A M. A. L. MILLIN
Membre des Académies de Dijon , Besançon , etc. ;
PAR Cl. Xày. GIRAULT,
7 Membre non réaident des mêmes Académies;
SUR UNE MONNOIE DUXTTI SXECtE.
PARIS
DE L'IMPRIMERIE DE J. B. SAJOU
Rue de la Harpe , n." u.
x8og.
(4) monnoies de Charlemagne et de ses successeurs, frappées dans Rome, Amstef dam, chez Mortier, 1692* annexée au Traité historique des monnaies de France, par Leblanc, on remarque pag. 21, une médaille du même genre qne celle décrite et gravée par M. Baudot, et je pourrois dire , sauf la légende , absolument semblable.
La face de la médaille gravée par Leblanc, sur laquelle se remarque un Christ assis, est tout-à-fait semblable à l'un des côtés de la médaille publiée par M. Baudot : le fauteuil est de même forme, enrichi sur ses montants de perles ou pierres précieuses , desquelles im double rang se voit très-bien sur le pied gauche; les coussinets d'appui des bras fin fauteuil se terminent par trois perles ou pierres, saillantes au dehors, et posées deux et une : seulement la traverse qui uûit les deux, montants du dossier est courbe dans la médaille de M. Leblanc , et droite , dans celle de M. Baudot; mais cette légère différence importe peu pour la qualification de la pièce.
— Les lettres 1. c. et x. c. de chaque côté de la tête, se retrouvent sur les deux médailles.
— Sur toutes deux le Christ a une croix et une auréole derrière la tête, et tient un livre dans ses mains appuyées sur ses genoux; la couverture de ce livre est ornée de cinq perles ou pierres, dans la médaille de M. Le-
blanc 9 ce qu'on ne peut voir dam celle de M. Baudot, attendu que la queue du bouton a emporté le morceau sur lequel le livre est gravé; mais la place carrée demeurée vide, indique bien la place du livre des évangiles; mais les cinq perles ou pierres qui se reconnoissent sur le livre tenu par Saint Jean (dans la médaille de M. B.), ne laissent aucun doute que le livre du Christ ne dut avoir au moins de pareils ornemens. — M. Baudot dit qu'on peut remarquer que le Christ porte dans $a main droite le globe surmonte d'une petite croix ( pag. 5o et 99); nous nV vons rien aperçu de tout cela sur la gravure qu'il a publiée; au contraire, le livre parott devoir être porté par les deux mains; la rondeur, qu'a cru apercevoir #L Baudot, n'est que celle des os du coude grossièrement exprimée; et si c'est de cet emblème seul que M. Baudot argumente pour donner à sa pièce le caractère impérial, il faudroit au moins que ce signe lut très-visible et ue pût se mécon~ poître.
Dans l'une et l'autre médaille , ces deux faces sont; donc parfaitement semblables, absolument }es mêmes*
Sur l'autre face, on remarque dans chacune de ces deux médailles , deux personnages, l'un à droite en habits sacerdotaux , tenant de la main gauche un livre , sur lequel on voit
distinctement , comme sur le livre du Christ (médaille de M. Leblanc), cinq pierres précieuses : ce personnage a, la main droite appuyée sur la hampe d'un étendard ou fanon , dont la banderolle est dirigée au dessus de la tête du deu ième personnage , et au bas de la deuxième banderolle, se voyent, suivant M. Le-
blanc, les lettres v posées verticalement, sui-
vant M. Baudot un x surmonté verticalement aussi de caractères qu'il avouç pag. 91 , n'avoir pu déchiffrer ( et cela n'est pas bien étonnant sur une pièce dégradée par le ravage des temps) , mais qu'il répute cependant pag, 107, être le mot rex écrit verticalement* quoique sur sa gravure il paroisse y avoir quatre lettres; l'autre de ces personnages a les deux mains appuyées sur le bâton de l'étendard ou gonfalon , il est vêtu d'une tunique brodée de perles sur le côté droit, a la tête très-grosse, celle d'un vieillard, et eoitfée d'une espèce de barrette carrée*
Entre la gravure de ces deux pièces, la similitude est exacte et frappante, la légende $eule les différencie; sur celle de M. Leblanc, on Ht à côté du Saint. S. M» Veneti, et à côté du personnage, X. P* Zianï. Sur celle de M, Baudot, on lit à gauche du Saint* S* Johannes , et à droite du personnage, Ma* n$t# e> suivant M% tfaudou
M; Leblanc explique ainsi la médaille qu'il Rapporte : — * « On donnoit anciennement Fé- H tendard à ceux qu'on vouloir reconnoftre 4i pour souverains, ainsi que cela se voit sur « les anciennes nion noies des Vénitiens, où « Saint Maro , qui est le protecteur de tette H république, comme Saint Pierre Fétoit de « Rome , donne un étendard au nouveau « doge qui tient la place du souverain ma- « gistrat chez cette nation. » — Le nom de P. Ziani, qui s'y remarque, doit en fixer la date entre 1206 et 1228, années pendant lesquelles Pierre Ziani fut doge de la république de Venise.
