DES EMBLÈMES ET- INSCRIPTION
L'une des Portes de la villç d'Auxonnej PAR Cl. Xat. GIRAULT,
Jurisconsulte, ancien Maire "de ladite ville , Membre ' de plusieurs Sociétés savantes (*)*
Après atoir admiré dans les fortification* d'Auxonne y un ouvrage du célèbre Vaufcan , l notre illustre compatriote ( 1 ) , las amateurs des mon u mens historiques et des arts , remarquent encore, à l'enceinte xfê celte ville, tfnè Porte, reste des anciennes murailles , que ce grand homme jugea devoir être conseryée , et qu'il coQrdonna avec les ouvrages de défenses dont il entoura Auxonne, pendant l'intervalle qui s'écoula entre les deux conquêtes du comté de Bout-* gogne. ^ ; /
(*) Extrait^flu Magasin Encyclopédique -, apn. î8io; tom. a, pag.' 58. . >
(i) Le maréchal de Vaiibari naquit, en i633, â Saint-Léger de Fourcher', département de la Côte* d*Or,
v». M ... \ •** W«V>|»1». +\ V*lV * «V» *k
Cette Porte est celle qui conduit au Jura , d'où elle a pris le nom de ce département; antérieurement elle portoit celui du Comté , par la même raison qu'elle étoit sur la route de cette ancienne province, et plus anciennement elle étoit nommée Porte Dampnoi {a Damno, ancienne orthographe Dampnum , Dommage) , parce que c'étoit près de là qu'on exécutoit les criminels condamnés au dernier supplice ; elle est au levant d'Auxonne (2).
Elle étoit autrefois Porte avancée des premières fortifications élevées dans le milieu du seizième siècle (3); une autre la précé-
(2) Auxonne avoit quatre Portes opposées aux quatre points cardinaux : celle du Jura % du Comté ou Dampnot au levant 9 celle * àm Flummeran Repaie , ou de la Haute Safae au nord , celle du. Grand Pont, de France , ou de la Çôte~d?Qr au. couchant, et celle de Pautesson ou Notre-Dame au midi. Cette dernière qui s'alignoit dans la villç avec la rue aux Febvres, des Vrsules , ou Davot § et dans les granges avec le chemin de Laber+èment eu rue Tabour, fut la seule supprimée lors de» nouvelle* fortifications.
(3) Auxonne, située entre les Duché et Comté de Bourgogne, devint place frontière, lorsque ces provinces cessèrent d'obéir aux mêmes souverains, ce qui arriva deux fois dans le quatorzième siècle: ou retrancha une partie * de la ville pour la rendre plus régulière, elle fut entourée de vingt-quatre tours liées entre elles par des courtines, le tout sur*
doit dans ^intérieur de la ville, et ne fut détruite que vêts le milieu du dix-huitième siècle (4) : aujourd'hui elle est devenue porte intérieure La construction de la Porte avancée fut commencée dans une demi - lune qui couvre la Porte dont nous parlons ; mais à peine étoit-elle élevée au niveau du parapet,
monté d'une charpente couverte en clavins % afin qu'on pût en tout temps faire , à l'abri , les ronde9 sur les murailles , suivant Tordre du duc Jean , les retrayarïâ ou ressortissans des villages voisins , assujettis au droit de Guet et Garde envers la ville d'Auxonne* devant $tre à couvert Les tours du signe de' Bea\iregard * de Notre-Dame, la moitié de celle du Boichot, et l'ancien mur de la clôture des Capucins 4 sont tout ce qui nous reste des précédentes fortifications.
