‹ Opuscules de botaniqueChapitre 88 sur 97 · UD RE · texte numérisé non relu

UD RE

rales, tandis que le connectif s'était prolongé en un appendice pétaloïde et cucullé. ( Zlustration hortic., pl. 137. )

En 1860, dans une lettre à M. Decaisne sur les Verbascum de la Flore de Chambéry, M. E.-G. Paris décrivait ainsi un phénomène souvent remarqué par lui dans les fleurs du V. pulverulentum Vill. «Le filet, l’anthère, le pollen restent exactement ce qu'ils sont d'habitude ; mais sur le dos du filet, el envahissant même le connectif, se développe une lame foliacée de la même consistance et de la même couleur que les pétales (in Bullet. de la Société bot. de France , t. vu, P- 852 ). »

J'ai eu l’occasion de constater un fait analogue sur les étamines du Bignonia capreolata. (Voir ce Recueil, 5° sér., ÉAYL.,:p102. )

Enfin , on trouve figuré dans le journal allemand Linnæa , t. xvi, tab. 19, f. 7, une étamine anormale de Thesium intermedium , où le filet et le connectif s'étaient transformés en une large membrane-portant sur l'un des bords une loge d'anthère , et sur Pautre un rudiment de la seconde loge.

Tous ces faits n'indiquent-ils pas que l’anthère et la lame du pétiole sont deux corps essentiellement distincts ? Mais l’anthère est-elle représentée par quelque partie, si réduite soit-elle , de la feuille-type , ou est-elle un organe nouveau ? Je ne saurais le dire.

Si l’anthère est un organe distinct, elle doit apparaître en des places variables du filet. Le plus habituellement elle est terminale ; mais les Pervenches, les Glossarrhen , les Humirium, etc., où elle est surmontée d'un long et large appendice, prouvent que ce caractère n’a rien d'absolu. Devant cette nouvelle interprétation, tombent aussi les difficultés qu'a soulevées la présence, dans une même fleur, d’anthères introses el extroses.

Les genres Paris et Nymphæa me semblent encore témoigner de l'indépendance du filet et de l’anthère. Le premier nous dévoile , en effet, la plus grande conformité entre les divisions intérieures du périanthe etles filets staminaux , subulés

comme elles, mais que viennent border, dans une portion de leur longueur, les deux loges anthérales. Le second, dont le pétale n'offre aucune distinction de parties, nous montre cet organe se rétrécissant peu à peu en filet à mesure qu’il se rapproche du centre, et c’est alors qu'un corps de nouvelle formation vient se superposer à ce filet (1). L.-C. Treviraus a étudié avec soin les rapports de ce filet et de l’anthère à l’aide de coupes transversales, et s'est convaincu qu’en l'absence de toute participation de l'élément vasculaire et du parenchyme incolore interne , l’anthère provient d’un épaississement et d'une proëéminence sous forme de deux bosses juxtaposées du tissu cellulaire superficiel du pétale, dont le bord ne présente d'autre modification qu'un léger retrait avec épaississement (Physiol. der Gewæchse, t. n, p. 279). Les loges anthérales n’y figurent-elles pas à titre d'organes nouveaux ? Et n’en est-il pas de même des étamines des Cucurbitacées, qui, d’après Payer, consistent d'abord en des sortes de lames ou de mamelons sur lesquels apparaissent plus tard les anthères? « Dans le Cyclanthera pedata, dit-il, le centre de la fleur est circonserit par un bourrelet circulaire, et c’est sur le pourtour du bourrelet que se développe le pollen dans deux loges superposées » (Traité d'Organogénie).

Un récent travail de M. Cas. de Candolle, sur la famille des Juglandées, fournit un fait du même genre. Dans le Platycaria, l'ovaire de chaque fleur femelle est muni de deux appendices latéraux. « Or, si l’on suit attentivement le passage entre les dernières fleurs femelles et les fleurs complétement hermaphrodites, on voit les appendices latéraux se déiacher de plus en plus de l'ovaire, se munir d'anthères, d'abord incomplètes puis parfaites, et devenir enfin de véri-

(4) Ces divers états ont été figurés par Adr. de Jussieu, dans son Cours élém. de Botanique, 1re édit., p. 278; 5e édit., p. 204; et aussi par Payer, dans ses £léments de Bot., p. 180, fig. 370 ; par Asa Gray ( First Lessons in Botany, p. 99, f. 198 ). Is sont cités par Turpin (/con., p. 126), par Lindiey (Introd. to Bot., p. 159), à l'appui de l’opinion de l'identité des organes floraux qui ne sont que des modifications d'un seul et même organe (Payer).