La médaille, publiée par M. Baudot , étant semblable , et pour le type , et pour le costume, et pour le genre des personnages, et pour le mode de gravure, doit appartenir à peu près à la même époque.
Nous lisons dans Machiavel , Hist. de Flprence, liv. 2, que, fatigués des troubles causés par les factions des Guelfes et des Gibelins , les Florentins saisirent la circonstance de la mort de l'Empereur Frédéric II (i3 décembre i25o) , pour se réunir entre eux , et rappeler dans Florence, lea Guelfes que les partisans de l'Empereur en avoient expulsés; qu'ils se déclarèrent îndépendans et libres, et confièrent le gouvernement de leur nouvelle République à un conseil de douze anciens :
un capitaine du peuple chef de la force armée» et un podesta furent chargés de rendre la justice entre les citoyens* Ce mode de gouvernement^ subsista, suivant Y Art de vérifier les dates % fol. 858, éd. 1770, jusqu'en 1268.
Saint Jean Baptiste étoit pour Florence, ce que Saint xMarc étoit pour Venise , le patron t le protecteur de la République; le podesta étoit à Florence , ce qu'à Venise étoit le doge , le principal magistrat.
Or, si sur la médaille de M. Leblanc, Saint Marc désigne la ville de Venise remettant le. gonfalon au nouveau dôge , pourquoi ne diroit-on pas que sur la médaille de M. Baudot , le S. Jean représente la ville dé Florence remettant l'étendard, signe de l'autorité, à son podesta , je dis podesta et non capitaine du peuple , quoiqu'un étendard paroisse mieux convenir aux. mains du commandant de la force armée, parce que le personnage qui le reçoit, suivant la médaille, est vêtu de la tunique et du pallium , vètemens qui sont bien éloignés du costume militaire.
À côté de ce personnage, M. Baudot a lu le mot moneta ; mais est-il bien avéré qu'on, ne puisse pas y lire podesta (1)? Dans les
(1) J'observerai que ce mol ne se trouve sur aucune tnonnoie de cette époque. Voyez Go ri, dans son traité intitulé : // Fiorino d'oro ; et Orsini monete délia rejmblica fiorèntina* A. L: M.
écritures du treizième siècle, et surtout dan* celles auxquelles le temps a apporté uue altération , il est difficile de reconnoilre toutes les lettres de manière à ne pouvoir pas au moins douter : le p de ces temps là avoit la queue infiniment courte, surtout lorsqueJe graveur se trouvoit encore resserré par l'espace laissé pour légende à une médaille ; la lettre N se rapprochoit beaucoup de la lettre n, même nombre de jambage, même rondeur dans le dessus ; il n'y a de différence que dans le vide entre les deux jambages à la partie inférieure, et souvent ce n'est qu'un point à saisir, le second plein de I'n se trouvant recourbé, en dedans aux écritures de ce siècle ; Yz et l's ne se trouvent-ils pas réunis comme cela arrive à certaines lettres, ou n'y a-t-il pas contraction entre ces* lettres podsta , ou podeta? Cest ce que l'inspection de la médaille à la loupe, et par des yeux bien exercés, poufroit seule apprendre et décider.
Sur la lettre e qui suit ce mot , M. Baudot dit j page g5 , qu'elle signifie cenea; nous ne voyons pas qu'il y ait jamais eu de nécessité d'inscrire sur la légende d'une pièce de mon~i noie le nom du métal dont elle est fabriquée, la présence seule du métal l'annonce assez à tout le monde ; et d'ailleurs nous ne nous rappelons pas avoir vu rien de semblable sur. les monnoies des douze , treize et quatorzième
(io) siècles. Cette initiale ne seroit-elle pas plutôt celle qui commence le nom du podesta eu exercice à l'époque où fut frappée cette pièce?
