SUR J.-B. GUIMET
verte fut ainsi étouffée : L'administration soûle en recueillit les fruits : Sicvosnonwbis...
Le rôle de calculateur obscur n'était ni l'avancement auquel il croyait avoir droit, ni le genre d'occupation en harmonie avec son esprit inventif. Il demanda à rentrer dans le service actif. Le 9 août 1823, il fut nommé commissaire surnuméraire adjoint, à Paris, et le 18 mai 1825, commissaire adjoint titulaire, à Toulouse.
n songea alors à s'unir à une compagne capable d'embellir et de charmer son existence, et le 20 mai 1825. il épousait, à Paris, M"* Zélie Bidault (1), fille d'un peintre du Midi, fixé depuis quelque temps à Lyon.
Cette union ne devait pas être seulement pour Guimot une source de bonheur, mais avoir l'influence la plus heureuse sur son avenir.
La société d'encouragement pour l'industrie nationale proposa, le 22 novembre 1826, un prix de 6,0(X> fr., pour la fabrication d'un outremer artificiel, réunissant toutes les qualités Je celui qu'on retire du Lapis Uizuli.
M"' Zélie, héritière des goûts artistiques de son père (2), dont elle
(1) Bidault ^Jean-Pierre-Xavier), aé à Garpentras en 1745, mort à Lyon en 1813.
On a de lui, entre autres ouvrages recherchés des amateurs, une très-belle vue à l'eau forte, de Fancien château de Pierre-Scize, gravure d'un effet très-pittoresque et d'une grande exactitude.
D avait été le maître de son frère Jean-Joseph-Xavier Bidault, né à Garpentras, le 10 avril 1758, nommé, en 1823, membre de l'Académie des beaux-arts en remplacement de M. Prudhon ; décoré, en même temps que Ingres, lors de la visite faite au Musée, par Louis XVIII, le 14 janvier 1825, mort le 20 décembre 1846, non à Enghien, comme on l'a écrit, mais à Montmorency, dans la maison du petit Montlouis, habitée en 1759 par J.-J. Rousseau.
Depuis 1800, cet artiste avait présenté des tableaux à toutes les expositions.
(2) Elle avait produit déjà quolques bons tableaux ; elle oxposa une Judith, au salon de 1827.
iig NOTICE
a^ait voulu être rélève, possédait elle^môme à uo hautd^ré le talent dépeindre. Elle poussa son époux, dont les connaissances en chimie loi étaient bien connues, à diriger ses recherches vers la découverte sollicitée*
Guimetse mit àTœuvre, et dès l'année suivante, il était arrivé à des résultats heureux; mais assuré d'apporter des perfectionnements àsesproluit^ il ne les présenta pas en 1827. Aucun concurrent n'avait rempli les conditions du programme : le prix fut remis au concours pour l'année suivante.
Dans cet intervalle, il multiplia les essais, et arriva enfin à reproduire Toutremer avec tous les éléments qui le composent (1).
Il commença dès lors à répandre ses produits dans le commerce (i). Plusieurs artistes en firent l'essai, «t trouvèrent Voutremer-Guimat aussi beau que celui qu'ils reliraient d'Italie.
M. Ingres, chargé de représenter l'apothéose d'Homère, sur le plafond de Tune des salles du Musée Charles X, l'employa pour peindre la draperie de Tune des principales figures, et dans aucuB autre tableau on ne vit un bleu si éclatant.
Assuré dès lors du succès, il se présenta au concours de 1828, et dans la séance générale ( du 3 mars de ladite année ) présidée par M. le comte Chaptal, sur le rapport de M.Mérimée, le prix lui fut adjugées).
Ce merveilleux secret était, suivant un savant célèbre, la découverte la plus étOQuaote faite jusqu'alors, dans ce siècle, par la chimie (4).
(i) Moniteur du 7 décembre 18Î8, page 1756.
(2)J1 en avait établi un dép6t à Paris, ruedu cimetière Saint-Nicolas, u* 7. te prix de l'outremer avait varié jusqu'alors entre 2,000 et 5,000 fr. la ivre; Guimet livrait le sien à 25 fr. l'once, soit 400 fr. la livre.
(3) Bulletin de la Société pour l'encouragement de l'industrie noticœale, t. 27 (1828), p. 344^49.— Moniteur du 7 décembre 1828.
(4) Il avait trouvé par les mômes procédés le*moyen de produire des rosées et des verts. U avait également obtenu une xi^uleur jaune, à hase d'antimoine.