(4) Cette porte intérieure servit longtemps d'hôtel de ville à Auxonne 1 nous voyons dans le quatorzième siècle , la commune s'y assembler , ses magistrats y être élus, y tenir leurs audiences } le banc des jours étoit placé en face de la cheminée, les délibérations y étoient prises , les impositions répara lies, les comptes rendus i les chartes y étoieût renfermées, l'artillerie y -étoit déposée * les piqués et pertuisanes suspendues dans nne husserie * les armes resserrées jusqu'à l'époque où l'on eti établit un magasin dans les halles ; des canons étoient sut la plate-forme, les prisons dans le bas; comme ou le voit, il falloit qu'elle fût bien vaste, et Ton peut en juger par l'esplanade , pour setvir simultanément à tous ces usages- ' ' ■
lorsque la paîx conclue entre la France et l'Espagne réunit la Franche - Comté à la couronne : celle cession rendant dès -lors les fortifications d'Àuxonne bien moins importantes , cette demi - lune et quelques autres ouvrages ne furent point continués , et très - probablement ils ne seront jamais achevés.
On remarque dans cette porte un guichet, et les embrasures de la charpente d'un pontlevis; elle est chargée de plusieurs emblèmes qui n'ont point été effacés, avantage qu'ils doivent aux animaux qu'ils représentoient; d'autres ont été grattés sous la révolution; mais une teinte plus blanche qui est restée sut la pierre , ne peut laisser méconnoître les ; hermines et les fleurs de lys dont elle étoit parsemée; les roues et les bâtons noueux qui s'y remarquent encore, les girouettes qui la surmontoient, Técusson de France dont les supports et le pavillon subsistent, l'inscription gothique qui y est incrustée , sont autant d'objets dont l'explication peut offrir quelque intérêt , au moins celui de la curiosité , aux gens de la ville , et aux étrangers.
C'est par ce motif , et d'après l'invita»
lion de M. le maire de cette ville, que nous nous sommes livrés à quelques recher-
ches à ce sujet (5). Examinons tes détails qu'on observe à cette porte.
Le Guichet. Toutes les Portes d'Auxonne ëtoient anciennement placées dans des tours
(5) Extrait du Registre des arrêtés de la Mairie d'Auoconne, du 3o Juillet 1807^
Claude Nicolas Amanton , maire de la ville d'Auxonne , vu la lettre à lui écrite le 28 de ce mois par M. Girault, conservateur de la Bibliothèque publique de cette vilJe, membre de plusieurs Académies, portant ? « M* Masson , sous-maître en phar- ♦< macie en cette ville, a pris la peine de lever, «< d'après les nouveaux procédés indiqués par M. « MiLLJN dans son Voyage au Midi de la France 9 «< t. 2, p. 334, l'inscription gravée sous la porte du « Jura, et je suis parvenu à la déchiffrer. J'ai « conservé dans mon porte-feuille copie de i'inscrip* U lion placée autrefois au dessus de la principale « porte de l'église. Ces deux inscriptions ne se trouai vaut rapportées nulle part dans les papiers ou re- ,«< gistres des archives, j'ai pensé qu'il pouvoit être i\ intéressant pour la ville de lea consigner , et je « propose, si cela vous est agréable, de les inscrire i* moi-même sur le registre de la ville à la* suite i< de l'arrêté que vous , prendrez pour le consentir ♦< et m'y autoriser.»
Considérant que la conservation des monumens
anciens , qui excite ie zèle des sa vans , doit être
secondéç par l'autorité toutes les fois qu'on lui en
. offre l'heureuse occasion , arrête : M. Girault eàt
autorisé à transcrire, à, la suite du présent arrêté-,
carrées» ayant créneaux, mâchicoulis et guichet , précédées d'un pont-levis ou de bascule 9 suivi d'un pont de charpente (6) fermé, à l'extrémité extérieure, par une barrière de palis, couvert et si étroit que deux voitures ne pouvoient y passer de front , aboutissant d'un bastion dans lequel était une seconde porte donnant sur la campagne :
sur Tune des piles de ce pont étoit une maisonnette pour le portier, plus loin un banc abrité où le maire et le prévôt rendoient sommairement la justice. (Voyez , dans nos Etymologies des Usages , notre article sur les Juges sous VOrme , aux Archives de l'Académie celtique. ) non confimdetur cum loque tur inimicis suis in porta M p. 126-
Le Porc-Epic : cet animal qu'on voit sur >les demi-écus d'or' et les grands blancs gra-
Jes deux inscriptions dont il s'agit. — M, Girault demeure remercié de son zèle explorateur des monument qui intéressent cette ville, et invité, à continuer et communiquer ses recherches. -*- Extrait du présent arrêté sera remis k M. Girault par le Secrétaire en chef.
