‹ [Opuscules philosophiques] (volume 3)Chapitre 3 sur 16 · LE0N D'OUVERTURE · texte numérisé non relu

LE0N D'OUVERTURE

DU COURS

D^HiSTOIRE DE LA PHILOSOPHIE MODERNE,

Le 7 mars 1838.

SUR CETTE QUESTION

IDe Tutilité îrr rt)t6totre iie la pi)Uoi0iapl)tr }i0ttr la pl)tl000pl)te tlit-^mime.

Messieurs,

C'est par fidélité à un usage que de bons exempij^s consacrent ; c^est par respect pour mes auditeurs, auxquels une préparation plu$ achevée ded premières paroles que je leur adresse, m^a paru, devoir mieux témoigner le prix que je mets à leurs suffrages; c^est aussi, je ravoîie, dans mon intérêt bi^n eùtendtf , qui était de ne pas m^exposer sans sûreté suffisante aux

chances toujours hasardeuses d^une séance d'ouvert ture, que je me suis décidé à écrire ce discours. Car, du reste^ à ne consulter que mon goût el mes habitudes, à lie considérer que le caractère d0 renseignement dont je suis chargé, j^aurais mieux aimé commencer plus simplement et plus sévèrement, et vous faire, dès aujourd'hui, ma première leçon ; une leçon commetQutes celles que je pourrai vous- faire par la suite. Mais les motifs dont j'ai d'abord parlé ont dû prévaloir dans mon esprit, et je viens en conséquence non point discuter devant vous tel ou tel point de la science dont j'ai à traiter dans ce cours, mais vous proposer seulement quelques réflexions générales sur les avantages qu^ elle présente à ceux qui la cultivent avec soin, surtout quand elle se rapporte à une grande et féconde époque.

Ce sera là mon sujet; mais avant de l'aborder, permettez-moi. Messieurs, de vous rappeler d'un mot les trois maîtres illustres quim'ont précédé dans cette chaire ; les rappeler, c'est me rattacher h eux et lïie fortifier . par cette alliance.

Par voie directe ou par tradition , par leurs leçons ou par leurs écrits, yous savez tous les services que chacun à leur manière ils ont rendus à la philosophie et à l'histoire de la philosophie.

L'un ^ en renouvela l'esprit avec une grande puissance, grâce à la fermeté de ses convictions et à la gravité de son langage. Gest celui dont on pourrait

* M. Royer-CoUard.

dire que la constante oiiasion fot de protester en laveur du vrai comnie du droit méconnus, et qui; avant d'être ce qu'il est, le philosophe de la tribune, se montra en qoelque sorte ici le magistrat de la science.

L'autre ' , trouvant cet esprit renouvelé et raffermi, le féconda par son éloquent et énergique enseigne* ment, ses infatigables recherches, sa vive et sûre impulsion, et cette vertu de propagation qui le caractérise entre tous.

Le troisième enfin ^, celui que je remplace, avec la discrète originalité de «a lucide raison, en fut et en reste parmi yous Tbabile et brillant interprète.

Voilà quels fuirent. Messieurs, mes prédécesseurs dans cette chaire. Que^uis-je moi-même à côté d*eux? leur disciple. ou leur ami j ce sont là pnes meilleurs titres ; mais si ces titres. peuvient me concilier quelque faveur auprès de vous, ils ne peuvent me conférer les qualités que je n'ai pas, et je le sens,. si j'ai pour moi l'amour sincère de la science, quelque expéHence des matières, des services déjà longs, et des travaux qui attestent une suite d'études sérieuses, je ne oie fais pas illusion surce qui .me manque d'ailleurs ; et j'ai besoin de compter sur tout l'intéi'ét que portent avec elles les questions qui nous occuperont, pour espérer être de quelque utilité aux jeunes gens studieux, dont je parviendrai à obtenir ta sympathique assiduité.

Je voudrais faire bien. comprendre les avantages

' M. Gousio.

,' W. Jeuffnav.

qu'on peut i« tirer de rbÎ8toîl*e de la philosophie. Mais ces avaiitage» regi^rdent à la fpis la philosophie de l'histoire et Thistoire de la philosophie. ,

Or, je ne m^arréterai pas à prouver ce que la pbi^ losophie de Tbistoire doit a 1-histoire de la philosophie; c-est unfi vérité qui a été établie avec autant d'éclat que de rigueur, * et que d'ailleurs, pour me borner, j'écarte avec intention de mon sujet. $i j'avais à la démontrer, les arguments ne me manqueraient pas ; je n'aurais qu'à rappeler que la philosophie de l'histoire, théorie des grands mouvements ou,, pour mieux dire, ^ des grands desseins acoompli» par l'hu* ' manité, ne peut se faire d'une part sams l'histoire pro^ prement dite, de l'autre sans J'histoire spéciale de la philosophie; elle à besoin de ce concours afin de pouvoir, par le rapproèhemeïit des faits et des idées ^ expliquer comment les uns ont suivi la loi des autres, et comment, sous la main dé Dieu, tout s^est lié et cone^rté pour le plus, plein développeinent des desti-> liées humaines. *

Je n'insisterai, que sur les avantages que la philosophie elle-même peut trouver dans l'étude de Tbistoire de la philosophie.

