PALAIS DE JUSTICE DE DIJON
La construction de ce palais, où siégeait autrefois la cour de Parlement, et où siège maintenant la cour royale, fut ordonnée par Louis XII en 1510. On se procura à cet effet une portion de terrain appartenant à la chambre des Comptes et qui était attenant à son hôtel. Mais il paraît que cette construction ne commença que l'année suivante, car Louis XII, par lettres datées de Valence, le 8 août 1511, confie le soin et la direction de cette entreprise à Humbert de Villeneuve, premier président du Parlement, qu'il charge également de tenir les comptes et de faire les paiements.
Le premier objet dont on s'occupa fut la salle des audiences publiques, et, pour donner plus d'éclat aux séances du parlement, le roi voulut que cet auditoire (comme on disait alors), fût un des plus beaux de France. En effet, cette salle (la cour d'assises actuelle) offre encore des restes imposants de la solidité et de la magnificence avec lesquelles elle fut construite et décorée. Le plafond, vrai modèle du luxe de ces temps-là, est divisé en caissons enrichis de dorures et d'ornements d'une grande délicatesse. Les lambris
dorés ont des panneaux remplis de peintures représentant des sujets allégoriques, analogues aux vertus et au caractère des magistrats. On y voit aussi les armes de ce roi, celles d'Anne de Bretagne, sa femme, et le porc-épic, devise de Tordre institué par Louis de France, duc d'Orléans, sou aïeul.
François Ier, en 1521, ajouta encore à la richesse de cette salle en la faisant décorer de superbes vitraux peints, dont il ne reste que des débris; car beaucoup ont été endommagés, et la plupart remplacés par du verre blanc. Cependant on remarque encore sur l'un de ces vitraux le portrait de ce prince, avec la salamandre qu'il avait prise pour emblème.
Sous le règne de Henri II, vers 1549, on commença à bâtir la grande salle des Pas-Perdus et le portail qui donne sur la rue, avec un portique en saillie, de forme carrée, couvert d'un dôme, soutenu par des colonnes d'ordre corinthien, et élevé sur plusieurs rangs de degrés. Au-dessus de ce portique était la statue de Henri II. De chaque côté, dans le mur contre lequel est appuyé ce portique avancé, sont creusées des niches historiées où étaient des statues qui ont disparu depuis longtemps ; il en est de même de deux lions en marbre qui étaient en avant des degrés.
La salle des Pas-Perdus est remarquable par son étendue, son élévation et la hardiesse de sa voûte ogive en menuiserie. Au fond, à droite, est une chapelle où, chaque année, on célébrait la messe du Saint-Esprit à la rentrée des chambres du Parlement, et où on l'a célébrée également aux rentrées de la cour royale, jusqu'en 1830 inclusivement.
Ces différents travaux, commencés dès 1549, ont continué sous Charles IX, qui, vers 1565, a donné 3,000 livres
pour cet objet, et ils n'ont été terminés que sous le règne de Henri III, qui, en 1586, fit acquérir l'ancien hôtel de Talmay, qu'avaient possédé les sires de Châtillon, les seigneurs de Champlitte, puis ceux de Pontailler, pour y élever le bâtiment des requêtes du palais, dont ce même prince (Henri III) avait créé les offices dès 1575.
La chambre des comptes avait son entrée, enrichie de belles sculptures exécutées sur les dessins de Dubois, à côté de la façade du Palais de Justice. Cette entrée était dans un petit enfoncement. On l'a fait disparaître en 1821, et on a élevé, au niveau de la façade du Palais, un côté semblable et parallèle au côté qui est à droite de la même façade. En sorte que le tout est régulier.
A côté du Palais, en tournant dans la rue du Trésor, est le tribunal de première instance (hôtel de l'ancienne juridiction des trésoriers de France), qui, par des communications intérieures donnant dans la grande salle des Pas-Perdus, fait pour ainsi dire un seul tout avec les bâtiments de la cour royale.
(Voyage pittoresque en Bourgogne (Côte-d'Or). Dijon, Jobard, 1833.)