Signé au registre, AmqntQitj et pour extrait conformât Roussel. - - (6) "Depuis la révolution , le pont de bois a été converti en une chaussée en terre , exigeant beaucoup moins ^entretient
vés dans le Traité des Monnoies de Leblanc 9 étoit l'emblème du boa roi Louis XII :
Tordre du porc-épic avoit été institué par son aïeul , Louis duc d'Orléans , fils du roi Charles le Sage* à la cérémonie du baptême de sou fils Charles en i3g4, afin de montrer à Jean sans Peur* duc de Bourgogne, qu'ayant enfin un héritier de son nom, il le seroit aussi de sa vengeance : exoriatur ex nostris ossibus ultor; les mots continus et e minus étoient la devise de cet ordre, et signifioient qu'il sauroit, ainsi que ce petit anima], par ses piquans,se défendre de près comme de loin. La dernière s promotion de cet orde eut lieu lors de l'avènement de Louis XII à la couronne.
Les Bâtons noueux sont encore un des emblèmes de la maison d'Orléans contre celle de Bourgogne, sa mortelle ennemie (7): en 1405 le duc d'Orléans avoit pris, comme em-
(7) La cause de l'animosité de cet maison* fut la préférence que les états-généraux de France don* aèrent au duo de Bourgogne, Philippe* le -Hardi * pour la régence du royaume, sous Charles VI, contre les prétentions de la maison d'Orléans à cette dignité: de là Louis, duc d'Orléans, fut assassiné par les ordres du duc de Bourgogne, et Jean sans Peur fut égorgé sur le poit de Montereau , par les partisans 4e Charles > duc d'Ojrléane* .
£8] blêmes de la force , deux bâtons noueux en sautoir, et les, fit peindre sur ses étendards et pennons; pour riposte à cette allégorie dirigée contre lui, Jean sans Peur, duc de Bourgogne, fit faire plusieurs petits Rabots garnis de perles et pierres précieuses, et les distribua aux Seigneurs de sa cour , voulant signifier par là qu'il aplaniroit les nœuds ; aussi les Parisiens disoient-ils après la mort du duc d'Orléans, le Bâton noueux est plané.
Les Bâtons noueux et les Rabots se retrouvent sur les monnoies d'argent que le duc Jean fit frapper à Auxonne en 1405, et qui furent appelées Nique ts , à cause de cet emblème choisi pour faire la Nique aux bâtons du duc d'Orléans. ( Jurain, p. 60, et mon Mém.
sur la monnoie d'Auxonne , aux Archives de V Académie des sciences de Besançon. ).
Les Dauphins sont des marques du regret qu'eut Louis XII d'avoir perdu les deux fils qu'il eut d'Anne de Bretagne , successivement Dauphins, et qui moururent au maillot dans la même année. Les prénoms de ces deux princes ne nous ont pas été conservés par l'histoire , mais leur existence et leur jnort sont consignées dans. Mézerai , Daniel f LoBiNEAU f et lçs auteurs de YHist. générale de la Maison de France , qui ajoutent que le mariage de l'un de ces princes avoit été
accordé avec une des filles de Philippe, archiduc d'Autriche, et que Louis XII avoit envoyé à Trente le cardinal d'Amboise, en i5oi , pour traiter de cette alliance avec l'empereur Maximilien ; d'où il faut conclure , poursuivent ces auteurs érudits de notre histoire , qu'il s'agissoit du mariage du premier de ces Dauphins qui , n'ayant pu naître que dix mois après sa sœur , la princesse Claude , née en octobre 1499 , suivant le Journal de la reine Anne sa mère , vint au monde le 21 janvier i5oi. Cet emblème des deux Dauphins se retrouve sur les écus éCor et les grands blqncs , frappés sous Louis XII et gravés dans le Traité des Monnoies de Leblanc Aucun détail ne nous est transmis sur l'autre de ces Dauphins , son existence seule est attestée; mais il est probable qu'il ne vint au monde qu'en i5o2, et qu'il mourut ainsi que son frère en la même année.