C'est d'abord un fait constant et qui n'a besoin que d'être énoncé, qu'à l'exception deg^^ systèmes vérita* bleinent primitifs, il n'y a pas une des créations de l'esprit philosophique qui ne se rattache au passé et ne tienne de quelque façon aux créations du même genre dont elle a été précédée ; par ce qu'elle en rejette comme par ce qu'elle en admet, par ce qu'elle

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en retranche , comme par ce qu'elle y ajoute , par ses différences comme par ses ressemblances , elle témoigne de ses relations avec ce qui fut avant elle ; et même pour les systèmes qu'on peut regarder comnîe primitifs , sMl n'y à pas antérieurement Hne philosophie dont ils dérivent, il y a une demiphilosophie^ une sorte de religion philosophique, qui est comme la transition de la foi à la science, qui est ce que furent en Grèce les mystères et les poëmes mythiques, et pour les commencements de la scholastiqiie les dogmes du christianisme. Mais c'est surtout pour les philosophies qui succèdent à d'autres philo* sopbi^, qu'il n'y a jamais réellement complète innovation, mais seulement rénovation, transformation, évolution, avec une part plus ou moins grande et une force plus ou moins vive^d'origiùalité et d'indépendance dans les individus qiii en sont les auteurs et les organes; en sorte qu'alors, à vrai dire, le génie n'est lui-même qHé la haute faculté de s'appViquer avec pufssanoe à des vues déjà émises, mais vaguement et sans portée, et de les convertir avec grandeur en larges et fécondes théories. Ce n'est, au reste, ici qu'un cas de cette loi générale, qui veut que dans tdut ordre, dans celui des idées comme dans celui de la nature, il n'y ait pas de productions sans germes, de développements sans principes, et qui a fait dire à Leibnitz, dans le sentiment profond qu'il avait de cettlB vérité : « Le présent est gros de l'avenir ; le futur pourrait se lire dans lé passé ; l'éloigné est ex- Iprimé dans le prochain ; » ajoutant pour son système:

«On pourrait connaître ja' beauté de Tunivers dans chaque âme si Ton pouvait déplier tous ses plis qui ne se développent sensiblenient qu'avec le temps. » (Tôm. 2, p. 57.) '

Parcourez toutes les grandes époques de Thistoire de la philosophie, et vous les verrez toutes soumises à cette commune loi. Ainsi déjà, dès les premiers temps de la spéculation en Grèce, on ' s^aperçoit que certains hommes résument et représentent en eux les doctrines de leurs écoles : Heraclite, par exemple, dans sa formule très simple : tout devient et rien n'est; contient tout Flonisme ; et Parménide tout TÉléa* tisme dans celle-ci également simple : tout est ur^t rien ne devient. Mais c'est seulement avec Platon, et surtout Aristote, que commence théoriquement Tapplication à la philosophie de Thistp^re de la philosophie. Les Alexandrins la continuent à leur manière, il est vrai, et selon le point dé vue qui les domine; mais dans le sens de ce point da vue ils la font largement. Le moyen âge, dans sa faiblesse, ne vit d'abord que du peu qu'il recueille à grand'peine de la philosophie ancienne ; mais à mesure qu'il la connaît et la pos<^ sède davantage, il se l'assimile plus intimement et la fait passer avec plus de vigUeur dans ses principes de croyance. Je ne parle pas de la renaissance, qui, en \fi retrouvant tout entière, s'en enivre à ce point qu'elle s'oublie elle-même; et un moment n'a de pensée que celle qu'elle lui emprunte servilement. Mais les temps modernes eux-mêmes, avec quelque dédain dû passé qu'ils s'annoncent d'abord, dès qu'ils ont assez donné

au ûoaYel esprit qui les anime, s^empressent de re* nouer conm^epce avec Tantiquité et avec le moyen fige ; enfin de nos jours nul ne songerait à de sérieux U*avaux philosophiques sans s'y préparer et s^y exercer par de fortes études historiques.

Or, pourquoi Ce fait constant , . cette constante alliance de Thistoire de la philosophie avec la philosophie elle-même ?C -est évidemment parce que celle-ci trouve à s^aider de celle-là d'incontestables avantages.

En effet, on a'examme pas toute celte suite de grands syst^èmes , dont s'est successivement enrichi le domaine de l'esprit humain,, sans être amené à les compare^ avec ce qu'on pense ëoi-même etsans tirer d& cette comparaison plus d'un genre d'utilité.

