc. cit., p. 292. (2) M. Saiut-René Taillandier.
(3) Voyez Flourens, Chefs-d'œuvre littéraires de Buffon, 1.1, p. 3.
C’est pour combattre les vues de Buffon en fait de classitication, que Malesherbes, ce philanthrope dont la vie fut un modèle , composait, dit-on, dès l’âge de dix-huit ans, ses Observations sur l'Histoire naturelle de Buffon et de Daubenton (1798, 2 vol.). Dans les interruptions de ses hautes fonctions publiques , il sut constamment allier l'étude des belles-lettres et de la science, appartint à trois des quatre classes de Finstitut (4), fut le correspondant de Jean-Jacques pour la botanique , et composa sur elle quelques écrits (X).
Une mention appartient encore ici à l’auteur infortuné des Mois. Avant d'aller porter, comme Malesherbes , sa tête sur l’échafaud , le poëte goûtait au fond de sa prison quelque soulagement à la vue des fleurs que sa fille avait cueillies pour lui, et qui lui rappelaient le souvenir des beautés de la nature. Les touchantes lettres de Roucher et d'Eulalie doivent à la botanique une bonne part de leur charme.
Il serait injuste d'oublier enfin le nom de Georges-Adam Forster, ce voyageur-botaniste, doué d'un sentiment exquis pour les beautés de la nature (Hamboldt}, et qui excelle à les peindre.
Et notre xix° siècle est-il resté en arrière, comparé à ses devanciers? Non assurément. Il compte de hardis voyageurs, jaloux de puiser l'inspiration aux sources même de l'infinie grandeur , dans ces forêts vierges du Nouveau-Monde , où tout est animation et mystère. Qui n'aime à suivre par la pensée les Saint-Hilaire (Auguste de) (2), les Humboldt (3), les Martius (Ÿ), nous retraçant ces magnifiques tableaux des régions tropicales? Qui ne se plaît même dans la compagnie de Ramond, bornant, au début de ce siècle, son ambition à esca-
(1) Honneur qu’il a eu Le second après Fontenelle.
(2) Voyage dans les provinces de Rio-de-Janeiro et de Minas Geraes, 2 vol., 1830. — Voyage dans le district des Diamants et sur le littoral du Bresil, 2. vol., 1833. — Tableau géographique de la végétation primitive dans la province de Minas Geraes, 1831.
(3) Tableaux de la nature, 2 édit.
(20 ) lader le Mont-Perdu, décrivant avec l'enthousiasme de l’homme de la nature la majesté de ces sites, où il sait habilement introduire la désignation des plantes les plus rares de montagnes jusqu'alors inexplorées (1) ?
D’autres botanistes, plus sédentaires, n’en ont pas moins allié le culte des Lettres à celui de la Science. Ici prime d’abord le nom de de Candolle, qui, tout jeune encore , s’essayait à à la poésie (Z), et qui, comme Linné, embrassant, avec un égal succès , toutes les branches de la phytologie, a laissé dans ses nombreux écrits la trace de ce sentiment littéraire que l'étude de la nature est si propre à développer. « Dans sa chaire, comme dans les salons de Genève, dans les faciles improvisations du professeur, comme dans les capricieux détours de la conversation , il y a chez lui une grâce, une vivacité, et, si je puis parler ainsi, une saveur littéraire qui double le prix de la pensée. Cette poésie, qui avait été la première ambition de sa jeunesse, est devenue le délassement de son âge mür. Îl écrit des vers, non pour le public, mais pour des amis intimes, pour les compagnons de ses travaux (2). »
Après ce grand nom, est-il permis de rappeler que l'auteur de la Flore agenaise (1821) (3) a donné à la littérature une traduction de la Médée de R. Glover , le Spectateur champêtre (1785), des Fragments d'un voyage sentimental el pittoresque dans les Pyrénées (1789) ?
L'élégante latinité d'Endlicher, où se retrouve aussi le souffle poétique, sera loujours, aux yeux des savants, un titre de plus à la faveur de ses ouvrages botaniques (4), si importants d'ailleurs, par le fond. En littérature , de profondes
(1) Voyage au Mont-Perdu , 1801. — Ramond avait déjà publié, en 1789, ses Observations faites dans les Pyrénées.
(2) Discours de M. Saint-René Taillandier à l'Inauguration du buste de de Candolle, 1854.
(83) 3. François de Saint-Amans.
(4) Genera plantarum, 1836-1840, Enchiridion botanicum , 1841.
(21) études sur la langue chinoise doivent contribuer encore à sa gloire.