EN +R = tables étamines (in Annal. des scienc. nal., 4° sér., 1. xvr, p. 25),» ct les fig. 34-35 de la pl. 8 montrent ces appendices portant au-dessus des anthères (à loges écartées l’une de l’autre) une grande languette ex forme de stigmate.

Si l’anthère est un corps surajouté , l'existence de filets stériles , tels qu'en offre le genre ÆErodium , s'explique à merveille. On s'explique très-bien aussi dans cette théorie l'anomalie signalée par M. Hugo de Mohl chez un Chamcærops humilis dont les trois carpelles (à tous les autres égards normaux ) offraient de chaque côté de la suture ventrale une proéminence jaune à deux loges anthérales remplies de pollen ( Vermischte Schriften, p. 33). C’est que l’anthère doit pouvoir se montrer accidentellement sur toutes les parties de la fleur: on vient de la voir sur l'ovaire dans les Chameærops ; Engelmann a observé un pistil de Cheiranthus Cheiri, où une loge staminale remplaçait la moitié de l’enveloppe ovarienne, et cet auteur a aussi figuré des pistils de Campanula persicifolia , dont le style était bordé d’un côté d'une loge d’anthère (De Antholysi, tab. ur, f. 11 ct 4%). Les figures que donne M. de Mohl (loc. cit. ) pour représenter la transformation des élamines en carpelles chez le Sempervivoum tectorum, viennent fournir encore un élément à la démonstration; on y voit (Tab. 1, fig. 16, 17, 18, 19, 21) l’anthère parfaitement indépendante des parois ovariennes, fermant d’abord louverture ventrale de la cavité pistillaire , puis se réduisant de plus en plus à mesure que ces paroïs s'étendent, pour disparaître et céder la place à une lame interne qui va de la base au sommet du carpelle.

M. Schleiden avait écrit que les processus filiformes de la couronne florale des Passiflores appartiennent en partie au disque (Grundzuege, t. n , p. 174 et 270). Payer, s'appuyant, comme le savant Mlemand, sur l’organogénie , est arrivé à cette conclusion qu'ils n’ont rien de commun avec les étamines, car 1ls ont pour caractère de naütre sur le réceptacle postérieurement au pis'i (Traité d'Organog., p. 389). Et cependant, au rapport de Moquin-Tandon, Seringe a vu les filaments d'un

LOUE Passiflora holosericea, terminés par de petites têtes ou par des loges anthérales incomplétement organisées (Térat. végét., p.220).

$ I. — Conséquences de la nouvelle signification attribuée à l'anthère.

La théorie qui fait de l’anthère un organe distinct : 1° dissipe les difficultés d'interprétation relatives à la structure de l’anthère à quatre loges superposées deux à deux chez plusieurs Laurinées; 2° elle montre l’inutilité de comparer le mode d'attache (ordinairement dorsifixe) de l'anthère aa filet, avec celui (ordinairement continu) de la lame de la feuille au pétiole; 3° elle explique la présence des anthères au sommet des divisions du périanthe des Protéacées , indépendamment de la soudure des filets avec celles-ci, soudure qui ne repose que sur des idées théoriques ; 4° elle justifie la multiplication sur les écailles florales des Cycadées, d’anthères que M. Fée a considérées comme des corps analogues aux coques des Lycopodiacées ; 5° elle fait disparaître l’anomalie que montrent, dans les familles des Liliacées , des [ridées et de la plupart des Monocotylédones, les élamines comparées aux feuilles; car ces derniers organes y sont presque toujours sessiles (peut-être à l’état de phyllodes), tandis que l’anthère termine ordinairement un filet aussi long ou plus long que dans beaucoup de Dicotylédones à feuilles pétiolées ; 6° elle rétablit l’analogie entre les organes mâles de tout le règne végétal, du moins quant à leurs parties essentielles, car, dans la plupart des Acotylédones, et peut-être même dans tous, l’anthéridie ne dérive pas de la feuille ; 7° elle offre an argument de plus à l'appui de l'interprétation, qui voit des staminodes ou des appendices staminaux dans les lanières pétaloïdes placées en dedans des deux verlicilles trimères extérieurs de la fleur des Canna , et affaiblit considérablement , au point de vue de la signification des verticilles de l’androcée, l'importance attribuée à la structure de l’anthère unique, considérée comme biloculaire par