Ainsi , d'abord est-on tombé dans quelques graves erreurs , quoiquHl soit possible de les reconnaître et de s'en délivrer par. soi-même et ses seules lumières; quelle autre facilité n'y trouve-t-on pas quand on lef traite par l'histoire, c'est-à-tlire qyand on les voit, soit de siècles en siècles, soit de pays en:: pays, reproduites et variées §ofis une foule dé formes , et sous toutes ces formes , accompagnées et suivies de doctrines contraires, qui en marquent de toute manière le vice et le danger? Au spectacle si manifeste et si souvent renouvelé du continuel discrédit dont elles ont été atteintes, il n'y a plus à se faire illusion syr le caractère qu'elles présentent, et on doit être convaincu que la vérité ne saurait être dans des idées qui ont rencontré tant et de si graves contradictions.

Et c^que fait Thisfoire pour les erreurs à rejeter,

elle le fait égaleinent pour les erreurs à éviter ; elfe nous pré8et*ve du mal aussi bien quelle nous en guérit ; elle nous dirige comme elle nous corrige.

Diaprés ce qui vient d'être dit, je ne m'arrêterai pas à le démontrer ; je mé bornerai à une remarque : c'est que souvent la nouveauté , qui est notre principal entrôînement aux opinions erronées, perdrait toute sa' puissance, car elle ne serait plus la nouveauté, si nous savions par Thistoire que d'autres ont pensé avant nous les mêmes choses que nous et nous réduisent au àeul mérite dé les reproduire après eux, certainement avec moins de foi^ce, d'éclat et de grandeur. On se laisse séduire à une hypothèse dont on se croit le premier auteur; on n'aurait pas la miéme faiblesse si on ne s'en croyait que le plagiaire.

Mais outre ces services , déjà notables quoiqu'ils ne soient t]ue négatifs , rhistoilTe nous en rend d'autres Vviû caractère différent, qui sont du plus haut prix; je veux parler des secours qu'elle nous fournit , d'une part , pour compléter , élargir , développer noà doctrines; de l'auit*e , pour les maintenir, les consacrer et les confirmer. Et d'abord, en ce qui touche le second de ces points , elle nous do^ne à la fois des partisans et des contradicteurs ; or, si nous sommes dans 1^ vrai, et .c'est ici ce que je suppose , contradicteurs et* partisans servent également à ilous fortifier; ceuxci en nous prêtant leur autorité et leur concours, ceux-là en nous exerçant à l'attaque et à la défense ; les pi^mrers par lès raisons et lès preuves dont ils nous appuient , les seconds par les arguments mêmes

qu^ila nous opposent et dont nous iriomphods ; de telle sorte qu^à la fin nou& avons toute confiance en des opinions que nous voyons soutenues, confirmées, consacrées par les unîs, et, nullement infirmées ni affaiblies pat* les autres.

Excellente pour le maintien et la stabilité des doctrines , rbîstoire ne Test pas moins pour leur perfectionnement et leur progrès. En quoi consistent , en effet, ce progrès et ce perfectionnement? En princi* pes à poser et en consëquences à tirei*? Or, principes et conséquences , queUe qu'en soit la nouveauté , tout n'a-t-il pas nécessairement son germe dans un passé qui,. comme celui que nous avons decrière nous, est riche de tantd^idées fécondes et pleines d'aveair ? Les plus faibles données, une simple vue , un soupçon , souvent même une erreur, peuvent servir d'antécédents B d'importantes découvertes; une erreur est souvent le commencement d'une vérité. Que sera-ce donc quand^ au lieu d'origines pauvres ou douteuses, nous aurons à puiser dans des sources abondantes et pures ^ quand nous auroûs le vérité pour engendrer la vérité, quand nous n'aurons qu'à féconder un fonds fertile et plein d'espérances?

Hé bien I comment , sans l'histoire , recueillir et rassembler tous ces éléments épars et semés dans le temps? ^ompient nous les approprier pour les transformer à notr0 usage? conmient tes faire entrer avec puissance dans nos œuvres ?> L'homme ne crée rien de rien ; il ne crée rien seul et par lui-même , et en philosophie plus qu'en toute autre chose , il a besoin de

concours : en philosophie^ ii u^est pas bon , mais noii seulement il n^estpas bon, il n'est pas possible qu'il soit seul ; il lui faut l'associatiçn ; il lui faut donc aussi rhistqire , qui est pour lui comme une manière de s'associçr dans le passé avec tout ce qui a excellé par la pensée et par la science.