Les Hermines sont les armoiries de l'ancienne province de Bretagne : on sait que la dernière souveraine des Bretons , quoique deux fois devenue Reine de France f ne voulut jamais quitter le titre de Duchesse de Bretagne, et qu'elle conserva la souveraineté de cette province et tous ses revenus à sa disposition, suivant les conditions de son mariage consignées dans l'histoire de Dargentré.
Anne de Bretagne fut la première de nos reines qui eut une compagnie de gardes spécialement attachée à sa personne et composée de cent gentilshommes bretons; si bien, dit Dreux Duradier , que Ton auroit dit qu'à la cour de France il y eût deux souverains.
Un des articles du traité relatif à son mariage porte que la monnoie, d'or ou d'argeut, sera forgée sous le nom du Roi et de la Duchesse, ce qui fut observé jusqu'à la réunion : aussi Leblanc rapporte-t- il des monnoies sur lesquelles Louis XII fit accoller les fleurs de lys de France aux hermines de Bretagne, D'après cela il ne doit pas paroître extraordinaire que sur un monument élevé pendant ce mariage 9 les fleurs de lys et les hermines soient parsemées et alternées.
Le Pavillon de France avec deux Anges pour supports date du règne de Louis XII; on n'en remarque! point avant le règne de ce monarque sur le sceau du royaume; si quelques monnoies de Philippe de Valois représentent ce Prince assis sous un pavillon fleurdelysé, il paroît que cet usage ne fut pas continué et même fut abandonné : l'on remarque au contraire que ce genre de décoration se maintint en Bretagne , car nous voyons, dans le commencement du quinzième siècle, Jean Y, duc de Bretagne, représenté
dans son grand sceau, sous un pavillon hermine (Lobineàij). D'après cela , ne pourrait» on pas être tenté de croire que cet ornement de nos armoiries nous Tient de l'alliance de nos rois avec l'héritière des anciens ducs de Bretagne.
La grande Roue qui se remarque, au frontispice de ce monument , sur un champ placé au bas des armoiries de France , et au dessus du cintre , est un attribut spécial à cette porte et en rapport avec son premier nom Dampnot.
Nous avons dit que non loin d'elle étoit le lieu destiné au supplice des criminels : dès. i36i , les maire et échevins d'Auxonne avoient reçu du roi Jean les droits de haute justice : lorsqu'un coupable étoit jugé à mort par les prud'hommes , on cassoit une baguette blanche dont les morceaux étoient jetés à ses pieds , il étoit livré , en chemise , au prévôt qui le faisoit exécuter hors de la ville à quelque distance de oette porte. Des parties de dépenses de cette ville, aux années 1474 et 1477. portent en frais, les dépens de six compagnons qui ont planté le pivot et dressé la roiifie en treillart, pour faire et accomplir justice d'ung homme que Ton y a destruit , m gros. A maistre Jehan , maislre de la haulte justice au lieu de Salins , venu
en cette ville , ni gros. Au maistre de la haulte justice de Salins , a/fin qu'il nefeist point de queste pour le mechief , I gros. Ce fait prouve , conformément à ce que disent Ducange et Ménage , que le supplice de la roue existoit en France dès le quatorzième siècle; ils citent en preuve des arrêts de i3io, i326, i328, et ces comptes delà •ville d'Àuxonne fournissent la preuve que la peine de la roue subsistoit même sur la fin du siècle suivant. II n'est donc pas exact de dire, comme l'ont avancé certains Dictionnaires, que le supplice de la roue ne fut introduit en France qu'en conséquence de l'édit de i535 qui applique cette peine aux voleurs de grand chemin ; il ne fut pas même remis en usage, puisqu'en i5o3 la roue fut gravée sur cette pdrte ; ce supplice reçut seulement une application plus spéciale à certains délits.