Et, dans le camp des littérateurs des premières années de ce siècle , ou même de l'époque actuelle, combien n'en est-il pas qui, pour raviver ou rajeunir leurs pensées, ont cherché un aliment dans ce monde fantastique de formes végétales qui, se pressant à l’envi sous nos pas, sous nos mains, el jusque sur nos têtes, semblent nous solliciter à leur étude? C’est Aimé Martin, l’auteur des Lettres à Sophie (1), l’admirateur passionné, et presque le continuateur de Jean-Jacques et de Bernardin de Saint-Pierre, publiant d'excellentes éditions de nos premiers poëtes (2) ; c’est M"° de Genlis qui, après de nombreux écrits sur la littérature et l'éducation , consacrait les dernières années de sa vie à composer son Merbier moral (3) et sa Botanique historique el littéraire ; c’est Fauriel, le savant auteur de l’Aistoire de la poésie provençale, pour qui la botanique fut d'abord et resta longtemps une de ses passions favorites (AA); c'est Châteaubriand , sachant faire à tout propos dans ses Voyages la plus heureuse application de ses connaissances de naturaliste, et apprenant avec ravissement, de la bouche de de Candolle, qu'il avait peut-être offert, à son insu , ses hommages à quelque beauté végétale de cinq mille ans dans les forêts américaines (BB); c'est l’auteur des Fleurs animées et des Promenades autour de mon jardin (4); puis l’auteur de Picciola (5), où déborde tant de sentiment pour une simplefleur des champs. Et combien n'en citerions-nous pas encore (CC), sans oublier quelques belles pages sur les plantes d’un de nos premiers
(1) Sur la physique , la chimie et l'histoire naturelle , 1810. (2) Racine et Molière.
(3) Recueil de Fables assez médiocres, destinées, d’après l’auteur , à vivifier, pour ainsi dire, la Botanique , en la présentant en apologues. { Voir l'Épitre dédicatoire de ce livre , p. 14.)
(4) Alph. Karr, membre de la Société botanique de France.
(3) Saintine.
(22) historiens (1), délaissant, en partie du moins , ses études de prédilection, pour peindre en poëte l’insecte , l'oiseau, la monlagne , tout ce qui frémit et palpite !
Les poëtes non pius ne font pas défaut à la botanique. Dès 1799, Parny publiait un petit poëme sur les Fleurs , et, quelques années plus tard, tandis que Betuinelli donnait, en ltalie, ses Mystères de Flore (2), le fécond Delille, séduit par un sujet encore plus vaste, célébrait les merveilles des Trois règnes de la nature (1 809), et le 6° chant, relatif à l’organisation des plantes, n’est certes pas le moins réussi.
Après lui, Régnaull de Beaucaron (1818), et Mollevant chantent encore les fleurs ; et, en 1835, Melleville reprenait pour son poëme un litre qui tentera sans doute encore plus d’un versificateur : les Amours des plantes.
L'énumération serait longue de ceux qui, choisissant un cadre plus restreint, se sont limités à une famille (3), ou même à une fleur isolée (4).
Le digne successeur des Troubadours et de Goudouli, le poële agenais, dont la réputation est si bien établie, n’a jamais été mieux inspiré que dans un de ses chants en l’honneur de sa vigne (DD); tant sont intimes les liens de [a nature végétale et de la poésie !
Mais, pourquoi chercher ailleurs tant de preuves de l'alliance de la poésie et du gracieux domaine de Flore ? N'est-ce pas la fleur qui , dans notre vieille cité, et depuis le règne de Clémence Isaure , récompense les lauréats dans la langue des Troubadours ? Un de nos anciens confrères, qui eut également l'honneur, Messieurs, de diriger vos travaux , n’a-t-1l pas ‘ prouvé qu'il réunissait à la fois au mérite du botaniste complet le charme du poëte (5), et toutes les ressources de la langue
(1) M. Michelet.
(2) 1 Misteri di flora , 1806.
(3) Tel Marquis pour les Solanées (1817 ).
(4) Villemain , Le Liseron des champs (1839 ).
(5) L'indication des poésies d'Alfred Moquin-Tandon se trouve dans ce Recueil , 6e série, t. x1, p. 6 et 7, dans mon Eloge de M. Moquin-Tandon.
romano-provençale ? Le poële ue se révèle-t-1l pas tout entier quand , dans cette belle fiction, le noyer de Maguelone (1), dont le cachet d’antiquité en imposa à Raynouard lui-même, il rattache ingénieusement à l'ombre de l'arbre, à son fruit, à son tronc, à son bourgeon et à sa fleur les principaux épisodes de la société dans la seigneurie de Montpellier au commencement du x1v° siècle ?
Un helléniste des plus distingués écrivait récemment : « La poésie et la science ont deux domaines que le progrès de l'esprit humain tend chaque jour à séparer davantage (2)». Et, à l'appui de cette assertion, M. Egger cite les vains efforts tentés par André Chénier pour doter la poésie d’une œuvre aussi marquante pour notre époque que le fut le de natura rerum pour le siècle d’Auguste. L'Hermès (3) devait échouer aux mains même de celui qu’on a parfois qualifié du plus grand poëte français.
