VOYAGE
Du Roi Dagobcrù en Bourgogne.
\^*lotà*re II étant parvenu à se ressaisir de toute la monarchie française, mourut en 6*8, laissant pour successeurs deux fils, Dagobert déjà en possession du trône d'Àustrasie depuis environ sept années, et Charibert, fils de la reine Sichilde, auquel, suivant sa dernière volonté, il destinoit la couronne de Neustrie.
;î Ce dernier, qui, d'après l'usage de ces temps-là , avôit des droits légitimes au moins à l'un des royaumes de la succession de son père, pbiJtoit ses vues sur celui de Neustrie pour lequel Clotaire Ta voit désigné (i), et en conséquence il agit près des Neustrierrs pour l'obtenir; Brunulfe, son oncle, s'employoit vivement auprès d'eux, et les sollicitoit avise éhaleur de se déclarer pour le fils de Sichilde, d'après les intentions de leur Roi; enfin, il ne négligeoit rien de ce qui pbuvoit entraîner les principaux seigneurs de Neustrie dans le parti de son neveu.
Mais Dagobert étant accouru d'Àustrasie,
(i) Hisu de Fr. $ par Scip. Dupleix, t. I, p. 810.
soutenu par une puissante armée, fit pencher la balance de son côté, détermina le choix des peuples» et , malgré les prétentions et les droits de Charibert, se fit recorrnoître souverain de Bourgogne et de Neustrie par les grands de ces deux royaumes assemblés à Soissons, d'autres disent à Rheims (i) 9 et fut proclamé roi selon la manière accoutumée» laissant à son frère» par condescendance ou pour complaire aux principaux seigneurs» une partie de l'Aquitaine seulement. Un des premiers soins de Dagobert fut de visiter ses nouveaux Etats. Le royaume de Bourgogne n'avoit plus de maire depuis le supplice dix fils incestueux 4 e Warnachaire; les principaux de ce royaume avoient insisté dans rassemblée de Troyes pour qu'il ne fut pas remplacé (2). Débarrassas (Je l'autorité de ce principal magistrat, et n'ayant personne qui réprimât leurs violences» ils se livraient à toutes sortes de tyrannies et de concussions envers le peuple et leurs vassaux (3). Cette circonstance» et le désir
(1) Hisu de Bourgogne, par D. Plancher, liv;. x t p, 100. — Duchesne, HisU des Rois de Bourgogne , p. 26. — Annal. EccL Francorum, Lecointe, liv. 2» p. 796. y
(2) Fredeg., n.° 54, ~ Ai moin, cap.'V*
(3) Hisu de Fr. , par le Gendre, — HisU de Bourgogne % par D. Plancher, loc. ciu
d'achever de détruira Tinfluence que Bru»
nulfe auroit pu conserver, décida le Monarque à commencer par visiter la Bourgogne (i).
A ma] gai re, qui en étoit duc, avoit fondé l'abba^ide-Bêze. entre la Saône et la Tille.
Il fit don à ce monastère des terres qu'il tenoit de la libéralité des Rois de France (2), telles que celles à'Alteriacum , Autrey ; Boensis, Bouturas; Genseniacum, Jansigny; \Talamarum, Talmay; Artesia (S), Arles, et autres (4). Il fonda aussi l'abbaye de Saint- Martin de Bregille, près de Besançon, dont 6a fille Aldasinda fut la première abbesse»
Arnebert, gendre de Warnachaire, ancien maire de Bourgogne, étoit aussi duc
(1) Annal, , Lecointe, fol. 796, n.* 14.
(a) Chron* Besuens. in Annal. , Lecointe , d.* 14.