Sans rbistoii*e , il vit seul , et seul il ne saurait avoir un tel fonds d'expérience , ni de telles^ ressources d^invention qu'il pût suffire à )a tâche, je ne dis pas même de constituer, mais simplement de continuer et de développer un système. Les génies lés mieux doués en seraient incapables : un des n^ieux doués est Dfescartes , et je cite Descartes parce qfte ; par son iodiflerence et son peu dé science en histoire de la philosophie,, il semble être une objection à ce que je viens d'avancer.- Mais d'abord, dans sa grandeur, c'est la faiblesse de Descartes, je ne dis pas d'avoir ignoré, mais de n'avoir point assez connu et assez estimé le passé. Ensuite, il ne faudrait pas croire que Descartes^ n'eut pas en lui une part encore assez considérable d'histoire de 1^ philosophie. ^ Il avait sans doute assez peu de celle qui s'apprend directement, mais il avait beaucoup de celle qui s'était comme fondue dans lés doctrines qu'on lui avait enseignées , qui y était, il est vrai, sads date^et'sans nom propre, mais qui y était en abondance et s'y était iiflsensiblement accumulée et résumée^ Il avait surtout au plus haut point le sentiipent de son époque , lequel certes était loin d^êtré un sentiment anti-historique. L^autenr ou le grand promoteur d'une révolution phito-

wphiquQ ne pouvait pas être étranger du moins à cette portion du passé contre laquelle il devait réagir avec tant de force et d'indépendance. Je pourrai d'ailleurs opposer à Descartes iui-méme , lequel n'a pas assez le sens de Tfaistoire , Aristote etLeibrïitz, qui Font au plus haut pgint , et chez lesquels , loin d'affaiblir, il. fortifie bien plutôt une étninente originalité.

Sous tous les rapports^ que je .viens d^indiquer, l'histoire de la philosophie est donc nécessaire à la philosophie.

On fait cependant contre cette science une objection, il est vrai peu solide en elle-même, mais qui, présentée^ d'une certaine façon, pourrait trouver * quelque^ crédit. Cette objection est tirée de l'embarras où peut nous jeter la vue de tant de doctrines diverses et opposéçs qui, se séparant les unes des autres, se combattant les unes les autres, se ruinant entre elles et en elles-mêmes , ne semblent plus' à la fin laisser place à aucune certitude, t.— Il se peut, en effet, que, plus frappés des dissidences et des contrariétés que des ressemblances , plus occupés d'exclusion que de conciliation et d'union, et plus disposés , contrairement £(u grand principe de Leibnitz, à voir le mal que le bien et le faux que le vrai , certains esprits arrivent ajnsi, par la voie du pessiniisme, à une sorte d'éclectisme négatif et destructif , qui n'est autre chose que le scepticisme. Mais si d'un regard plus pénétrant et d'un sejis plus discret, avec une meilleure intention et une meilleure direction philosophiques , ils recherchaient dans les systèmes les

ressemblances .comme les différeaces ; si., sans en négliger les mauvais côtéç, ils s^attacbaieqt surtout aux boas, et que par ceux-là ils essayassent de les rapprocher et de les unir, ils ue se laisseraient pas ébranlef par toutes ces divisions plus apparentes que réelles , plus partielles que générslles ; il$ se fortifie* raient bien plutôt d^une foule de yérités éparses et incomplètes qu^ils rassembleraient de toute part et parviendraient à groupçr autour d'un centre commiin; et finalement , grâce à des études plus profondes ^t plus larges , ils éprouveraient que si en philosophie peu d^bistoire mène au doute, beaucoup d'histoire et d'histoire bien faite mène infailliblement à la croyance. '.. ,

Je pourrais maintenant citer plus d'un exempte des services que Thistoire de la philosophie a rendus à la philosophie. Je n^en donnerai qu^un qui suffira \et parlera pour tous les autres : c^est Tidée de Dieu que je choisis. '

Quelle a-t-elle d'abord été ? rien de bien précis ni de bien vrai, rien qui pùtlongtemps satisfaire les esprits en progrès; et cependant ce n'était pas non plus une conception entièrement vaine , c^était un faible dé))Ut , mais c'était un début. Ainsi Dieu ou le principe des choses ne fut guère, en comfnençant, qu'une sorte de substance, plus concrète pour les uns, plus abstraite pour les autres, nomJyrt et unixh pour ceux-ci , eau, air ou feu pour ceuXflà ; règle de mouvement chez, les premiers, mais sans vertu pour mouvoir ; siège de mouvement chez les seconds, mais sans puissance pour rien régler.

incapable dans les deux sens d'être une cause vraiment première. Ce Dieu, qui eàt à peu près celui des Ioniens, des Pythagoriciens et des Eléates , est encore bien incomplet, même au point de vue exclusif où chacun d^eux le considère ; mais si incomplet qu'il soit encore , il concourt à former lé Dieu par suite plus parfait qu'entrevoit Aûaxagore. Aux yeux d'A-^ naxagore , en effet , il n'est plus la matière , qui de* meur^ cependant à l'état de mélange pour être élevée par lui de cet ^tat ^ celui de, nçionde., ni cette raison insuffisante, parce qu'elle est sans énergie, de l'ordre répandu et manifesté dans l'univers ; il est l'ordre Iqimême en action, la causevivede 1 ordre, l'intelligence en un mot qui s'impose à la nature. Cependant, quoique intelligence, c'est à peine s'il est encore un commencement de Providence; et il faut arriver à Socrate, à Platon etAristote, pour le trouver ce qu'ils lefont avec' la diversité de leurs nuances, l'in* telligence qui a en elle et le bon et le beau , et la vertu de tout régler en vue du bien et du beau , d'être tout cela et de le savoir, d'avoir ainsi le caractère d'un Dieu vraiment moral. Ce serait donc la Providence , si parmi tous ces caractères il avait, pour les. couronner, celui de créateur ; mais s'il gouverne il ûe crée pas ; s'il meut et règle, il ne fait pas ; il n'a pas le fiât. Les Alexandrins que ne pénètre pas^ mais que touche en passant le souffle du christi»* nisme , font effort pour lui prêter cette dernière perfection^ et ils lui attribuent réduction ; mais réduction n'est pas la distinction du créé et de l'incréé, et