Qu'une telle entreprise soit aujourd’hui au-dessus des forces d'un seul, je l'accorde aisément , tant est lointain l'horizon en chaque branche des connaissances humaines! mais en conclure à une scission de plus en plus profonde entre la poésie et la science , c'est une conséquence assurément en désaccord avec les prémisses , et la thèse contraire me semble avoir pour elle tous les arguments. Jamais l’histoire naturelle n’a offert plus et d'aussi grands sujets accessibles à la poésie : retrouver partout et toujours l'unité sous les apparences d'une variété infinie, et la plus grande économie de moyens combinée avec la plus grande diversité dans les résultats; rapporter toutes ces configurations, lout ce brillant prestige de couleurs et toutes ces nuances infinies d’odeurs et de saveurs à un très- : petit nombre d'éléments anatomiques , à un nombre limité d'éléments chimiques: voir dans le domaine des fleurs des
(1) Garya Magalonensis , Toulouse, 1836; 2e édit., avec traduction française en regard, Montpellier et Toulouse , 1844.
(2) Voy. Revue des Cours littéraires, 5e année, p. 11. (3) C’est le nom de l’œuvre entreprise par A. Chénier,
(24) instincts et des mœurs, et même l’analogue d’une extrême sensibilité (4), et jusqu'au mouvement continu (2); surprendre les secrets de la fécondation des plantes à distance, et montrer que là, plus qu'ailleurs, les unions adultérines sont les plus fécondes ; dévoiler ce rajeunissement annuel de l’arbre vingt fois séculaire , grâce à cet enfantement , régulièrement annuel aussi, de myriades de bourgeons, qui, comme autant de parasites, ont en commun la nutrition et mangent au réfectoire (3); pénétrer les secrets de la nature, se parodiant ellemême, soit dans les formes animales qu’elle impose aux fleurs de nos orchidées et de nos légumineuses, aux corallines comme aux champignons , soit dans les apparences végétales dont elle revêt et tant de tribus animées de ce Monde mystérieux de la mer (4), et ces mouches-feuilles sur lesquelles les travaux d'un de nos confrères (5) ont jeté tant de jour: discuter le principe de la suprématie organique en opposant l'être hermaphrodite végétal à l'être unisexué , la Drave printanière et la Tillée mousseuse à peine apparente , mais à fleur complète, au Séquoia géant dont le tronc plus de vingt fois séculaire a ses organes floraux à l'état de rudiment ; voilà bien de quoi défrayer les imaginations poétiques. — Le champ serait-il encore trop restreint? Que d'idées sur la concurrence vitale (Struggle for life) à emprunter à M. Darwin, et sur les transformations des êtres, dont les 1ypes primitifs, moulus et remoulus par la main du temps, auraient enfanté toutes ces formes paraissant fixées, mais réellement indécises el toujours fluctuantes et perfectibles du monde actuel (6).
(1) Sensitive ( Mimosa pudica ).
(2) Sainfoin gyratoire ( Desmodium gyrans), dont les folioles latérales de la feuille composée exécutent sans discontinuité jusqu’à 60 oscillations en une minute.
(3) Expressions de Dupont de Nemours { Quelques mémoires sur différents sujets).
(4) Tout le monde connaît le bel ouvrage publié sous ce titre, et déjà parvenu à sa seconde édition, par A. Frédol (pseudonyme d’A. Moquin-Tandon).
(5) M. le professeur N. Joly.
(6) Si cette théorie se prête à la poésie , elle ne nous paraît nulletsent démontrée.
Et si tout cela n’est point assez : transportez le poëte sur les hautes cimes du Liban ou de la Californie, où dominent les colosses des essences arborescentes, ou dans les forêts de Java, au sein desquelles les Rafflésies ne sont pas les moindres mystères, ou bien encore sur les rivières de la Berbice et du Parana (Amérique méridionale), où il pourra contempler cette reine des eaux ( Victoria regia) dont la vue frappa si profondément d’admiration le voyageur naturaliste Haenke , qu'il se prosterna devant Dieu, pour remercier le Créateur d'une telle merveille. Les forêts indiennes lui offriraient et le figuier des pagodes, dont les singulières colonnades font du Pipal ou Multipliant un immense dôme aux nombreux réduits (EE), et cette Æmherstia nobilis, magnifique papilionacée pour la possession de laquelle le duc de Devonshire n’a pas hésité à fréter un bâtiment ; et cet arbre aux dix mille images, qui ne nous est connu que par les relations du Père Huc; et que sais je encore ? L'Afrique, dont le centre semble vouloir défier sans cesse l'audace de l'Europe, n’a-t-elle pas ses baobabs, et ce singulier Wehoichia mirabils , arbre à deux uniques feuilles, qui vient se poser comme un nouveau problème pour la physiologie végétale ? Où donc la théorie de l'esthétique , si féconde pour fes lettres, puiserait-elle à une plus riche source que le règne végétal? (FF).