(3) Village qui étoit situé entre la Champagne et Saint-Seyne sur Vingeanne, duquel il ne subsiste plus que deux maisons* (Courtép., Descr. topogr* de Bourgogne , t. a, p. 27, 347, 491). Il étoit si* tué, suivant le passage rapporté in Campolimicensi sub aud. agro f ce qui doit s'entendre du territoire de Champagne sur lequel il étoit situé, ou de la province de Champagne de laquelle dépendoit l'abbaye de Bèze et ses environs*
(4) Monasteriolus non lùngè ah Artesia* lieu dé* fruit dont nous n'avons pu suivre la trace* à moins, que ce ne soit S, Léger. Mille CÏ41. Hisu abrégé d* Bourgogne*
[6] en ce royaume. Willebaud, personnage estimé qui fut honoré des éloges de S. Eloy, étoit reyêtu de la dignité de patrice. Dans ces premiers temps de la monarchie, les Rois avoient coutume de rendre eux-mêmes la justice : ils étaient, dans ces foutions, assistés du Conseil dès Evéques, des Ducs et des Comtes, des grands Officiers de la Cou* ronne et des Barons, jadis appelés Leudes, fidèles, anùrustions, qui furent aussi par la suite les premiers Membres des Parlemens (i). On traitoit dans ces assemblées des affaires ecclésiastiques et civiles, publiques et particulières; le moine Marculphe (2), qui écrivoit vers 660 , nous a conservé une formule de leurs jugemens, qui indique leur composition et leurs attributions (3).
(1) Obser. sur THist. de Fr. , par Mably , remarq. 3, chap. 3, liv. 1, p. 221*
(2) D. Bouquet, t. 4, fol. 477. — Mabillon de re Diplom., lib. 6; cap. de Baluze. *— Hist. de Paris , par Félibien, t. 1, p. 470.
(3) Cui Dominus regendi curant committit, cunctorum jurgia diligenti examinatione , eum rimari op~ portet 9 ut juxtà propositionum vel Responsionum al» loquia inter alterutrum salubris donetur sententia; quo fiât ut et nodos causarum vivacis mentis acùmert coerceat, et ubi prœlucet justicia, illuc gressum de» iiberationis imponaU — Ergo cum Nos in Dcir no~ mine ibi in Palatio nostro ad universorum Causas recto judicio terminandas 9 unà cum Dominis et Pa-
C7Î « Et! ces Parlemens, dit Laroche Flaym (i) f # H le plus souvent nos Rois, assistés de leurs « Barons , dontioient audience et réponse « tank atnt plaintes de leurs sujets» qu'aux « ambassadeurs étrangers : ils étoiënt âssem- « blés pour* délibérer des affaires d'état, et U faire justice souveraine au peuple d'i celui. » Il s'étoit tenu beaucoup de ces assemblées sous le règne précédent. Celle de Masstolao en Bourgogne, où lepatrice Àléthëe fut condamné à avoir la tête tranchée (a); celle de Bonnœil-sur-ùïarne (BonogUum) (Z) $
tribus nostris Episcopis (*) , vel cum plurimis Optimal i bu s nostris illis 9 Patribus Mis, ReferendariU illis y Domesticis Mis 9 vel Seniscaîcis Mis, Cabiculariis et Mo Comité Patatii, vel reliquis quant plu* ribus nostris fidelibus residetemus. I bique veniens* ille s iltum interpellant cum dicerei, etc., etc% f etc. (Marcalphi, Formula* 9 lib. i t n» a5. — Rèc. dét Hist. de Fr. f U 4, fol. 477. ).
(1) Liy. des Parlem. f part. a.
(2) Scip. Duplehc, fol. aoi.
(3) Charles-le-Chauve choisit ce lieu pout la teinta des plaids généraux du royaume en 856k Menu d* l'abbé Lebœuf, p. 216. Acad. Inscr. Hist. 9 t. 12, in-il.
