‹ Opuscules de C.X. GiraultChapitre 26 sur 29 · NOTICE · texte numérisé non relu

NOTICE

Sur Eumène et les Écoles Mœniennes ; < par Cl. Xav. Girault, membre de plusieurs Sociétés savantes V v

JL 'antiquité des Ecoles d'Àutun se perd dans la 'nuit des temps : Augustodunum posé Mmsiliamjhonarumartiumsed&s. Les Druides auxquels renseignement de la jeunette étoit confié exclusivement , avoient leur . collège principal entre Chartres et Dreux; mais, le grand nombre d'écoliers qui y açcouroient de toutes parts, les obligea d'en établir d'autres dans les villes considérables des Gaules : c'étaient des Ecoles publiques, dans. lesquelles ils enseignoient les dogmes religieux et les sciences, la physique el la morale, la rhétorique et la philosophie : la tenue de ces collèges étoit un de leurs principaux emplois, une des premières fonctions de leur état (i),

(i) Ad hos magpuis adolescentium numerus disciplinas cousit concurrit.fa.. Multa de sideribus ' atque eorum raota, de mundi ac terrarum magnitudine , de rerum natmrd, de deorum immort, vi ac potestate disputant 9 ac juventuti tradunt. Caes. Lib. 6.

Habent autem et Jacundiam suam , magistrosque sapientias Druidas; hi terrœ mundique magniiudinem

Ils tenoienl ces collèges dans les foras , ou dans la campagne : suivant Chasseneuz »

ils habitaient pendant les six mois d'été sur une montagne f à Foccident d'Autun f qui * de leur nom» a été appelée Mont Dru 9 Morts Drmdarum ; ils passoient les six mois d'hiver auprès de Chartres.

Après la conquête des Gaules par les Romains, Auguste fit construire» dans l'intérieur de la cité d'Autun, des Ecoles publieras, dans k genre de celtes de Rome, vouknt sans doute que la jeunesse gauloise fût életée dans les principes du peuple vainqueur.

Elles étoient appelées MœrUermes, du nom d*un certain Mœnius, qui présida , dit Sca- Kger, à leur construction; ou de ce que l'édifice qui leur étoit consacré, étoit soutenu au devant par des portiques ou colonnes 9 genre de construction dite Mœmenne 9 du censeur Mœmius, qui l'inventa (2).

«I formam> motus cœli et siderum* ac quid dli veknt p ro / ken tu r. Dtocent mutta nobUissùnos gérais § dam et diù vicenis annis in specu aut abditis saltibus. Pomp. Mêla. Lib» 3> cap. a»

(a) Coûté Mœnius Censor tfiumphant de rnntîatibus , aliisque priscis latinis , quamobrem et columnam datam esse Plinms teribit; piïmus enim Mtenius ultra columnam extendit tigna qub ampliarentùr superiora. indè hmc cedifida Mœniana à Mœnio appettata sont. Vsst. pp. Scatig* », Comm. 88.

Nous pensons» atec l'abbé Gandelot , que la qualification à^Mœniemies fui donnée à cet Ecoles par opposition , et pour les distinguer de celles des Druides (3) > qui lenoieni les leurs hors de la ville» et probablement au ^^JMont 0*0» tandis que celles fondées par Auguste étaient dans l'intérieur , et presque au ' . centre de la ville» in Mœniis, Mœnih : elles Of$ à étaient situées* dit Edme Thomas» dhm l'em* * placement du courent des Cordeltevs » entre la Porte des Marbres et celle dés Bancs » au ^ nord-ouest» et celle del Rivaux à l'occident: A dans ce local» om voyait encore» dit le sa*

- . Ce Mcanins, dit Moreri » attacha, près dé la tril>une au* harangues» les becs et tes éperons des na- . vires qu'il *roi\ pris à la bataille d'Antium , d'oà ce lieti fut appelé Battra* . , ,

* (3) Que l'on ne croie pas que parce que Tibère abolit les sacrifices des Druide*, et ne leur permit plus de recevoir des initiés, leurs Ecoles furent fermées; cette loi ae concernait que les adeptes des v rits druidiques, et d'un cùlle qu'on ne vouloit pas #

laisser se puLger , mais non les élèves des Ecoles •^fV que les Druides continuèrent toujours à enseigner; * * car, malgré cet édit» Tordra dea Druides auksjsl* même plusieurs siècles après. C'est en ce sens que le Nain de Tillemont et autres,. interprètent les lois de Tibère contre les Druides ; elles ne portoient que sur les adeptes de leur culte et de leurs sacrifiées inhumains, et nullement sur les Bceles destijtfas à fc»*le la jeunesse JL-gé»éaai. <ii/~A***4*

en

van* Autunois, les fonde mens de* classes»