J'ai peut-être trop cédé , Messieurs, à l'entrainement de ces considérations , car je n'ai encore rien dit des travaux de la Compagnie , des résultats scientifiques de la présente année académique.
Mais en vérité à quoi bon ? Nos procès-verbaux hebdomadaires n’apprennent-ils pas au public que chacun de nos confrères est également jaloux de conserver à l'Académie le rang qu'elle occupe, ou plutôt de l’élever encore ?
Le soin quelle apporte dans le choix de ses admissions , uniquement déterminées par la valeur intellectuelle et morale de l'homme, est évidemment pour elle un sûr garant de progrès. Par suite du passage de notre vénéré doyen,
(26 ) M. Ducos, au nombre des membres libres , elle avait à pourvoir à une vacance dans la classe des Inscriptions et Belles- Lettres : plusieurs noms semblaient d'avance indiqués, mais une seule candidature s’est produite.
En s’associant M. Humbert, professeur de Droit romain à notre Faculté de Toulouse et secrétaire perpétuel de l'Académie de législation , la Compagnie s’est assurée une collaboration active et efficace.
Nous avons aussi été heureux d'inscrire sur la liste de nos correspondants deux noms, l’un celui de M. Sédillot, déjà célèbre dans les fastes de la chirurgie, l’autre celui de M. Gustave Le Bon, connu par des recherches sur un grand nombre de points intéressants de médecine.
Mais pourquoi toujours, à côté de nouveaux gains, de nouvelles pertes? La mort nous a ravi deux de nos membres les plus distingués, l’un résidant, l’autre correspondant, tous deux Toulousains d'origine : M. Adolphe Caze , officier de la Légion d'honneur et de l’Instruction publique , Président de chambre à notre {Cour impériale, membre du Conseil général, du Conseil académique et du Conseil départemental , ancien Député de la Haute-Garonne et ancien membre du Conseil municipal , des Académies des Jeux-Floraux et de Législation, de la Société archéologique et de celle d'agriculture qui l'appela plusieurs fois à l'honneur de la présidence, Représentant du département dans l'Enquête agricole , un de ces hommes d'élite et par le cœur et par l'intelligence , une de ces natures privilégiées qu'on ne pouvait approcher sans l'aimer , et dont la vie abrégée, dévorée même par le travail, par un scrupuleux accomplissement du devoir et par un dévouement äbsolu à la chose publique, offre un des plus nobles exemples à proposer et à suivre (GG). — Jean-Marie-Alexandre Costes , professeur titulaire à l'Ecole de médecine de Bordeaux et rédacteur en chef du journal de médecine de cette ville, auteur d'un important ouvrage, l'Histoire critique et philosophique de la doctrine physiologique (1) , et de nombreux
(4) Un vol. in-8° de 500 p., couronné par la Société de médecine de Caen.
Mémoires sur diverses parties de l’art médical (1), tour à tour secrétaire général de l’Académie des sciences, Belles-Lettres et arts de Bordeaux et Président de la Société de médecine de cette ville, membre honoraire de la Société philomathique de Bordeaux : encore une vie des mieux remplies, et dont les premiers débuts avaient été marqués par des services chirurgicaux dans l’armée d'Espagne (de 1811 à 1814).
Messieurs , arrivé presque au terme du mandat que vous avez daigné me confier durant trois années successives et, qu'en vertu de nos statuts, je dois déposer à la fin de celle-ci, je tiens à exprimer publiquement à mes confrères mes sentiments de reconnaissance pour un concours qui ne m'a jamais fait défaut, heureux d'emporter le souvenir de ces rapports toujours aimables avec des hommes unis par un même dévouement aux progrès des sciences et des lettres. C’est le privilége de ces nobles études d'aplanir les aspérités qui divisent trop souvent, et parfois sans raison, tant de nobles cœurs si bien faits pour s’estimer les uns les autres. L'extension de ces liens de fraternité réciproque n’est pas un des moindres bienfaits des institulions scientifiques, et je tiens à proclamer , comme un grand honneur pour notre Compagnie, qu'on les
chercherait vainement ailleurs plus développés que dans celte enceinte.
(1) En particulier : 1° Mémoire sur la fistule lacrymale ; 2° Considérations Sur le diabètes; 3° Mémoire sur les préparations de fer; 4° Mémoire sur les tumeurs emphyséma!euses du crâne , etc.