(*) tt. de Voltaire i pn te tromper lorsque) affirme 9 A dans son Histoire du Parlement de Paris, page 8, quece fut le major Pipinus (le maire du palais Pépin -le-Bref), qui fit admettre ces évèques en ces Parliamens^ afin de s» servir d'eux pour usurper la couronne. Il est victorieusement combattu et réfuté par Mably dans ses Observations sur l'Histoire de France, lib. i, chap. a, remarque 6) aux Preuve*, t. 1, p. ai5.
ancien palais des rois de la première race; fut une des pins nombreuses du règne de Clotaire : elle eut lieu en 616 au sujet des plaintes des seigneurs de Bourgogne» qui prétendoient n'avoir point été assez récompenses de leurs services; le monarque les ayant réunis en présence de Warnachaire , les écouta avec bonté, leur accorda ce qu'ils demandoient de juste 9 et leur fit expédier des lettres de toutes les grâces qu'ils avoient obtenues (i); celle de Clichy, en 627, où furent convoqués les principaux seigneurs de Bourgogne et de INeustrie (2). On les nommoit Placiùa, du nom des arrêts qui en émanoient, d'où nous sont restés les mots plaids, plaider; c'étaient de véritables parlemêns ambulatoires. Mais il faut distinguer, avec du Gange et Mably (3), les plaids généraux des plaids royaux , et même de ceux des grands vassaux ou feudataires, et le Champ-de-Mars de la Cour de justice des Rois Mérovingiens.
Les premiers étoient l'assemblée générale des ordres de tout lé royaume» présidée par les Rois , où se traitoient les affaires d'état les plus épineuses» les guerres à en-
(1) Art de vérifier les Dates t édition de 1770» p. 529. /
(2) D. Plancher, Hisu de Bourgogne, p. ieow
(3) Remarq. X, chap. V, liv. yi, t. 4, p. 74.
treprendre, les traités de paix (i)> les chan~ geraens ou modifications â apporter aux lois fondamentales de l'état (2) , les partages de l'Empire entre les fils de rois (3), et les difficultés entre les grands du royaume (4).
Sous la première race, les Maires du Palais s'en servirent comme d'un palladium pour légitimer les actes d'une puissance qu'ils ne se dissimuloient pas avoir usurpée, et pour donner à leur gouvernement une apparence moins despotique et plus légale. Pépin les convoqua avant de déclarer la guerre au roi des Lombards (5), et Charlemagne avant d'entreprendre celle contre les Saxons : elles
(1) Placita vocal ant Conventus publicos totius Regni ordinum , quitus Reges ipsi prœerant f et in quibus de Arduis Regni negotiis, et imminentibus Betlis tractabatur. Gloss. du Cange, verb. placitum.
(2) Si autem ad salicam pertinet legem, et ibi minime repereris quid exindè facere debeas, ad placitum nostrum générale interrogare facias. Ibid.
(3) Témoin le Testament de Dagobert publié en l'assemblée de Garges en 636 ou 637* Dagobertus rex convocatis Jiliis % omnibusque totius Regnî primatibus 9 10 kaL junias inpalatio Bigargio, placitum générale instituit. Ibid.
(4) Totius Regni Negotia , sive Ecclesiasticos speo tarent expendebantur ; de utriusque ordinis emendatione , quibus remediis ingravescentibus malis subveniendum, mature disceptabatur. Ibid. •
(5) Hisu de Fr., par Du Haillan, liv. 3, foL i5.'
*e tenoient d'ordinaire chaque année an premier mars, d'où elles furent appelées le Champ-de Mars ; Pépin en fixa l'ouverture au premier mai; c'est de ces assemblées que sortirent les capitulaires que Baluze nous a recueillies depuis Childebert en 554, jusqu'au règne de Charles -le -Simple (i). Les plaids royaux, au contraire, éloient ceux que les Rois de la première race tenoient au malle, entourés des grands officiers de leur Cour :
on appeloit mallum une colonne ou poteau auquel étoient suspendus les haches, les bon* cliers, les armes de ceux qui composoient ce tribunal qui se tenoil pour l'ordinaire en % plein air, sub dio. Les seigneurs rendoient»
chacun dans leurs fiefs, la justice à leurs vassaux (2), et le Comte du Palais la rendoit pour le Roi entre ses vassaux et sujets immédiats (3) ; il siégoit dans le vestibule du Palais sous le porche» ce qu'on appeloit les
(1) Hist. de Paris, par Félibien, fol. 1, p. 470.