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Vers répoqoe de son mariage, il avait inventé des moyens pîns économîqiies de fabriquer le btMc de céruse, et pendaift saa séjour à Paris, il avait organisé, daul ce bat, une usine près Saint-Denis. 11 s*était associé un de ses amis, et avait confié l'administration de l'établissement à un conseil de surveillance. Les tiraillements qui se manifestèrent dans ce conseil, nuisirent au succès de l'entreprise, et M flrent abandonner cette industrie qu'il ne pouvait diriger et surveiller par lui-même.
Pendant son séjour à Toulouse il avait apporté de nombreuses améliorations au service dont il était chargé. L'administration reconoaissaote le nomma, le 30 décembre 1830, commissaire à Lyon (1).
Vers la fin de l'année suivante, la ville eut des jours de larmes et de deuil. L'émeute gronda dans les rues, et du 20 au 22 novembre la guerre civile y déploya ses fureurs et ensanglanta la cité. Les insurgés maîtres de plusieurs canons voulaient s'emparer de la poudrière. La position du commissaire devenait délicate et difficile. M.Peloux,inspecteur,était d'avis de se rendre,pour éviter les malheurs d'une défense peut-être inutile, ^uimet, mieux inspiré, sut se montrer à la hauteur de la situation. Il lui répugnait de laisser aux mains de la révolte les moyens de destruction confiés à ses soins. Il sut retarder la capitulation, et profiter de quelques moments favorables pour faire jeter dans la Saône les poudres contenues dans les magasins. Grâce à son énergie, les gardes nationaux chargés de défendre la poudrière lardèrent de se rendre jusqu'à trois heures du matin du mercredi 23 : tous les autres postes avaient mis bas les armes à minuit: le général Bognct avait quitté la vile à deux heures.
M. Peloux fit offrir à Guimef, de la part de M. le Préfet, la croix d'honneur pour sa belle conduite. Il répondit qu'il rougirait de porter
(1) Ce commissariat comprenait dans sa circonscription les départements suivants : Rhône, Ain, Isère, Saône-et-Loire, Haute-Loire, Puy-de-Dôme, Allier eilïièw».
un rubaû obtenu pour un dévoùment déployé durant une gaerre civile.
Cette décoration qu'il refusait si noWement, ne devait pas tarder à lui arriver, et pour des motifs plus flatteurs. En 1834, son outremer figura à l'Exposition de Tindustiie française, et conquit tous les suffrages. 11 lui valut Tune des médailles d'or et le titre de chevalier de la Légion-d'IIonneur(I).
Pendant les premières années de son commi^sariat à Lyon, il avait employé les loisirs laissés par ses fonctions, à chercher les moyens d'apporter d; Té onomie dans la fabrication de ses produits, et il avait été assez heureux pour réussir.
La simplification de ses procédés lui permit d'abaisser le prix de son outremer, et de le rendre accessible à diverses industries qui n'auraient pas pu Tutiliser auparavant. L'éclatante beauté de celte couleur, le fit entrer dans le domaine de la mode ; la modicité de son prix en multiplia l'emploi ; les demandes devinrent i1e jour en jour plus nombreuses. Il commença dès lors a soupçonner que sa découverte pourrait devenir une source de fortune. Dans cette pensée, il songea à quitter l'administration .
Il me parlait un jour de son intention : j'ai fait, me disait-il modestement, une petite d<:couverte, et je veux voir si elle m'offrira plus d'avantages que le service dans les poudres et salpêtres. Il faut, lui répondis-je, que celte découverte promette d'être bien lucrative, pour vous faire renoncer à une position aussi belle et aussi honorable que la vôtre. En me séparant de lui, je me demandais s'il n'était pas victime d une illusion ; mais je lui connaissais Tesprit trop clairvoyant et trop positif pour craindre de le voir s'aventurer dans une voie hasardeuse.
Le 22 décembre 1832, il avait été nommé commissaire à Toulouse. Il avait le désir de refuser ce poste ; cependant il se décida à partir ; mais il donna sa démission le 5 juillet 1834.
(1) Le 14 juillet 1834.— Voyez Moniteur 15 juillet 1834, page 1551.
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Il revint à Lyon fonder son étaMissementdeFleurieax, et bientôt il vit rindustrie, créée par son génie, prospérer au-delà de ses espérances .