la production de Tun. par l'autre; c'est ube simpl<? n^anifestation, par voie d'émanation ; c'est en même tem{>s la dégradation^ et comme la chute de Tihcréé. Ce sera aux docteurs chrétiens qye les philosophes chrétiens emprunteront pour la développer et raccommoder à leurs systèmes Tidée $i simple et si grande d'une force yraiment créatrice; ce sera avec le christianisme que la théodicée pérfectiopnée achèvera de se constituer. La théodicée de point en point nous vient donc de l'histoire, et son plus grand représentant, Leibnitz, nous manquerait s^il n'avait pas eu pour précurseurs et Anaxa^ore et Socrate^ et Platon et Arislote, et Plotin et Proclus , et saint Anselme et jsaint Thomas, et tous ceux qui ont contribué à nourrir sa pensée. Or, ce que je viens de montrer de l'idée de la Providence pourrait se montrer également de celle de l'âme, de celle du bien, de celles de la liberté et de Fimmortalité, de toutes leç idées, en un mot , qui sont du domaine de la philosophie; pour;toutes, l'histoire a été un.e condition et un moyen de développement et de progrès.

Comparer, contrôler, juger ses propres doctrines , les modifier en conséquence , et soit par retranchement et aoiendement, soit par addition et développexnent, les perfectionner et les améliorer, tels sont en résumé les avantages incontestables de Phistoire de la philosophie appliquée à la philosophie.

Mais à côté de ces avantages il ne faudrait pas oublier certains sentiments également bons à la culture de la philosophie, qu'^excite et développe en nous l'étude

de son histoire. Par cette histoire , eu effet , nous vivons en commerce avec les philosophes les plus éniinents de tous les pays et de tous les siècles : or , nous ne pouvons longtemps user de cette féconde familiarité sans contracter quelque chose de leurs habitudes et de leurs mœurs; et les mœurs et les habitudes, les façons d'être ordinaires de ces excellentes intelligences, que sont-elles au fond, sinon Tamour, le zèle ardent de la science, la réflexion qui Féclaire et la méthode qui le dirige? Ainsi, avec ceux qui ont le mieux aimé et le mieux cherché la vérité , ne Teussent-ils pas même trouvée, nous apprenons à Faimer et 0 la chercher à leur exemple ; nous nous faisons semblables à eux , quelque loin que nous restions d'eux; nous nous formons à leur discipline, nous nous pénétrons de leur esprit, nous devenons philosophes dans la société des philosophes. Il en est de la philosophie comme de la religion elle-même : nous n^en avons bien le sentiment que dans la communion et avec le concours de ceux qui la portent dans leur âme et peuvent Texciter dans la nôtre. Seuls et livrés à nous-mêmes, c'est un germe qui meurt en nous, ou qui , s'il se développe , a je ne sais quoi de sauvage et d'incultç qui l'empêche de produire ses meilleurs et ses plus doux fruits. La religion dans la solitude s'éteint ou se dérègle ; elle dégénère en superstition si elle ne périt pas faute de culture. Il en est de même de la philosophie , quand elle se trouve dans le n^éme état. Il faut aller au temple méditer et prier, pour élever dignement son esprit à la Divinité; il faut de

même , pour Télever dignement à la vérité, avoir pénétré dans le sanctuaire où sont comme réunis pour Tadorer ses fidèles de tous les temps : or ce sanctuaire , c'est rhistoire , qui nous l'ouvre et nous y introduit > qui nous y montre la foule attentive et recueillie et nous y marque les saints, les divins patrons de la science , auxquels nous devons plus particulièrement nous unir et nous associer pour perfectionner notre pensée sous la garde de la leur. L'esprit de la science , voilà ce qui ne peut nous manquer à la suite de sérieuses études d'histoire de la philosophie.