Dccange décrit ainsi le florin : in una horam parue insculptus fuit flos lilii , unde monetœ nom en indictum, in altéra effigies S. /. B. Aussi lisons-nous dans Leblanc, page 147, que dès le onzième siècle il existait en France des florins; il en donne même la gravure, et cela confirme l'éty mologiedu mot florin donnée par Ducatige; mais cela ne détruit pas ce que dit Villani , que les premiers florins de Florence datent de iz$2> car il pouvoit bien exister des florins en France dès le règne de-Louîsle- Jeune ; et au contraire il ne put en exister à Florence que depuis qu'elle eut son gouvernement , époque qui se fixe à la mort de Frédéric II, temps précisément marqué par Villani.
A la vérité cet auteur affirme ique les premiers florins frappés à Florence étaient d'or fin de huit, à l'once, tandis que la médaille de M. Baudot n'est que dorée et d'un métal blanc terne ; cela prouverait seulement que la pièce trouvée dans les fossés du jardin de Pagni , n'est pas une des premières monnoies qui aient été frappées à Florence , et par conséquent qu'elle est postérieure à I2Ô2; mais cela ne prouverait pas qu'elle n'est pas mon-
noie de Florence; s'il est reconnu qu'on donnoit en France le nom de Francs ou de Florins à toutes les monnoies d'or, et que les premiers florins de Florence étoient en or; il n'est pas également avéré que Florence n'ait jamais eu que des monnoies d'or , et que dans l'intervalle de izSz à 1268, cette république» qui étendit son pouvoir sur presque toute la Toscane, n'ait fait frapper aucune monnoie de bas aloi ; il étoit même nécessaire qu'elle en eût, comme dans tout état il faut des petites monnoies , et la médaille de M. Baudot en seroit peut-être une première preuve.
Au surplus, la différence du métal et de légende, n'ôte rien de la similitude qui se rencontre entre les médailles de M. Leblanc et de M- Baudot; dans l'une comme dans l'autre, de ces deux pièces , c T est le patron et protecteur de la République qui remet l'étendard , signe de l'autorité, au principal magistrat : et si l'une est une monnoie de la République de Venise^ désignée par Saint Marc , l'autre doit être une pièce de la République de Florence caractérisée par Saint Jean.
La pièce trouvée à Pagni seroit donc un florin de Florence et non un bezant de Constantinople, la monnoie d'une des République* d'Italie, et non une monnoie du dernier des Empereurs Français à Bysance; et si noua
avons réussi à le démontrer, ce sera a vois a^sez répondu au Mémoire écrit par M. Baudot pour fonder son assertion (2). C'est à Tous surtout, Monsieur, qu'il appartient d'en
(2) A cet écrit je ne me permettrai qu'une senle réflexion ; il seroit bien extraordinaire, bien singulier (dans l'hypothèse de M. Baudot aîné), que Jean de Brienne, tuteur de Baudouin II , en âge de minorité, co-régent de l'Empire avec titre d'Empereur, même si souvent , mais lequel Jean de Briènne n'avoit toujours ce titre éminent que temporairement, et jusqu'à la majorité du jeune Baudouin, se s'oit permis de mettre à l'écart, sur ses monnoies propres, l'Empereur véritable, en titre, régnant et souverain héré* 4itaire, pour ne placer sur les monnoies impériales que sa représentation seule accompagnée du mot rex, et aécollée de Saint Jean son patron , sans que ce dernier des Empereur» H* la maison de Courtenai , dont nous connoissons cependant des médailles avec l'exergue, Balduinus II (prompt, du méd., p, 174), paroisse sur les monnoies même de l'Empire , ni pour son effigie, ni pour son nom , ni pour sa dignité d'Empereur , pas même pour son patron, puisque, suivant M. Baudot, pages 95, 101 , le patron devoit suffire pour désigner le prince qui lui est accolé, et en fournir- la preuve, lorsque le nom de l'Empereur qui l'a fait frapper ne s'y trouve pas, ibid. , p. 94. On ne conçoit pas comment une conjecture aussi forcée peut être employée pour constater et reconnoître une pièce de monuoie , et assigner à quel isécle et à quel prince elle appartient.
juger; et si tous pensez que mes raîsoimemens puissent servir à explicfuer cette pièce, je vous prierai de vouloir bien leur réserver une place dani le Magasin.
J'ai rhonneur d'être 9 etc.
CL Xav. Giràult.
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