des portiques, des salles; on y trouva des colonnes, des statues, des pavés mosaïques, que l'on conser voit de son temps dans ce couvent* Eumène avoit assigné leur position entre, Le, Capitole. (*) et le Temple 4* Apollon ,* ce qui est conforme à la position que leur as- I Ht, signe EAme Thomas; car le temple d'Apôtton > ' et le Capitole 9 dont les restes se remarquent sur le plan d'Autun, gravé dans l'Histoire de Saut k Julien de Baleure , étoient tous les # é deux sur: la route càii cébduit de la Porte des Marbres à la Rrrte d'Arroux , et les Ecoles Mœniennes étoient entre ces deux édifices , en tirant un peu au couchant; de manière que la situation de ces Ecoles se trouvant donnée dans la direction du nord au i sud , et du levant au couchant , on ne peut

la méconnaître. *

Soûs leurs vestibules, ou portiques, étoient graves la position des villes, le cours des fleuves, les golfes, les. cgps, les sinuosités l*VM des rivages de la mer, et les dist|tfbes des di- • * vers lieux entre eux. Le P. l'Empereur fait mention d'une pierre, sur laquelle étoit gravé l'îfinéi&irè des voies romaines d'Italie , et qu'il présume provenir de l'une des colonnes qui soulenoient les portiques de l'Ecole Mœ* niénne ; tous les amateurs de l'antiquité re- « .• grettent que l'o n i ai* h afr d enfouir cette pierre

dans les fondations d'un couvent de religieuses , Tabbaye de Saint-Jean -le- Grand.

M. Millin ( Voyage au Midi de la France) a signalé l'angle du bâtiment sous lequel repose ce précieux morceau d'antiquité , afin de pouvoir au moins le reopuvrer, si quelque événement faisoit, un jour, démolir cet édifice.

Ces Ecoles furent célèbres dès les premières années de l'ère vulgaire; on y comptait un nombre très -considérable (**) d'étudians, pris dans la classe la plus distinguée des babiutns des Gaules : ce fut cette jeunesse choisie qui, après avoir elle seule dissipé le * , rassemblement de Maficus (4), fut entraînée \ >A dans la révolte de Sacrovir, qui s'en fit »

des otages , pour attacher à son parti lest^ t « r# \ ,.• meilleures familles de la Celtique. Glaucus, • • - v ayeul d'Eumène, quitta Athènes, sa patrie, pour venir enseigner à Autun , où il fut attire par la réputation de ces Ecoles, et ft'y fixa ; il y donna pendant quarante ans des ^leçons d'éloquence : il occupoit encore î

avec distinction cette chaire à l'âge de quatre-vingts ans passés; '

j^9 (4) JVlaâûua, pris dans. le combat, fut conduit à Autun, et livré aux bêtes sauvages dans l'amphithéâtte; ces animaux l'ayant épargné, le peuple fanatique te crut invulnérable , mais Vitellius le fif r , égorger sous ses yeux.

Ces Ecoles, déjà mutilées par T&riotis»

ions le règne de Claude-le-Gothiqoe, le plut aimé des Césars, furent entièrement renversées par les Bagaudes, pâtres gaulois, rassemblés sous le commandement d' JEUani y et de S alvius- Amandqs « qui se faisoieot donner le titre d'Empereur, et n'étaient que des brigands. Portant partout la désolation , brûlant les villages , renversant les édifices publics» détruisant les habitations particulières. Afaxi» piien-flercule, associé par Pioclétien à l'Em* pire , et qui , ep cette qualité , avoit le dé» partement des Gaules, marcha contre celle horde farouche , et l'extermina : il voulut f? élever» dans Auti*n même qu^tf avoit dévasté, un monument de cette victoire» en f ^'honneur de Jupiter et de Dioolétien , son col-

y* f*y%* ***légue; et ce monument étoit la tour Joueigjg, dont on voyoit, il y a peu d'années encore^ quelques débris.

Eumène , qui étoit né à Autan , Tan de J. CL 261 % avpit été instruit aux cours de * son ayeul , et donna , ainsi que lui , des k» 90ns d'éloquence dans les Ecoles Mœniennes ; mais , obligé de fuir une ville en proie aux ravages des barbares, il vint se retirer à Rome, où il donna ses leçons , et-où 41 s'ac-9* quit une réputation distinguée, tant par l'étendue de ses connoissances que par la sévérité de ses mœufc.

A cdté époque f quatre princes 8e parte* geoient l'Empire romain t Dioclétien 9 Empereur, et Maximien -Hercule (5), qu'il a voit associé à FEmpire; Constance- Chlore (6) , et €alère-Maximien ; créés César eu 392.