Il est aussi un sentiment que nous puisons dans ces études , et qui est également favorahle au développement philosophique : c'est celui qui nait en nous, h la vue du passé qu'elles nous mettent sous les yeux. Ce passé en effet est plein de grandes choses ; il ne peut en être autrement là où tout a lieu d'une part entre la vérité , qui d'abord n'apparaît que de loin , et qui se laisse ensuite peu à peu aborder et entrevoir, qui avec le temps se découvre et s'éclaire davantage, mais pour s'offrir à l'esprit avec ses espaces sans fin, ses abîmes sans fond , son immense unité et son incompréhensible variété ; et d'autre part la raison, qui elle aussi au début ne se développe que faiblement , mais qui plus tard et dans sa maturité se déploie avec plus de puissance , avec une puissance indéfinie , et peut alors se mesurer avec les plus hautes questions, parcourir les régions livrées sans bornes à ses recherches, sonder les profondeurs entr'ouvertes sous ses pas, concevoir sinon définir l'ensemble de l'univers,

et en chasser sinon en compter les détails innombrables; la vérité et là raison, voilà le double infini, Tinfini dans Tobjet , Tinfini dans le sujet de la pensée et de la science , dont Thistoire de la philosophie largement interprétée nous donne le reli{;ieux et sublime spectacle. Ce n^est pas moins , c^est bien mieux que ce que nous fait la nature, lorsqu'elle nous met en présence de quelques-unes de ces grandes scènes, qu'elle nous donne à contempler la splendeur de ses cieux , rétendue de ses mers , le puissant repos des choses ou leurs prodigieux soulèvements. Dans Tun comme dans l'autre cas , nous sentons l'infini : or , avec ce sentiment , entre aussitôt dans notre âme je ne sais quoi de profondément et de saintement sérieux qui en bannit les vanités pour n'y plus laisser place qu'aux graves et fortes pensées. Certes rien n'est plus propre à exciter et à élever en nous l'esprit philosophique; mais c'est surtout, on le comprend, quand ce sérieux de la conscience nous est inspiré par la vue des grandeurs et de l'infini de la philosophie ellemême.

' Enfin il est encore une certaine disposition d'âme que peut seule nous donner l'étude de l'histoire , et qui empreint de moralité et fortifie par conséquent l'esprit de la philosophie : je veux parler de cette gratitude,[de cette religieuse admiration que nous devons aux grands esprits qui nous ont faits ce que nous sommes. Sans doute c'est déjà beaucoup de savoir profiter et bien user de leurs travaux ; mais il faut savoir aussi leur rendre en reconnaissance ce que

nous avons reçu d^eux en bienfaits de toute sorte ; et pour prix des trésors que nous tenons de leurs mains, conserver à leur mémoire un culte pieux et fervent. Or, nous n^ le pouvons qu^au moyen des leçons de rhistoire et des sérieuses commémoji*ations qu'elle institue en leur honneur. Sans Tbistoire, nous sommes pour eux comme le sauvage pour ses pères ; nous les oublions , et en les oubliant nous cessons de les vènérer. Mais le sauvage ne perd ainsi le respect du passé que par force et fatalité, parce que la tradition lui manque et le laisse sans souvenirs ; tandis que nous , c'est volontairement , par orgueil et par paresse , par un mépris brutal pour ce qui fut avant nous, que nous tombons dans cette fâcheuse et coupable indifférence; car pour nous Tbistoire est toute prête à nous livrer les noms et les mérites de ceux qui furent nos pères. Il y a la barbarie du savant comme il y a celle de Tignorant , celle-là cent fois pire et plus funeste que celle-ci, parce qu'elle a quelque chose de réfléchi et de libre ; cette barbarie serait la nôtre si, par prévention et estime sans mesure pour nous-mêmes , nous n'avions à l'égard de ceux qui nous ont devancés aucun retour filial , aucun hommage de foi , de justice et d'amour. Cette barbarie , messieurs , évitons-la par l'histoire ; ne brisons pas les autels dont les dieux nous furent propices , relevonsles plutôt , rétablissons-les dans leur gloire , et sachons que, loin de rien perdre à les entourer de nos soins , nous en reviendrons au contraire meilleurs et mieux disposés à bien vivre pour la science.

Voilà donc ce que nous vaut l'histoire de la philosophie. Mais c^est surtout, comme je Tai dit , quajid elle se rapporte à une grande époque qu'elle a tous les avantages que je viens d'indiquer.

Or quelle plus grande époque , messieurs , que celle que nous allons étudier?

Elle s'ouvre par Bacon et se clôt par Leibnitz , et durant cet intervalle , quelle liberté , quelle originalité , quelle force à la fois de génie et de doctrines ! Bacon n'a sans doute pas créé la méthode qu'il proclame , et que connurent avant lui %t que pratiquèrent en même temps Socrate, Platon et Aristote; mais s'il ne l'a pas créée il l'a étudiée avec amour, il l'a décrite et comme dépeinte avec un soin de poète ; il l'a préchée avec foi , et s'il n'en a tiré aucun des grands résultats qu'elle pouvait lui donner, il a promis et comme prophétisé ceux qui devaient en sortir ; il a été l'apôtre de V induction; esprit curieux, actif, étendu et élégant, peut-être plus que profond, s'il n'a pas eu la puissance et la gloire de la science , il en a eu certainement l'ardeur et le noble enthousiasme.

