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PLANTES DE VIRGILE

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Par le Dr D. CLOS \

Professeur à la Faculté des Sciences et Directeur du Jardin des Plantes de Toulouse.

Qui de nous, dans les loisirs que nous laisse le séjour à * la campagne, n’aime à évoquer ses souvenirs de collége, à relire les chefs-d’œuvre de l'Antiquité et notamment ce magnifique poëme didactique qui nous dévoile les pratiques agricoles des Romains ? Mais plus d’ane fois, dans le cours de ces lectures, la curiosité est mise en jeu, et peu où point satisfaite : de nombreuses dénominations de plantes passent

FRE TAN sous les yeux du lecteur, et il voudrait savoir exactement quelles sont celles auxquelles Virgile fait allusion. « Les poëtes de l’Antiquité, dit M. Fée, connaissaient la nature bien mieax que nos poëtes modernes... Quand il s'agissait de décrire les objets qui étaient à leur portée, ils se montraient soigneux des épithètes et des mots, el savaient les choisir avec un discernement et un goût parfaits, n’accordant rien à l'exigence de la mesure dans les vers, ou à la nécessité du nombre dans la prose. Si cette précieuse qualité eut été moins saillante chez Virgile, ses écrits géorgiques et bucoliques eussent perdu presque tout leur prix, et les commentaires du genre de celui-e1 auraient été impossibles (Flore de Théocrite, préface, p. 126).» Et M. Fée écrit encore de Virgile : « Aucun poëte n’a parlé des plantes avec autant de détail et d'intérêt... Ses Bucoliques et ses Géorgiques en nomment un si grand nombre, qu’une Flore de Virgile, bien exécutée, doit suffire à l'interprétation de toute la botanique des poëtes launs (Flore de Virgile, p. 5 ).»

Il y avait donc dans cette détermination des plantes signalées par ce divin génie une mine féconde à exploiter, et les érudits n’ont pas manqué à la tâche. Que de noms ne citerait-on pas depuis Martyn en Angleterre, Schrank et Sprengel en Allemagne, Fée et Paulet en France, Viviani, Tenore, Bertoloni, en Htalie, jusqu’à MM. du Molin (Flore poétique ancienne, 1856) et Bubani ( Flora Virgiliana, 1868) dont les judicieux écrits éclaireissent tant de questions! \

Loin de moi l’idée d'analyser ici tous ces travaux ; je me bornerai à passer rapidement en revue, sur la trace de tels guides, et en particulier du dernier d’entre eux, la plapart des plantes inserites par Virgile, soit dans ses trois principaux chefs-d’œuvre, soit dans le Culexæ, le Ciris, le Moretum; et ces plantes seront divisées en : 1° Fourragères , léqumi-

ve neuses, maraîchères et céréales ; 2 aromatiques ; 39 âcres ou vénéneuses ; 4° plantes enchanteresses ; 5° plantes à fleurs ou d'ornement; 6° mauvaises herbes; T° petits arbres ou arbustes ; 8° arbres fruitiers ; 9° arbres forestiers non resineuæ; 10° Conifères et autres arbres résineux ; 11° plantes encore indélerminées.

1. Plantes fourragères, légumineuses, marafchères , céréales.

Cytise, 4 fois cité dans les Bucoliques (1, v. 78-9, xx, v. O4,1x, v. 51, x, v. 50) et 2 fois dans les Géorgiques Qu, v. 451, 1, v. 894-5), avec l’épithète florens et cette indication que les chèvres et les vaches en sont avides.

On a récemment voulu mettre en vogue un nouveau fourrage légumineux la duzerne arborescente ( Medicago arborea), appelée Cytise en ltalie, et c’est à elle que quelques auteurs à la suite de Martyn, rapportent le Cytise de Virgile. Mais M. Bubani écrit dans son Flora Virgiliana, p. 45 : « Dès mes premières herborisations, quand je voyais les chèvres se jeter avidement (dans les haies et les bois près de Bologne) sur le Cytisus Laburnum, il me semblait voir les chèvres décrites par Virgile, et cette opinion je n’ai pu Jamais l'abandonner, même devant la préférence donnée par Bertoloni (11. 7, p. 577) à une autre Légumineuse, aussi commune près Bologne et également dévorée avidement par le troupeau, lEmerus, Coronilla Emerus. »

Grande Luzerne, Medica (Medicago sativa),

..... tum te quoque Medica putres Accipiunt sulei.....

(Georg. 1, v. 215-6).