US joe

M Lestiboudois, comme uniloculaire par MM. Spach, Parlatore:;etc. d

Si l'anthère est un corps surajouté, il devient illogique d’appeler élamines avortées ou castrées celles qui sont naturellement réduites au filet; elles méritent le nom d’étamines 2mparfaites, incomplètes , ou stériles ou ananthères. Dès lors , aussi, la feuille florale ne serait, à vrai dire, qu'un accessoire dans l'appareil mâle de la plante, où elle ne servirait que de support.

S IV. — Objections à la nouvelle signification proposée de l'anthère.

A l'opinion soutenue dans ce travail, que l’anthère est un organe distinct, on peul objecter que dans certaines plantes l’anthère et le filet paraissent tellement unis qu'ils forment un seul corps. Telle est l’étamine du Gui. Mais cette étamine ne peut-elle pas, à aussi bon droit, être considérée comme réduite à l’anthère ? Aug. de Saint-Hilaire cite encore le Castrea falcata, où , dit-il , le pétale tient lieu de l’étamine, car le pollen est niché dans un pore qui se trouve à l'extrémité pointue de chaque pétale ( Leçons de Bot., p. 451). Là encore, ou tout le prétendu pétale est une anthère, ou celle-ci, réduite au dernier degré, n’occupe qu'un point du pétale.

Objecterait-on enfin qu'il est étrange et même 1illogique, à priori, de considérer comme surajouté un organe qui, au point de vue fonctionnel, est une des parties les plus importantes de la fleur ? Mais n'est-ce pas justement l'importance de la fonction qui justifie cette création nouvelle ?

& V. — Historique.

La thèse développée dans les pages précédentes est-elle nouvelle? Oui, devrait-on répondre , à ne consulter que les

ouvrages didactiques , comme on le verra ci-après. Et cependant , deux botanistes distingués ont, l’un , mis en doute la légitimité de Ja théorie reçue ; l’autre , proposé une interprétation dont la mienne se rapproche à plusieurs égards.

Dans un savant Mémoire sur la métamorphose des plantes, Bernhardi a écrit: « Les observations qu'on a faites sur la transformation d'étamines en pétales, font voir qu'ici ce n'est que le filet qui se transforme , et que l’anthère se trouve quelquefois attachée à ces pétales comme un organe étranger. Selon toute vraisemblance, nous devrons donc considérer les filets seuls comme des formations foliaires modifiées (in Annal. des Scienc. nat., 2° sér., t. xx, p. 122).»

A peu près à la même époque , M. L. Bravais était beaucoup moins réservé, et n'hésitait pas à professer, avec une parfaite conviction , des opinions tout à fait en désaccord avec celles qui prévalent encore aujourd'hui; mais on n’en a tenu aucun compte. J’emprunterai quelques citations textuelles à son important Mémoire sur les Nectaires (in Annal. des Scienc. nat., 2° sér., t. XVII).

« Les feuilles ont-elles une partie analogue à l’anthère? Je n'en ai pu découvrir de traces ( p. 178). — Les pétales présentent quatre parties : le support, le nectaire au-dessus du support, les rebords de l'onglet qui correspondent aux loges polliniques, et, enfin, le limbe (p. 163). — Une foule de plantes, les Borraginées , Primulacées, Personées, Caryophyllées , Solanées, etc., portent sur leurs pétales des empreintes d’anthères (p.170),» et Bravais signale entre autres la corolle de la Douce-amère marquée de deux taches aux points correspondants aux deux anthères (p. 163). Il considère comme représentant le limbe du pétale le processus terminal de l’étamine des Pervenches et des Violettes, du Nerium et du Crowea saligna , du Paris et de l’Asarum , des Lobéliacées et des Composées (p. 170). Enfin , son interprétation des fornices des Caryophyllées a été confirmée par l'observation , citée plus haut, de M. Masters , car il suffirait, dit-il, de plier en deux ce rebord de l'onglet qui se détache en entier, et de le rem-

plir de pollen pour avoir un pétale anthérifère ou une étamine pétaliforme (1bid. ).