Après lui vient Descartes, qui a aussi sa méthode, moins développée sans doute et moins riche en détails , mais plus simple et aussi sûre , quand on sait bien s'en servir. Cependant si Descartes commence par la méthode , il ne s'arrête pas là ; du moyen il passe à la fin , il poursuit la science , et pour mieux y arriver, il fait comme Socrate, il prend son point de départ dans la connaissance de soi-même j comme

Socrate, ce qu^il sait et établit avant tout, c'est qu'il doute ou quMl ignore, c'est quMl pense, et<}ue la pen-* sée sérieusement étudiée est le fond même de la philosophie. Que si de ce principe il ne parvient pas toujours aux divers ordres de vérités quMi se propose d'atteindre , si le monde^ par exemple , qu'il touche de la main lui échappe, parce qu'il y prétend par un détour à la fois inutile et trompeur , il n'en est pas de même de l'âme ni de Dieu ; et Descartes sur ces deux points est bien certainement le père du spiritualisme moderoe. Mais c'est surtoutpar son géniequ'il règne sur son siècle ,- génie si calme et si ferme, si libre et si discret, si hardi, si régulier , si dévoué à la science et si bien fait pour la posséder; excellente intelligence, à laquelle on ne désirerait peut-être qu'un sentiment plus profond du passé et de l'histoire , si toutefois ce nouveau don ne devait pas altérer sa parfaite originalité. Aussi voyez comme autour de lui tout se sent de sa force 1 Vers lui gravitent comme vers leur centre , quoique en des rapports différents et chacun avec leur gloire , Malebranche , Spinosa , Leibnitz , et tous ceux qui , pour s'être moins expressément livrés à la pure philosophie, n'en sont pas moins en eux-mêmes de grands esprits philosophiques, Bossuet, Fénelon, Pascal, Ârnauld, tout Port-Royal; vers lui gravitent aussi , quoique ce soit pour le combattre, Hobbes , Gassendi et Locke. Tout tourne autour de Descartes, pendant le xvii® siècle; il est l'astre vivifiant de ce bel âge de la pensée.

 la suite de Bacon, et rangés sous sa bannière, se

présentent avec leurs nuances ceux que je viens de nommer : Hobbes, Gassendi et Locke. Ce qui n^était en principe qu^une tendance dans le maître devient dans les disciples une doctrine positive, rigoureuse, avouée, et poussée dans le premier jusqu^à ses dernières conséquences; détournée, enveloppée, mais aussi enrichie de critique et d'érudition dans celui qui vient ensuite ; et enfin dans le troisième, tempérée par un bon sens, une réserve habituelle, une constance de bonne foi et d^amour de la vérité, qui lui concilient tout le crédit auquel elle peut avoir droit; en sorte qu^il est permis, sous* ces maîtres divers, de Tapprécier dans son esprit, de la juger dans ses excès, de Testimer dans sa sagesse, et de savoir enfin ce qu^on doit en rejeter, en admettre, en modifier et en corriger ; haut intérêt historique, fait pour toucher vivement des esprits sérieux et libres.

Vous savez les grands noms de la dynastie cartésienne ; c^est d'abord Malebranche qui en est le plus particulièrement le métaphysicien et le théologien ; ce que Platon est à Socrate, il Test lui-même à Descaries; il est le Platon du cartésianisme ; il ne néglige pas sans doute Tfime, il fait moins d'état du monde, mais il regarde surtout à Dieu, ce lieu des esprits, dans lequel il voit tout parce qu'il y voit la vérité ; Malebranche, qui, mieux entendu, serait certainement plus recherché et gagnerait à la fois comme philosophe et comme écrivain, car, sous le premier rapport, il est un très grand maître, et sous le second ce n'est pas trop dire que d'avancer que dans ses beaux

endroits il rappelle quelque chose de la bauteur de Bossuet, de Fonction de Fénelon et de la vigueur de Pascal ; — c^est ensuite Spinosa, la douce et patiente âme, en même temps que Tintrépide et forte intelligence, qui s^avance vers un abime et s^y jette sans se troubler; génie profondément et mystiquement contemplatif, devant lequel le monde , qui déjà s^était quelque peu effacé et affaibli aux yeux de Descartes et de Malebranche, s^évanouii tout à fait pour ne laisser à sa place que la pure unité, la substance absolue ; en ce sens si peu enclin au véritable panthéisme, qu^au lieu de faire passer Dieu dans le monde qu'il détruit, c'est bien plutôt le monde qu'il fait passer et se perdre en Dieu ; — enfin c'est Leibnilz, dont je ne sais comment parler, parce que je suis condamné à n'en parler qu'en passant, et qu'il n'est pas un de ces hommes qu'on fait connaître d'un trait; Leibnitz, qui, pour le comparer et l'opposer à Spinosa, est le génie de la cause, comme Spinosa celui de la substance, et qui lui aussi, traitant le monde d'après le principe qui lui est propre, ne le ruine pas sans doute, et entend bien le'conserver, mais le fait d'une étoffe dont la solidité n'est peut-être pas aussi frappante que la nouveauté ; Leibnilz, dont l'intelligence, profonde autant qu'étendue, touche à tout et sur tout laisse sa trace et sa marque, tellement qu'il n'est pas de point de quelque importance dans la science sur lequel il ne reste de lui une djpinion considérable ; et chose remarquable en même tenips, c'est que cette raison si élevée, si solide et si grave est tellement maîtresse de