Durant les premières années de son séjour définitif dans notre ville, tout entier à sa famille, à ses affaires et à ses amis, le public eut pen à s'occuper de lui. De temps à autre seulement les comptes-rendus de DOtre Société d'agriculture à laquelle il appartenait depuis 4835 et dont il suivait les séances avec assez d'assiduité, se rendaient Técho de sa parole, toujours écoutée avec beaucoup d'intérêt. Mais pendant qu'il se cachait dans ses habitudes modestes, son outremer dont le succès grandissait chaque jour, portait son nom dans toutes les parties de l'Europe et même dans le Nouveau-Monde.
L'Rxposition de 1839 couronna de nouveau si découverte par un rappel de la médaille d'or de 1834.
La fortune l'avait déjà élevé à une position à laquelle n'auraient osé aspirer ses sages désirs. Sa renommée et les circonstances l'appelèrent bientôt, et presque malgré lui, à devenir un homme public.
Lors du renouvellement triennal (1) du conseil municipal de Lyon, il fut spontanément porté candidat par la section du Jardin des Plantes, et il fut élu (2), au premier tour de scrutin, k une grande majorité.
La question des eaux, pour le service delà ville, pendante depuis 1770, soulevée et délaissée à diverses reprises, était la plus grande préoccupation du moment. Divers projets se trouvaient en présence ; mais la question principale, sur laquelle les esprits étaient divisés, était de savoir si l'on employerait les eaux des sources de la rive gauche de la Saône, analysées par M. Alph. Dupasquier (3), si l'on utiliserait celles du Rhône.
(1) Prescrit par Tordonnanôe du 23 avril 1843.
(2) Le 7 juillet 1843, M. Ceriziat-Carrichoa fut également élu dans la même section.
(3) Des eaux de source et des eaux de rivière^ comparées sous le double rapport hygiénique et industriel^ par le D"* Alph. Dupasquier. Lyon, 1840, in-8<*
Ce travail fut Tobjet d'un rapport fait à la Société de Médecine, et valut à son auteur une médaille d'or.
m ifoncB
M. Terme, maire de la cité et uq certain nombre d'autres conseillers, étaient partisans des premières: Guimet, et la plupart des autres hommes de science s'efforçaient de démontrer les ayantages qu'on aurait à se servir de celles du fleuve.
Les lumières connues de Guimet le firent appeler à la présidence de la Société d'agriculture pour les années 1844 et 1845 (1). On pensait que, sous sa direction, ce corps savant renfermant tant d'hommes distingués, serait saisi de Timportante question des eaux. Ces espérances ne tardèrent pas à se réaliser.
Une commission spéciale (2) chargée àe s'occuper de ce sujet fut nommée, et les membres de cette compagnie eurent bientôt à entendre le rapport de M. Pigeon (3;, et diverses notes ou observations relatives à la même question (4).
Le rapport dont il vient d'être parlé, donna lieu à des discussions qui occupèrent plusieurs séances. M. Terme, maire de la ville, et membre de la Société, y vint prendre part. Le rapporteur concluait à remploi simultané des eaux des sources et de celles du Rhône.
Guimet convaincu que les eaux du fleuve suffiraient non-seulement à tous les services et à tous les besoins, mais rempliraient mieux que
(1) La Société nomme $oh pr^idént pour deux an».
(2) Composée de MM. Janson, président; Bioeau, Dupaaquier, Fottm«l^ Jourdan, Michel, Parisel, Pravaz, Quinson, Tabareau, Thiaffait et Pigeon, rapporteur.
(3) Études sur la question de l'établissement d'un service hydraulique destif%é à pourvoir aux bi!soins,de la ville et des faubourgs. ( Annales de la Société t. 7, p. 264-275).
(4) i<* Note sur la température des eaux du Èkâne et sur leur rafratcMsie^ ment souterrain, par M. Fournet (Annales t. 7, p. 264-275).
2» Observations sur la température de diverses eouxy par M. èuinoû (Annales t. 7, p. 280-283).
3^ Observations sur les fournitures des eaux publiques et privées à Lyon et ses faubourgs, par M. Parisel (Annales t. 7, p. 290-294)i
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les avtpes las coQdttiom déBîirables, oèda in<»Qei>toiièmeii^ lefteteuil à M. Pvava», dan» la séance do 3&ao(M 1<844, pour life des Considén rëtUms $up ks rnoffm^ de procuper à Lyon d9& €awc pnre^^ frakheê eP tknpides, et m qtêêmiM iUmUée^ par yinfiUrcoUm de» ecmx du MAm demi U sol lyonnais (i).
