VI. Mauvaises herbes
Lappa. Deux fois Virgile associe le Lappa au Tribulus : « Lappæque, tribulique (Georg. 1, v. 133 et nr, v. 883). Le mot Lappa s'applique aux diverses sortes de Bardane ( Lappa major et minor, etc.), aux Lampourdes (Xan-
(1) Cependant M. du Molin, s'appuyant sur l'étymologie du nom, sur le Vimen Acanthi des Géorgiques (IV, v. 123), dit [que l’Acanthe des poëtes est un arbre épineux , un Mimosa (oc. cit. p. 272-273). ,
LT thium strumarium et spinosum ), peut-être aussi au Grateron (Galium Aparine), el même à quelques Ombellifères au fruit aiguillonné; mais je ne partage pas l'avis de M. du Molin, qui restreint le Lappa du poëte à la Caucalide à grandes fleurs {Orlaya grandiflora).
Tribulus (Georg. 1, v. 153, ut, v. 884). S'agit-il du véritable Tribulus terrestris de Linné, espèce au fruit épineux el très-répandue dans les terres légères du Midi de la France, de l'Espagne et de lftalie? Ou bien le mot Tribulus désigne-t-il quelque espèce de Centaurée aux bractées épineuses (entre autres Centaurée du solstice, vulgairement aouriolo, G chausse-trape, vulgairement Chardon étoilé ou Calpotrépo)? H serait difficile de décider entre ces deux opinions qui ont lune et l’autre des partisans.
Carduus (Bucol, v, v. 39; Georg. 1. v. 151-2): mot générique s'appliquant à plusieurs espèces de chardons, et en particulier, ce semble, à celui qui infeste nos champs ( Cirsium arvense, vulgairement caousido). Mais M. du Molin se trompe quand, pour réfuter l'avis de ceux qui voient dans le chardon de Virgile la Centaurée du solstice, il dit que celte plante est trop peu commune et ne vient guère que sur les bords des chemins. Après la moisson, plusieurs des champs qui bordent la route de Sorèze à Revel sont entièremen! jaunes des pieds de cette centaurée, el il paraît en être ainsi à Montpellier eten ftalie, car Raï a écrit de cette plante : « Monspelit in satis nihil abundantius, nec minus frequens in Italia. »
Rubus asper ( Buc. ut, v. 89), Rubi horrentes ( Georg. 111, v. 915), expressions s'appliquant aux ronces les plus communes des haies (Rubus fruticosus, R. lomentosus , ete. ) et des champs ( Rubus cœsius ).
Laiche (Careæ) : « Tu post careeta latebas », Buc. tr, v. 20, « Carice pastus acuta », Georg. ur, v 231.
Le genre Carex compte dans tous les ‘pays un très-
asie
Sn Le
RS grand nombre d'espèces infestant les prairies marécageuses ; et, d’après M. Bubani, on désigne encore en quelques localités d'Italie, sous le nom de Caretto, les espèces de Laiche les plus apparentes. |
Jonc (Juncus, Scirpus) : Les noms de Juneus limosus ( Buc. 1, v. 49) et Juncus mollis ( Buc. n, v. 72) s’appliquent sans doute aux espèces les plus communes du genre Juncus . et aussi peut-être à celles du genre Scirpus.
Lolium «Anfelix Lolium et steriles dominantur Avenæ » (Buc. v, v. 37; Georg. 1, v. 134), l'Ivraie énivrante ( Lohum temulentum) ou une de ses variétés.
Avena (Buc. 1, v. 2, v,v. 97 x, v. 51; Georg. 1, v. 7, 154 et 226, Æncid. 1, v. 1). Une triple signification s’attache aux divers passages de Virgile : il dépeint tantôt la mauvaise herbe — steriles dominantur Avenæ, vanis elusit Avenisallusion sans doute aux Avena sterilis, falua où espèces voisines; tantôt l’action épuisante de l’Avoine commune : «urit.…. campum seges... Avenæ; » lantôt, enfin, le mot Avena escorté de l’épithète tenuis ou gracilis, est synonyme d’Arundo, de Calamus et désigne le chalumeau.
Ulva (Buc. vi, v. 87: Æneid. 11, v. 135, vi, v. 416; Georg. nu, v. 174-176). On voit dans la plupart des marécages de grandes plantes aux feuilles étroites, longues et dressées, aux fleurs réunies au sommet des tiges en têtes allongées brunes ou noirâtres, d’où le nom de Masseltes. C'est à elles, et peut-être aussi à quelques grandes espèces de Laiches où Carex, que doit s'appliquer l'Ülva de Virgile, qualifiée de palustris.
Fihiæ (Georg. 11, v. 189, mn, v. 297-8) désigne sans doute la gande Fougère (Pleris Aquilina ), Vépithète d’invisa convient à merveille à cette espèce.
Fucus «.….fucoque et floribus oras
explent... » (Georg. iv, v. 38-40).
Le mot Fucus comprend probablement des fragments de
raie à |
LA
= 49 — plantes aquatiques, marécageuses, des fossés ou des ruisseaux ( Paulet).