ses idées et en fait si bien ce qu'elle veut que, sans rien leur ôter de leur justesse et de leur grandeur, elle les traduit à chaque instant en formules exquises, qui, si elles n^étaient pas avant tout de fortes maximes philosophiques, pourraient sembler des traits piquants et spirituels, tant le tour en est vif, original et brillant. Leibnitz abonde eu pensées de ce caractère particulier ; elles lui sont si familières qu'on pourrait presque dire que chez lui Tesprit est comme la complaisance et la facilité habituelle du génie qui se tempère, et revêt d'une sorte de grâce la majesté de ses vues; ce qu'il y a de certain, c'est que constamment chez lui le génie se fait jour et perce par l'esprit, et que nul n'a plus de mots profonds et fins à la fois qu'on retienne et qu'on cite.

Bacon, Hobbes, Gassendi, Locke, mais surtout parce qu^ils excellent, Descartes, Malebranche, Spinosa et Leibnitz, quels hommeç, messieurs, et quels maîtres ! quels maîtres que ces penseurs , qui en même temps qu^ils sont eux , (fU^ils ont leur génie propre et celui de leur époque , nous rappellent cependant et nous rendent jusqu'à certain point les meilleurs représentants de la philosophie ancienne. Descartes, en effet, a des rapports et des analogies avec Socrate , et Malebranche avec Platon je l'ai déjà dit en passant ; Leibnitz peut à son tour être rapproché d'Âristote ; Spinosa serait bien placé à coté de Parménide ; Hobbes et Gassendi nous reportent vers Démocrite et Épicure ; c'est tout un monde philosophique datant presquede nos jours, qui nous reproduit

tout un autre monde de plus de deux mille ans de date ; cW reprit des temps modernes nous résumant celui dsi temps anciens ; c^esten une seule histoire deuxhistoiresde la science. Aussi, messieurs, avec quel respect, avec quelle religieuse application ne devrons-nous pas aborder toutes ces hautes intelligences; avec quel soin ne devrons-nous pas, pour mieux nous préparer à les comprendre, les replacer au milieu des faits qui concourent à les expliquer^ et les rapportant à leur siècle, à Tétat religieux, politique, moral et littéraire de ce siècle, chercher comment, dans ce qu^elles ont entre elles de commun et d'analogue , elles en expriment et ed réfléchissent le caractère général , et , dans ce qu'elles ont de divers, les nuances particulières ! avec quelle attention ne devrons-nous pas les étudier, même dans les circonstances et les détails de leur vie, afin d'y saisir, autant que possible , les causes secrètes et comme privées de leurs tendances et de leurs doctrines, essayant ainsi, mais avec mesure, une instructive af^licatioB de la biographie à Thistoire de la philosophie 1 Mais c'est surtout quand il s'agira des systèmes eux-mêmes , quand il s'agira des questions, des méthodes et des solutions, que nous aurons à redoubler de réflexion et de travail , si du moins nous voulons, après nous être rendu compte de la matière, du sens et de l'esprit des théories , les apprécier en elles-mêmes, les comparer entre elles, les classer et les ordonner, et finalement en tirar ce qu'elles renfermait de meilleur à notre profit et pour notre usage. C'est aloi's seulement que nous aurons bien

saisi la pensée de nos maîtres y et que nous pourrons, par un retour judicieux sur nous-mêmes , savoir ce qu^avec le secours de leurs leçons et de leurs lumières nous aurons à rejeter ou à conserver, à restreindre ou à développer, et en tout à perfectionner dans nos propres opinions; c^est aussi seulement alors que nous aurons vraiment vécu dans Tintimité de ces grandes âmes; que nous aurons admiré avec un profond sentiment le beau spectacle qu^elles nous donnent ; que nous les aurons honorées avec piété et gratitude ; que par toutes ces impressions nous aurons recueilli , fortifié et comme sanctifié en nous le vif esprit de la science , et qu^enfîn nous serons bien prêts au culte sincère et fidèle et comme au sacerdoce de la philosophie. Tel sera, messieurs, le dessein, et je voudrais pouvoir ajouter tel sera aussi le fruit des études laborieuses que nous allons entreprendre ensemble.

DISCOURS

PaONONCJf

A Là

FACULTE DES LETTRES

(omis rnsnai r u naosonni nmii)

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