(2) L'art. 119 de l'assemblée tenue à Paris en 6i5, prescrit aux Evèques et aux Leudes qui posséd oient des seigneuries éloignées de leur domicile ordinaire , de choisir des hommes du lieu même, et non des étrangers pour y rendre la justice. Mably t Obstrv* sur THist. de Fn 9 remarque S, chap. 3, liv. 1 , t. 1 , p. 23l.
(3) Recherch. de M. Gibert » Acad. Inscr. Mém. , t. 53» in-ia, p. a56.
plaids de la porte qui subsistèrent jusqnes sous le règne de S. Louis; mais aux plaids royaux Ton ne portoit que l'appel des jugemens du Comte ou les causes majeures; le Roi tenant le siège avec les Evêques et les grands Officiers (i), prononçoit lui-même la sentence; les grands accusés de crimes étoient jugés militairement par leurs pairs , et l'exécution s'en faisoit à coups de haches d'armes par les Ducs, Comtes, Juges euxmêmes. Join ville nous apprend que S. Louis rendoit souvent la justice à ses sujets , assis au pied d'un arbre (2) dans Ja foret de Vincennes (3).
On est don c v fondé à conclure, avec les Auteurs du Dict. Encyclop. f4) , que les assemblées générales du Champ-de-Mars formoient le Conseil public de nos rois; au reste, ceux de la première race avoient leur Cour ou Conseil particulier, qui étoit aussi composé de. plusieurs grands du royaume»
(1) Mezerai, t. 1 , in-12, p. 252.
(2) Pasquier, Rech, sur la France, liv. 2, chap. a»
(3) Il est prouvé * dit Mably, qu'en l'absence du Roi, les évêques faiaoient les fonctions de cette Cour supérieure de justice où le Prince pféstdoit, et à laquelle on portoit par appel les sentences des Ducs et des Comtes pour les confirmer ou les casser. Remarq. 6, chap. 2, liv. 1, t. l , p. 217.
(4) Y eth. parlement.
des Prélats et des principaux Officiers de la couronne, en quoi ils se conformoient à ce qui se pr^tiquoit chez les Francs avant leur établissement dans les Gaules. Cette assemblée particulière ne différoît de l'assemblée générale qu'en ce qu'elle étoit moins nombreuse; c'était le Conseil ordinaire du Prince, et la Cour de justice pour les affaires les plus urgentes.
Dagobert, qui le premier recueillit, corrigea , augmenta les lois des Ripuaires , des Allemands et des' Bavarois, et les fit réunir en un corps de doctrine (i), étoit bien persuadé que rendre la justice étoit Tune des
(i) Il n'est pas exact de dire, avec Du Haillan , fol. 54, que Dagobert fut le premier qui fît des lois pour la police du royaume, qui commença à établir quelque forme de justice ; puisque nous voyons les plaids royaux tenus sous ses pré* décesseurs, puisqu'on nous a transmis ce trop fameux capitutaire de Childebert, en Tannée 554, par lequel il ordonne la destruction entière des jnonumens d'idolâtrie qui pourraient encore sub. sister : — Preecipientès ut quicumquc admonitus d& ngro suo % ubicumque fuerinè sîmuîacra constructa vel idola dœmoni dedicata ab hominibus H factum non statîm abfecerint, vel sacerdotibus hœc destruentibus prohibuerint , datis Jtdejussoribus non aliter discedant nisi in nostris obtutibus prœsententun (Cap. Baluze initio). — Qu'on s'étonne encore des difficultés que nous aurons à ressaisir notre ancienne
plus belles prérogatives des Rois; aussi se plaisoiuil à s'acquitter de ce devoir, et à maintenir cette ancienne coutume de ses prédécesseurs, les plaids royaux, que nous avons vus se tenir fréquemment sous les précédera règnes.