Genét : Genista lenta, humilis (Georg. n, v. 12 et 434). On à voulu retrouver tour à tour le Genista de Virgile dans le Genêt d'Espagne ( Spartium junceum), le Genêt à balai

PR AU | (Sarothamnus scoparius), les ajoncs et en particulier le peut ajonc (Uleæ nanus). Mais il est un vrai genêt, la Genestolle où Genêt des teinturiers (Genista tincloria), beaucoup trop répandu dans nos prés, comme dans ceux d'Italie, auquel l’épithète d’humilis convient à merveille et qu'il faut considérer comme le genêt de Virgile.

Hibiscus (Buc. 1, v. 30 et x, v. 71). Le mot Hibiscus désigne aujourd'hui un genre de plantes de la famille des Malvacées. Les commentateurs n’ont pas hésité à rechercher dans ce groupe si naturel l'Hibiseus de Virgile : Ja Guimauve officinale, les mauves sauvages et alcée, les Hibiscus (Kelmies) roseus et aquaticus ont eu tour à tour la préférence. Targioni et M. Bubani se sont ralliés à l'Althæa cannabina (Guimauve à feuilles de chanvre), belle espèce qui croit sur nos coteaux de Pech-David et qui jusuüfie par sa couleur, par ses tiges longues et grêles, les épithètes de virilis et gracilis que lui donne le poëte : M. du Molin a préféré la grande mauve (Malva sylvestris).

Mauves Malvæ (Mor. v. 73). Aucun document ne permet de préciser les espèces de Mauves dont il est question, et probablement le poëte emploie le mot Halvæ dans le sens générique.

Vesce commune, Vicia sativa (Georg. 1, v. 79, 1, v. 227),

Lupin (Georg. 1, v. 75), Lupin blanc (Lupinus albus;,

Haricot commun, Faselus (Georg. 11, v. 227). L’épithète de vil appliquée par Virgile à cette plante peut laisser quelque doute quant à une détermination précise. S’agit-il du Phuseolus vulgaris, da Phaseolus nanus où même du Faba vulgaris ?

Fève « Vere Fabis satio, » dit Virgile (Georg. x, v. 215), désignant la Fève commune /Faba vulgaris ).

Lentille Lens (Georg. 1, v. 228). C’est la Lenulle commune {EÉrvum Lens, Lens arte

Fraise Fragum (Buc. it, v. 92), fruit du Fragaria vesca.

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Mora Müre (Buc. vr, v. 22). Est-ce la mûre de la Ronce où du Mürier noir ?

Colocasia (Buc. 1v, v. 20). Les uns ont voulu que Virgile ait désigné par ce nom la Colocase des anciens (Colocasia antiquorum); les autres, et avec plus de vraisemblance, ont donné la préférence au fameux Nélambo ( Nelumbium speciosum).

Lin Linum usitatissimum (Georg. 1, v. 77, 142, 212; Æneid. xu, v. 120).

Carbasus (Æneid. 11, v. 397, iv, v. AT, vin, v. 34, x, v. 116). Variété de lin très-fin appelé Carbasa par les Latins.

Pavot Papaver (Buc. 11, v. 4T; Georg. 1, v. 18, 131, 212; Æneid. 1v, v. 486; Mor. v. T5). ù

Qu'il s'agisse du Pavot, propre à former un bouquet, ou des Papaver vescum, cereale, ou encore des Papaver lethœum, soporiferum , gelidum, on peut dans tous ces cas donner la préférence au Pavot somnifère ou des jardins (Papaver somniferum) et surtout à sa variété dite Pavot blanc. On lui doit de belles fleurs doubles, des graines oléagineuses dont les anciens faisaient des gâteaux, un suc blanc qui devient opium.

Ail Alliam (Buc. 11, v. 14; Mor. v. 88), l'Ail commun.

Oignon Cepa rubens (Mor. v. 64), l'Oignon commun ou une de ses variétés.

Safran Croeus (Georg. 1, v. 56, 1v, v. 182; Cul. v. 400), le Safran cultivé (Crocus sativus).

Coriandrum (Mor. v. 90), la Coriandre cultivée (Coriandrum salivum).

Siser (Mor. v. 74), faut-il entendre par là le Chervis (Sium Sisarum), le Panais (Pastinaca sativa) ou le Poischiche (Cicer Arietinum)?

Apium (Buc. vi, v. 68; Georg. 1v, v. 121 ; Mor. v. 89). Les commentateurs se sont prononcés les uns pour le Per-

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sil (Petroselinum sativum), les autres et avec plus de raison, pour le Céleri (Apium graveolens).

Aneth (Buc. un, v. 48 ; Mor. v. 9) Anethum graveolens.

Intubum, Intybum, Chicorée (Georg. 1, v. 120, 1v, v.120; Mor. v. 85,480). M. Bubani, tout en reconnaissant la Chicorée sauvage (Cichorium Intybus) dans l’Intuba des Géorgiques, croit devoir rapporter à l’Endive (Cichorium Endivia) Vintuba du Moretum.