Les Girouettes qui surmontent cette porte sont encore un attribut spécial pour la ville d'Auxonne., Comme Ton sait, lefc girouettes étoient une marque de seigneurie , cellesci indiquent la concession honorable dont Louis XII favorisa la ville par ses lettres données à Compiégne au mois de juin 1498 :
« ce prince voulant avoir sur tous ses pré- 4< décesseurs la crête d'honneur * et de ma-
ti33 tt gnificeuce , et engager les maire et éche- « vins d'Auxonne à vacquer avec affection « à là garde de la ville et entente de leurs « offices auxquels aucuns gages ne sont at> « tachés, confirme tous les privilèges de la « ville, et accorde aux maire, échevins et « k leurs successeurs aux dits offices , de « pouvoir, pendant le temps qu'ils sont en « exercice, acheter tous héritages et fiefs « nobles avec justice et seigneurie haute, « moyenne et basse , comme gens nobles « et vivant noblement , sauf à en rendre « les devoirs envers tels seigneurs qu'il ap- « parviendra. » {Archiv. n°. 2, cote i. )• Privilège que François I, par lettres données à Vergy , en juin i5ai , étendit à tous les babitans de la ville d'Auxonne.
Telle est l'origine des girouettes qu'on voyoit, avant la révolution , sur une infinité de maisons à Auxonne; celles qui surmontoient cette porte de la ville éloient la preuve et l'effet de cette concession à ses magistrats.
Tous ces emblèmes suffisent déjà pour faire assigner la construction de cette porte sous le règne de Louis XII; l'inscription qui y est incrustée en fixe la date précise à la cinquième année du règne de ce monarque le Père du Peuple : elle est écrite en caractères
gothiques carrés , sur deux colonnes, et ligne par ligne, ainsi qu'il suit (8)*
PÔ. le Roy de ce Roynt loti
Ville et Morte-paie*, et ettolt m dés
fut fait ce BoulloTtrt
levés de Milice foret, prn. emp.
l'an cinq cens et III.
de Potalller. et s'appeloit le Muraf.
ptr Mon. ïgelbcrt 4e Clerc*
fo qu'il battiza p. fi>. no. et po~. lors tstoît
Conte de Nerers Lieutent Gou*
a la ville avec aucuns. Le honn7
tne. pÔ. le Roy t. bourg!* fat fait le
hoc le maire rfugn. Courtois, et
devis de cette betoigne. et etteit
estant la ville affectée rWern. de
fo. Bailli Mets. Jehiu de Kirolle
mortalité, po* ce, vo. qui ce Usés
Tant, et Ulec Cômis pô. solliciter les
priés Dieu po. les Tréspassés. fihit
erraiges. âthe. Godeffoy Cap?! de U
an. carn. dl. M. d. et III Jth. Vainer. , I
Les noms et les faits consignes sur cette pierre méritent aussi leur explication.
Engilbert, fils de Jean duc de Clèyes comte de la Marck , et d'Elizabeth de Bourbon comtesse de Nevers , cousin-germain de Louis XII , étoit Pair de France, gouverneur et lieutenant général en Bourgogne de* puis 1499; *1 accompagna Louis XII dans ses guerres dltalie , et à son entrée solennelle dans Gênes le 26 août i5o2 ; il mourut le 21 novembre i5o6, époque où Georges de
(8) Elle a été gravée sur une pierre cassante, de sorte que le marteau, dont il paroît qu'on s'est servi, a
Tremoille lui succédât dans le gouvernement de Bourgogne, et fut enterré aux Cordeliers de Ne vers ; sa femme Charlotte de Bourbon, fille de Jeau comte de Vendôme, prit le voile k Fontevrault après la mort du duc son époux.