Ce mémoire remarqiiaMe, appuyé sur des preuves înoootestable», ftrt oommuDiqué aui Biembres (hi conseil mufiicîpal, et produisit sur l'esprit de la plupart de ceux-ci, une impression profonde^ La cause* des ea«x desoorces m faveur desquelles M. Terme avait présenté on très-long rapport (*), sembla perdue dès ce moment.
La question des eaux sommeillait depuis quelques années (3) au sein du Conseil municipal ; cependant, le 15 mars 1844, M, Terme avait ramené la discussion sur ce sujet (4).
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(i) Annales de la Société d'agriculture de Lyon, t. T, (1844) p. 295-3ie.
(%) Dee, «OMT potabk^jà distribuer po¥r^ l'usage des parUcu^giet^ pour IdSfty^^ vice public. —Lyon, 1843, in-4« d|e SOS pages.
{3) Le 21 juin 1838, le conseil municipal avait pris une délibération par laquelle 1^ eaux du Rh4)ne étaient ad^tées pour Talimentation de^ la ville.
Postérieurement, il fut fait à la ville l'offre de la dérivation des sources de la rive gauche de la Saône.
M. Terme, maire, saisit le Conseil de cette nouvelle proposition, qui fut renvoyée à l'examen d'une nouvelle commission.
En septembre 1838 cette commission fit son rapport, et le li décembre suivant, une nouvelle délibération maintenait celle du 21 juin 1-838.
Le 14 décembre 1838, cette délibération fut adressée à M. le Préfet. Le 1^ mars 1840, ce magistrat renvoya à M. le Maire cette délibération, pour être soumise à un nouvel examen : M. le Préfet ne trouvant pas que le 0)nseiF eut suffisamment motivé les causes qui avaient âiit repousser le système des eaux de sources.
Le S aTri! 1840, M. le Maire saisit de nouveau le Conseil de la. question, et Texamenen f^t renvoyée une cOTamission nouvelle qui ne fit pas son travail.
(Voyez les journaux de Lyon.— Courrier 23 et 24 novembre 1844)-.
(4) U fit auparavant connaître au Conseil les propositions nouvelles qui hii avmient élè fiiite».
1« M. Reynaud s'engageait à fournir les eaux du Rhône.
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M. Menoux dèfeoseur naturel des intérêts des propriétaires riverains de la Saône, dans un discours, dont la lecture, partagée en deux séances (1), ne dura pas moins de quatre heures, examina la question sous toutes les faces, et chercha à démontrer qu'il ne pouvait pas exister de doutes sur la possibilité de doter notre ville d'excellentes eaux potables, en utilisant celles du Rhône.
M. Mermet propose le renvoi de cette question à une nouvelle
commission.
M. le Maire s'opposa à ce renvoi, qui devait entraîner un ajournement. Avant tout, dit-il, il importe de se prononcer sur la question
d'utilité publique.
Rien n'est plus grave, reprit Guimet, que la question d'utilité publique. Mais avant de la résoudre il est nécessaire d'étudier, d'une manière sévère et approfondie les divers projets qui ont surgis. L'heure avancée fit renvoyer la discussion au 28 novembre.
Dans cette dernière séance M. Terme, dans un long discours, combattit par de nouveaux moyens les eaux du Rhône, en soutenant que celles de Royes leur étaient préférables (2).
Je ne voudrais pas, dit Guimet, que le Conseil restât sous Tim-
2*" Une compagnie récemment constituée et dont M. Dumont était Tingéuleur, faisait la même offre.
3° MM. Rozet et Vergnais offraient aussi de fournir les mômes eaux; au nom d'une compagnie anonyme.
4° M. Levrat présentait un projet trop incomplet pour en occuper le Conseil.
5"" M. Taylor, de Marseille, désirait ofi&ir un système complet pour une bonne distribution d*eaux potables.
6*» M. Peyret-Lallier annonçait qu'il soumettrait prochainement un projet pour l'alimentation de la ville, au moyen des eaux de la Mouche.
(Voyez la note B. Censeur^ 23 novembre 1844. — Courrier de Lyon, 24 novembre 1844).
(1) Courrier de Lyon, 24 et 30 novembre 1844.
[2) Courrier de Lyon, 30 novembre 1844. — Cettseur, 2 et 3 décembre