Le Monarque partit donc pour se rendre en Bourgogne Tan 628 pu 62g, date sur laquelle sont partagés les meilleurs cbronolpgistes (D. Ruiriart et D. Bouquet), et les chroniques les plus authentiques ( Fredeg. et Chron. S# Benîg.). Dagobert arriva en Bourgogne à grant compagnie de Princes et Barons (i), dans tout l'appareil çU sa Majesté, dit Velly f car ce Prince aimait l'éclat; il étoit accompagné des évèques de la province, de Pépia l'ancien, ou (le Lunden , maire d'Àustrasie; d'Hunibert , evêque de Cologne, dont l^s s^ges conseils rendirent Dagobert l'admiration de ses peuples et des étrangers, tant que ce Monarque voulut y prêter une oreille docile.
Il y avoit encore avec lui Agiiulfe, évêque de Valence (2); Claude ou Docade , qui fut maire du palais en Bourgogne après Pro-
Histoire des Gnutes,* et du* peu demohutoens cfuî nous en reste, puisque * l'Autorité suprême proscrivent jusqu'à leurs ruinés.
(1) Chr. S. Denis % :\i\>, fî, û.° X, t* 3, fol. 287, ^ la Coll 9 des Hist. de France.
(3) ïredeg., loc. cit. ~ J). Bouquet, fol. 448.
thade (en 611 ) (i), seigneur sage et de bon conseil , Tersé dans les lettres et ferme dans sa foi (2) ; Ckadouin , l'un des ambassadeurs dépêchés par Brunéhaut à Clotaire II (3), et référendaire sous le règne de Dagobert; et Domagne, ajoute Gollut, fol. 243 (4).
Nous croyons pouvoir encore donner pour cortège (5) au Monarque les ducs Arembert , Leudebert, TPandalamar , TValderic , Ermenric , Barontus , Airard et Aginon > que nous voyons envoyés par Dagobert pour dompter les Gascons, sous le commandement de Dadon ou Audoén (6J.
Ramnélene > duc de la fitauié Bourgogne»
Amalgaire, duc de la Basse Bourgogne, le duc Arneberl, lé patrice Willebaàt , kx\\~
(ï) Duchesne*,. Histoire c^es Rois,de Bourgogne f fol. 40. "
(2) Cétblt, disent Mille et Velty, un de ces ministres : zélés qui arment ' en même temps la gloire de leur maître et le bien du peuple : H était d origips /galloise; .,!•.../:' ; ' /-*;
(3) Mwrai* in*fok, 1*,i , p. ïrpu ; v
(4) L'Histoire ne nous a conservé sur ce Seigneur aucun ^uixe^paeiga^aieof que odqUVn dit Gollut^ qui le place pa?ppi ceux fkwill^fiefeaoaitteibf ment si profitables à la Bourgogne* ' - /
(5) Gt>5(. fittgaberti, «tp. 36,
(6) Duchesne, Histoire dès Rois de Boitfgoghe f P- 77- " . }
Ci5 3
Toient le Roi, ainsi que Brunulfe , dont ils furent les meurtriers.