Le nom de ce gouverneur consigné dans celte inscription fixe définitivement l'époque de la construction de cette porte à Tannée du retour de Louis XII en France; plus tôt ou plus tard , Engilbert n'y eût pas été mentionné. Ainsi les abréviations du graveur doivent s'expliquer, dans les deux dates qu'il rapporte, par i5o3.
souvent tait lever des écailles qui empêchent de reconnoître les signes d'abréviation, ou se confondent avec les abrévations elles-mêmes, ou avec les queues des lettres, oe qui rend cette inscription assez difficile à déchiffrer. M. Masson , très-habile chimiste, notre confrère à plusieurs Académies, a bien . voulu prendre la peine, de v tirer le fac sifnile de cette inscription, d'après le procédé indiqué dans f ouvrage que nous venons de citer, et ensuite dans le Magasin Encyclopédique , volume de novembre 1806; sans ceja, nous- n'aurions, pu par* venir à la déchiffrer, la pierre qui la contient étant placée sous la voûte où le fréquent passage des voitures ne permet pas de s'arrêter longtemps. M. Lombard , professeur aux écoles d'artillerie, a bien voulu dessiner cette porte avec tous les emblèmes dont elle fut ornée, et dont plusieurs s'y remarquent encore aujourd'hui.
Jean de Chàrolles n'étoit point un des anciens comtes du Charollois, mais un des baillis de Dijon : c'est en cette qualité , qui y est exprimée , qu'ayant dans ses attributions l'intendance des armes , la défense des places, la surveillance et entretien des fortifications en tout temps sujettes à sa visite (9), il devoit présider à la construction de ce boulevart.
Entre autres preuves de Pautôrîté des baillis sur les fortifications, il ne sera pas sans intérêt de préférer celle-ci qui a rapport avec cette porte : « par procès-verbal de visite « des fortifications par le lieutenant du bailli « de Dijon au siège d'Auxonne , en date du « 27 décembre i5g9^ fut reconnu, qu'il y H avoit 24 tours à son enceinte , lesquelles « il convient de recouvrir ainsi que les cour- « tines...... Arrivé à la porte du comté fut
« reconnue cette porte , de laquelle , après « un pont qui se lève , on entre en un « grand bastion rond , et la sortie du dit M bastion est par une autre porte voûtée; « 9ur la* porte voûtée est un pavillon à faire « corps de garde, et au devant d'icelle un Ai autre poîit levis, et près de là un corps
. (9) Ordonnance du duc Jean , Traité de la Police 9 par Lama re, Acad. des inscrip. Mém. y t. 40, p. 492. . . V
« de garde, au delà duquel est un grand « circuit fermé de palissades, duquel la «sortie est par une bascule, ou il y a a une sentinelle pour arrêter les passans et « avertir la garde. » ( Archiv. n.° z3 )•
Il ne restoit plus aux baillis de leurs attributions militaires que le droit de cora mander le ban et l'arrière-ban , qu'ils ont con* serré jusqu'à leur suppression*
Antoine Godefroy, gentilhomme dauphinois, fut le second des capitaines nommés par les rois de France au gouvernement des ville et château d'Àuxonne : il étoit , dit Ju<* rain r très-fidèle à son roi , et très-aimé des habitans; ce fut lui qui refusa l'entrée de la ville au comte de Lannoy.