Aiga vilis (Buc. vu, v. 42), Alga illisa ( Æneid. vu, v. 590). M. Bubani, concluant, d’après un passage de Plime et d’après la signification attribuée encore de nos jours au mot Alga, dit qu’il désigne des plantes marines (Fucacées) et d’eau douce, telles que des Naïadées (Potamot, Zannichellie), la Vallisnérie, etc.
Muscus, Mousse ( Buc. vi, v. 62, vit, v. AD; Georg. mi, v. 144, 1v, v.18; Cul. v, 105). Les personnes étranoères à la botanique confondent sous ce nom de Mousse non-seulement les Mousses proprement dites, mais les Hépatiques, les Lichens et les Lycopodiacées; c’est dans ce sens qu’il faut entendre les Muscosi fontes, les Stagnaairentia musco, et autres passages” analogues du poëte de Mantoue. à
Rubigo mala (Georg. 1, v. 150-1). À laquelle des maladies charbonneuses quiattaquent les céréales (rouille, carie, charbon, etc.) fant-il rapporter le Rubigo ? En labsence de documents suffisants, mieux vaut rester dans le doute.
VIT. Petits arbres ou arbustes.
Les principaux d’entre eux, cités par Virgile, sont : le Laurier-Rose, appelé Rhododaphne (Cul. v. 404), le Cornouiller, Cornus (Georg. 1, v. 448; Æneid. 1x, v. 698), VArgalou ou Porte-chapeau (Paliurus aculeatus, Buc. v, v. 99), le Troëne ( Ligustrum vulygare, Buc. n, v. 48, et non le Filaria ni le Liseron des haies), l’Arbousier (Arbutus Unedo, Buc. ur, v. 8, vir, v. 46; Georg.1, v. 148, 11, v. 69, 920,11, v. 801), le Myrte (Myrtus communis, Buc. 11, v. 54, vit, v. 6, 62; Georg. 1, v. 506, 1, v. 112, 447, rv, v. 124; Æneid. vit, v. 817; Cul. v. 145, 399), la vigne sauvage, Labrusca (Buc. +, v. T; Cul. v. 52), un des cotonniers arbo-
MEUTs :u
rescents. (Gossypium arboreum ou autre, Georg. 1, v.120), le Buis, Buæus où Buæum (Georg. 1, v. 487, 449; Æneid. vi, v. 989, 1x, v. 619; Cir. v. 166), le Houx commun (lex Aquifolium , Buc. vi, v. 42, Georg. xt, v. 413), bien que plusieurs commentateurs aient era voir dans le Ruscus du poëte le Fragon ou petit Houx ( Ruscus aculeatus ).
Quelques-unes de ces petites plantes ligneuses désignées par Virgile ont été envisagées de diverses manières, telles :
1° Viscum ( Georg. 1, v. 139, rv, v. Al; Æneid: vx, v. 205), qui parait s'appliquer tantôt au Gui (Viscum album), tantôt à une autre plante, comme lui parasite, le Loranthus europæus.
2° Viburnum Viorne ( Buc. 1, v. 26). On s'accorde à y voir le Viburnum Lantana de nos haies. Mais quelques commentateurs, remarquant qu'en Italie le nom de Lenlaggine est appliqué indifféremment aux Viburnum Lantana et Tinus ( Viorne commune et Laurier-tin), ont pensé que Virgile avait eu en vue l’une et l’autre. Quant à M. du Molin, il conclut «sans hésiter, que le Viburnum de Virgile et des poëtes qui l’ont suivi, est bien la Clématite de nos haies qui a porté autrefois, et porte encore, le nom de Viorne, et qui est commune partout et connue de tout le monde. »
9° Myrica ( Buc.xv, v. 2, vi, v. 10, vu, v. 54 , x, v. 13). Diverses interprétations ont été données du mot Myrica. Les uns l'ont rapporté aux Tamarix de la Flore italienne, (T. germanica, gallica, africana), les autres à diverses sortes de bruyères. « Je suis d'avis, écrit M. Bubani, que les Myricæ de Virgile comprennent des espèces très-diverses. Les basses sont pour moi certaines espèces d'£rica, les plus modestes de celles déjà proposées par d’autres, mais en y joignant encore l’Erica mulliflora, qui se trouve communément dans le Midi de Phalie. » Quant aux grands Myricæ des vi® et x° livres des Bucoliques, ils désignent sans doute des Tamarix, et peut-être aussi les Erica elata et scoparia.
= fs Tel est aussi le sentiment de M. du Molin, écrivant : « Selon moi et selon les anciens, je n’en doute point, le mot Myrice doit signifier, avant tont, Bruyère, en général, et puis, si l’on veut, par extension, Tamaris, sorte de grande Bruyère. » 4° Hedera (Buc. 11, v. 39, 1v, v. 19, vin, v. 25, 58, vin, v. 15; Georg. 1v, v. 224; Cul. v. 140 ) désigne tantôt le Lierre commun Hedera Heliæ, tantôt le Lierre des poëtes. L’épithète alba appliquée au Lierre (Buc. vir, v. 58) a suscité diverses interprétations.