C’est peut-être le cas d'ajouter ici qu'un des botanistes les plus marquants de notre époque , à qui je demandais dernièrement s’il croyait à l'identité de signification morphologique de l’anthère et de la lame du pétale, n'hésitait pas à répondre négativement et à traiter de surannées les idées généralement professées à cet égard.

Voici maintenant les opinions des auteurs classiques sur la nature de l’étamine :

1° L'étamine est une feuille métamorphosée.

« L'étamine devient pétale ,» dit M. Le Maout (loc. cit. , p- 31). Aug. de Saint-Hilaire est encore plus explicite : « Le filet de l’étamine, c’est l’onglet du pétale ou le pétiole de la feuille ; l’anthère , c’est le limbe de cette dernière ou la lame du pétale (loc. cit., p. 450 ).»

« L’anthère, énonce Hermann Schacht, représente le limbe de la feuille staminale dont le pétiole s’est transformé en filet (Les Arbres, trad. d'Ed. Morren, p. 290). »

Lindley n'hésite pas à proclamer , dans deux ouvrages dogmatiques , que l’anthère est une modification de la lame et le filament du pétiole (Outlines of the first principles of bot., p.307, Introd. to bot. p. 160). Charles Morren a écrit aussi : « Dans l’étamine, le pétiole est le filet, l’anthère la lame ( Fuchsia, p.155).» « L'anthère peut être comparée au limbe de la feuille dont le filet est le pétiole, dit M. Alph. de Candolle (/ntrod. à la bot. ,t.1,p 141);» et, à son tour, M. Germain de Saint-Pierre déclare le filet analogue au pétiole de la feuille, le connectif analogue à la nervure moyenne de la feuille, et il considère les deux sacs de l’anthère comme représentant les deux moitiés du limbe d'une feuille (Guide du Bot. ,t. 11, p. 381). « Le botaniste, selon M. Asa-Gray, voit dans le filet le pétiole de la feuille, dans l’anthère le limbe ( First lessons of bot. , p. 113).»

Dans ses Nouveaux éléments de Botanique, 9° édit., p. 359, A. Richard énonçait que : Le filet représemgte le pétiole, l'anthère

= MD ee

le limbe de la feuille (p. 359). Mais dans son Précis de Botanique, p. 194, l’auteur déclare que dans la duplicature des fleurs les anthères avortent , les filets s’élargissent et prennent petil à petit les caractères des pétales. Si ce sont les filets qui subissent la transformation, les anthères n’y entreront pour rien, et cette seconde assertion de A. Richard vient pleinement confirmer la théorie que nous cherchons à démontrer dans ce travail.

Quant à Link , après avoir écrit : Nova igitur est formatio antheræ , loco folii aut potius loco laminæ folii enatæ , que cum fol Structura interna vix aliquid commune habet, il énonce celte conclusion, qui ne paraît pas empreinte de conviction : Nil vero impedit quo minus analogiam inter filamentum et petiolum , inter loculos antheræ , et laminam folii utrinque convolutam seu inflexam staluas, que satis luculenta est ( Elem. philosophie botan. , 2° édit. , p. 186 et 188 ).

Endlicher et M. Unger déclaraient , en 1843, que , comme la fouille, l’étamine se compose de trois parties (vaginale, péto!aire et laminaire ), et que la partie laminaire de Ja feu le s'appelle anthère (1).

M. Oliver tient aussi l’anthère pour un limbe métamorphosé dont il a pu suivre la transformation sur un géranium. Quatre épaississements se sont montrés sur la page supérieure de la feuille , deux près de la nervure médiane et deux sur les bords; puis, par les progrès du développement, les lobes des bords viennent se placer au-devant des lobes intérieurs, et la ligne de déhiscence est à leur point de jonction (in Trans. of Linnæ. Soc., t. xx, 423-498 ).

2° « L’anthère n’est, sans nul doute, dans les phanérogames, qu'une feuille modifiée, » écrit M. Schleiden (2).