Une des conditions de la rançon de François I fut la cession à Fempereur du duché de Bourgogne, pays et comtés adjacents: mais lorsqu'il fut question d'obtenir le consentement des états de Bourgogne à cet arrange-* ment , ceux-ci s'y opposèrent , et tes députés de cette province déclarèrent hautement à l'assemblée des. notables tenue à Cognac, présidée par le roi en personne, qui insistoit sur la nécessité de tenir son serment; ce serment est nid y puisqu'il vous a été arraché par la violence : si toute/ois vous persistez à rejeter de fidèles sujets, si tes états- gêné* roux nous retranchent de leur association j
il ne vous appartient plus de disposer de nous ; nous adopterons telle forme de gouvernement qiïil nous plaira , et nous déclarons d'avance que nous n'obéirons jamais à des maîtres qui ne seront pas de notre choix. '
Les Etals de Bourgogne., et ceux du comte d'Auxonne assemblés, ayant tenu le même langage, le comte de Lannoy , vice-roi de Naples , fut envoyé à la tête de 5oo chevaux et de deux régimens d'infanterie, mettre le siège devant Auxonne , et sommer cette Tille de se rendre aux armes de Charles*- Quint ; mais les Àuxonnois ayant bien: prévu que le premier choc seroit contre eux avoient cantonné des troupes dans la place, les gentilshommes voisins s'y étoient retirés avec leurs vassaux , la ville étoit mise en état de défense.
A la première attaque , M. de Lannoy fut repoussé avec une telle vigueur qu'il fut contraint de se replier dans la forêt des Cro~ chères , laissant une bonne partie de ses munitions sous les murs de la place; mais ne se bornant pas à la simple défense , de suite les Auxonnois prirent ra résolution d'aile* forcer, le vice-roi jusques dans son camp et se disposoieut à la mettre à exécution, lorsqu'une servante Franc-Comtoise, instruite de ce dessein, sortit die la ville, sous le pré*
texte d'aller cueillir des plantes pour un malade , et fut en loute hâte prévenir le comte de Lflnnoy de ce qui se passoit; celui-ci la fit mettre à mort , digne récompense des , traîtres ; profita néanmoins de l'avis çt décampa en toute diligence. La garnison d*Auxonne qui marchoit à sa poursuite, rencontra les blessés dans la forêt , se fit instruire de la marche, doubla le pas, atteignit i'arrièregarde , la tailla eu pièces : Lannoy arriva assez à temps à Dole pour s'y renfermer avec sa troupe ( D. Merle, page 549; Jurain, p. 78; et mon Mémoire sur lea anciens Etats d'Auxonne et leur résistance à la cession de leur pays à Charles - Quint aux Archives de l'Académie des sciences de Besançon. )*
À combien peu en a-t-il donc tenu, que la ville d'Auxonne n'ait vengé son roi t eu lui envoyant à son tour prisonnier dans Par* ris, le même général qui a voit reçu ses armes à la bataille de Pavie*
TLes Morte- Paies étoient la compagnie des gardes du gouverneur , . qui continua d'avoir la garde du château jusqu'à l'arrivée à Aux on ne d'une garnison permanente > d'artillerie en 1764.
Milice , fortifications , principaux emparemens; les châtellenies de Fresne-Saint-MameU, Pontailler, Laperrière* et Ghaussin»,
les villages du bailliage d'Auxonne, et de partie de ceux de Saint- Jean-de-Losne et Dijon, au nombre de plus de quatre-Vingts, étoient retrayants et ressortissants du château d'Auxonne; comme tels, les uns y dévoient à tour de rôle , et sans discontinuer le droit de guet et garde (10) , tous étoient sujets aux réparations de la levée et des fortifications. Ce fut en conséquence de cette obligation que les habitans de Poùtailler et de son ressort, furent mandés par le bailli de Dijon pour travailler à cet ouvrage faisant partie de ceux élevés pour la défense de la place.
