PALAIS DES ÉTATS A DIJON
Ce palais, si l'on en croit Courtépée et autres historiens, remonterait à une haute antiquité, et aurait été habité par les rois de Bourgogne, puis par les ducs (1); mais M. Boudol, d'après des documents puisés dans les Archives de Bourgogne confiées à ses soins, nous apprend que l'ancien palais des rois et des ducs n'est point celui qui existe maintenant, mais qu'il était situé dans l'ancienne rue des Singes, et s'étendait le long des murs du vieux castel, depuis l'extrémité de la rue du Grand-Potet, jusques et y compris les bâtiments de la Madeleine.
Le duc Hugues III, toujours selon M. Boudot, fut le premier qui abandonna cet antique palais, pour en habiter un nouveau qui fut construit sur des terrains qu'il avait acquis et où il avait fondé la Sainte-Chapelle en 1172. Ces terrains s'étendaient le long des murs du Castellum, jusqu'à l'hôtel des Evêques de Langres (les ci-devant Jacobines). Des vestiges de ce palais du duc Hugues se voient encore dans la
(1) Voyez dans le présent Recueil la notice intitulée : Vestiges de l'ancien Palais des ducs de Bourgogne.
façade du palais actuel du côté de la petite promenade voisine de la Tour de Bar.
Les successeurs de Hugues III ont ajouté successivement de nouvelles constructions au palais de ce prince, qui ne renfermait que ce qu'on appelle aujourd'hui le Logis-du-Roi, et qui n'allait que jusqu'à l'endroit où est la grande tour qui n'existait pas encore. La première construction fut un bâtiment élevé à la suite du premier palais ; et Philippe-le-Hardi construisit l'escalier, qui, placé entre les deux bâtiments, conduisait aux appartements de l'un et de l'autre. Cet escalier fut ensuite enfermé dans un angle de la grande tour ou terrasse élevée par Philippe-le-Bon ; c'est à Philippe-le- Hardi que l'on doit l'érection de la Tour de Bar, qui, dans le principe, s'appelait tour de Brandon. Les bâtiments au couchant, c'est-à-dire construits à la suite du dernier dont nous venons de parler, étaient le local occupé par la Chambre des Comptes, et ensuite ceux de la Monnaie, qui touchaient à l'hôtel des Evoques de Langres. Tout cela tient aux temps anciens, et a bien changé depuis.
La façade du palais actuel, donnant sur la place d'Armes, est très moderne ; sa construction date de la fin du XVIIe siècle. C'est en 1686 que la place d'Armes fut bâtie uniformément en arcades ouvertes, surmontées d'une balustrade. Elle forme un hémicycle au milieu duquel fut érigée, en 1725, la statue équestre de Louis XIV, en bronze (1). Le
(1) Cette statue a été exécutée a Paris, en 1690, par Etienne Le Hongre, célèbre sculpteur, dont les honoraires, pour cette fonte, montèrent à 30,000 livres. Cette statue était du poids de 52,000 livres, savoir : 16,000 pour l'effigie du Roi, et 36,000 pour le cheval. Elle fut amenée de Paris à Auxerre par eau, en 1690, et on la déposa à une lieue de la ville. La mécanique avait fait alors si peu de progrès, que tous les transports par terre d'Auxerre à Dijon
piédestal et les embellissements de ce monument n'ont été terminés qu'en 1747; il a été détruit le i^ août 4792.
L'aile droite, qui était le palais spécial des Etats de Bourgogne, a été construite m l~7;; d'après les dessins de M. Gauthey, et le bel escalier qui conduit à l'ancienne et vaste salle d'ouverture des Etats, est l'ouvrage de M. Gabriel, élève de Mansard, qui l'avait construit en 4733.
L'aile gauche, où se trouve le Musée, a été terminée en 4784. Le fronton de chacune de ces ailes est supporté par quatre colonnes, et couronné par deux trophées d'armes.
La grille en fer, formée de piques droites, entremêlées de pilastres et de faisceaux d'armes, qui ferme la cour du Palais, a été posée en 4784.
(Voyage pittoresque en bourgogne (Cùte-d'Or). Dijon, Jobard, 1833
furent impuissants, et la statue resta 28 ans dans le même endroit. Ce n'est qu'en 1718 que Pierre Morin, ingénieur de la province, parvint à la transporter à Dijon; elle n'a été mise en place que le 27 mars 1725. La statue que la ville de Lyon a fait ériger en 1825, sur la place Bellecour, n'a pas éprouvé autant de retard pour être transportée de Paris à Lyon. Le trajet par terre s'est fait en treize jours (du 2 au 15 octobre), par le moyen d'un fardier, machine ingénieuse de l'invention de M. Ghefaldy.