C'est avec cet appareil que Dagobert parut en Bourgogne. Au premier hruk de son approche, les évêques, les grands du royaume, les barons, les Leudes et autres seigneurs furent frappés de terreur; ils redoutaient un juste châtiment pour les excès qu'ils a voient commis envers le peuple (i); mais la clémence du Monarque eut lieu de les surprendre autant que sa justice*
Arrivé à Langres, Dagobert donnait des audiences publiques, recevoit les requêtes de chacun» écoutoit les plaintes sans acception dç personne, défendant vivement les orphelins et les veuves conLre l'oppression des grands et des riches , distribuant les honneurs et les dignités selon les mérites et les vertus de chacun (2) : tous créeoient
(1) Tanto timoni pontifioes et procenis, îh Regno Surguadic* Consistantes , seu et cœteros Leudes , ad* pentus P4go,kerti concusserau Fredegi f m % 58. . Tarçt avaient graat paour en son avènement li
Îrélat et li riche home du pays et des autres terres 'entQur. Chron. de S t ai*t*Dem$ f n. # X.
(2) Çumque Lingonas civitatem venlsset^ tmtqm in Vniversis Leudibus suis tam suhîimibus fuam pauperibus judïrahat justicèam, ul crederetur omninb jkifse Deo placibiïe, ubi mtlfarn ùaercedebût prwmium , nec perso narum acceptio , nisi sola dominahatuf jus»
tiçia, çuam 4M&t aUivmus. Fwdeg., u,* 0&
que ce fut homs de Dieu , il y estoit mer~ veille à toutes gents , qui se départoient de Ly en grant joye (i).
Le duc Âmalgaire arrêta un moment sa marche en faveur de l'abbaye de Bèze qui se trouvoit sur sa route; Waldelene son fils, disciple de S. Columban, en étoit le premier abbé; le Monarque voulant donner à ce saint homme des preuves de l'estime particulière qu'il avoit pour ses vertus et sa haute réputation , confirma tous les dons qu' Amalgaire avoit faits, et en expédia ses lettres (2).
 Dijon, Dagobert ne fit pas moins admirer sa justice (3). De là, il se rendit à Laône (4). Les historiens semblent se com-
(i) Chroiu Saint-Denis.
(2) Annal. Eccl. Francorum Quel. t . Lfccointe, t. 2, p. 796, n.3 14.
(3) Paria ibidem acturus. Aimoin , cap. 19, fol. 168."— * Alterum quodam modo représentant Satomonem» Hariulfi Monachi chron. Centulence. In Rec. des Hisu de Fr. $ par D. Bouquet, t. 3 f fol. 35o.
(4) Ce lieu que les historiens nomment ici poiir la première fois, où l'on n'a découvert jusqu'ici aucuns vestiges d'antiquités V devoit donc déjà être considérable, puisqu'il mérita d'arrêter les regards d'un Monarque suivi d'une cour nombreuse, et qui Yisiloit les villes les plus marquantes de 'ses états.
Tout ce que les antiquaires (Mille, t. a, p. 2))
plaire à exaker le zèle et les* Vertu* qjtie Dagobôrt déploya dans celle ville; ils nous apprennent qu'il y fit une résidence de plu^ murs jours; animé par le désir de rendre à ses sujets une justice entière et impartiale» d'améliorer leur situation, il ne prenoifpas mente le temps nécessaire à ses repas, et dé-
ont présumé de La6ne % d'après l'étymoldgîe de sb* nom, Latona , Laudona , Laôna % c'est que sorti origine paroît venir d'un Jejnple, consacré à Làtocn*, olim fano cultuque Latonœ 9 dit Adr. de Valois,,: ce qui lui donneroit une existence du temps où les Romains commandoient dans les Gaules : mais rien ne- vient appuyer cette conjecture. Espérons qu'ira jour des fouilles inattendues feront découvrir, soit 9ur ?on, solj soit sur celui de la ville à laquelle' ce village communiqué son nom <et qui par cela tmri doit être plus moderne), quelque monument qui fixera 1 origine et l'antiquité de ee pays;