Huguenin Courtois , maire d'Àuxonne à cette époque , pour la quatrième fois , étoit déjà maire de cette ville, lorsqu'elle se rendit aux armes de Louis XI, en 1479»
j&uxonne, dit Jean de Serres, méritait bien un alpre eu long siège; il commença le 26 mai i479» Malgré lès préparatifs de résistance que cette ville avoit faits'; la réunion de la noblesse du comté d'Auxonne qui étoit accourue k la défense de leur principale ville; malgré les, çfforts des retrayants et ressortissants qui
(10) Voyez sur les retrayants et ressortissants, l'Or*. donnante du duc Jean , donnée à Courtray le 3i août 1408, inséra daqs l'^d. in-4. a de Bànnjelier,
s'y étoient retirés» et les munitions de guerre dont elle étoit pourvue, Auxonne voyoit ses faubourgs brûlés 9 et partie de ses fortifications détruites, lorsqu'après dix jours de tranchée ouverte, Huguebin Courtois, devenu maire, assembla les principaux habitans dans l'église paroissiale, et leur représenta : « qu'il étoit beaucoup plus utile « d'être sujet d'un grand roi, que d'un petit « prince qui , par la nécessité de ses affaires , « est contraint de ruiner les siçns par tailles « et subsides (ainsi qu'a voit fait le dernier « duc , auquel , en cinq ans , la Bourgogne a avoit accordé éent mille livres estevenant ) « et beaucoup plus honorable de se réduire « sous la couronne de France à, qui origi* « nettement toute la Bourgogne appartenoit, «ej^où Ton partait mêrqe langage, que de u se ranger sous un Allemand avec .des «Flamands de qui la langue et les moeurs « n'étoient intelligibles ni compatibles. »
(Jubain, Antiq'. à'Auxon* , pag. 6i , et mon Mémoire sur la Confédération des comtés de Bourgogne et d' Auxonne , pour la défense commune de leurs pays contre Louis Xï, aux Archives de l'Académie des sciences de Besançon. ).
Cette harangue produisit tout son effet; la capitulation d'4u*onne fut signée par Charles
d f Amboïse à YOsù devant let murs , le 4 juin
Par s€Nt nom : nous voyons par certains
litres que cet ouvrage de fortification porta pendant quelque temps le nom de B ouïe v art de Nevers. ^>
Mortalité : Cou rtépêe,. dans sa Description de Bourgogne , t. 2 , p. 67 , nous ap* prend qu'en iftoo la peste faisoit de tels ravages à Dijon , que la Chambre de$ Comptes se retira à Àuxonne où elle tint quelque temps ses séances ; et qu'ensuite cette cour se transféra à Barjon dans le château de M* Bouesseau l'un de ses présklens. Ibid. 1.6, p. 5o8; ce second déplacement sans doute eut lieu lorsque la contagion gagna la ville d'x\uxonne. % Les registres des délibérations municipales ne commençant , qu'en i5i3, et se trouvant à Tannée iôô3 une, lacune dan* les comptes de la ville, nous n'avons rien pu découvrir relativement à cette épidémie j mais d'ailleurs le t'ait est suffisamment attesté par l'inscription.
* {* 1) C'est efc reconnoissaiice de ce service de Hu> guenin Courtois, qui procura la réuniou d' Auxonne à la couronne deux siècles avant que la Frauche- * Comté ne devint province de France, que sur notre proposition comme maire à la séance du 38 pluviôse an XI, la ville a donné le nom de ce maire à Tune des nouvelles rues qu'elle fit paver.
J. Vawer étoit probablement le nom de l'ouvrier qui a sculpté les lettres de cette in* scription.
Ainsi les monumens s'expliquent par l'histoire , comme l'histoire s'appuye sur les monumens : ainsi les chartes, les notes de l'annaliste, le ciseau du sculpteur, se prêtant un mutuel secours , concourent ensemble à fournir la description d'un édifice que le génie d'un grand homme a voulu conserver à notre souvenir»
ECLAIRCISSEMENS