Je n’ai l'intention de développer ici ni de discuter les nombreuses opinions qui, partant de ce principe, ont cherché à

(4) « Der Laminartheil heisst Staubbeutel (anthera ) ( Grundzuege der. Bot. p. 223). »

(2) « Bei den Phanerogamen ist die Anthere obne alle Frage nur ein modificirtes Blatt { Grundzuege der Wissenschaftl. Botan., 3° éd., Lo, p. 103). »

rendre compte de la forme et de la structure des anthères : telles celles des de Candolle, disant : Ze filet représente le pétiole, et l'anthère est formée par les deux bords du limbe roulés sur eux-mêmes , et formant ainsi les deux loges (A. P. de Candolle , Organogr., t.1, p. 552) : «L’anthère (anthera ) peut être comparée au limbe de la feuille dont le filet est le pétiole (Alph. de Candolle , Zatrod. à la Bot., t. 1, p. 141): — De Cassini, concluant de l'observation de deux monstruosités offertes l’une par le Scabiosa columbaria, l'autre par le Cirsium tricephalodes , que : le pétiole représente le filet de l'étamine, le limbe... l'anthère... que tout le pollen contenu dans une loge d'anthère est formé par la partie intérieure de l'assemblage utriculaire d'une moitié de feuille (Opusc. phytol., t. 2, p. 450 et 451) : — De Rob. Brown, ( Nachricht von Rafflesia , in Vermischte Schriften, p. 623 et suiv.), d’Ernst Meyer ( de Houttuynia, p. 23), de M. Rœper (Enum. Euphorb. p. 4), de Bischoff (Lehrbuch der Bot.,t. 1, p. 334%), — dont les opinions , bien quédifférant un peu dans les détails , et principalement dans le mode de production du pollen et des sutures de l’anthère, se rattachent à celle de Cassini, qu'admet , en grande partie M. Hugo de Mohl. Toutefois, le savant Allemand ne paraît pas pleinement convaincu ; car, après avoir développé les raisons qui militent en faveur de cette interprétation , il écrit cette phrase restrictive : « D'un autre côté , il faut cependant remarquer aussi que cette théorie ne concorde pas en tous points avec l’organisation que nous avons observée dans les anthères ( Vermischte Schriften, p. 42).»

Ajoutons, enfin, qu'aux yeux de M. Baillon, l’anthère tient lieu de la lame de la feuille, et offre parfois des vestiges d’une feuille composée, dans l’Anemone nemorosa et dans les Adonis, par exemple, où le connectif porte deux glandes audessous des loges de l’anthère. «Je ne sais pas, dit ce botaniste, si elles ne représentent pas, comme dans beaucoup de feuilles caulinaires, deux folioles latérales de la feuille staminale, qui serait ainsi composée (Adansonia , t. 1, p. 337).

3° Les lobes de l'anthère (représentent) la lame dédoublée

> Ur d'une feuille, et le connectif qui lie ces lobes la nervure médiane de ces lobes (Turpin, Atlas de l'Hist. nat. de Gaœthe, trad. par Martins, p. 51 ).

En 1820, dans son /conographie, p. 131, Turpin s'était borné à déclarer que le filet est un pétale réduit à la nervure médiane, sans se prononcer sur la nature de l’anthère. Mais, en 1833, s'étayant d'une observation tératologique, observée par lui sur la Fraxinelle, dont le filament, élargi en feuille verte , paraissait formé d’une seconde (lame ), moins grande, et comme appliquée sur la première, cet auteur déclarait que « de leurs prolongements et de leurs soudures résulte la formation de l’anthère dont chaque lobe ou loge et la déhiscence longitudinale de ce lobe s'expliquent parfaitement par la structure bilamellée de cette feuille anthérifère (4ilas, P. 60, pl. Lk,f. 32 et 33 ). »

En ce qui concerne la signification du filet, ce micrographe ne paraît pas avoir eu d'opinion bien arrêtée, car il a écrit, d’une part, p. 51, à propos de la transformation en feuilles des étamines du fraisier de Plymouth : « La structure de ces feuilles provenues d’étamines... sert admirablement à prouver que le filet de l’étamine, quand il existe , est un pétiole ; » ou bien, p. 47 : « Toutes les feuilles staminées articulées, comme, par exemple, celles des Mélastomées, sont comparables à la feuille d'oranger, qui se compose d’un pétiole inférieur et d’une foliole terminale ; » et de l'autre, p. 47, en figurant une étamine normale : «Feuille staminée réduite à la nervure médiane (filet), mais dont la lame double supérieure s’est formée en anthère. »

Le filet serait-il donc le représentant tantôt du pétiole, tantôt de la nervure médiane de la feuille ? C’est ce que je me propose de rechercher dans une prochaine dissertation. Omises , si je ne me trompe, par la plupart des auteurs qui

ont traité de l'interprétation des parties de l’étamine, ces idées de Turpin m'ont paru mériter d’être rappelées 11.