le Prieuré, ou Abbaye de Bénédictins qui eriam ft Laoue, n'ayant été fondé qu'en 687 par Thierry de Chelles, roi de Bourgogne, ce ne fut point éfe monastère qui y attira toute la Cour de France dix ans auparavant Quoi qu'il en soit, Laône n'en étoît pas moina an lieu considérable, puisque Dagobert et tous ceux qui l'accompagnoient purent y être reçtfs et y séjourner plusieurs jours, plus longtenrjài jnêira qu'en aucune autre ville de la Bourgogne. Laôna paroît avoir été, dit Gourtépée, U 1 , p. 3r3, le chef* lieu du comté du Loscheret, et la Tésidence du Gomte. Maldegondus est le seul de ces CoStek que nous connaissons; il vivait en 89%
roboit sur son sommeil des momens qu'il employoit aux affaires. Aussi,. dit Gollut, fo\. 2^3 9 furent les droits des Bourguignons t'affranchis , an grand soûlas du paoure peuple (i}é
Jusques-là, Dagobert s'étoit montré le modèle des rois , il étoit merveille à toutes gens (z) P sa Cour étoit un vrai temple de justice; « mais il semble, dit Mezerai, que « toutes ces belles apparences n'étoient que m pour couvrir un vilain meurtre pour le- « quel il a voit peut-être entrepris son voyage « en Bourgogne. » Ne prétons point à Dagobert un sentiment aussi odieux que celui
(i) Adgressus Divionem, imbque et Latona resc~ dsns aliquantis diebus % tantam intentionem ad universum regni sui populum justicid judicandi posuerat. Hujus benignitatis desiderio plenus, nec somnum capicbat coulis^ nec cibis saliabalur % intcntissimè cogitans ut ornnes cum justicid repertd 9 de conspeciu suo lœti rcmearent. Fredeg., n.* 58, citât.
Tandis comme H demouroit en une ville qui est appelée Lathone % il a voit si grant eutencion'au peuple de son roi a urne qui à H vendit, que par le destrier, et par la cure qu'il avoit de ceéte chose) ne se pot il ainques refaire de dormir parfetement, ne sauler de viandes, toujours tendoit à ce que tuits cite qui venoient en sa présence, se dépar* tissent de Lyliement. et que ils eussent leur droit et leur justice* Chron. de Saint+Denis , lo& eUi
(a) Chroru de Saint* Denis, loc. du j ' '
3e né faire le bien que pour parrenir à faire le mal impunément, et de ne recueillir les bénédictions de son peuple que pour se livrer à ses vengeances. Dagobert n'avoit pas besoin de tant de ménagemens; une fois reconnu, proclamé roi de Bourgogne et de Neustrie, il n'avoit qu f à vouloir pour être défait de celui qui avoit cherché à lui nuire* . Le jour même que le Monarque devoit partir de Laône pour se rendre à Ch&lons, en entrant dans son bain > avant l'aube du jour, il donna Tordre de mettre à mort Brunulfe, oncle de son frère Aribert; les ducs Amalgaire , Arnebertet, Willebaud, furent chargés de cette exécution (i).
Qu'on ne s'étonne pas de Toir les plus
(l) Eodem Die çuo de Latona ad Cabillonem dc~ libérât properare, priusquam lucesceret f Baîneunt ingrediens Brodulfum avuncttlum fratris Charibertî intcrficere jussit t qui ab Amalgario et ArneberK* . Ducibus et Tf'illibaldo patrieio interfectus est. Fre* deg., loc. cit. % n.* 58.
En celé même journée que il se départît de ht devant dite ville qui a nom Lathone , pour «1er à Chftlon, entra en ung baiog avant que il feust jours, a dui dux commanda Amatgairp et Amebert et à un patrice qui a nom Guillebert, qu# ils ocçissent , en ce meismes lieu , Brunulfe iWdfc le roi Uaribert son frère, pour sa desloyauté, et ils accomplirent son commandement. Cbtpn. d+ Saint-Denis^ toc*. ciU
par les formes ordinaires de la justice , comme dît Scip. Dupleix, car bien que Dagobert tînt continuellement ses plaids royaux dans ce voyage, il ne rendoit pas sans doute ses jugemens en entrant dans son bain; mais par un ordre particulier du Monarque* Toutefois nous aimons & croire que Dagobert ne fit que céder aux instances du maire d'Austrasie, et aux conseils intéressés de Tévêque de Cologne, puisque ce Prince»
loin de vouloir être témoin de la mort de l'oncle d'Aribert, ne voulut pas même qu'il fût exécuté dans la ville où il se trou voit, r\'en ayant donné Tordre qu'au moment de son départ.