Eruca (Mor. v.°85): Très-probablement la Roquette (Eruca sativa).

Nasturtium (Mor. v. 84) rapporté au cresson alénois (Lepidium sativum).

Rumex (Mor. v. T2) parait désigner l'Oseille ( Rumeæ Acetosa).

Beta (Mor. v. 72) la Bette poirée (Beta Cicla

Concombre Cucumis { Georg. 1V, v. 122). S'agit-il du Concombre commun ( Cucumis sativus), où du Cucumis Chate qu'on appelle à Naples le Concombre serpent?

Courge Cucurbita (Wor. v. 77). C’est vraisemblablement au Cucurbita maxima que s'applique le

«...gravis in latum demissa Cucurbita ventrem. »

Millet Milium, c’est le Panicum miliaceum (Georg. 1, v. 216).

Far (Georg. 1, v. 73, 219) Triticum Spelta, l'Epeautre.

Frumentum { Georg. 1, v. 219, 515) Triticum vulgare, Froment cultivé.

Hordeumn (Buc. v, v. 56; Georg. 1, v. 210, 317). On culüve plusieurs espèces d'orge; Virgile veut-il désigner par le mot Hordea, employé par lui dans trois passages, l’'Orge commune ou quelque autre espèce ou même les céréales en général?

CN | er IL Plantes aromatiques.

Romarin Rosmarinus officinalis (Georg. 1, v. 213; Cul. v. 402).

Lavande. Paulet et M. Bubani s'accordent à considérer le Saliunca de Virgile (Buc. v, v. 17) comme le Lavandula Stœchas.

Sarriette des montagnes. M. Bubani n'hésite pas à rapporter à cette espèce si répandue en Îtalie le Thymbra de Virgile (Georg. 1v, v. 51).

Thym Thymus (Buc. v, v. T7, vu, v. 57; Georg. 1v v. 112, 169, 181, 241, 270, 504). D’après les commentateurs, il faut traduire le Thymus de Virgile, tantôt par le Thym commun (Thymus vulgaris), tantôt par la Sarriette à fleurs en tête (Salureia capitala) et peut-être aussi par quelque autre espèce analogue de Labiée aromatique.

Serpollet Serpyllum (Buc. n, v. 11; Georg. iv, v. 51).

Ce mot désignerait-1l, non-seulement le Serpollet (Thymus Serpyllum), mais encore quelques espèces de Sarriette et surtout la Sarriette des jardins et même, comme le précédent, le Thym commun?

Dictamne où Dictame de Crète (Origanum Dictamnus) (Æneid. x, v. 412-4).

Mélisse Melisphyllum (Georg. 1v, v. 63) : C’est la Mélisse officinale (Melissa officinalis).

Amaracus (Æneid. x, v. 697) parait désigner la AT laine (WMajorana hortensis).

Amomum (Buc. 11, v. 89, 1v, v. 25; Cir v. 512) désigne probablement P'Amome officinal.

IT. Plantes âcres ou véneneuses.

Herba sardoa, « sardois… amarior herbis(Buc.var, v. 41 );» ce passage a vivement intrigué les commentateurs qui ont

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cru retrouver la plante de Virgile dans l’une ou l’autre des espèces suivantes : Apium graveolens ( Ache ou céleri ), OEnanthe crocata, Anemone Pulsatilla, Ranunculus sceleratus, R. philonotis, R. acris, R. lanuginosus, R. muricatus. I est probable que ce nom s'applique à toute plante d’une notable âcreté, et M. Bubani est disposé à y comprendre, outre la Renoncule scélérate, la Mandragore et la Stramoine.

Herba veneni (Buc.1v, v. 24). L'auteur que nous venons de citer n'hésite pas à reconnaitre dans cette appellaion l'OEnanthe apiifolia.

Cicuta ( Buc. 1, v. DA, v, v. 85). Faut-il entendre par là le Cicula virosa, qui ne croit que dans les provinces septentrionales de l’Htalie, ou le Contum maculatum (grande ciguë) si commun partout, ou des branches d’autres Ombellifères non vénéneuses ?

Helleborus (Georg. 11, v. 451). Deux genres de plantes appartenant à des familles très-éloignées, et même à des embranchements différents, le Veratrium (monocotylédone de la famille des Colchicacées, et l’Helleborus (dicotylédoné de la famille des Renonculacées), portent, dans une grande partie de l’Europe méridionale, le nom d’'Hellébore : les prineipales espèces de ces genres ( Helleborus niger, fætidus, viridis, Veralrum album et nigrum) méritent chacune lépithète de gravis que leur applique Virgile.

Scilla, Scille maritime ( Georg. in, v. 4D4).

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