Constance-Chlore 9 le plus vertuejix 4e ces Souverains (7) . eut dans son Commandement les Gaulifc, dont il fut déclaré Em-Cy pereur : fils aEutrope, historien latin 9 né ' dans l'Aquitaine, père du grand Constantin f il tenoil du premier l'amour des lettres et de fa patrie , et fut le précurseur de la glpire du second, dans la carrière du gouvernement et des armés.

(5) Maximien avoit pris le nom d'Hercule, et la ftt prendre à Coûlattce , après Favoir adopté , voulant par- là foiré croire qtfil descendoit de ce Dieu, ainsi que le prouvent assefc les Panégyristes. Tille* mont , 21-61.

(6) Il étoit pefït-fils de l'Empereur Claude II t et époux de Sainte - Hélène 9 mère de Constantin, qu'il répudia pour épouser la fille de Maximien- Hercule, dpnt il devint fendre et fils adopuX ZonarCm

(7) Noui ne pouvons nous refuser à transcrire ici te bel éloge que II* Thomas fait de ce prince : Empereur, il fut modeète et doux; il n'eut point de trésor, parce cp'il voufcit que chacun dé se* sujets eût lé sien ; humain en religion comme é# politique f il ne fit jamais dans les Gaules» ni dresse* un écfiafaud, ni allumer un bûcher.

Ecoles Moeniennes de cette y Ule v lai , coiypr*

% \f • * &Dt lous - 08 bo*iej#s et I e * P 1 ^ v iMê es ^iS^ , \ rang , et y a jouffcitlles y appoiq#mçm t C5W??V

dérables (****). Notçe, or^tepr ,fen fit lt qn,£i noble usage, qu'on &e sait si Fou doit pW admirer la générosité du .prince , qui . Jjçs . accorde au mérite* quelle désinjéres$£prçpt $* sayant qui , les consacre .à . l'avaptage ; 4 e > * a science.

Eumène * cédant à une invitation aussi glorieuse 9 revint donc (J^ps $3 patrie, et y donna de nouveau ses leçons : il parvint bientôt à y ranimer le goût de l'éloquence et des prts, et à rendre aux Écoles Moeniennes tout leur

lustre. Ce fut peu de temps après avoir repris ses anciennes fonctions , qu il prononça, dans le Capitolé d'Autua, en pré* • •f*sence de Tticcius- Yaruy f préfet ou goyyçr- Ap neur des Gaules (9) ^on célèbre Discours mv le rétablissement dp^ Ecoles dç ççf te v#te (^9).

~f (9) Riocius-yarns ou Riccioyare était préfet du Prétoîré à Lyon , ou gouverneur de la 6a ule celtique, là seconde des ^dignités de l'Empire tfOècîdent: il l'ocçupoit dès raa,a86; à l'exemple dfe piool^iien, il fut un des, plus çruçU pefjécujeuw des Chrétiens, Schonov. 38. Àforfiy.

(10) B. Rhénan us et Livineius ont prétendu que ce discours concernoit les Ecoles de Clèves; mais ils ont été victorieusement réfutés par tous ceu* qui

La date de ce Discours peut être placée Tcrs * Fan ag8 de l'ère vulgaire, peu après la victoire de Galère sur les Perses, et avant la défaite des Allemands près de Langres »

par Constanée-Cblore (n).

Eumèoe continua, avec le même succès k donner des leçons d'éloquence dans les Ecoles de sa patrie v pendant lotit le règne de Constance-Chlore : ce Pribce étant décédé à York» en 3o6 r après avoir déclaré César, son fils» le grand Constantin, notre orateur fut chargé de l'éloge do son bienfaiteur, qui étoit en même temps celai de» Gaules, et il s'en acquitta avec ses talens ordinaires : c'est le troisième de ses éloges, et il n'est pas moins in* léressant que les deux autres.

ont écrit sur cette matière; et il est constant au« jotird'iiui qu'il se rapporte à, celles 4'Autun.

(il) Eu mène parle dç la yictpire de Galère, et la cite la dernière; mais il ne parle pas de celle de Constance, quoique remportée dans un pays peu éloigné d'Auhin : donc il écrivoit antérieurement au triomphe de Constance sur les Allemands, qu'on placé en Fan 399. A Constantio Cesarein Gallid pugnapan est drcà Lingonas. Die undadvermm et sccundamjbrm *v/|

tunam expertus esté Viam cum repente barbarie ingruen- f

tibuSy intrà cmtatem esset coactus tamprœcipiti necessitate, ut clausis partis per murum Junibus tolleretur; trix quinque hàris mediis , adfentvnte exercitu IX . ferè mfflialecm. fgtffrW, /w . AvU*>^l* 4* m

Ci6 3

satisfaction de voir ses élèves occuper te* premières places de la Cour et de l'Etat:

ainsi que sou ayeul, il dirigea» jusqu'à la vieillesse la plus avancée, les Ecoles qu'il avait illustrées par ses vertus et par ses talens.

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