A Chàlons, Dagobert montra le même zèle et le même amour de la justice (i); poursuivant l'exécution de ce qu'il a voit si bien commencé, il prit des renseignemens sur la manière dont cette ville étoit gouvernée. C'est par de telles visites, re« marque Scip. Dupl., que les rois confirment
(l) Cumaue Cablllonum justicice amore, quant eceperat, perficiendœ Dagobertus intenlione dirigit. ïredeg, loc cit. Geai. Dagob. Auct. Anonym. S» Djronis. D. Bouquet, t. 2, fol. 585»
Se là s'en ala H rois à Chaabns pour faire droit et justice au peuple 9 et pour savoir comment li pais estoit maintenue et gouvernes. Chron. de Saint» Denis t locê ctfe
Ca3 3
les gens de bien dans leurs devoirs, châtient les médians, sont informés des abus et malversations , et s'instruisent au vrai de tfétàt de leur royaume.
Mais à peine Dagobert resta-t-il un jour à Chàlons; il sembloit que, depuis le meurtre qu'il venoit d'ordonner, il craignoit de se montrer à ses peuples : il y avoit si loin en effet des bénédictions universelles qu'il venoit de recueillir (i), aux reproches que la mort de Brunuîfe pouvoit lui mériter; Aussi Dagobert ne fit-il que passer par les ailles d'Autun, Auxerre et Sens, êfr^en retourna en toute diligence à Paris, où il fixa le siège de son empire.
Dagobert donna par la suite autant de sujets de scandale qu'il en avoit donné d'éloge et d admiration dans les premières années de son règne; il avoit commence par être adoré de ses sujets , il finit par leut devenir odieux (2). Quelle différence eti effet de son voyage en Bourgogne -àNnec celui qu'il ^ fit postérieurement ert A ust rasie , traînant après lui, dit Dutillet en son vieux langage, « un troppeau de p.. . .s et femmes * dissolues , eu encore non contenu de ce, #t établissant en divers lieux collège de
(1) D. Plancher, p. loi.
(*) Hist. d* f>v 9 peu: MiUot, t i,p. 79»
« belles fempies , lesquelles ïl voi+loit àtr& « vêtues et phalérées (ornées, décorées) « comme roynes\* et envoyant en exil H S. Amand pour ce que franchemeut\^& i< redargue telle ehose. »
Si le voyage que nous venons de décrire fit aimer les premières anûées de' son règne* si le Code des Lois antiques réformées et recueillies par ses soips en fol un des plus précieux ptoqymen?, une passion jswm* bornes, un ajnour ef fréûé pour les femmes, causèrent tous les excès auxquels /ce Roi voluptueux se laissa comporter par 1? mite, chargeai** les peuptes; d'iufrpétspour satisfaire à l'avidité de ses maîtresses, po.ttftaBt 1$ faste jusqu'à avoir, un troue d^r passif ; prodigalités ex* çessives que n'expia point , qu'augmenta au contraire sa fondation 4e l'abbaye de Saint* Denis j le Monarque français a voit coiaKieooé compte Sal^mou; piais» prenant en tout cû Roi de; Juii? pour modèlç, Dagobert finit* commue Jipii, j>ar dépbftnwer. ua règpe qui* ses première?, /mirés; av^iwt i^lurtrps ,(l^ { >
Ç) 5^p# ; . Spplefct loc< .*#.. . ;; f F