4° Les étamines sont des bourgeons.

Je ne combattrais pas les idées émises d'abord à l'appui de

> Or 7 cette proposiuon par G.-F. Wolff (Theor. gener., p. 69) ; par C.-A. Agardh (Essai sur le dévelop. des Plantes, p. 89, et Organ., pp. 331, 378, 450); puis, avec quelques légères modifications, par Endlicher (in Zinnæa,t. vu, p. 24 (14), si elles n'avaient été plus récemment soutenues par un botaniste français. Décrivant, en 1858, des déviations florales du Toridis Anthriscus Gmel., et du Selinum carvifolia L.. M. Guillard. s'exprime ainsi : « Nous y voyons... l’anthère verte, ouverte, vide, déployée et remplacée, dans quelques cas, par deux ou trois petites folioles. Cela conduit à regarder l'étamine comme un bourgeon , — comme le bourgeon axillaire du sépale... L'analyse doit done reconnaître deux feuilles élémentaires dans sa composition (in Bullet. de la Soc. bot. de France , t. v, pp. 729-730 ).

En 1856, un naturaliste d'Upsal, M. Daniel Müller, a cherché à prouver que les filets sont des feuilles métamorphosées et non des pétioles ( metamorphositer Blætter nicht Blattstiele), et que l’anthère-seule représente un bourgeon. A l’objection qu’elle se trouve au sommet du filet et non à son aisselle, comme c’est le cas ordinaire, l’auteur répond que dans les Lythrariées ( Cuphea, Lythrum) les pétales sont bien insérés au bord supérieur d’un calice tubuleux ou campanulé, et que la soudure des filets et de la corolle dans la plupart des Monopétales explique la position du bourgeon anthéral au sommet de la feuille filamenteuse (Filamentblattes), à l’aisselle de laquelle il devrait se montrer (in Botanische Zeitung de 1856, p. 54).

L’assimilation des étamines ou des anthères à des bourgeons axillaires repose en grande partie sur cette considération théorique que les feuilles de la tige et des rameaux ont chacune un bourgeon axillaire, et qu’on doit devoir le retrouver aux feuilles florales, Mais j'ai depuis longtemps dé-

(1) I n’est pas inutile de faire remarquer que cette opinion exprimée par Endlicher en 1832 (date du volume 7e du journal allemand Linnæa) était ultérieurement abandonnée par lui ; car j’ai déjà signalé plus haut l’interprétation de l'étamine donnée en 1843, par M. Unger et par lui. |

dt (END) montré que nombre de plantes, même parmi les Phanérogames, manquent de bourgeons axillaires (in Bullet. de la Soc. bot. de France, t. 3, pp. 4-10), et dès lors l’objection tombe d'elle-même.

Ainsi donc, parmi les auteurs qui ont discuté les diverses théories proposées sur la signification de l’anthère, il n'en est qu'un , à Ma Connaissance, qui ait entrevu la vérité et qui l'ait émise, mais d’une manière timide et incomplète. Bernhardi, en effet, a résumé de la sorte ses observations dans son Mémoire sur la métamorphose des plantes : « Les filets et les connectifs des étamines semblent seuls appartenir à des feuilles modifiées , et leur formation paraît bien analogue à celle des pétales. On ignore les relations des anthères avec la formation foliaire, si toutefois elles y appartiennent, aucune explication satisfaisante sur leur origine n'ayant encore été donnée ( in Annal. des Sciences nat., 2° sér.t.xx, p. 130 ).»

Comment donc cette assertion , qui touche à un des points les plus importants de la théorie de la métamorphose des plantes, n'a-t-elle pas été relevée et soumise à une sérieuse critique ? J'avais perdu complétement de vue cette déclaration du savant Allemand quand j'ai été conduit à considérer l’anthère comme un organe distinct; mais Je n'en suis pas moins heureux de m'étayer de son autorité, et de lui rendre justice.

Tonlouse, Impr. Ca. Doucavoure ; RouGer Fr. Er DELAHAUT, success", rue St-Rome, 39

Page 1